23.11.2007

Les trois leçons d’une grève, par Paul-Henri du Limbert

C'est fait. Pourtant quand on en parlait, début 2007, les socialistes et l'extrême-gauche riaient, sûrs de leur expérience (autant de victoires que de bras de fer sociaux). Plus récemment, tous disaient encore que c'était impossible, qu'ils l'auraient, qu'ils le feraient plier lui comme les autres, parce que c'était la tradition et qu'il n'y avait pas de raison que lui fasse exception. Souvenez-vous, c'était il y a moins d'un mois, le 26 octobre :


 

Eh bien... non. L'histoire a connu un bug. Une nouvelle ère s'annonce, pas celle d'un eldorado ni d'une utopie, juste celle d'un état de droit, où les réformes sont - enfin - possibles. Bilan d'une semaine de grève, sous la plume leste de Paul-Henri du Limbert dans lefigaro.fr.

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Les trois leçons d’une grève

Ils étaient déterminés, mais lui l’était plus encore. Les jours passant, les cheminots ont dû se rendre à l’évidence, Nicolas Sarkozy ne céderait pas. Et il n’a pas cédé. Alors, doucement mais sûrement, ils ont renoncé à un combat que les Français réprouvaient.

À l’heure où trains et métros recommencent à rouler, on peut tirer trois leçons de la première grande épreuve du mandat présidentiel. D’abord, Nicolas Sarkozy n’est pas un «tigre de papier». Ça et là, quelques-uns assuraient que la rupture n’était qu’une posture. Un slogan qui sert à gagner les élections et que l’on remise sitôt élu. Mais le chef de l’État fait partie de cette génération d’hommes politiques qui ont été trop longtemps bercés par la petite musique entêtante du renoncement. Leurs aînés, de droite comme de gauche, se contentaient le plus souvent d’établir le diagnostic des maux de la société française. Le diagnostic, pas le traitement. Lui a décidé de s’intéresser au traitement ; et le traitement, c’est la rupture. La «feuille de soins» a été proposée aux Français en mai dernier, et elle ne leur a pas donné le vertige. Dès lors, pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il flanché devant les 500 000 bénéficiaires des régimes spéciaux ? Il était sûr de son bon droit et l’opinion était avec lui.

La deuxième leçon, c’est que la partie remportée face aux cheminots peut faciliter les réformes à venir. On le sait, le chef de l’État promet bien d’autres débats fracassants : sur l’amaigrissement du secteur public, sur la réduction des déficits budgétaires, sociaux, et sur tous ces «particularismes» qui font que la France n’est pas un pays comme les autres, pour son bien parfois, pour son mal souvent.

Si la réforme des régimes spéciaux – « la mère des réformes », disait-on – a pu convaincre l’opinion que tout devait changer dans ce pays, elle aura grandement servi les desseins du chef de l’État. Réputés coriaces, les cheminots ont dû céder. Instruits par l’expérience, les membres des autres corporations de la société française oseront-ils tenter le bras de fer ? Certains rétorqueront qu’il y a grand péril à s’attaquer à tous les bastions. Peut-être, mais si les bastions se mettent à douter du bien-fondé de leur combat­ ?

D’autant plus, et c’est la troisième leçon de ces journées de novembre, que le Parti socialiste n’a toujours pas résolu son criant problème d’opposition à Nicolas Sarkozy. Rue de Solferino, on en a entendu beaucoup qui critiquaient la « méthode » du président de la République mais très peu qui dénonçaient la réforme elle-même. Vieille et vaine tactique. On est d’accord avec l’adversaire mais on n’ose pas l’avouer ; on use d’arguments qui sonnent faux et on ne convainc personne. Cette attitude n’a pas échappé aux Français, assez avertis de la chose politique pour comprendre que lorsque la gauche biaise, tergiverse et ratiocine, c’est qu’elle est d’accord avec la droite. L’« hyperprésident » attend toujours son «hyperopposition». Pour l’instant, il ne voit rien venir…

21.11.2007

REPRISE DES NEGOCIATIONS

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Et voilà, c'est le Grand Soir Jour... les négociations tant attendues ont enfin débuté.

eb9dd257fb8026aecdcda701cfbf7a43.jpgSauf que... il se murmure que ce matin, entre café et croissant, Bernard Thibault aurait sussuré à l'oreille de François Chérèque :

J'veux pas y'aller à ce dîner, j'ai pas l'moral, j'suis fatigué, ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas.

En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine, j'ai l'air d'une chipolata, je peux pas sortir comme ça.

Ça n'a rien à voir je les aime bien tes amis, mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.

On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi,

On appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.

15a37b9390efbeedfa86bd0e13ae74c6.jpgAinsi fut dit, ainsi fut fait. Le coup de fil fatidique est passé. Branle-bas de combat au Ministère du Travail, où Xavier Bertrand s'étrangle d'indignation, et surtout, de déception. La mort dans l'âme, déprimé, il se résoud quand même à appeler Bernard Thibault, lui-même en train de ramasser les miettes de pains au chocolat que Chérèque a dispersé dans le lit en s'esclaffant devant les bourdes d'un Louis de Funès aux prises avec des extraterrestres. Mais devant les appels au secours répétés du Ministre du Travail, Bernard Thibault comprend qu'il ne peut pas se défiler ouvertement, et entreprend de lui remonter le moral :

Si t'as besoin de moi, peu importe le problème, pour te tendre la main si les autres portes se referment, la mienne est ouverte sans question, sans conditions, faut juste s'entendre sur la date, j'ai des obligations.

Tu peux compter sur moi, quand tu veux et où que ce soit, je serai toujours là pour toi, tu peux compter sur moi, mais surtout n'oublie pas...

Faut pas que ce soit trop loin, j'prends pas l'avion j'ai trop peur, j'prends pas non plus le bateau parce que j'ai le mal de mer. Je peux venir en train mais je voyage en première, comme j'conduis pas, pour la voiture il me faut un chauffeur.

Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi.

Si tu as perdu le goût et perdu le chemin, si tu tiens à peine debout, si c'est la peine qui te tient, si tu te sens seul, si t'as besoin d'une épaule, si tu te sens mal, t'hésites pas, tu m'appelles.

Tu peux compter sur moi, quand tu veux et où que ce soit, je serai toujours là pour toi, tu peux compter sur moi, mais surtout n'oublie pas...

