22.11.2007

L’histoire impossible de la modernisation de nos universités, par Flamant Rose

dcb6b91aee77ec41ac77587134df83e5.jpg

De 1986…à nos jours, ou l’histoire impossible de la modernisation de nos universités

On sait que la vigueur de l’économie française des années futures dépend essentiellement de l’ampleur et de la qualité de l’effort de formation et de recherche qui sera entrepris. L’existence même de notre économie va dépendre de notre capacité d’innovation. Au RPR nous disions déjà cela  il y a vingt ans dans un document que nous avions rendu public, « libre et responsable ». Le problème est toujours d’actualité puisque rien n’a changé depuis les mouvements étudiants de 1986 consécutifs au projet de loi Devaquet qui voulait déjà donnait l’autonomie aux universités. A l’époque les quatre leaders étaient :

  • Julien Dray, ancien vice président de l’UNEF-ID créateur de la gauche socialiste. Il est un proche de Jean Luc Mélenchon.
  • Philippe Darriulat, ancien président de l’UNEF-ID, aujourd’hui au parti socialiste courant NPS et collaborateur de Henri Emmanuelli dont il est un ancien directeur de cabinet.
  • Isabelle Thomas, ancienne vice présidente de l’UNEF-ID, conseiller de François Mitterrand et aujourd’hui cadre du parti socialiste. Elle a été dans tous les divers courants du PS. Aujourd’hui au NPS.
  • David Assouline, ancien porte parole de la coordination étudiante en 1986. Sa carrière politique commence à l’extrême gauche. Il est aujourd’hui sénateur du PS courant NPS.

Aujourd’hui les problèmes sont les mêmes qu’à l’époque. En effet, il n’est pas d’économie moderne sans société moderne et l’innovation technologique sera de peu d’effet si elle ne s’accompagne pas d’une révolution des mentalités, d’une adaptation progressive des hommes et des femmes aux données culturelles, aux logiques intellectuelles et aux méthodes de travail de demain. Autant que les prouesses de quelques uns dans les secteurs de pointe, c’est la formation réussie de tous qui, déterminera notre avenir.

Le système éducatif est bien loin de donner aux jeunes une formation adaptée à ce que les employeurs d’aujourd’hui et plus encore de demain attendent et attendront d’eux. Il y a à l’intérieur de nos universités une tradition à la fois platonicienne et marxisante, idéaliste et critique, de méfiance à l’égard de tout ce qui touche à la production capitaliste. Il y a surtout l’incroyable rigidité bureaucratique d’un système centralisé et clos sur lui même, incapable de répondre avec souplesse et diversité aux attentes et aux besoins variés d’une économie durement exposée. 

La recherche connaît des problèmes qui, pour être distincts, n’en ont pas moins une profonde parenté avec ceux de l’éducation. La aussi on constate une organisation rigide et centralisée, des garanties statutaires stérilisantes, des établissements universitaires paralysés par les textes dans leurs efforts pour mettre leurs capacités de recherche au service de l’appareil productif. Orgueil des sociétés libérales, américaine ou allemandes, où les fondations autonomes et les instituts libres n’occupent qu’une place marginale dans l’activité nationale de recherche.

De ces contre-performances, nous sommes en réalité tous responsables. Le discours idéologique de la gauche et la ténacité des syndicats de l’éducation nationale, ainsi que l’UNEF ont, à coup sûr, fortement contribué à la naissance et au développement de cette formidable contre-société dédaigneuse des  attentes réelles de la société et soustraite par un centralisme bureaucratique poussé jusqu’à l’extrême aux contraintes et aux pesanteurs de la société réelle. 

Le discours éducatif de la gauche, tel qu’il avait été initialement formulé à la libération par le plan Langevin-Wallon, n’était sérieusement contesté par personne. Nulle part on ne mettait en doute la légitimité de la centralisation administrative et de l’uniformisation des établissements. Nulle part on ne contestait les vertus présumées de l’allongement indéfini de la scolarité et du refus de toute sélection, à quelque niveau que ce soit de l’enseignement secondaire voire supérieur.

