03.12.2007

La dompteuse d'éléphants, par Jean d'Ormesson

Beaucoup de copiés/collés sur mon blog ces derniers temps, si l'on exclut les remarquables contributions de Flamant Rose. Cela est dû d'une part à mon manque de disponibilité, mais aussi au réel plaisir que j'ai à lire - et à conserver - les synthèses et analyses pertinentes et talentueuses que je rencontre au gré de mes lectures.

Voici l'une d'elles, et non des moindres, puisqu'il s'agit d'un article écrit par Jean d'Ormesson pour lefigaro.fr après la lecture du livre de Ségolène Royal, "Ma plus belle histoire, c'est vous", à paraître demain aux éditions Grasset. L'article est un peu long, mais pour ceux qui goûtent le style ciselé et la prose envolée... ça devrait passer tout seul.

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Il était temps. On commençait à l’oublier. Pendant des mois et des mois, elle avait été partout avec un succès triomphal. À l’émission de PPDA, elle avait mis sa main sur l’épaule du paralytique et François Hollande aurait murmuré en coulisses : «S’il se lève, elle est élue». À Villepinte, à Charléty, dans tous les recoins de la France profonde, un agneau dans les bras, elle se sentait habitée, elle gravissait la montagne, elle se montait le bourrichon, elle invitait les gens à s’aimer les uns les autres. Dans sa veste blanche qui était devenue une légende au même titre que la minijupe, la robe Vichy de Bardot ou la soutane de l’abbé Pierre, c’était un mélange de Jeanne d’Arc, de la Sainte Vierge, de Bécassine au pays des mufles et d’Evita Peron. «Elle ressemble parfois, écrivait naguère Marc Lambron, à une Fée bleue se posant avec sa baguette magique dans l’atelier où des mannequins de bois attendent de prendre vie.» Quand elle paraissait en public, tout le monde se levait, comme pour Danette, et laissait éclater sa joie. Touche-moi, Ségo, touche-moi ! C’était la Danette de la démocratie participative, c’était la version féminine de ce Khalil Gibran qui avait écrit Le Prophète et Larmes et Sourires. Et puis, le 6 mai, le second tour, la défaite, le silence. Et peut-être, au loin, l’oubli.

Avec Ma plus belle histoire, c’est vous, voilà Ségo de retour. Et semblable à elle-même. Hip ! Hip ! Hip ! Plus Mme Royal que jamais. Hourrah ! C’en est un bonheur pour chacun d’entre nous qui se sentira, en la lisant, rajeuni de six mois, ou peut-être même d’un an ou deux, comme s’il ne s’était rien passé. N’allez pas croire surtout que Ma plus belle histoire, c’est vous soit un de ces livres rasants où est exposé tout au long, avec une foule de détails inutiles, un de ces programmes politiques devenus tout à fait démodés à l’époque des images. Pfuitt ! C’est un livre très gai, et parfois même comique. Je lui prédis avec confiance le plus vif succès auprès des admirateurs de Barbara (dont je suis) et des malheureux électeurs socialistes à qui il fera tourner encore un peu plus leur pauvre tête égarée par la défaite et par les querelles intestines.

De quoi s’agit-il ? D’une défense et illustration, par Ségolène Royal, de la candidate malheureuse à l’élection présidentielle. Sous le titre générique (je cite) d’Histoire véridique des bourdes qui n’en étaient pas, tout y passe : La Marseillaise et le drapeau, les jurys citoyens, l’encadrement militaire, les talons aiguille dans les bidonvilles du Chili, le nucléaire iranien, Israël qualifié, au Liban, par le Hezbollah d’entité proche du nazisme, la «bravitude» et la justice expéditive en Chine, le charmant gazouillis de «Nous Kayé Karsé ça» à la Guadeloupe, les pièges des journalistes – «Il n’y a pas de journalistes amis» et «Entre les journalistes et moi existe un mur de verre incassable» – et des perfides imitateurs qui vous font dire n’importe quoi. Conclusion : le monde est méchant, il est injuste envers les femmes, et surtout envers la meilleure d’entre elles, qui est l’auteur de ce livre. Et, entre Ségo et Sarko, il y a deux poids, deux mesures.

Une partie du livre, mais ce n’est ni la plus importante ni la plus intéressante, est consacrée à «l’adversaire», à sa machine, à son argent, à ses médias. Sarkozy, les sondages, LCI et Le Figaro en prennent évidemment, c’est de bonne guerre, pour leur grade. C’est un peu attendu, c’est un peu répétitif, et on s’ennuie un peu. Ce n’est pas le cas quand la candidate et son défenseur – qui ne font, comme vous l’avez compris, qu’une seule et même personne – s’occupent de régler leurs comptes, non plus avec leur adversaire, mais avec leurs amis. Là, ça chauffe franchement.

D’un bout à l’autre de l’ouvrage, et c’est assez émouvant, on sent une femme blessée par l’inactivité, la méfiance, l’hostilité des siens. «C’est dans les sphères dirigeantes de mon propre parti, je n’apprends là rien à personne, qu’on a commencé d’instruire le procès de mon incompétence et de mon illégitimité.» Ou : «Il fut ravageur de mettre à ce point en scène, si près de la bataille décisive, le spectacle des rivalités internes avec leur cortège de coups bas et de petites phrases assassines.» Ou encore, dans un meeting socialiste à Arras : «Commence alors un concours de goujaterie dont on ne sait qui l’a gagné ce soir-là, tant le niveau était élevé.» Quoi ! dépeint par un des siens, c’était donc cela, le Parti socialiste ! Adversaires déclarés et amis présumés finissent par devenir indiscernables : «Quand je me suis trouvée prise en tenaille aussi bien par une partie des gens de l’appareil du parti que par la droite, ce procès en incompétence et illégitimité a été redoutable.» Disons les choses sans fard : «Comment se fait-il que les attaques soient plus venues de la gauche que de la droite ?» Le pire est peut-être que la fin de l’aventure ne marque pas la fin des attaques : «C’est la première fois que l’on constate des règlements de comptes aussi violents après une échéance électorale de cette importance

