06.12.2007
"Un Club, un Autiste"
Je souhaiterais relayer et me réjouir d'une initiative rapportée par Julien Schramm sur son blog Nice Rugby, initiative consistant à se servir du rugby comme d'un facteur d'intégration. Voici quelques extraits de son billet :
En 2002, lorsque Baptiste effectue des premiers pas à l’école de rugby de Nice, au milieu d’une douzaine d’enfants en pleine santé, le défi est immense. A la hauteur de sa différence. Car Baptiste est autiste. Il a 7 ans. Il n’est plus scolarisé depuis quelques mois. L’école de la performance n’est pas préparée à ce type de handicap. L’école où l’on inculque la connaissance, mais pas le savoir être. Baptiste a donc quitté ses copains de l’école primaire et il est parti en institution rejoindre d’autres enfants autistes.
[...] Grâce à la volonté d’un éducateur, voilà donc Baptiste intégré aux poussins du club de Nice. Pas pour se donner bonne conscience, mais parce que nous sommes persuadés de l’intérêt d’une telle expérience. Elle est menée avec intelligence avec un éducateur supplémentaire sur la séance pour encadrer Baptiste.
[...] Les premiers pas sont difficiles, car Baptiste part de très loin. Mais cela dépasse rapidement la simple expérience, c’est bientôt un magnifique succès. Baptiste ne sera jamais un joueur de rugby, mais ses progrès sont incroyables. Son regard se fixe, il peut attraper un ballon, le renvoyer, suivre un parcours… partager la vie du groupe.
Ses jeunes partenaires ne seront probablement pas tous des champions, mais ils auront appris une valeur essentielle: la différence. A un âge où les enfants sont capables d’une grande violence entre eux, les voilà confrontés au partage et à la tolérance. Une leçon de vie dans ce pays qui entretient une relation si complexe avec le handicap.
[...] Cinq ans ont passé et le projet a pris une ampleur inespérée. Grâce à la Fédération Française de Rugby d’abord qui a tout de suite cru à cette dynamique. Grâce à quelques parrains de poids comme Fabien Galthié, l’entraîneur du Stade Français. Grâce enfin au relais déterminant de l’UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) et de la FFSA (Fédération Française des Sports Adaptés) qui ont su, par leurs moyens, faire prendre une ampleur nationale à l’opération. En trouvant les financements indispensables qui permettent la présence d’un éducateur supplémentaire sur chaque intégration. Sachant que le budget annuel d’une intégration est d’environ 2 000 €, soit le financement de l’éducateur principalement.
[...] Dimanche à Jean-Bouin, à l’occasion du match de Coupe d’Europe Stade Français – Cardiff, Max Guazzini va remettre un chèque de 58 000 € au bénéfice de ce projet, somme prélevée sur la vente des fameux calendriers des Dieux du Stade. Cela permettra de financer une trentaine d’intégrations sur un an.
J.S
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Contacts :
- Erik Peeters (UNAPEI, e.peeters@unapei.org et 01 44 85 50 50)
- Charlotte Berger (FFSA, charlotte.berger@ffsa.asso.fr et 01 45 73 32 32).
11:55 Publié dans Autisme, Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : julien schramm, nice rugby, nice, autisme
19.10.2007
LA LEÇON DU PUMA
Eh oui, ça fait mal. Mais personne ne niera que la victoire des Argentins est loin, très loin d'être volée.
La leçon du puma, c'est d'abord l'envie. Puis la détermination. La solidarité. L'opportunisme. Le réalisme. Bref, des mots très théoriques, qui combinés autour d'un ballon ovale dessinent (presque) immanquablement la victoire. La France l'avait expérimenté face aux All Blacks, pour mieux l'oublier ensuite. Les Argentins ont su garder cette rage match après match, désireux qu'ils étaient de gagner leur place de manière incontestable au sein des grandes nations du rugby. Je crois que c'est fait.