Pendant plusieurs décennies jusqu’au milieu des années 80, la réduction et l’accumulation des moyens ont été, tous partis confondus, les maîtres mots du discours sur le système éducatif . Ce fut à coup sûr une erreur de ne pas voir que la modernisation du système exigeait une très large diffusion des responsabilités, une vigoureuses décentralisation des moyens, une diversification acceptée des programmes et des méthodes. Cette erreur a conduit à de telles aberrations que la seule sélection admise est celle de la lassitude et de l’abandon. Il aurait fallu déjà en 1986 et plus encore aujourd’hui reconnaître que les systèmes de formation les plus performants sont les plus décentralisés et les plus diversifiés.

En 1986, nous avons été faibles face à un discours dominant dont on mesure maintenant la tragique irréalité. Les derniers à pouvoir nous en faire grief sont ceux là mêmes qui ont mis à profit cette faiblesse pour assurer le règne de leurs idées fausses et de leurs mauvais principes. Aujourd’hui il faut être fort, non point pour imposer une énième et utopique réforme des filières, des cycles et de la pédagogie, mais pour modifier en profondeur les règles d’un jeu administratif aujourd’hui biseauté, et pour rendre au système éducatif, comme au système de recherche, la souplesse, la diversité, le sens des responsabilités et la capacité d’adaptation indispensables au maintien de la France dans le camp réduit des nations qui maîtriseront les techniques et les productions d’avenir.

Enfin ayons toujours à l’esprit que finalement le dernier mot revient à ceux dont on ne parle pas : Les entreprises et les recruteurs. Eux connaissent les valeurs et les spécificités de nos universités. Pas besoin de leur faire un dessin.

Flamant Rose

14.11.2007

SENILES

"Séniles", c'est le mot qu'a employé Alain Finkielkraut pour qualifier le mouvement étudiant de blocage des universités. Il a aussi prononcé le mot "gâteux", que je savoure, ainsi que l'expression "militantisme pour la clochardisation des universités". Ah, que ces mots sont doux après une journée à écouter le ronronnement poisseux du politiquement correct médiatique...

J'aime beaucoup Finkielkraut, sa pensée, ses analyses, mais aussi la finesse de leur forme, quand bien même ce sont souvent de lourdes charges. Et en écrivant ces mots, je me rends compte que je ne le publie pas assez.

Sur ce, place aux images et au son :

13.11.2007

FACS BLOQUEES : UN COMPORTEMENT TERRORISTE

8a6d195e8ab4861aa258db8b79da6942.jpg

Pas plus tard qu'hier, j'évoquais grâce à la confrontation entre Zapatero et Chavez cette lutte qui finira par devenir éternelle entre le respect lié à l'idéal démocratique et le totalitarisme rhétorique. Je ne pensais pas en reparler si vite, qui plus est dans le cadre d'une problématique franco-française cette fois.

C'est Marc Gontard, président de l'Université Rennes II, qui aborde le sujet, à propos de l'attitude des étudiants grévistes :

"Ce matin, nous avons trouvé devant les portes des bâtiments de l'université des groupes déterminés ayant sous le manteau des battes de base-ball. Ce sont des groupes qui ont un comportement terroriste. Je pèse mes mots."

Le Nouvel Obs, qui rapporte ses propos, précise alors que "la direction a annulé les cours mardi à l'université de Rennes 2 (lettres et sciences humaines) en raison de ce blocage qui crée un risque de tensions sur le campus."

Blocage ? Mais alors il y eut vote, bien sûr, de la part d'étudiants tellement soucieux du caractère républicain de leur éducation ?

Effectivement, il y eut vote, affirme toujours le Nouvel Obs. Mais pas vraiment celui attendu, apparemment :

Près de 62% des 3.290 étudiants votants se sont prononcés lundi contre le blocage, à bulletins secrets, une première à Rennes 2 qui compte près de 18.000 étudiants.

Un vote effectif, qu'il n'est pas possible de respecter du fait de la violence des parties en présence : ce constat arrache à Marc Gontard un soupir de résignation et de colère contenue qu'il est difficile de ne pas partager :

"On a voulu éviter l'affrontement pour la journée. Face à une centaine d'étudiants violents, nous sommes démunis. C'est l'impuissance des démocraties face aux régimes totalitaires."