Dans ce cimetière des éléphants et dans le rôle de la dompteuse, Ségolène est imbattable et accablée de douleur. Elle finit par être victime d’une sorte de délire de la persécution qui lui brouille un peu l’esprit : «Les électeurs voulaient que mes anciens rivaux m’aident et m’épaulent comme à droite les rivaux de Nicolas Sarkozy se sont rangés derrière lui.» Euh..., ma chère Ségolène, êtes-vous vraiment sûre que les rivaux de Nicolas se soient tous rangés derrière lui ? Je crains, qui l’aurait cru, que vous n’ayez de la droite une vision idyllique.

Dans cette atmosphère délétère où la détermination du PS de mettre hors jeu sa candidate est le grand ressort de l’intrigue, il y a, grâce à Dieu, de bons moments qui constituent comme des sommets de la comédie politique. L’un d’entre eux, d’après Ségolène, a pour héros Michel Rocard. À quarante-huit heures de la clôture du dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel, l’ancien premier ministre se pointe à l’antenne de campagne du 282, boulevard Saint-Germain. Il ne s’embarrasse pas de circonlocutions oiseuses : «Bonjour, Ségolène. Je suis venu te dire, primo, que tu n’y arriveras pas. Secundo, qu’il ne te reste que quelques heures pour te retirer.» Stupeur de Ségolène. Elle murmure que, si elle se retirait, le parti convoquerait de nouveau les militants pour désigner un candidat. «Impossible, réplique Rocard. Les délais sont trop courts. Je dépose ma candidature au Conseil constitutionnel avant la clôture, et le tour est joué. C’est ta chance. Si tu ne la saisis pas, tu vas être balayée. Tu ne seras même pas au second tour.» La transparence du PS a failli, ce soir-là, en prendre un sacré coup.

L’affaire Bayrou est peut-être plus réjouissante encore. Vers la fin avril, les négociations vont bon train entre Royal et Bayrou. La première a proposé au second le poste de premier ministre. Un soir, à 23 heures passées, Ségolène déboule devant l’immeuble de la rue Clerc, dans le VIIe, où habite François Bayrou. Elle l’appelle sur son portable. Elle veut monter : «C’est vous qui me l’avez proposé. Il faut bien se parler puisque le téléphone n’est pas sûr.» Bayrou, selon Ségolène, fait cette réponse magnifique : «Non, non, ne montez pas, il y a du monde dans la rue

«Il y a du monde dans la rue !» Tout le destin tragique d’un centre qui a longtemps été soumis à la droite et qui vient de changer de camp et de se rallier à la gauche – mais en catimini, en secret, il en a un peu honte et il ne faut pas que ça se sache – est éclairé d’un seul coup. On dirait une comédie de Feydeau où un adultère chafouin se mêlerait à l’ambition politique.

Comique avec Rocard et Bayrou, sinistre avec Strauss-Kahn qui lève les yeux au ciel, avec Fabius qui regarde avec ostentation sa montre ou ses chaussures et qui applaudit «du bout des ongles», avec Jospin, l’auteur de L’Impasse, qui devient, dans un style quasi dantesque, «l’homme du déni majeur», le livre est aussi porté, de bout en bout, par une formidable confiance en soi. «J’avais, après tout, au moins lavé l’affront de l’élimination de la gauche au premier tour.» L’auteur n’est pas abattue par la défaite : elle voit dans son aventure «un rendez-vous manqué et une promesse de victoire».

Forte de ses dix-sept millions de voix, elle ne doute pas de l’avenir : «Je ne connais encore ni le lieu ni la date, mais je sais que nous nous retrouverons... L’autre nom de l’échec, c’est la victoire.» Avec, à l’extrême fin de l’ouvrage, une touche de sensibilité romantique que chacun interprétera comme il voudra : «Oui, pour gagner une prochaine fois, il faudra le soutien de tout un parti et d’un compagnon amoureux, à fond avec la candidate.» Ah ! Bien sûr, nous sommes loin du Général, de Pompidou, et même de François Mitterrand.

Le lecteur referme le livre avec une pensée émue pour le Parti socialiste. Car il est douteux que ses dirigeants se mettent soudain à croire au destin politique de l’ex-candidate. Et il est peu probable que ses militants – et, en tout cas, l’auteur de l’ouvrage – renoncent jamais, entre larmes et sourires, à en être convaincus.

01.10.2007

PARDONNEZ LUI, CAR ELLE NE SAIT CE QU'ELLE DIT

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Ségolène is back. La voici qui nous gratifie d'un mot doux dans les pages du monde.fr de ce jour, dans lequel elle donne à Nicolas Sarkozy des leçons... de politique internationale !!! Non, vous ne rêvez pas : c'est bien dans ce domaine où elle excella il y a quelques mois aux yeux d'une presse internationale éberluée que Ségolène Royal se veut hisser au rang de conseillère particulière. Avec, pour changer, juste ce qu'il faut de mauvaise foi... ou, osons le mot, de bêtise. Si, si, je vous assure. Voyons ensemble certains de ces aspects.