Et pourtant, je l'aime, cette équipe de France, dans la victoire comme dans la défaite. Et ce malgré les mots de Michalak, qui se "soulage" (selon le mot délicat des commentateurs autorisés) dans la presse à propos de Laporte, pour mieux ensuite afficher des faux airs de footballeur fragile à la fin du match, la vessie de glace collée au visage. Malgré aussi les imprécisions, les en-avant répétés. Malgré la résignation d'une défense peu à peu perméable, quand celle des Pumas gagnait en étanchéité.
Et ces Pumas forçaient l'admiration. Eux qui tout au long de cette Coupe du Monde semblaient si émotifs, si touchants aussi, comme lorsqu'ils pleuraient à chaudes larmes avant chaque match durant leur hymne national, eux ont su canaliser cette émotion pour dépasser les limites qu'on leur prêtait.
Alors oui, encore une fois, ça fait mal. Mais si le coq doit se faire croquer... j'aime autant que ce soit sous les dents de Pumas valeureux. Pour tout vous dire - et puisqu'il faut devenir spécialiste en la matière - je préfère cette défaite que celle face aux Anglais.
Et puis... on reviendra. Plus forts. C'est sur cet échec que Dussautoir construira les 18 essais qu'il inscrira en 2011, et que Beauxis échafaudera la stature avec laquelle il fera oublier Wilkinson. D'ici-là, souhaitons au rugby français de beaux jours, sur la lancée de cette Coupe du Monde prometteuse quant à la ferveur qu'elle a su créer.
Quant au rugby argentin... Chapeau. Les Pumas sont venus chercher la reconnaissance, ils repartiront avec.
L'envie... décidemment, il n'y a que ça.
23:30 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, argentine, pumas
13.10.2007
VOUS PERMETTEZ ? JE DIGERE...
Bon, pas grand chose à ajouter ce soir, je crois...
Tout d'abord, félicitations aux anglais pour leur victoire, loin d'être volée... A 9-8 durant 40 min, face à une équipe qui compte Johnny Wilkinson, on ne pouvait que s'exposer au drop crucial, ou à la pénalité funeste. Nous avons eu les deux. Il nous a manqué 5 points, ceux-là mêmes concédés à la première minute de jeu. C'est ainsi.
Et puis surtout, un grand merci à cette équipe de France, pour le courage dont elle a fait preuve, pour son engagement généreux, pour les litres d'adrénaline qu'elle a fait couler. Merci pour ce sursaut après l'Argentine, pour ces essais magnifiques face à la Géorgie, l'Irlande et la Namibie, pour ce haka face aux All Blacks... merci d'avoir porté le rugby si haut, dans un ciel plus que jamais tricolore.
@ très bientôt.
23:10 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, france-angleterre, defaite
Qu'il est bon de ne pas trop s'aimer, par Richard Gotte
Voici l'article qui, je trouve, synthétise le mieux les enjeux de cette rencontre - qui, reconnaissons-le, dépassent de loin la simple place en finale. Il a été écrit par Richard Gotte pour La Voix du Nord.
En guise d'apéritif, cet essai chabalien marqué lors de la dernière rencontre entre les deux formations. C'est du déjà vu et revu, je suppose, mais ça reste surpuissant...
Bonne lecture !
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Qu’il est bon de ne pas trop s’aimer…
Entre la France et l’Angleterre, on ne sait jamais qui a tiré le premier, mais on est sûr d’une chose : l’histoire se terminera par une embrouille. « Ils nous trouvent arrogants et on les trouve arrogants », s’amuse Daniel Herrero, le chantre du rugby toulonnais. Samedi, le choc culturel sera encore au coeur de la demi-finale. Et c’est tant mieux.
« La tradition anglo-saxonne est à la tradition latine un peu ce que l’huile est au vinaigre. Il faut les deux pour faire la sauce.» Ce conseil, qui nous est offert par la reine Elizabeth II en cuisine, vient à point pour apaiser les esprits. Il est aussi une forme de reconnaissance pour ce rugby des différences, que cultivent de part et d’autre de la Manche le pays des « Froggies » et la « perfide Albion ».