Le week-end ça m'arrange pas, la semaine j'suis pas trop joignable. Les vacances pourquoi pas, sauf que je coupe mon portable. Je peux je crois en juin, mais vaut mieux que je vérifie. Dimanche en huit je fais rien, ah non ! Je serai pas à Paris.

Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi.

6eb9ccaf3ab8a312fc708ddcdd7a7fe3.jpgXavier Bertrand est rassuré. Ce n'est que partie remise. Les négociations auront bien lieu. Désormais détendu, il prend même le temps de s'enquérir auprès d'un Bernard Thibault pressé de retourner sous la couette (Chérèque n'a même pas mis le film sur "pause" quand le téléphone a sonné) de l'état d'esprit de ses collègues syndicalistes, et notamment de celui de Christian Mahieux, secrétaire fédéral de Sud Rail.

" - Christian ? répond alors Bernard Thibault, ça va pas fort. La dernière fois que j'ai dîné avec lui, il m'a dit qu'

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, armé jusqu'aux dents dans un repère qu'il imagine à l'intérieur d'un volcan ou dans une base sous-marine.

Tous à mettre dans le même sac, qu'on lui parle pas de politique, c'est magouille et compagnie et qui c'est qui paye... c'est bibi ! C'est pas la vie qu'il mérite, il veut que ça change et vite, même l'amour c'est du pipo les femmes aussi c'est des salauds.

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, il aurait un rire sardonique qui inspire la terreur, pas trop sardonique quand même, parce qu'il sait pas ce que ça veut dire... quand c'est mal fait ça fait pas peur !

Alors personne serait assez fou pour le prendre de haut, les yeux il les baisserait plus, il aurait le dernier mot. On le respecterait enfin, lui ne nous détesterait plus, lui qui n'aimait que son chien, son chien d'ailleurs qu'il a perdu. Son chef de service sûrement reviendrait sur sa décision, plutôt qu'un licenciement ce serait une augmentation. Peut-être même que sa femme annulerait le divorce, et aucun juge n'aurait l'audace de le priver de ses gosses.

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, armé jusqu'aux dents dans un repère qu'il imagine à l'intérieur d'un volcan ou dans une base sous-marine. "

 " - Oups, soupire alors Xavier Bertrand, c'est pas gagné alors... Bonne journée, Bernard, et fais la bise à François de ma part... "

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Pour en savoir plus sur la vie tumultueuse de Bernard, François, Xavier, Christian et les autres, n'hésitez pas à écouter la totalité de l'opus Bénabaresque.

Cette page de fiction syndicaliste vous était offerte par moi. Toute ressemblance avec des personnages existants, etc., etc.

20.11.2007

Le corporatisme saisi par le gauchisme, par Alain-Gérard Slama

Il y a quelques jours, François Hollande figurait une complaisance toute nouvelle avec l'extrême gauche - lui qui quelques mois auparavant disait ne plus croire au Grand Soir.

Dans la foulée de cette décision lourde de sens, voici une analyse d'une clarté exemplaire, je trouve, d'Alain-Gérard Slama, lue sur lefigaro.fr.

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Décidément, en ce point des grèves que l’on espère culminant, tout confirme que nous ne sommes pas en 1995. L’agitation de la rue contre le gouvernement Juppé avait été soutenue par les classes moyennes et exploitée par le PS. En novembre 2007, l’impopularité des grèves est générale, et le PS, qui ne cesse d’attendre son heure, est d’un silence assourdissant. En revanche, nous voyons la base s’obstiner à poursuivre le conflit, et l’extrême gauche se durcir. Ce peut être un baroud d’honneur, avant la reconnaissance par chacun de son intérêt bien compris. Mais ce peut être aussi un degré de plus dans l’escalade des tensions qui menace le modèle politique social français – de loin le plus fortement fragilisé en Europe, il ne faut pas se lasser de le redire, par le choc de la mondialisation.

Cette dernière hypothèse doit être prise au sérieux, dans la mesure où l’exploitation de cette situation par l’extrême gauche pourrait se révéler, à terme, beaucoup plus difficile à maîtriser que ne le fut l’opposition communiste sous la Ve République. En 1995, la prise en charge des mouvements protestataires avait transformé un rejet qui était, au départ, d’ordre idéologique en un phénomène sociologique. Il se pourrait que nous assistions aujourd’hui à un processus symétrique : la transformation d’une revendication sociologique en une contestation idéologique, exploitée par les mouvements gauchistes.

La crise de 1995 avait rendu manifestes en France la montée et la solidarité d’un corporatisme de type nouveau, consistant dans l’agrégation d’égoïsmes professionnels, ethniques et identitaires. Loin d’être révolutionnaire, cet individualisme tribal, en quête de reconnaissance et d’assistance, a condamné le pays à la prévention généralisée et à l’immobilisme. Il était conservateur d’un modèle social épuisé, voire réactionnaire. Ce processus a trouvé en partie son remède dans la prise de conscience par l’opinion de la gravité de la crise, et des réformes rendues nécessaires par la contrainte économique extérieure et par la faillite des comptes de l’État-providence. En évinçant Ségolène Royal pour cause d’irréalisme, l’élection présidentielle du printemps 2007 a confirmé l’ampleur de ce réveil, en même temps qu’elle ouvrait la perspective d’une alternance droite-gauche tempérée et régulée par les centres, alors qu’elle avait été auparavant entravée par les extrêmes.

Restait cependant une inconnue : le poids réel de l’extrême gauche, laminée par ses divisions, et par le souci du vote utile après la leçon de la présidentielle de 2002. Les élections législatives de juin ont permis d’évaluer le vote d’extrême gauche – PCF compris – à un étiage de 11 %, mais avec 40 % d’abstentions. La principale incertitude portait, et porte encore, sur la capacité des courants trotskistes – au nombre de trois ! –, des altermondialistes et des communistes à réaliser le rêve du chef de la LCR, M. Besancenot : ce dernier, fort de ses 4 % de voix au premier tour de la présidentielle, vise à rassembler à gauche de la gauche une formation comparable, voire supérieure à ce que fut le Front national dans ses beaux jours. En cas d’échec de la politique économique du gouvernement, et compte tenu de l’antilibéralisme quasi instinctif diffus dans l’opinion française, ce mouvement pourrait espérer se renforcer d’une partie des mécontents, et les entraîner dans sa haine du capitaliste et du bourgeois, de la même façon que le Front national a exploité le fond de xénophobie qui germe au cœur de toute frustration sociale.