Tout d'abord, Ségolène, qui est une femme à qui on ne la fait pas, décide d'affronter Nicolas Sarkozy violemment sur le thème de la Turquie :

Paris, le 27 août, conférence des ambassadeurs. Abordant l'épineuse question de la Turquie, Nicolas Sarkozy tient des propos qui, dans sa bouche, prennent une résonance singulière. "La France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts", dit-il devant une assistance médusée.

Le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union semblait pourtant réglé. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu'alors nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu'il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée. On pense même à supprimer le référendum obligatoire préalable à une éventuelle adhésion. Pour la Turquie, tout redevient possible !

Notez le jeu de mots percutant de la dernière phrase, qui se veut surfer avec subtilité et ironie sur le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy. Du Desproges dans le texte. Devos lui-même applaudirait.

Sauf que Ségolène Royal ne sait pas lire. Ou mal. Ou elle ment. Si l'un de ces trois facteurs n'était pas en jeu, elle aurait alors su la vraie teneur des propos de Nicolas Sarkozy ce 27 août 2007 :

[...] la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent, à condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions possibles de l'avenir de leurs relations : soit l'adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu'à l'adhésion. Je ne vais pas être hypocrite. Chacun sait que je ne suis favorable qu'à l'association. C'est l'idée que j'ai portée pendant toute la campagne électorale. C'est l'idée que je défends depuis des années. Je pense que cette idée d'association sera un jour reconnue par tous comme la plus raisonnable. En attendant, comme le Premier ministre Erdogan, je souhaite que la Turquie et la France renouent les liens privilégiés qu'elles ont tissés au fil d'une longue histoire partagée.

Je n'ai pas voulu poser cette question avant le Traité simplifié car la poser avant aurait tout bloqué. On ne résout pas les problèmes en bloquant tout. On les résout en trouvant des solutions. Sur les trente-cinq chapitres qu'il reste à ouvrir, trente sont compatibles avec l'association. Cinq ne sont compatibles qu'avec l'adhésion. J'ai dit au Premier Ministre turc : occupons-nous des trente compatibles avec l'association, on verra pour la suite.

Il me semble que c'est une solution qui ne trahit pas le souhait des Français et qui, en même temps, permet à la Turquie d'avoir une espérance. Il est évident que si on devait refuser cette formule de compromis, je veux simplement rappeler que, pour la poursuite des discussions, il faut l'unanimité.

Par ces propos, Nicolas Sarkozy a fait non seulement valoir en plein son point de vue, mais a aussi conjointement assumé pleinement sa responsabilité d'homme d'état, en ne prenant aucune mesure unilatérale de nature à mettre dans l'embarras ses partenaires européens.

"Que nenni", réplique Ségolène Royal, dans des mots qui n'appartiennent qu'à elle :

En Europe, celui d'un président qui tire la couverture à lui, exaspérant nos plus fidèles partenaires et notamment l'Allemagne, ahurie par la dramatisation du dossier iranien, agacée par la récupération du traité, choquée par l'ingérence sur l'abandon du nucléaire, et blessée d'entendre Nicolas Sarkozy appeler Angela Merkel "cette femme de l'Est" ! Bourde sur bourde. En Afrique, celui d'un président qui dénonce avec brutalité ce continent comme "absent de l'Histoire, empêtré dans l'éternel recommencement où jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir", pour ensuite s'afficher avec les chefs d'Etat gabonais ou libyen. Où est la cohérence, où est le message, où est la dignité ?

Mes amis, suis-je tenté de m'exclamer dans un premier temps, réjouissons-nous, nous sommes sur la bonne voie : la preuve en est que Ségolène Royal n'en perçoit pas la cohérence !

Mais dans un second temps, je tilte quand même : celle qui lors d'un débat d'entre deux tours avait osé user du terme de summum de l'immoralité - si j'ai bon souvenir - pour désigner l'actuel Président remet ici en cause publiquement sa dignité... et ce parce qu'elle-même n'est pas à la hauteur de la politique qu'il met en oeuvre? Décidemment, la médiocrité de Ségolène Royal aura fait ses preuves jusque dans le choix des insultes qu'elle profère...

Mais attention, Ségolène n'en a pas fini pour autant : et la voici qui fourbit son arme secrète, celle de l'anti-américanisme, forme de racisme à la mode qui a ceci de particulier qu'il est très bien vu chez les anti-racistes tatoués et vaccinés :

Au fond, seul le rapprochement avec Washington donne à la diplomatie de Nicolas Sarkozy un semblant de cohérence. A l'heure où l'Amérique remet en cause ses choix de politique étrangère, à l'heure où le rapport Baker prône une nouvelle approche fondée sur le dialogue plutôt que sur le rapport de force militaire, à l'heure où même nos amis britanniques marquent leurs distances, Nicolas Sarkozy fait le choix de l'atlantisme. C'est une décision lourde de conséquence et pourtant, là encore, nulle explication, aucun débat au Parlement.

Le président de la République serait bien avisé de se ressaisir et de s'inspirer de cette sage recommandation du rapport Védrine : amis, alliés mais pas alignés. C'est en ne cédant pas à la tentation des surenchères et de la politique spectacle que la France, dont la crédibilité est indispensable à la paix du monde, disposera d'une diplomatie forte et écoutée, avant qu'il ne soit trop tard.

Oui, mais là, c'est le drame. Parce que justement, Nicolas Sarkozy revient de l'ONU, où il livra un discours d'une clarté exemplaire à ce sujet, j'en avais d'ailleurs dit quelques mots ici-même, ce qui donna à Flamant Rose l'occasion de nous fournir une fois de plus quelques explications irremplaçables sur le gaullisme de Sarkozy. Je reprends l'extrait du discours concerné :

La France est fidèle à ses amis et aux valeurs qu’elle partage avec eux. Mais la France veut dire que cette fidélité n’est pas une soumission, cette fidélité n’est pas un enfermement. Cette fidélité, la France veut la mettre au service de l’ouverture aux autres.