Si le Coq et la Rose aiment tant se piquer, c’est qu’il y a bien sûr le poids de l’histoire, la Guerre de cent ans, Waterloo, la crise de Fachoda (1898), ce symbole d’une Angleterre hautaine qui met toute sa mauvaise foi dans la balance… France - Angleterre au rugby, c’est le prétexte du sport pour se cogner, se montrer qu’on est différents. Mais avec les Anglais, c’est aussi l’assurance qu’on saura s’arrêter sur une note de fair-play.
Au pays du rugby.
Le rugby est né là-bas, dans la ville éponyme, et toute la culture ovale du royaume est restée éprise de la tradition. C’est un sport apprécié par l’aristocratie dans les universités, le passage obligé pour qui veut devenir un vrai gentleman. C’était la règle en début de siècle. Elle est toujours vraie aujourd’hui.
Vu de ce côté-ci de la Manche, ce rugby des gens précieux peut paraître un peu coincé, quand les Anglais considèrent que les Français sont de mauvais garçons. Les choses ont tout de même évolué en un siècle. Réintégrés dans le Tournoi des cinq nations après guerre, les Bleus ont su convaincre les Britanniques qu’ils étaient leurs meilleurs ennemis. Le France - Angleterre du tournoi est ainsi bien souvent appelé « The Crunch » (le sommet). Et avec la professionnalisation, les Anglais ont fait appel à quelques stars françaises (Castaignède, Magne, Saint-André, Chabal…) mais aussi à des techniciens comme Pierre Villepreux pour tenter de faire avancer leur rugby.
Aux racines du jeu.
En France et en Angleterre, on ne joue pas le même rugby. Philippe Saint-André, aujourd’hui coach de Sale, explique que la première approche pour les Anglais est la dimension physique. Les Français qui débarquent en Angleterre font plus de musculation en quelques semaines que ce qu’ils avaient pu endurer jusque-là. Avant de jouer, les entraîneurs veulent récupérer des gars bien bâtis, qui seront durs au mal. « Ils ont une volonté de travail incroyable », témoignait Castaignède lors de son arrivée aux Saracens.
Tout au contraire, en France, on donne le ballon au gamin et on lui demande de s’amuser. La préparation physique ne vient qu’après. Cette différence est d’ailleurs à l’origine du « french flair », expression anglaise. Le public de Twickenham, ce « temple du rugby » comme disait Roger Couderc, supporte son équipe comme personne, au nom de la reine. Mais il peut aussi être fasciné par un enchaînement dont les Frenchies ont le secret.
En Coupe du monde.
Les deux équipes se sont déjà affrontées trois fois lors d’un Mondial. L’Angleterre mène deux victoires à une. En 1991, les Anglais gagnèrent au Parc des Princes (10-19) en quart de finale, un match marqué par une agression sur Blanco à la réception d’une chandelle. En 1995, la troisième place était en jeu. La France l’emporta (19-9) pour le dernier match en bleu de Mesnel et Sella. En 2003, le 16 novembre, la France, si belle face à l’Irlande en quart, se noya sous la pluie et face à la botte de Wilkinson en demi-finale (20-7). L’Angleterre s’était dégagée la route du titre. Les Français n’ont rien oublié.
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A lire aussi sur le sujet : un bijou de billet par Maître Eolas.
A signaler, pour les amateurs de gastronomie gargantuesque : ce menu alléchant, trouvé chez Koz :
Enfin, cette affiche arborée en tête de mon blog toute la semaine, trouvée chez MasonVerger :

Bon match à chacun, et que la victoire vous soit aussi douce qu'un baby-sitting de Cronos Chabal...
01:15 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france-angleterre, demi-finale, coupe du monde, rugby, richard gotte
08.10.2007
RUGBY WORLD CUP LIMITED
Je me suis aperçu ce matin - était-ce déjà le cas avant ? - qu'à chaque fois que l'on essaie de lire sur YouTube une vidéo d'extrait de match de la Coupe du Monde 2007 apparaît cet invariable message :
This video is no longer available due to a copyright claim by Rugby World Cup Limited
Je suppose que ces mesures sont plutôt récentes, vu que le Monde lui-même s'est fait avoir.