Telle est la tactique testée en ce moment par l’extrême gauche. Celle-ci vise, en multipliant les blocages, à créer un climat de guerre civile, à la faveur duquel elle espère détourner au bénéfice de son objectif révolutionnaire les corporatismes qui paralysent le pays : titulaires de régimes spéciaux acharnés à protéger leur contrat, étudiants inquiets devant toute perspective de réforme, mal-logés et sans-logis impatients devant les lenteurs du plan Borloo.

Le principal danger qui guette la société française serait le détournement du néocorporatisme apparu en 1995, au bénéfice d’un gauchisme, dont l’idéologie, savamment banalisée, s’est emparée des sciences sociales, d’une partie de l’intelligentsia et des médias, depuis la chute du communisme, à la fin des années 1980. Tout le problème qui se pose au gouvernement est de dissocier le corporatisme et le gauchisme l’un de l’autre, et, pour cela, d’éviter le plus possible le choc frontal. Margaret Thatcher, dira-t-on, n’a pas eu peur d’une montée aux extrêmes. Mais elle est parvenue au pouvoir alors que son pays était au fond du gouffre ; l’ultrasocialisme de Tony Benn, l’idéologue du gouvernement travailliste Callaghan, était totalement discrédité, et elle avait à affronter des syndicats forts.

Dans la situation française actuelle, l’opposition radicale vient moins des syndicats que de leurs bases les plus radicales manipulées par l’extrême gauche. Malgré l’impopularité de la grève, le risque de blocage par ces bases est si lourd qu’il inquiète la CGT elle-même : son secrétaire général, Bernard Thibaud, ancien cheminot, se heurte de la part de SUD-rail à une opposition d’une violence qui donne la mesure du péril. Rarement virage aura été plus difficile à prendre. À sa sortie, la réforme des règles de la représentativité syndicale et le secret des votes de fin de grève seront à instaurer d’urgence.

16.11.2007

CE QU'IL FAUT PAS ENTENDRE...

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Entendu ce matin sur RTL - journal de 7h30 - l'interview d'un syndicaliste expliquant tranquillement que ses collègues camarades et lui épargnaient depuis des mois un modeste pécule, un petit trois fois rien, juste de quoi tenir une grève de plusieurs mois en prévision de la réforme des régimes spéciaux.

Ceci laisse entr'apercevoir ce que nous sentons tous confusément depuis des décennies : les négociations avec les syndicats ne sont souvent que la façade médiatique d'un rapport de force joué d'avance. Les syndicats savent des mois avant le premier jour de grève qu'ils refuseront toute proposition de sortie de crise : la seule négociation porte alors sur le prétexte qu'ils donneront à leur entêtement.

Témoin supplémentaire et paradoxal de cet état de fait, Bernard Thibault lui-même, qui pour avoir la lucidité d'éviter le suicide de son organisation risque d'être la première victime des traditions jusque-boutistes. La grogne de "la base" devient pressante à son encontre : 

« Thibault ou Chérèque, ils sont les interlocuteurs du gouvernement, pas nous ! Le conflit ne s’arrêtera pas là» , assure Joël Guilbaud, délégué syndical de la CGT-cheminots. Chez SUD-rail, on ne dit pas autre chose. «Thibault et Chérèque déraillent complètement. La base est à contre-courant du sommet de la pyramide. Nous restons sur un refus complet des propositions», insiste Christophe Abadi. Dans leur sillage, les autres cheminots étaient plus que jamais décidés à paralyser le trafic jusqu’à ce qu’ils aient obtenu satisfaction. "

Thibault en mauvaise posture donc, pour refuser la mort programmée de son syndicat - sous sa forme actuelle - dont personne ne semble avoir conscience à part lui au sein des AG. L'édito du Monde est explicite à ce sujet :

" la SNCF a donné à trois syndicats des assurances sur un complément de salaire pour les années supplémentaires de cotisation qui conduisent François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, à recommander de "suspendre la grève". Cette ouverture de négociations peut permettre d'éloigner le spectre d'un remake de 1995 et d'arrêter vite la grève reconductible des cheminots - sans exclure, en cours de route, de nouvelles journées d'action. Le mérite en reviendrait à la souplesse de M. Sarkozy, soucieux de réussir sa réforme, et à l'habileté stratégique de Bernard Thibault, désireux d'éviter un piège mortifère pour la mue qu'il veut imprimer à la CGT.

M. Thibault aurait volontiers fait l'économie de ce conflit. Plus que jamais arc-bouté sur la posture interprofessionnelle, le secrétaire général de la CGT a la double obsession de ne pas incarner un immobilisme syndical accroché à ses "places fortes" du secteur public et de ne pas se couper des salariés du privé.

[...] Le pari de M. Thibault est courageux et risqué. Pour la première fois, un secrétaire général de la CGT a proposé et obtenu des négociations d'entreprise sans préalables avant même le début d'un conflit. Si sa tactique réussit, il pourra enfin imposer, huit ans après son élection, sa mutation réformiste. S'il échoue, sa fédération des cheminots, opposée à sa stratégie, n'hésitera pas à jouer la base et à multiplier les embûches. Dans ce cas, sa stratégie serait condamnée. M. Sarkozy a tout intérêt à ce qu'il réussisse. "

Je crois que sur cette dernière phrase, il doit y avoir erreur : l'intérêt de M. Sarkozy n'est pas vraiment en jeu là-dedans. Si la CGT négocie, Sarkozy est gagnant, du fait de la stature de réformateur pacifique et posé qu'il y gagne ; si la CGT s'entête, et que Sarkozy tient bon, il sera perçu comme le Eltsine français - période pré-vodka - c'est à dire le premier à même de déboulonner dans l'inconscient collectif les sacro-saintes statues des révolutionnaires de l'asphalte.

Messieurs les syndicalistes, faites vos jeux.

15.11.2007

GREVE ET HUMOUR

C'est - encore - de la grève que je veux vous parler, sous l'angle du second degré cette fois. J'ai relevé deux traitements de l'événement qui m'ont fait sourire.