[...] Je veux dire aussi que l’ouverture n’est pas la démission, que la compréhension ce n’est pas la faiblesse. La faiblesse et la démission ne sont pas des facteurs de paix mais des facteurs de guerre. La France et l’Europe en ont éprouvé jadis les conséquences tragiques pour elles-mêmes et pour le monde. Quand on est faible et soumis, alors on se prépare à accepter la guerre. Et nous avons tous le devoir de faire en sorte que cela ne recommence jamais.

Alors une fois de plus, elle a tout faux. Ce qui me donne l'envie irrésistible de me faire plaisir en citant ici, en guise de conclusion, le journaliste américain John Vinocur, qui décrivait ainsi Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle :

Son problème, c'est la politique. Ségolène Royal n'y est pas vraiment à l'aise. Même si l'on doit reconnaître que l'instinct qui la pousse à éluder les exigences de la politique s'est trouvé validé par sa désignation par le Parti socialiste alors qu'elle avait soigneusement évité de fournir substance et détails. Une fois sa candidature acquise, Royal s'est efforcée de maintenir le plus longtemps possible sa méthode de départ - laquelle consiste à ignorer l'exigence politique fondamentale qui veut que l'on fournisse des explications détaillées et que l'on forge des alliances - comme modus operandi d'une campagne électorale s'étalant sur plusieurs mois.[...] A la différence d'autres candidats charismatiques mais non experts - Ronald Reagan, par exemple - elle a montré qu'elle n'a pas le don de rendre compréhensibles les questions difficiles. Lorsqu'elle se trouve acculée ou clairement prise en défaut, son réflexe n'est pas de solliciter, comme il serait légitime, l'avis des experts, mais de s'en remettre à ses instincts ou à ses émotions.

En fait, Ségolène Royal a cherché à établir une nouvelle méthode, très personnelle, de captage des voix. Exemple : interrogée sur ses idées budgétaires, elle répond qu'il s'agit de questions techniques à confier à un quelconque ministère. Incapable d'expliciter sa proposition de contrat pour le premier emploi, elle se plaint d'être harcelée par des bureaucrates tatillons. Les contradictions liées à son projet de financer l'éducation en renonçant à la construction d'un nouveau porte-avions, ou son refus insistant de permettre à l'Iran d'accéder au nucléaire civil ont généré une confusion qui n'a jamais été clairement démêlée. Après avoir effectué l'année dernière au Moyen-Orient une tournée marquée par l'amateurisme, elle s'est à peine risquée sur le terrain de la politique étrangère.

Ouf, sur ce dernier aspect, le mal est réparé : on est rassurés.

18.09.2007

JEANNE, PARDONNE LEUR...

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En cette soirée de septembre, j'ai eu comme un flashback de campagne présidentielle. Ségolène Royal était sur mon écran de télévision, et elle expliquait, toutes dents au vent, qu'on ne l'aimait pas parce qu'elle était une femme, et que les garçons y faisaient rien qu'à l'embêter parce qu'ils étaient méchants (ça vient des chromososmes XY, c'est leur combinaison qui fait ça) :

"J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. [...] Au fond, ce qui me vient à l'esprit c'est cette parole de la Bible : "pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font". Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent."

Chose incroyable, Nicolas Sarkozy n'y était pour rien dans cette affaire. Emboîtant le pas à son fidèle lieutenant Allègre, c'est Jospin qui venait de jeter un menhir dans la mare. Mais je ne vous refais pas le film, Koz l'a déjà projeté sur son blog avec son talent habituel.

Moi, ce dont j'ai envie, c'est d'une petite explication de texte. Parce que là quand même, elle y a été particulièrement fort.

Prenons tout d'abord cette partie de phrase : si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. Je passe sur la symbolique de Jeanne d'Arc, dernier recours d'une France envahie, qui n'est pas sans rappeler un certaine réponse à la question "c'est vous où le chaos, Ségolène Royal ?", un beau matin de mai, dont la réponse n'était pas restée longtemps ambiguë : "il y a quand même quelque chose de vrai dans cette vision des choses", s'était alors spontanément écrié Ségolène, juste avant d'appeler au soulèvement des banlieues en cas de défaite socialiste.

Mais laissons cet aspect des choses pour revenir à la syntaxe et à la sémantique royalistes : si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. Il s'agit là d'un prototype elliptique assez singulier. Que veut dire Royal? Oui, Jeanne d'Arc ayant été brûlée, toute personne prenant miraculeusement son identité, et épousant par là sa destinée - par un saut temporel et schyzophrénique assez mémorable - subirait logiquement son sort. Perso, si j'étais De Gaulle j'aurais été Général, et si j'étais Zidane j'aurais été footballeur. Là dessus on est d'accord - sauf qu'au niveau de la concordance des temps, c'est pas excellent. Bon. Le souci, c'est que cela reste un peu... obscur, comme Lapalissade.

J'imagine qu'elle voulait exprimer autre chose. Son dessein était peut être d'expliquer que si elle avait vécu au temps de Jeanne d'Arc, à l'époque où l'on brûlait les sorcières, elle aurait été certainement désignée comme telle au vu de tous les crimes qu'on lui impute, et elle aurait alors terminé au bûcher. C'est une forme de dramatisation comme une autre, en rhétorique on appelle cela l'hyperbole. C'est ce qui est à l'origine de tous les points (Godwin et autres) : dépassé par une argumentation, l'un des interlocuteurs caricature à l'extrême la position de son contradicteur. Ce qui annonce l'agonie systématique du débat. Et qui permet, au passage, d'en éluder le fond.