Alors ce genre de choses, voyez-vous, ça a le don de me mettre en rogne. Qu'un artiste milliardaire et cocaïnomane, au vu des frais qu'induit sa condition, fasse des procès coûteux à des internautes smicards et mélomanes, je peux le comprendre : c'est le fruit de son travail, il a reniflé travaillé dur pour trouver l'inspiration, etc.
Mais que les dirigeants de la RCW nous cassent les oreilles avec les "valeurs rugby" - solidarité, travail d'équipe, proche des gens, convivialité, désintéressement - pour derrière nous empêcher de revivre les moments importants des rencontres concernées, déjà financées à coup de droits télé, de pubs et de sponsors que NOUS nous tapons... ça ne passe pas. Mais alors, pas du tout.
Pourquoi cette restriction? Sans avoir beaucoup creusé la question , je crois avoir la réponse : elle se trouve ici. Et oui, pour la modique somme de $ 49,99, vous avez accès aux vidéos des matches... Mais ne vous inquiétez pas : en fonction de vos bourses et besoins, divers forfaits sont à votre disposition
Aussi, si quelqu'un demande où est passé mon majeur, ayez la bonté de répondre :
This finger is no longer available due to a "f... " brandished to Rugby World Cup Limited.
14:21 Publié dans Economie, Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rugby World Cup Limited, copyright, youtube, droits, fuck
07.10.2007
SIR ALAN DUFF, IF U READ THIS...
... don't commit suicide, please. It's not that important, you know. It's only about sport... it's only about honor, pride and strength...
D'abord il y eut, comme d'habitude, les hymnes nationaux. L'hymne Néo-Zélandais en premier, digne, puissant, émouvant. Puis ce fut la Marseillaise, dont les premières notes s'échappèrent de 25000 poitrines jusqu'au ciel de Cardiff avec une ferveur particulière, celle des combattants dont on voudrait déjà signer l'arrêt avant même la bataille... Et déjà, sur ce sol gallois, la légende rampait, invisible, prête à surgir en l'honneur de ceux qui la mériteraient.
Puis vint le temps du haka. Et là, se passa l'impensable. A la stupeur du public, à la surprise des guerriers maoris qui fourbissaient leurs zygomatiques en prévision des grimaces à venir, une armée s'avança lentement, muette, géante. Les joueurs de l'équipe de France, vêtus pour un tiers de maillots bleus, pour un tiers de maillots blancs, pour le dernier tiers de maillots rouges, s'approchèrent, graves, jusqu'à la limite extrême de la ligne médiane. Et là, à 1 m 50 des All Blacks, ils attendirent, soudés, les yeux plantés dans ceux de leurs adversaires, dans un défi physique sans précédent.
Et l'on vit le Haka balbutier. Et l'on vit la danse millénaire, pour la première fois peut être, se heurter à un mur infranchissable : celui de la détermination absolue. Et l'on vit Marty chambrer Mac Alister. Et l'on vit Chabal assouplir sa mâchoire, tel un fauve cynique. Et Ibañez aiguiser son regard, navaja azuréenne.
Et l'on vit les All Blacks douter.
Puis ce fut le temps de la lutte physique, des corps entrechoqués, des courses haletantes. Et les Blacks, virtuoses accomplis, livrèrent sans peine leur talent, pressés de laver dans l'herbe du stade l'affront de leur danse avortée. Betsen en fit les frais, non sans provoquer quelque inquiétude légitime. A 10-0, mes amis, je l'avoue avec honte, je doutais. A 13-0, un peu plus. Et je commençais à espérer que la France sauve l'honneur, qu'elle tombe, d'accord, mais l'arme au poing, et sans trembler au plus fort de la mêlée...
Mais juste avant la mi-temps, il y eu cette pénalité. 13-3. Une brèche. Un souffle d'air frais au coeur du brasier.