Tout d'abord, il y a cette lettre, qui en rappelle vaguement une autre. Souvenez-vous : la lecture "obligatoire" de la lettre de Guy Môquet a fait polémique il y a peu. Cette parodie grinçante, dont j'ai eu connaissance par Timothée (merci à lui), met en relief plusieurs points : tout d'abord, l'absence totale de lucidité - ou le masochisme social? - de certains étudiants, acteurs délibérés de leur propre déchéance administrative, que pointait de son noble doigt Alain Finkielkraut le 11 novembre ; ensuite, la faillite des idéaux, qui se traduit par une frilosité tragique face à toute réforme susceptible d'injecter un tant soit peu de modernité dans le quotidien... ce qui supposerait en effet de s'y adapter. Effort insupportable.

Puis il y a cette vidéo sans prétention, parodie d'une célèbre chanson des Village People, YMCA, réalisée par Mister Olive 

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Ma petite maman chérie, et vous Joseph, Léon, Ernesto, Hugo et Mao, mes tout petits poissons – rouges évidemment ! – adorés.

Croyez-moi, j’ai essayé de suivre la voie que vous m’aviez tracée. Quand j’ai entendu le mot réforme, comme vous l’aviez déjà fait, mes camarades, en 2006 contre le CPE, en 2005 contre la réforme du bac, en 2004 contre la réforme LMD, en 2003 contre celle de Ferry – enfin comme vous l’aviez toujours fait – j’ai bloqué ma fac.

Avec un peu de retard, je vous l’accorde, la loi ayant été adoptée au mois de juillet, mais que voulez-vous l’arrière saison étant tellement plus agréable sur la côte, j’ai prolongé mes vacances.

Aujourd’hui, je sais que je vais mourir. Oh non ! Ce n’est pas des CRS que j’ai peur. Cela fait bien longtemps que j’ai appris à aimer l’odeur des gaz lacrymogènes.

[...] C’est la loi LRU qui va me tuer !

Avec cette loi, les présidents d’universités auront la responsabilité de l’entretien des bâtiments. Certains n’hésiteront pas à les repeindre. Tu sais, toi ma petite maman chérie, comme l’air me manque à chaque fois que j’entre dans une pièce propre.

Si les facs sont rénovées et nettoyées, où vais-je pouvoir me cacher ? C’est sûr, je vais mourir !

Plus dangereux encore. La loi va permettre aux universités de créer des bureaux, des stages et une aide à l’insertion professionnelle.

C’est sûr, ils veulent que l’on trouve du boulot …

Mon petit papa adoré, tu sais, toi, comme mes camarades et moi sommes réfractaires à toute forme de travail. Il est trop tard, je vais mourir.

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14.11.2007

SENILES

"Séniles", c'est le mot qu'a employé Alain Finkielkraut pour qualifier le mouvement étudiant de blocage des universités. Il a aussi prononcé le mot "gâteux", que je savoure, ainsi que l'expression "militantisme pour la clochardisation des universités". Ah, que ces mots sont doux après une journée à écouter le ronronnement poisseux du politiquement correct médiatique...

J'aime beaucoup Finkielkraut, sa pensée, ses analyses, mais aussi la finesse de leur forme, quand bien même ce sont souvent de lourdes charges. Et en écrivant ces mots, je me rends compte que je ne le publie pas assez.

Sur ce, place aux images et au son :

13.11.2007

FACS BLOQUEES : UN COMPORTEMENT TERRORISTE

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Pas plus tard qu'hier, j'évoquais grâce à la confrontation entre Zapatero et Chavez cette lutte qui finira par devenir éternelle entre le respect lié à l'idéal démocratique et le totalitarisme rhétorique. Je ne pensais pas en reparler si vite, qui plus est dans le cadre d'une problématique franco-française cette fois.

C'est Marc Gontard, président de l'Université Rennes II, qui aborde le sujet, à propos de l'attitude des étudiants grévistes :

"Ce matin, nous avons trouvé devant les portes des bâtiments de l'université des groupes déterminés ayant sous le manteau des battes de base-ball. Ce sont des groupes qui ont un comportement terroriste. Je pèse mes mots."

Le Nouvel Obs, qui rapporte ses propos, précise alors que "la direction a annulé les cours mardi à l'université de Rennes 2 (lettres et sciences humaines) en raison de ce blocage qui crée un risque de tensions sur le campus."

Blocage ? Mais alors il y eut vote, bien sûr, de la part d'étudiants tellement soucieux du caractère républicain de leur éducation ?

Effectivement, il y eut vote, affirme toujours le Nouvel Obs. Mais pas vraiment celui attendu, apparemment :

Près de 62% des 3.290 étudiants votants se sont prononcés lundi contre le blocage, à bulletins secrets, une première à Rennes 2 qui compte près de 18.000 étudiants.

Un vote effectif, qu'il n'est pas possible de respecter du fait de la violence des parties en présence : ce constat arrache à Marc Gontard un soupir de résignation et de colère contenue qu'il est difficile de ne pas partager :

"On a voulu éviter l'affrontement pour la journée. Face à une centaine d'étudiants violents, nous sommes démunis. C'est l'impuissance des démocraties face aux régimes totalitaires."

Démunis? Pas complètement. A Nanterre, fac bloquée jusqu'à ce matin, le président d'université Olivier Audéoud a demandé l'intervention des forces républicaines : "On use de la force nécessaire et suffisante", a-t-il estimé, lorsque les étudiants désireux d'étudier ont pu entrer suivre leurs cours.

Le comportement des étudiants dans cette affaire est doublement irresponsable :

1. Tout d'abord, parce que la loi est unanimement reconnue comme étant justifiée. Je citerai à ce sujet Jacques Julliard, qui s'en expliquait très clairement en juillet dans le Nouvel Obs, en dénonçant au passage les incohérences nouvelles de la gauche et des mouvements étudiants :

"Encore un domaine, hélas, où la gauche n'a pas volé sa défaite. Sa crispation sur l'université napoléonienne, son refus de l'autonomie, qui aurait dû être son cheval de bataille, sont consternants ; nous n'avons pas ici attendu la conjoncture actuelle pour dénoncer cet immobilisme.

[...] Sarkozy a donc raison d'agir et d'agir vite. Cette remarque sera ma seule réponse à ceux de mes correspondants qui me reprochent une opposition systématique. Ils se trompent. Je maintiens que la politique économique et sociale de Sarkozy manque d'ambition et de courage. [...] En revanche, ce qu'il a entrepris en matière européenne et universitaire mérite d'être encouragé.