Dans le cas de Royal, cela annonce autre chose : l'allusion à la figure du martyre de Jeanne lui permet de ressortir ses atours de Madone Immaculée. Souvenez-vous de son "Aimez-vous les uns les autres" de Charlety, où déjà elle s'appropriait les paroles du Christ pour les dispenser en son propre nom.

Mais ici, les mots sont (encore) plus lourds de sens : ce qui me vient à l'esprit c'est cette parole de la Bible : "pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font". Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent. Ces mots, certains s'en souviennent, sont ceux du Christ s'adressant à son Père (Evangile de Luc, 23.34). Il est alors en train de mourir sur la croix, et demande à Dieu de ne pas punir ceux qui l'ont condamné. Remarquez au passage que si le Christ demande à Dieu de pardonner le crime de ses meutriers, Royal reste sa propre référence divine, puisque c'est elle qui exauce sa propre supplique : elle se veut "pardonner [elle-même] à tous ceux qui [l'] agressent".

C'est donc en toute modestie qu'après s'être comparée à Jeanne d'Arc brûlée vive par l'anglois Jospin, Ségolène Royal s'approprie les mots du Christ en croix, comme une ultime prière s'adressant... à elle-même. En deux phrases, Ségolène Royal vient donc de jouer successivement les rôles d'une sainte martyre, de Jésus Christ, et de Dieu le Père. Admirez la capacité de composition. Si avec tout cela Robert Hossein n'en fait pas un spectacle... c'est vraiment qu'en France il n'y a plus aucun respect du sacré. Pfffff.

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Cet article a été publié sur AgoraVox.

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Sur le même sujet, le dernier billet de Rose Noire.

17.09.2007

Jospin flingue Royal, par Paul Quinio

Lu sur liberation.fr

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Dans un livre que « Libération » s’est procuré avant sa parution, l’ex-Premier ministre charge la candidate socialiste défaite à la présidentielle. 

« N’allons pas plus loinS’il fallait choisir une phrase pour résumer le livre l’Impasse, que Lionel Jospin s’apprête à publier le 24 septembre chez Flammarion (1) et que Libération s’est procuré, ce serait celle-là. Elle surgit après 88 pages d’une charge ininterrompue, sonne comme une ultime piqûre venimeuse de rappel contre « une personnalité [qui] n’a pas les qualités humaines ni les capacités politiques » nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche et « espérer gagner la prochaine présidentielle ». C’est évidemment de ­Ségolène Royal dont parle l’ex-Premier ministre, dont l’obsession manifeste au fil des lignes est de démonter ce qu’il considère être « un mythe », de dénoncer une candidature-créature des sondages et des médias, une erreur de casting, « une candidate qui était la moins capable de gagner », et, surtout, « une illusion » qui ne doit pas se prolonger.

Car l’objectif de l’Impasse est bien d’essayer de convaincre le PS et ses militants de ne pas récidiver en confiant à l’ex-candidate à la présidentielle les clés de la rue de Solferino lors du prochain congrès du PS, encore moins de lui fournir un deuxième visa de candidate à l’Elysée. Car, selon Jospin, malgré son aplomb et son courage, Royal, « une figure seconde de la vie publique », n’est « pas taillée pour le rôle ». « Avoir commis une erreur [en la désignant] ne justifie pas qu’on la réitère », avertit l’ex-candidat, pour qui les raisons profondes de l’échec - c’est le titre d’un chapitre - tiennent à la personnalité de son ancienne ministre, à son style de campagne, à ses choix politiques.

Cible. Lionel Jospin n’est pas le premier socialiste à attaquer en librairie Ségolène Royal. La rentrée politique chez les socialistes a même été une sorte de compétition pour figurer en tête de gondole des meilleurs pamphlets antiroyalistes. Mais Jospin n’est ni une caricature à la Claude Allègre (la Défaite en chantant, chez Plon), ni un graphomane post­défaite à la Marie-Noëlle Lienemann (Au revoir Royal, chez Perrin), pour ne citer que deux ouvrages déjà parus et prenant pour cible l’ex-candidate.

Lionel Jospin a été un premier secrétaire important du PS, un Premier ministre performant pendant cinq ans et deux fois candidat à l’Elysée. Flirtant avec un succès surprise en 1995. Sombrant sept ans plus tard, un certain 21 avril. Autant dire qu’il reste une fi­gure historique du socialisme à la française, avec ses succès, son échec, dont l’avis continue de peser très lourd. « J’ai quelques titres [à m’exprimer] sans détour », écrit-il dans son introduction, en rappelant au ­passage son CV de seul leader socialiste avec François Mitterrand à avoir conduit la gauche à la victoire depuis cinquante ans. Assurant, toujours en introduction, écrire « en homme libre », pas animé par l’ambition, mais juste inquiet pour l’avenir de son parti, Jospin, comme souvent, se drape derrière «le devoir» pour justifier sa décision « de dire franchement » tout le mal qu’il pense de Royal. L’ancien Premier ministre assume d’autant plus la violence de sa charge qu’il estime avoir voulu, en n’écartant que tardivement l’idée de sa propre candidature, tirer la sonnette d’alarme et manifester sa « crainte ». En vain.