Et puis... vous connaissez, bien sûr, la suite. L'obstruction de Mac Alister, le carton jaune, 10 min d'expulsion. Et la France qui, dans un sursaut formidable, se hisse à la hauteur du défi qu'elle avait elle-même lancé. Et Dussautoir, pour sa première entrée en jeu, qui va à l'essai. Transformation réussie. Le coeur qui s'accélère, les yeux qui s'écarquillent, et l'espoir qui renaît. "Et si..."
Mais en face, ce sont les All Blacks. 63ème minute, charge irrésistible de So'oialo, qui va à l'essai.
C'est là que le match bascule. A la 69ème minute, Traille emmène le ballon dans un périple fou, réussit à passer à Michalak, qui transmet in extremis à Jauzion, qui plonge à l'essai. 20-18 pour la France. Déjà un spectre se dresse dans le ciel de Cardiff, celui de la Victoire. Et il est vêtu du manteau pourpre de la Légende.
Mais les Blacks restent les Blacks : les 10 dernières minutes furent celles de l'attente, interminable, face aux assauts surpuissants du buffle noir blessé dans sa chair, dans son orgueil aussi. Il y eu cette tentative de drop néo-zélandaise... qui régla, le temps d'une trajectoire hyperbolique, le sort de tous les spectateurs français souffrant de problèmes cardiaques.
Puis il y eut la délivrance. Le coup de sifflet final. L'explosion tant attendue.
La France est en demi-finale de la Coupe du Monde de rugby. Les français affronteront l'Angleterre - vainqueur de l'Australie, à Marseille - dans un derby qui, n'en doutons pas, tiendra ses promesses. Faisons confiance à Bernard Laporte pour expliquer à ses joueurs que la finale n'a pas été gagnée ce soir.
Pour autant, un exploit a déjà eu lieu, c'est un fait. La France a battu les All Blacks. Comme en 1999. Je lisais - et regardais - cet après-midi le billet de Jules, de Diner's Room, reprenant cet épisode fabuleux de l'histoire du rugby français, celui de la demi-fianle de 1999 évoquée à l'instant. Et je frissonnai à nouveau quand Titou Lamaison marqua son essai mémorable, puis quand Dominici, sur une ouverture de Galthié, renvoya Jonah Lomu et ses amis à la maison. Je sais désormais qu'il en sera ainsi chaque fois que je verrai ce mur bleu-blanc-rouge défier le haka, que je suivrai la course de Dussautoir, que j'aplatirai derrière Jauzion.
Mais je ne peux pas terminer ce billet sans avoir, comme à son commencement, une pensée émue pour Alan Duff, lui qui débuta cette Coupe du Monde - souvenez-vous - par ces mots, adressés aux français :
Mais dès qu'il s'agit de rugby, je vous déteste. Mon pays entier vous déteste. Et si, comme le pronostiquent la plupart d'entre nous, nous devions assister à une finale France - Nouvelle-Zélande, nous aurons encore plus de raisons de vous détester. Nous voudrons voir tous ces bouffeurs de grenouilles en béret mordre la poussière pendant ce match. Nous nous régalerons de voir votre équipe trembler devant un haka entonné avec une férocité sans précédent.
La prochaine fois, cher Alan Duff, écrivez quand même "haka féroce" sur vos maillots au moment crucial : ce serait ballot que l'on oublie une fois encore de trembler, et cela finirait par sentir le déclin...
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Rajout de 20h : Une revue de presse internationale chez Diner's Room...
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Rajout du 08/10 : A lire, ce compte-rendu du Figaro intitulé "Les Bleus ne voulaient pas mourir à Cardiff", qui se projette déjà dans la demi-finale.
Et puis cette autre photo, magnifique...
00:30 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : victoire, rugby, all blacks, alan duff, haka
06.10.2007
"Ces All Blacks sont formidables, et vous le savez", par Alan Duff
Vous connaissiez déjà Alan Duff sous cet angle-là : voici son dernier pied de nez. Et rendez-vous ce soir bien sûr pour le verdict : j'en connais un qui aura la bière amère...