[...] En un mot, les syndicats et les partis de gauche, plutôt que de freiner la réforme, devraient courir devant, afin de la mieux orienter."

2. Ensuite parce comme le dit très bien Le Monde dans son édito, prendre l'Université en otage est certainement la dernière chose à faire pour la sortir de l'ornière où elle est depuis si longtemps, au vu et au su de tous :

"En cherchant à bloquer les "facs" et en demandant l'abrogation de la loi sur l'enseignement supérieur adoptée le 11 août, les étudiants les plus radicaux ne sont-ils pas en train de se tirer une balle dans le pied ?

[...] l'avenir de l'université n'est, en l'occurrence, qu'un prétexte commode saisi notamment par l'extrême gauche pour tenter d'élargir et de fédérer un premier front anti-Sarkozy. Comme souvent par le passé, il était probablement inévitable que l'université soit prise en otage dans cette affaire. Mais c'est, pour les jeunes, le plus mauvais terrain pour manifester leur impatience ou leur révolte."

Enfin, le mot est lâché. On se sent presque soulagé de le lire. Foin des régimes spéciaux, de l'université, du pouvoir d'achat : c'est la tête de Sarkozy qui est en jeu. Finalement, c'est ce syndicaliste lui confiant droit dans les yeux qu'ils l'obtiendraient au nom d'une tradition séculaire qui fut le plus sincère. Au TSS, Tout Sauf Sarkozy, voudrait bien succéder le TCS, Tous Contre Sarkozy.

Sauf que... la passation de pouvoir traîne en longueur. La France de 2007 a mûri. Elle y croit à nouveau. Elle que tous dépeignent comme dépressive et pessimiste, parce que résignée face à la fatalité immobiliste, se reprend à rêver d'un avenir audacieux, d'un bras d'honneur magistral aux corporatismes archaïsants. Passer directement du XIXème au XXIème siècle : voilà le défi.

Est-ce bien réaliste? N'est-ce pas la rue qui, une fois de plus, aura le dernier mot? Je n'ai pas de boule de cristal... mais si je devais me risquer à un pronostic, je dirais que si certains doutent du caractère indiscutable de la rupture, il y a de grandes chances que ce soit lors des semaines qui viennent qu'ils en perçoivent toute la réalité.

Mais n'anticipons pas.

Ah, avant de vous quitter, un dernier tableau, pour occuper les méditations matinales de ceux qui se lèveront (très) tôt demain pour aller... travailler.

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12.11.2007

BLOQUONS LES BLOCAGES

Devant la perspective de troubles sociaux annoncés, qui n'ont d'autre but que de renverser le gouvernement et le président actuel en refusant l'application du programme sur lequel il a été élu, et ce afin de pérenniser le "pouvoir de la rue" qui depuis 30 ans empêche toute réforme d'être menée jusqu'à son terme, je salue et relaie ces deux initiatives : l'une concerne Gérard Mermet, sociologue, et a été publiée dans Métro ; l'autre est un appel à manifester le 18 novembre, lancé par Liberté Chérie

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Appel aux citoyens inquiets, en colère... et silencieux

Grève, régimes, spéciaux, réformes... Gérard Mermet, sociologue (auteur de Francoscopie), prend position.

Sous divers prétextes, les bénéficiaires des régimes spéciaux défendent le maintien de ce que l'on doit appeler, en toute objectivité, des privilèges. A tous ceux qui s'efforcent de regarder la société sans prisme idéologique ou politique , mais en se réclamant du bon sens, de l'équité, de la solidarité, de la responsabilité, leur attitude paraît irresponsable, voire indécente. Rappels :

  • Les bénéficiaires des 128 régimes concernés partent à la retraite bien avant ceux du régime général. Exemples : 50 ans pour les agents de conduite SNCF ou RATP; 53 ans pour les sénateurs, 55 pour les députés qui auraient dû montrer l'exemple...;
  • La durée moyenne de leur retraite est pour beaucoup supérieure à celle de leur vie active et ils percevront ainsi plus de pensions qu'ils n'ont reçu de salaires !
  • Le montant de leur retraite est calculé sur les 6 derniers mois de salaire (comme pour les fonctionnaires, qui bénéficient encore à ce titre d'un régime spécial), soit un écart considérable par rapport aux 25 années du régime général. Leur taux de cotisation est en outre souvent inférieur (7,8% contre 10 à 11%);
  • La plupart bénéficient par ailleurs d'un autre privilège important : la garantie de l'emploi ;
  • Dans l'immense majorité des cas, l'existence de ces "exceptions" n'est plus justifiée par une pénibilité particulière du travail;
  • Le coût de ces régimes (qui concernent 1,2 million de retraités pour seulement 560 000 actifs) représente 15 milliards d'euros pour 2007, dont la moitié payée par la collectivité.
  • La France est le seul pays développé au monde où demeurent de telles inégalités;
  • La réforme de ces régimes est souhaitée par 82% des Français (sondage Metro/Ifop, 11 octobre 2007), y compris par une majorité des agents de la Fonction publique;
  • On estime à 300 milliards d'euros les engagements de retraite des sept principaux régimes spéciaux au cours des six prochaines décennies : une charge injuste et insupportable pour les générations futures.

Un constat semblable peut être fait pour les autres réformes jugées nécessaires par la grande majorité des experts : université; recherche; fonction publique; système de santé; droit du travail; justice; dialogue social... Réalisées dans les autres pays depuis des années, elles sont chez nous sans cesse bloquées par des minorités fortement politisées, incapables d'appréhender la réalité du monde et la nécessité de s'y adapter (ce qui n'interdit pas de chercher à l'améliorer).

La réforme des régimes spéciaux était a priori la plus " facile " et consensuelle, d'autant qu'elle a été comme d'habitude proposée aux intéressés avec des aménagements et un étalement dans le temps. Un recul du gouvernement rendrait donc quasiment impossible la mise en œuvre des réformes plus "difficiles". Il démontrerait une fois encore que des individus et organisations se réclamant des principes d'égalité et de solidarité défendent en réalité des corporatismes, des égoïsmes, des privilèges injustifiables ou un statu quo insupportable. Comme en 1995, ils peuvent (souhaitent peut-être, pour certains) paralyser le pays et l'enfoncer un peu plus dans la crise économique et morale.