Critique. Mais au fait, que lui reproche-t-il au juste ? Passons d’abord sur les précautions d’écriture dont use Jospin pour se défendre de toute misogynie. Il aurait pu s’en passer. D’autant qu’elles fournissent l’occasion de s’interroger sur l’utilisation, façon lapsus, d’un savoureux imparfait : Ségolène Royal, à ses yeux, n’était pas en mesure de l’emporter, « non pas parce qu’elle était une femme, mais parce que j’avais pu me faire une idée assez exacte de ses qualités, notoires, et de ses insuffisances, réelles ». Femme, Ségolène l’est toujours, Lionel. Et toujours vivante… 

Retenons plutôt la critique sur la mise à distance par Ségolène Royal du PS. C’est, pour Jospin, « une lourde erreur, pour un leader, que de laisser décrier sa propre formation politique », tant les partis, avec leurs défauts, sont indispensables à la vie démocratique. Jospin argumente son propos en dénonçant le statut de victime des éléphants sur lequel a surfé la candidate. Il en veut à Royal d’avoir alimenté un discours antiélus et antiélites, « leitmotiv [qui] appartient d’habitude à l’extrême droite ou aux mouvements populistes ». Il brocarde les jurys citoyens chers à Ségolène Royal, fait la différence entre sa version « démagogique » de la démocratie participative et la pratique des conseils de quartiers de son ami Bertrand Delanoë à Paris. Il reproche à l’ex-candidate ses inspirations sur la carte scolaire ou la sécurité, peu en phaseavec les valeurs classiques de la gauche, et qui relevaient plus à ses yeux de « l’art de communiquer que de celui de gouverner ».

Une fois désignée, Ségolène Royal aurait commis l’erreur, « enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion », de refuser la confrontation « sur le fond » avec son adversaire principal, Nicolas Sarkozy. Sur l’identité nationale, ses captations d’héritage (Blum, Jaurès…) ou son discours sur la valeur travail. L’aurait-elle voulu qu’elle n’aurait pas pu, tant, pour Lionel Jospin, l’ex-présidente de la région Poitou-Charentes a démontré depuis son entrée dans la vie politique peu d’appétit et de « talent » pour le débat d’idées et la controverse.

L’auteur ressert là encore la comparaison, défavorable, avec François Mitterrand. L’une se serait abîmée dans la médiatisation. L’autre « aimait d’abord, vivement, la politique et ses enjeux ». Et, à la veille de l’échéance, estime Jospin, bien malin qui aurait pu connaître le point de vue de la candidate socialiste sur les grands problèmes du pays, moins encore sur ceux du monde. Parmi les exemples surlignés des « improvisations » royalistes : le voyage en Chine et « les propos de touriste » de la candidate sur la justice chinoise.

Au final, c’est à l’absence de crédibilité de la candidate sur le fond que s’en prend l’auteur, à sa volonté d’aller sur le terrain idéologique de l’adversaire, à sa manière de mettre en scène, seule au monde, sa soi-disant relation particulière avec les Français.

Mais l’Impasse ne serait pas un livre 100 % jospino-jospiniste sans un dernier reproche : Royal ne s’est pour l’auteur pas suffisamment appuyée sur les succès des années… Jospin. Pour lui, il aurait été pertinent de vanter les mérites de la période 1997-2002 et « de la prendre comme un socle, pour aller plus loin », pour soutenir la comparaison avec les gou­vernements Raffarin et Villepin, dont Sarkozy était un ­ministre emblématique. « Ségolène Royal n’a pas fait ce choix. Par hostilité à mon égard ? Je ne saurais le démêler », s’interroge Jospin. Royal, elle, pourra démêler l’hostilité de l’auteur sans difficulté.

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(1) L’Impasse de Lionel Jospin, Flammarion (coll. Café Voltaire), 142 pages, 12 euros.

26.06.2007

"Ségolène, c'est comme la fièvre"

bc62fa8b6216c8f3d1422314dcac5bb2.jpgSégolène, c'est comme la fièvre. Elle révèle la maladie socialiste sans pouvoir, à elle seule, la guérir.

Tant que le PS n'aura pas défini un nouveau projet, la tentation démagogique du kitsch marketing subsistera.

Eric DUPIN

21.06.2007

LES CHOIX, JE LES ASSUME

47a6944530101eb78fb6dfe50459bda4.jpgIl est parfois difficile de rester en retrait face à l'énormité incontournable de l'actualité politique. Nous savions que lors de la dernière élection présidentielle, le clivage droite-gauche avait été au coeur des débats : depuis hier, nous avons la confirmation que bien au-delà de l'idéologie proprement dite, ou d'une conception de la citoyenneté, c'est aussi un certain sens des responsabilités, voire de la loyauté, qui différencie les deux candidats présents au second tour.

Ségolène Royal est en effet revenue hier sur sa campagne présidentielle. Celle-la qui disait aux français, avec une gravité que l'on croyait sincère le 11 février dernier à Villepinte : "L'élection présidentielle est le moment clé où se refonde le pacte républicain et où l'on va décider de l'avenir d'au moins deux générations compte tenu de la lourdeur des défis à relever", celle-la même affirme désormais avoir en fait défendu un programme auquel elle ne croyait pas, qu'elle pensait même néfaste pour la France : "Le Smic à 1.500 euros brut dans cinq ans ou la généralisation des 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans le pacte présidentiel, et qui n'ont pas été du tout crédibles. [...] Moi-même j'avais un doute là-dessus."

Mais la mascarade ne s'arrête pas là: à tout seigneur, tout honneur, et quelques jours après avoir érigé le féminisme en "goujaterie nauséabonde", s'il faut désigner un coupable, Ségolène Royal ne se fait pas prier : "Le Smic à 1.500 euros était une idée phare de Laurent Fabius".  

Cela resterait du domaine au mieux de la faute politique, au pire d'un manque de dignité effarant, si la comparaison avec le Président de la République ne venait cruellement trancher avec la posture en question. Prié hier soir sur TF1 de désigner un bouc émissaire à la victoire incontestée (sic) du 17 juin, Nicolas Sarkozy a eu cette phrase sans appel :

"Ce n'est pas au premier ministre qu'il faut en vouloir de telle ou telle ambition déçue.