Concernant la polémique sur les maillots, elle a enfin pris fin, comme le précise Le Monde :
La France gardera son maillot bleu mais revêtira un short et des chaussettes blanches, alors que la Nouvelle-Zélande jouera en gris, lors du quart de finale de la Coupe du monde entre les deux équipes ce samedi à Cardiff, a annoncé la Rugby world cup. Afin de permettre une distinction claire entre les joueurs des deux équipes, les All Blacks revêtiront un short et des chaussettes "foncées", dont la couleur n'a pas été précisée, a indiqué RWC dans un communiqué.
Bonne lecture... et bon match !
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Lu sur lemonde.fr.
A cause des douze heures de décalage, nous serons à la bière de bon matin pour regarder la France jouer contre la Nouvelle-Zélande. Le pays se sera levé avec un mélange de nervosité, d'excitation et d'inquiétude. Nous serons allés voir le match chez un ami ou alors c'est lui qui sera venu chez nous en famille. Nous commencerons à boire vers 7 heures et demie, beurk.
Pourquoi ? Question de tradition, même si la consommation de bière décroît fort depuis une dizaine d'années dans le pays. Elle aura un sale goût, la première bière. Mais on aura tous besoin de calmer notre excitation. Très peu de bébés seront conçus en Nouvelle-Zélande ce dimanche matin. Et aucun pendant au moins une semaine si l'impossible se produit : une défaite des All Blacks.
Aussi simples que nous soyons, nous avons une approche complexe du rugby, façon jeu d'échecs : comment les affaires pourraient tourner, les permutations de joueurs, la manière d'appréhender une multitude d'éléments, nos forces et nos faiblesses, mais aussi l'adversaire. Nous connaissons chacun des All Blacks. D'ici à dimanche, nous serons divisés sur les choix de Graham Henry pour ce match capital. Nous allons tous défendre notre sélection avec véhémence. Et ceux qui ont le moins joué au rugby seront les meilleurs experts.
Il m'est arrivé de regarder des matches avec mon ami Zinzan Brooke, le grand n° 8 des années 1990, en compagnie de simples mortels qui n'avaient jamais joué que dans des petits clubs. A les écouter, Zinny était un parfait amateur et eux étaient les meilleurs joueurs. Je suis sûr que vous avez les mêmes en France, ces experts de salon. Ces spectateurs de cauchemar qui crient juste à côté de vous : "Passe la balle, Jerry, sale con égoïste ! Oh non, cet idiot de Jack a encore relâché le ballon ! Pas au pied, Danny, joue-la à la main celle-là ! Et toi, Anton, pourquoi ne rends-tu pas directement le ballon à l'adversaire plutôt que de rater encore ton lancer en touche ?"
Tout le monde connaît ces spectateurs qu'on a envie de frapper. Chaque société a les siens. Comme il y a des boulangers et des bouchers, des universitaires et des plombiers, ou des hommes pour diriger des empires industriels, et d'autres encore pour conduire votre grand pays.
Quelqu'un a dit "grand" ? Non, ce n'est pas moi. Mais certains d'entre nous pensent que la France retrouvera sa grandeur si votre nouveau président tient ses promesses et si vous lui donnez sa chance. En rugby, vous avez toujours été tout près de la grandeur, et vous l'avez parfois atteinte. Mais pas cette fois, la France.
Je ne pense pas que les supporteurs français vont pleurer, ou alors de joie, devant le plus grand retournement de l'histoire du rugby. Car ces All Blacks sont formidables, et vous le savez. S'il vous plaît, soutenez-nous jusqu'à la finale. Et nous ferons de même pour vous à la prochaine Coupe du monde chez nous, jusqu'à ce que vous atteigniez la finale contre la Nouvelle-Zélande. Pour la suite, regardez ces 50 000 Kiwis qui vont faire un gigantesque haka dans les tribunes.
Au revoir, mes amis... vous auriez dû jouer davantage à la main contre l'Argentine.
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Une seule réponse à cette suffisance (trouvée ici) :
11:35 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alan duff, france, all blacks, quart de finale, le monde
21.09.2007
J'EN VEUX TROIS COMME CELUI-LA CE SOIR !