Cette attitude est irresponsable et dangereuse. De plus, la conjoncture économique actuelle ne permet pas de différer plus longtemps les réformes, sous peine d'un nouveau décrochage national, avec de graves conséquences sur le pouvoir d'achat, la cohésion sociale, la place de la France dans le monde. Rappelons enfin que les grèves occasionnent une gêne considérable pour les particuliers, coûtent très cher à la collectivité (150 millions d'euros pour celle du 18 octobre dans les transports pour la seule région Ile-de-France), affectent la compétitivité déjà réduite de la France, son attractivité et son image à l'extérieur, donc son avenir.

Face à cette situation, les citoyens inquiets et en colère ne peuvent rester silencieux. Pour leur propre dignité, pour l'avenir de leurs enfants et du pays, ils ne doivent pas laisser le monopole de l'expression à ceux qui refusent l'adaptation. C'est pourquoi je vous propose de :

  • Relayer cet appel aux personnes figurant dans votre carnet d'adresse (avec ou sans mention de l'auteur, qui ne signe ce texte que par souci de transparence);
  • L'envoyer aux médias pour qu'ils rendent davantage compte de votre avis;
  • Le mentionner (en tout ou partie) sur les forums , blogs et sites internet que vous animez ou fréquentez;
  • Imaginer et proposer des " manifestations virtuelles " (ou réelles) originales, aussi visibles et efficaces que les grèves;
  • Me faire part de vos commentaires et suggestions à l'adresse ci-dessous.

Nous ne pouvons accepter que le pouvoir de nuisance de quelques-uns mette en péril notre avenir commun.

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Cher adhérent,

Cher sympathisant,

Au vu du nombre extraordinairement élevé de témoignages de soutien que nous avons reçus ces dernières semaines, nous vous annonçons une

GRANDE

MANIFESTATION

CONTRE TOUS LES BLOCAGES

ECOLE,

JUSTICE,

UNIVERSITES,

TRANSPORTS,

SERVICES PUBLICS...

le dimanche 18 novembre

15h00

à PARIS

Le point de départ de la manifestation vous sera précisé très prochainement

Dans les jours qui viennent, les syndicats vont bloquer une nouvelle fois l'ensemble du pays : La SNCF, La RATP, EDF, GDF, La Poste, les universités, la Justice, l'Opéra de Paris, les écoles, la fonction publique... seront en grève entre le 14 et le 20 novembre.

Ce chantage est inacceptable. C'est pourquoi Liberté Chérie, avec l'aide d'autres associations de la société civile et de très nombreux anonymes, vous invite à une grande manifestation contre les blocages. Nous devons montrer aux syndicats qu'une majorité silencieuse ne souhaite pas se résigner à subir sans réagir.

Pour rappel, en juin 2003, nous avions réuni en l'espace de 15 jours 2000 personnes puis 80000 personnes contre les blocages. Ces événements avaient été très largement relayés dans les médias. Nous pouvons donc avoir un poids réel et faire entendre notre voix !

Nous attendons l'accord de la Préfecture pour vous préciser le lieu de départ de la manifestation. Notez déjà la date et l'heure dans votre agenda.

Par ailleurs, nous vous invitons à participer à nos tractages partout en France afin de dénoncer les grèves de ce mercredi 14 novembre. N'hésitez pas à joindre vos responsables locaux. Retrouvez ici la liste des tractages.

A Paris, les tractages auront lieu à :

Gare Saint-Lazare
mercredi 14 novembre
de 7h00 à 9h00
(RDV : entrée Cour de Rome)

Enfin, vous êtes très nombreux à nous écrire. Nous lisons vos messages avec attention mais nous ne pouvons répondre à tout le monde faute de temps. En effet, nous préférons donner la priorité à l'organisation des tractages et de la contre-manifestation.

Commencez dès aujourd'hui à faire le maximum de publicité autour de vous pour cette contre-manifestation. Diffusez cet e-mail et les suivants à toute votre famille, à tous vos amis et collègues. Parlez de ce rassemblement exceptionnel sur les forums, sur vos sites internet, sur vos blogs, ou sur des sites comme Facebook. Imprimez et diffusez nos tracts. Nous vous serons extrêmement reconnaissants de tout ce que vous pourrez faire pour nous aider à réussir cette manifestation.

Nous espérons vous retrouver massivement dimanche prochain et nous comptons sur l'aide que vous pourrez nous apporter.

Librement,

Le Comité de Direction de Liberté Chérie

19.10.2007

TENEZ BON

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Lu sur lefigaro.fr ce matin :

« Tenez bon » : selon le dernier sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI, le message des Français à leurs dirigeants est sans ambiguïté. 67 % des personnes interrogées souhaitent que la réforme des régimes spéciaux aille à son terme. Une détermination d'autant plus remarquable que seuls 27 % des sondés parient sur un arrêt rapide du mouvement. 40 % pensent qu'il va durer « quelques jours », et 32 % encore « plus longtemps ». [...] 26 % seulement des électeurs de Ségolène Royal souhaitent l'arrêt des réformes. Plus encourageant encore pour le président de la République : 38 % des Français qui ont voté pour son adversaire socialiste au second tour estiment que « le gouvernement doit s'engager plus nettement dans le sens des réformes ». La « rupture » fait donc de nouveaux émules, comme en témoigne le soutien massif des Français à l'une des promesses phares du candidat Sarkozy : la fin du monopole des grandes centrales syndicales. 87 % de l'ensemble des sondés - et 86 % des électeurs de Royal - sont favorables à la liberté de présentation aux élections professionnelles.

Le gouvernement Fillon est donc en passe de réussir là où Alain Juppé avait chu il y a 12 ans. Pour autant, c'est à partir de maintenant que les choses sérieuses commencent. Le buffle syndical est blessé, lui qui tant de fois pensait triompher sans même avoir à lutter. Désormais, tout faux pas de la part de la majorité sera donc exploité avec l'énergie de celui qui se sait condamné. Tout va donc dépendre de la façon dont François Fillon, mais aussi Nicolas Sarkozy, vont parvenir à discipliner leur camp, et les déclarations qui en émaneront.