Démunis? Pas complètement. A Nanterre, fac bloquée jusqu'à ce matin, le président d'université Olivier Audéoud a demandé l'intervention des forces républicaines : "On use de la force nécessaire et suffisante", a-t-il estimé, lorsque les étudiants désireux d'étudier ont pu entrer suivre leurs cours.

Le comportement des étudiants dans cette affaire est doublement irresponsable :

1. Tout d'abord, parce que la loi est unanimement reconnue comme étant justifiée. Je citerai à ce sujet Jacques Julliard, qui s'en expliquait très clairement en juillet dans le Nouvel Obs, en dénonçant au passage les incohérences nouvelles de la gauche et des mouvements étudiants :

"Encore un domaine, hélas, où la gauche n'a pas volé sa défaite. Sa crispation sur l'université napoléonienne, son refus de l'autonomie, qui aurait dû être son cheval de bataille, sont consternants ; nous n'avons pas ici attendu la conjoncture actuelle pour dénoncer cet immobilisme.

[...] Sarkozy a donc raison d'agir et d'agir vite. Cette remarque sera ma seule réponse à ceux de mes correspondants qui me reprochent une opposition systématique. Ils se trompent. Je maintiens que la politique économique et sociale de Sarkozy manque d'ambition et de courage. [...] En revanche, ce qu'il a entrepris en matière européenne et universitaire mérite d'être encouragé.

[...] En un mot, les syndicats et les partis de gauche, plutôt que de freiner la réforme, devraient courir devant, afin de la mieux orienter."

2. Ensuite parce comme le dit très bien Le Monde dans son édito, prendre l'Université en otage est certainement la dernière chose à faire pour la sortir de l'ornière où elle est depuis si longtemps, au vu et au su de tous :

"En cherchant à bloquer les "facs" et en demandant l'abrogation de la loi sur l'enseignement supérieur adoptée le 11 août, les étudiants les plus radicaux ne sont-ils pas en train de se tirer une balle dans le pied ?

[...] l'avenir de l'université n'est, en l'occurrence, qu'un prétexte commode saisi notamment par l'extrême gauche pour tenter d'élargir et de fédérer un premier front anti-Sarkozy. Comme souvent par le passé, il était probablement inévitable que l'université soit prise en otage dans cette affaire. Mais c'est, pour les jeunes, le plus mauvais terrain pour manifester leur impatience ou leur révolte."

Enfin, le mot est lâché. On se sent presque soulagé de le lire. Foin des régimes spéciaux, de l'université, du pouvoir d'achat : c'est la tête de Sarkozy qui est en jeu. Finalement, c'est ce syndicaliste lui confiant droit dans les yeux qu'ils l'obtiendraient au nom d'une tradition séculaire qui fut le plus sincère. Au TSS, Tout Sauf Sarkozy, voudrait bien succéder le TCS, Tous Contre Sarkozy.

Sauf que... la passation de pouvoir traîne en longueur. La France de 2007 a mûri. Elle y croit à nouveau. Elle que tous dépeignent comme dépressive et pessimiste, parce que résignée face à la fatalité immobiliste, se reprend à rêver d'un avenir audacieux, d'un bras d'honneur magistral aux corporatismes archaïsants. Passer directement du XIXème au XXIème siècle : voilà le défi.

Est-ce bien réaliste? N'est-ce pas la rue qui, une fois de plus, aura le dernier mot? Je n'ai pas de boule de cristal... mais si je devais me risquer à un pronostic, je dirais que si certains doutent du caractère indiscutable de la rupture, il y a de grandes chances que ce soit lors des semaines qui viennent qu'ils en perçoivent toute la réalité.

Mais n'anticipons pas.

Ah, avant de vous quitter, un dernier tableau, pour occuper les méditations matinales de ceux qui se lèveront (très) tôt demain pour aller... travailler.

bfa50d8d04f8647420e7563e8ab22721.jpg