SAUF QUE, depuis hier, un frisson parcourt la planète rugby : Attila descend de son cheval, l'Anesthéiste range sa seringue, Samson veut couper ses cheveux ! C'est lemonde.fr qui le rapportait hier :
"Je vais chez le coiffeur et le barbier", a lancé jeudi à Marcoussis le nouveau phénomène du rugby français, qui sera l'un des meilleurs atouts des Bleus dans un match qu'ils doivent remporter pour se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe du monde.
"Je vous rapporte une mèche", a-t-il ajouté.
Il n'a pas voulu en dire plus sur la métamorphose qu'il s'apprête à subir, à moins qu'il ne s'agisse d'une plaisanterie: "Je vous réserve la surprise", a-t-il dit.
Chabal a confié qu'il avait revu avec nostalgie les images de lui-même en 2003, alors qu'il était un joueur déjà massif mais discret, le cheveu court et les joues recouvertes d'un mince duvet.
"On dirait mon petit frère", a-t-il dit."
Et sur ce dernier point, il est difficile de lui donner tort... Souvenez-vous :
CHABAL, CHABAL, SOUVIENS-TOI DE SAMSON !
05:00 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, essai, sebastien chabal, namibie, cheveux, barbe, samson
15.09.2007
QUAND CHABAL MET UN VENT AUX JOURNALISTES ANGLAIS
Via Crise dans les médias, j'ai pu assister à ce moment mémorable de télévision :
Pour ceux qui veulent le texte, le journaliste demande à un Chabal pas forcément très en joie :
" - May i ask you a question idiot?
- No.
- He he he... (là le journaliste croit que Chabal plaisante, et c'est ça qui est bon).
- We are in France. You speak french.
- Grlblmf...
- OK ? Merci. "
Et il s'en va. La dernière fois que j'avais assisté à un vent de cette force, c'était lors des reportages sur Katrina, en Louisiane.
Pour info, Chabal joue depuis 2004 dans le club anglais de Sale Sharks, avec qui il a été champion d'Angleterre en 2006. Autant dire qu'il doit pas avoir trop de souci avec la langue de Shakespeare.
09:35 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sebastien chabal, anglais, français
05.09.2007
"Vous entendrez nos cris de haine à 20 000 kilomètres"
Non, malgré les apparences cette phrase n'est pas le nouveau slogan des ségolénistes pour 2012.
La Coupe du Monde de Rugby démarre ce week-end et, comme chacun sait (j'espère!), elle a lieu en France. Alors pour motiver ceux qui se sentent un peu tiède à l'approche de l'événement, voici un texte d'Alan Duff que j'ai trouvé dans lemonde.fr. C'est un peu "viril", tout en restant savoureux et, finalement, bon enfant. Comme le rugby.
Alan Duff est, à 56 ans, l'un des écrivains néo-zélandais dont le nom est le plus connu à l'étranger. Né d'une mère maorie et d'un père d'origine européenne, il puise une partie de son inspiration dans ses origines.
Trois de ses romans ont été publiés en français, chez Actes Sud : L'Ame des guerriers (1996), dont un film s'est inspiré sous le même titre ; Nuit de casse (1999) ; Les Ames brisées (2000).
Ecoutez, les Français, je vous adore ; vous avez les plus grands vins et la meilleure cuisine du monde, les femmes les plus belles, les plus élégantes et les plus hautaines. Et un style de vie qui fait l'envie du monde entier. J'ai même passé un mois à Villefranche-sur-Mer pour apprendre votre langue. Trois de mes romans ont été traduits en français, et j'apprécie énormément l'admiration que vous portez à la littérature, l'art, l'architecture, et d'une manière générale votre intérêt pour un tas de choses.
Mais dès qu'il s'agit de rugby, je vous déteste. Mon pays entier vous déteste. Et si, comme le pronostiquent la plupart d'entre nous, nous devions assister à une finale France - Nouvelle-Zélande, nous aurons encore plus de raisons de vous détester. Nous voudrons voir tous ces bouffeurs de grenouilles en béret mordre la poussière pendant ce match. Nous nous régalerons de voir votre équipe trembler devant un haka entonné avec une férocité sans précédent.