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Rajout de 14h15 :

Lu sur lemonde.fr : L'harmonisation de la durée des cotisations de retraite entre les divers régimes "n'est pas négociable", a réaffirmé vendredi le Premier ministre François Fillon en répétant que la réforme des régimes spéciaux serait accomplie, lors d'un déplacement à Nîmes.

cc2f1542f50ff67aac2269d1604ae5f2.jpg"L'harmonisation à quarante annuités de la durée des cotisations de retraite de tous les Français, cela, c'est un sujet qui n'est pas négociable", a dit le Premier ministre. "L'égalité entre tous nos concitoyens l'exige et l'allongement de la durée de la vie l'impose", a-t-il ajouté.

M. Fillon avait auparavant réitéré que la réforme des régimes spéciaux serait "menée à bien", disant comprendre "qu'elle puisse susciter des inquiétudes comme tout changement". "Le gouvernement est ouvert au dialogue et continuera de chercher avec les partenaires sociaux les voies d'un accord", a dit le chef du gouvernement.

Après avoir rappelé les réformes précédentes des retraites, qui ont touché les autres régimes, il a appelé "les 500.000 agents bénéficiant des régimes spéciaux" à "comprendre que le maintien de notre système de retraite par répartition suppose un effort comparable et partagé". "Ils peuvent comprendre", a-t-il insisté, "qu'avec un million de bénéficiaires et 500.000 cotisants, c'est la survie même de leurs régimes qui est en cause". "La retraite par répartition est notre héritage commun (...) il nous garantit des droits communs, c'est pourquoi il nous impose aussi des devoirs communs", a déclaré M. Fillon.

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Rajout de 16h30.

Lu sur lemonde.fr :

f90e0521bf644181b322519fc784a180.gifLe PS "se félicite de la réussite" de la journée de grève du jeudi 18 octobre contre les régimes spéciaux de retraite, a déclaré vendredi, Benoît Hamon. Pour l'eurodéputé socialiste, "ce qui commence avec les régimes spéciaux se poursuivra par le démantèlement de l'ensemble du système des retraites par répartition". "A ce titre, c'est une journée d'alerte utile", a-t-il poursuivi. "Le seul divorce que nous constatons désormais est celui de Nicolas Sarkozy avec les salariés qui ont bien compris que derrière cette volonté de prétendue réforme des régimes spéciaux, il y a surtout une volonté de démanteler les principes de solidarité qui régissent les systèmes de retraite", a estimé M. Hamon.

18.10.2007

JOYEUSE GREVE A TOUS !

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La référence absolue en matière de fermeté face aux grévistes reste Margaret Thatcher : elle est même devenue une forme d'insulte facile, caricature libérale, croquemitaine de la lutte sociale, voire même réverbère politique sur lequel Renaud, à une autre époque, appelait à se soulager.

D'ailleurs, à l'heure où les scandales sur le financement des syndicats semblent percer leur coquille de démentis en France, il n'est peut être pas inutile de rappeler qu'à l'époque, le NUM, syndicat britannique des mineurs, était allé jusqu'à demander à la Libye terroriste de financer sa grève, notamment par l'entremise de la CGT française. Et comme Renaud n'en parle pas dans sa chanson, laissons Miss Maggie le raconter elle-même :

Le dimanche 28 octobre [...], le Sunday Times révéla qu'un permanent du NUM s'était rendu en Libye et avait demandé personnellement appui au colonel Kadhafi. C'était une nouvelle surprenante, et même les amis de M. Scargill en furent consternés. Au début d'octobre, M. Scargill (voyageant sous le nom de « Mr. Smith ») s'était rendu à Paris avec son collègue M. Roger Windsor pour rencontrer des représentants de la CGT, syndicat communiste. Assistait à la réunion un Libyen que M. Scargill affirma par la suite être un représentant des syndicats libyens - une espèce rare, en fait, étant donné que le colonel Kadhafi a dissous ces derniers à son arrivée au pouvoir en 1969. Il semble probable que le colonel fit un don au NUM, dont le montant est incertain. On a parlé de la somme de 150 000 livres. Le voyage en Libye de M. Windsor était la suite de la réunion de Paris. Une autre somme fut d'ailleurs versée par une source tout aussi improbable : les « syndicats » inexistants de l'Afghanistan, alors sous contrôle soviétique. Et en septembre des informations avaient commencé à filtrer indiquant que le NUM recevait de l'aide des mineurs soviétiques - groupe qui aurait regardé avec envie les libertés, les revenus et les conditions de travail de leurs homologues britanniques. 

[...] Tout cela porta grand préjudice au NUM, et d'abord auprès des autres syndicalistes. Le peuple britannique ne ménage pas sa sympathie à quelqu'un qui se bat pour défendre son emploi mais la refuse à quiconque recherche l'aide de puissances étrangères pour mettre en péril la liberté de son pays.

Pour autant, en ce 18 octobre 2007, ces conflits semblent loin. La CGT reste un syndicat communiste, mais dont la force d'impact révolutionnaire effective se limite en apparence à la coupe de cheveux centenaire de son dirigeant. Nicolas Sarkozy semble quant à lui relativement à l'abri d'une comparaison avec Margaret Thatcher, du fait de sa politique d'ouverture, de l'importance qu'il donna au dialogue social depuis son arrivée au pouvoir, etc.

Et pourtant les deux situations - Royaume-Uni années 80 et France 2007 - appellent quelques questions communes, dont celle de la fermeté face aux syndicats. Pour en parler, j'ai retrouvé sur lefigaro.fr un édito prophétique (du 26 mai 2007) de Jean-Louis Thiériot, avocat et historien, que je vous soumets ci-dessous.

Bonne lecture... et bon courage.

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Nicolas Sarkozy, Margaret Thatcher et les analogies trompeuses

L'ombre de Margaret Thatcher a plané sur la campagne présidentielle. En novembre 2006, The Economist titrait What France needs et présentait une photo de la Dame de Fer sur fond de drapeau tricolore. Au même moment, Ségolène Royal qualifiait Nicolas Sarkozy de « Thatcher en veston ».