C'est à moi, parce que les choix, je les assume."

Je crains que beaucoup en soient tombés sur "la partie la plus confortable de leur anatomie".

19.06.2007

L'autre qui nous pourrit la soirée avec son histoire de couple, par Jean-Luc MELENCHON

74dcdf29bbad80a4e19d7fd58fd8b879.jpgJe fustigeais il y a peu ici même la prise de position pro-chaviste de Jean-Luc Mélenchon. Je déplore aujourd'hui qu'il n'y ait pas de vase communicant entre sa lucidité quant à Ségolène Royal et sa vision en matière de politique internationale. Voici son compte-rendu explosif de la dernière soirée électorale, celle du 2nd tour des législatives :

"Ensuite l'autre qui nous pourrit la soirée avec son histoire de couple. Terrible! On commence tous par penser que c'est une ruse de journaliste pour tirer la droite d'un mauvais pas et re peopoliser une situation qui tournait tragiquement à l'avantage du match droite gauche. On se défausse donc tous en rangs serrés: "affaire privée, respect etc...". Je me fends même d'un "il n'y a pas de divorce heureux même par consentement mutuel". Puis je réalise que je viens de me faire avoir et la moutarde me monte au nez. Car on nous dit: "ce soir Ségolène Royal annonce etc..." Donc ce n'est pas une affaire privée. C'est une affaire que Ségolène Royal rend publique et ça change tout. Je dis donc ce que je pense. Je le dis poliment, mais j'avoue que je le pense dans des termes plus rudes. Car je suis très faché de m'être senti obligé à l'élégance avec quelqu'un qui n'en a aucune et se contrefiche de celle des autres.

Son délire narcissique vise à subsituer à la politique, qui se passe d'elle ce soir là, le retour à la focalisation de l'attention sur elle. Typique du comportement de toute puissance enfantin. Les gosses font ça tout le temps, ils se signalent, ils s'imposent, ils focalisent sur eux par leurs cris, leurs larmes, leurs souffrances réelles ou supposées, la société des adultes qui discutent sérieusement de choses qui les dépassent. Là, sitôt sa souffrance étalée comme de la confiture collante sur la tartine médiatique de la soirée électorale, nous avons aussitôt l'air d'imbéciles, tous autant que nous sommes, sur tous les plateaux et ce matin dans toute la presse et surtout à la une du "Monde" ce midi, dans le titre et le dessin de Plantu. Bien sûr, juste après, devant le tollé, suivant un scénario devenu classique arrive le "non, non, ce n'est pas moi qui ai voulu ça, on a fait exprès de mal comprendre, j'avais décidé d'en parlé à sept heures du matin et pas le soir à 23 heures" et ainsi de suite sur le mode victimaire bien connu. La semaine dernière c'était le même cirque avec le coup de téléphone à Bayrou et ainsi de suite pendant toute la campagne présidentielle.

Questions: que devient la plainte contre les journalistes qui avaient soit disant "violé" sa vie privée en racontant déjà tout les tenants et aboutissants de cette histoire banale de couple? Et que faut-il penser de cette nouvelle forme de féminisme que l'on qualifierait de goujaterie nauséabonde si un homme la pratiquait à l'égard de sa compagne ? Que faut-il penser de cette façon de proclamer sans cesse vouloir "protéger "ma" famille" et "mes" enfants (l'homme étant là dedans l'accessoire que le pronom possessif exclut sans autre forme de respect) quand on étale sans cesse les avatars de sa vie privée la plus intime ? De toute façon les vedettes du Ségo-tour médiatique ont ausitôt re-déployé les moulins à prières qui fondent leur importance à proportion de l'espace médiatique que le cirque peut occuper. Attention, je risque le procès. Car pour avoir désigné ces personnes sans les nommer en les traitant de "groupies", Daniel Carton, un ancien journaliste du "Monde" a eu droit à une plainte en justice de la part des personnes concernées. Bref la pipolisation de la politique est toujours un naufrage pour les personnalités politiques, pour leurs idées comme pour les médias et les journalistes qui s'y abandonnent. "

31.05.2007

Pourquoi la défaite de Ségolène Royal n'inquiète pas Hillary Clinton, par Philippe GELIE

Il y a quelques mois, je publiais ici même un article de Nicole Bacharan qui me semblait essentiel quant aux idées reçues qu'il dénonçait, et ce dans un climat de pré-campagne qui en était truffé, notamment en matière de politique internationale. Cet article est toujours d'actualité aujourd'hui, tant le PS a abusé d'aguments fallacieux en la matière, dont "il reste toujours quelque chose", selon l'expression consacrée. Cet édito de Philippe Gélie me semble en être le prolongement logique, et d'une importance tout aussi capitale. Philippe Gélie est correspondant du Figaro aux Etats-Unis.

1f1c41665b81580208798f72d1c1f34e.jpgLa visite de Ségolène Royal aux États-Unis fut annoncée à la mi-décembre 2006, puis annulée presque aussitôt : le projet de la candidate socialiste était de poser au côté de Hillary Clinton, en réplique à la photo où Nicolas Sarkozy serrait la main de George W. Bush deux mois plus tôt. Mais la candidate démocrate à la présidence des États-Unis refusa de s'afficher avec son homologue française. Pour éviter toute comparaison ?