Vous entendrez nos cris de protestation devant vos coups tordus. Quand nous scanderons "Off ! Off !", c'est que nous réclamerons la tête d'un de vos joueurs. Quand notre dieu et capitaine Richie McCaw vous reprendra le ballon, nous tomberons tous à genoux pour le vénérer. Mais quand votre troisième-ligne aile fera la même chose, nous hurlerons à la triche ! Nous nous arracherons les cheveux devant l'aveuglement de l'arbitre, sûrement stipendié par les Frenchies.
Début août, je me suis levé à l'aube pour regarder le match France-Angleterre, d'une part parce que j'adore le rugby, mais aussi pour voir à quoi devaient s'attendre les All Blacks durant cette Coupe. Lorsque Chabal récupéra le ballon et que cette bête velue évita habilement un placage, échappa à la formidable poigne de Josh Lewsey, bouscula l'arrière et, la crinière noire au vent, se jeta sur la ligne d'essai, l'inquiétude me gagna. C'est ce même animal dont l'épaule rentrée brisa la mâchoire de notre seconde-ligne géant Ali Williams alors que celui-ci courait à sa rencontre pour le plaquer. Nous aimerions bien avoir Chabal avec nous - si...
Si nous n'avions pas un type encore plus redoutable en la personne de Jerry "The Enforcer" Collins. Ils se sont déjà rencontrés sur le terrain. Désolé, mais Jerry a enfoncé Sébastien. Et quand je dis enfoncé, il l'a enfoncé.
Si nous affrontons la France pour la finale, votre propension pathologique pour le drop sera huée par quatre millions de Néo-Zélandais. Nous, on marque des essais, mate. On fait bouger le ballon, mate. On joue correctement, mate. "Mate" est un terme que nous autres, Kiwis et Aussies, employons constamment. Il peut désigner aussi bien l'ami que l'ennemi, exprimer de la sympathie ou du mépris, tout dépend du contexte et de la façon de le dire. Un drop dans une finale de Coupe du monde, ce n'est pas une façon de gagner, mate. Le drop de Wilkinson en 2003 a ridiculisé le rugby. Comment peut-on gagner une Coupe du monde comme ça, mate ?
Je suis honoré de pouvoir écrire dans un journal français. Mais vous noterez probablement un changement de ton au fur et à mesure du déroulement de la Coupe. J'oublierai le mois délicieux que j'ai passé sur la Côte d'Azur dans une villa du Cap-Ferrat, les difficiles mais gratifiantes journées d'étude à l'Institut de français de Villefranche, les soirées passées à réviser mes cours avant de sortir boire un verre en regardant flâner les femmes (mais comment se fait-il que pas une ne nous ait retourné nos regards insistants ? Pourtant, je vous jure, c'était juste pour bavarder...). Tout cela sera oublié.
Tous les Néo-Zélandais sans exception seront dans un état frénétique, nerveux, agités et inquiets. Nous serons aveugles à tout, sauf aux maillots noirs exprimant notre haine de l'ennemi. Et si vous parvenez, par quelque basse manoeuvre, à nous obliger à jouer en blanc, je vous promets que vous entendrez nos cris de haine à 20 000 km de distance !
Moi, écrivain, amoureux de Ravel et de Debussy, visiteur assidu du Louvre, fana d'architecture, amateur de bon vin rouge, moi que délectent ces émissions télévisées consacrées aux grandes réalisations d'ingénierie, dont beaucoup sont des inventions et des innovations françaises, je considérerai tout cela comme nul et non avenu lorsque les All Blacks jouent.
Après notre victoire, j'organiserai mon prochain voyage dans mon pays préféré. Peut-être même que je consacrerai quelques semaines supplémentaires à l'étude du français. Un peuple si sympathique, un style de vie tellement unique. Vos vins, votre histoire, vos femmes incomparables... Et, aah, savourer le triomphe des All Blacks sur les Bleus en finale. Mon amour de la France et des Français à nouveau intact...
Alan Duff (Traduit de l'anglais par Gilles Berton)
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