À première vue, les analogies entre les programmes de Thatcher et de Sarkozy semblent évidentes : même primauté de la valeur travail, même désir de développer une économie de l'offre, même volonté d'améliorer l'efficience du marché, notamment celui du travail par l'instauration du contrat unique, même objectif de maîtrise des dépenses publiques et de diminution du nombre de fonctionnaires, même souhait d'imposer la loi et l'ordre, même engagement en faveur de l'accession à la propriété, même promesse de mener à bien une réforme énergique. Cependant, comparaison n'est pas raison. Quatre différences majeures méritent d'être soulignées :

1) La situation de départ n'est pas la même. En 1979, l'Angleterre était l'homme malade de l'Europe. L'État-providence l'avait maintenue dans une illusoire sécurité. Nationalisées, les grandes industries perdaient chaque année en compétitivité ce qu'elles gagnaient en subventions. Elles étaient sorties de l'économie ouverte. De 1961 à 1976, la Grande-Bretagne passait du 9e rang en PIB par habitant au 18e. L'inflation oscillait en 10 et 15 %. En 1976, le travailliste Wilson avait dû se placer sous la sauvegarde du FMI. Des grèves dures paralysaient régulièrement le pays. La situation était si dramatique que The Guardian écrivait en 1978 : « Aucun pays n'a encore parcouru l'itinéraire du développement au sous-développement. [...] La Grande-Bretagne pourrait bien être le premier à prendre cette route. »

La France de 2007 n'a rien à voir avec ce tableau apocalyptique. L'inflation est maîtrisée, grâce notamment à la BCE. La plupart des grandes entreprises ont été privatisées. L'économie française est insérée dans l'économie mondiale. Les résultats des sociétés du CAC 40 sont là pour le prouver. Dès lors, il n'existe aucun risque de voir en France une « casse sociale » comparable à celle du premier mandat de Margaret Thatcher. La tragédie des réformes, si bien mise en scène par un Ken Loach par exemple, y fut la conséquence directe d'une économie étatisée, à l'abri de la concurrence. Lors de l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, le pays était plombé par ses « canards boiteux ». Grâce aux réformes menées depuis vingt ans, privatisation, respect des règlements et des directives européennes, ordonnance de 1986 sur les prix et la concurrence, la France peut être rassurée. Elle n'aura pas à payer le prix d'une terrible « thérapie de choc ». La plus grande part du traitement est derrière elle.

2) Margaret Thatcher revendiquait l'inégalité comme une valeur : « Nous sommes tous inégaux, mais chaque être humain a la même importance. » La valeur clef, c'était le self help, le aide-toi toi-même, paradigme des vertus victoriennes. Elle détestait tout ce qui, de près ou de loin, rappelait la discrimination positive. La volonté de Nicolas Sarkozy de donner un encouragement à ceux qui partent de plus bas lui aurait semblé une aberration.

3) La croyance dans les forces du marché de l'ancien premier ministre britannique était telle, que l'idée d'une politique économique volontariste lui semblait inconcevable. Les premiers gestes du nouveau président de la République en faveur d'Airbus prouvent que, là aussi, il n'est pas sur la même longueur d'onde.

4) Le thatchérisme est d'abord une manière de gouverner, la conviction que les urnes ont raison sur toute autre considération. Les différences avec Nicolas Sarkozy sont évidentes, même s'il n'est pas encore possible de mesurer jusqu'à quel point.

Margaret Thatcher n'envisagera jamais de gouvernement d'ouverture. Alors que l'Alliance des sociaux-démocrates et des libéraux passait son temps à toquer aux portes du gouvernement, elle ne donna jamais suite, car elle estimait que ce serait trahir les électeurs conservateurs. Rien à voir avec la volonté d'unité nationale affichée par le gouvernement français. Nicolas Sarkozy tente le consensus là où Margaret ne prisait que la conviction.

C'est aussi parce qu'elle ne reconnaît aucune légitimité à la rue qu'elle accepta l'affrontement avec le syndicat des mineurs d'Arthur Scargill en 1983. Elle alla jusqu'au bout, supportant un an de grèves dures, son lot de violences et une cote de popularité tombée à 16 %. Elle y gagna une victoire symbolique qui lui permit de mener à bien ses autres réformes.

En sera-t-il de même du nouveau président de la République ? Seule l'histoire jugera. Sur les deux points les plus sensibles, la réforme du Code du travail et le service minimum, il semblerait qu'il donne la priorité aux discussions avec les partenaires sociaux. S'il parvient à éviter un choc frontal avec la rue, il aura tout gagné, la réforme sans le conflit. Il aura fait mieux que Margaret Thatcher qui n'imaginait pas d'autre voie que le passage en force. Mais si l'affrontement a lieu, ce sera son heure de vérité. Soit il tient bon, et il sera le réformateur qu'il prétend incarner. Il y aura alors en lui quelque chose de Thatcher. Soit il recule et il rejoindra la liste déjà longue des occasions perdues et des mandats pour rien.

Pour notre économie et notre paix sociale, ce combat contre les syndicats n'est ni nécessaire ni souhaitable. Si malgré tout il doit advenir, il permettra de juger de quel bronze est fait Nicolas Sarkozy : le meilleur de Margaret Thatcher, la force de caractère, ou sa pâle copie, les mots sans les actes.

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Rajout de 15h15 :

Concernant la façon dont la grève est suivie, lefigaro.fr avance deux analyses complémentaires, toujours par comparaison avec les grèves précédentes :

En fin de matinée jeudi ce sont 73,5% des cheminots français qui ont répondu à l'appel des syndicats à une grève nationale contre la réforme des régimes spéciaux des retraites, a indiqué la direction de la SNCF. "C'est un sacré taux !", a commenté un porte-parole de l’entreprise. À titre indicatif, ce chiffre est sensiblement supérieur à celui de la dernière grande grève dans les transports en 1995. Au plus fort de ce conflit de trois semaines, il était de 67%.

  • Par contre, dans la fonction publique, seulement 7% des personnels sont grévistes :

Le mouvement de grève aujourd'hui contre la réforme des régimes de retraite spéciaux a été suivi par 7% des agents de la fonction publique d'Etat en moyenne, y compris l'éducation, a annoncé le ministère de la Fonction publique. Hors éducation, le taux de grévistes est évalué à 5%, selon la même source. En février 2007, dernière grève dans la fonction publique, le taux de grévistes s'élevait à 20%, d'après le ministère. Il avait atteint 56,08% en 2003, lors des mouvements de protestation contre la réforme alignant le régime de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé.

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Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, n'hésitez pas à découvrir l'édito vidéo de Christophe Barbier sur le scandale de l'UIMM. La deuxième partie notamment est savoureuse, quand il découpe en morceaux les partenaires sociaux qui, non contents de n'avoir rien su préserver de notre système social en refusant toutes les réformes nécessaires, ont joué une comédie médiatique lors des grèves pour ensuite encaisser de l'argent sous le manteau.

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