Maureen Dowd, l'une des plumes les plus acérées du New York Times, a délaissé exceptionnellement la classe politique américaine pour aller voir de près cette candidate dotée « d'un nom de James Bond girl, d'un sourire d'ange, d'une silhouette superbe en bikini à 53 ans et qui fait campagne comme Jeanne d'Arc ». Elle est ressortie de la « ségosphère » plutôt déçue, avant même le verdict du 6 mai : « Le problème avec Ségo n'est pas qu'elle est une femme, écrivait-elle­ le dimanche du second tour. Le problème est que sa seule vision de la France, c'est elle-même : d'où son surnom,"Egolène". »

Les différences avec Hillary Clinton n'ont pas échappé à Maureen Dowd : « Ségo est plus audacieuse que la prudente Hillary, mais elle commet plus de bourdes ; contrairement à Hillary, elle ne s'est pas assez bien préparée sur la politique étrangère. Ségo conjugue volonté farouche et féminité plus habilement que Hillary, mais elle passe aussi pour froide, une porcelaine sous une peau de porcelaine. »

La mésaventure de Ségolène en France recèle-t-elle des leçons pour Hillary en Amérique ? À première vue, les similitudes sont nombreuses : deux femmes de gauche, deux femmes de tête, parfois jugées cassantes, mères de famille et partenaires d'homme politique dans la vie, briguant pour la première fois la magistrature suprême dans leur pays... Mais ces ressemblances relèvent peut-être du trompe-l'oeil.

L'entourage du sénateur de New York s'est empressé de prendre ses distances avec la vaincue du 6 mai. « À part le fait qu'elles sont toutes deux des femmes, elles n'ont pas grand-chose en commun », a expliqué Howard Wolfson, porte-parole de la candidate à la Maison-Blanche.

605c808f8f27420773a5e2009a1f749d.jpgPlusieurs différences méritent d'être soulignées :

Le contexte : l'élection devrait se jouer aux États-Unis sur la politique étrangère, sujet resté marginal dans le scrutin français. La guerre en Irak constitue l'enjeu principal, sur lequel Hillary Clinton a pris une position duale : d'un côté, elle « assume » son vote en faveur des pouvoirs de guerre donnés à George Bush en 2002, et elle promet une riposte musclée si l'Amérique est de nouveau attaquée ; de l'autre, elle dénonce la faillite de cette aventure militaire et prône un retrait en bon ordre au plus tôt.

La crédibilité : Hillary estime que, pour l'emporter, une femme doit mettre la barre encore plus haut qu'un homme. Elle mise donc sur la compétence plus que sur la séduction, mettant en avant ses huit ans d'expérience à la Maison-Blanche et ses sept ans passés au Sénat à traiter d'un vaste éventail de dossiers nationaux et internationaux. Elle profite aussi de la caution du meilleur stratège démocrate, Bill Clinton, dont la cote d'amour reste élevée aux États-Unis. « Elle offre un choix très différent de celui qu'ont eu les Français, estime son conseiller Mark Penn. Son expérience prouve qu'elle est prête à mener le pays vers le changement d'une main sûre, ferme et compétente. »

L'idéologie : Clinton fait campagne au centre, ce qui est déjà plus à droite que le centre droit en France. Pas d'oeillades vers l'ex-trême gauche, politiquement insignifiante aux États-Unis, aucune ambiguïté sur les vertus de l'entreprise ou du libre marché. Sans la porter en écharpe, elle ne cache pas sa foi, entretenue auprès d'un confesseur qui la suit depuis l'adolescence. Elle n'a pas peur de courtiser les puissances d'argent, qui l'ont placée en tête des collectes de fonds au premier trimestre (31 millions de dollars). Ce qui la définit comme démocrate, c'est surtout la promesse d'assurer une couverture médicale à tous les Américains et de revenir sur les baisses d'impôts accordées aux plus riches.

La compétition : les principaux rivaux de Hillary ne sont pas des « éléphants » se disputant le contrôle du parti, mais un jeune sénateur noir élu depuis à peine trois ans, Barack Obama, et un quinquagénaire sudiste aux allures de jeune premier, John Edwards. Aux États-Unis, où la course électorale est longue et difficile, la fraîcheur constitue souvent un atout, tandis que l'excès de notoriété peut être un handicap. Dans le cas de l'ex-première dame, il lui impose de recentrer son image de « libérale » et d'adoucir sa réputation de froideur. Elle s'y emploie jusqu'ici avec succès, puisqu'elle est la favorite des sondages pour 2008, ce qui n'a jamais été le cas de Royal. Contrairement à Ségolène, Hillary l'emporte aussi nettement auprès de l'électorat féminin.

Ces différences expliquent que même les républicains se gardent d'extrapoler à partir de la présidentielle française. Aux États-Unis, Hillary Clinton n'est pas le challenger, mais la femme à battre. « Je suis sans doute la femme la plus célèbre que vous ne connaissez pas encore », dit-elle à ceux qui se pressent pour l'écouter. Tout un programme.

http://www.lefigaro.fr/debats/

09.05.2007

LE PORTRAIT DE SEGOLENE ROYAL, FAÇON DORIAN GRAY

medium_oscar_wilde.jpgEn 1890 Oscar WILDE publie un roman, Le Portrait de Dorian Gray. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme très beau, naïf et curieux, qui va être initié à une certaine philosophie de la vie par un aristocrate décadent, Lord Henry. Un peintre ami de ce dernier, Basil Hallward, inspiré par la beauté du jeune Dorian, le prendra pour modèle pour l’une de ses toiles. Dorian va donc faire ses expériences au fil du temps, va goûter au plaisir des sens, et va être confronté au vice, au mal, à la cruauté. Mais malgré sa vie de débauche, sa beauté n’est en rien altérée : il se produit un phénomène surnaturel, qui voit le portrait offert par Basil Hallward vieillir à sa place, quand son visage reste intact. La fin du roman figure Dorian désespéré, lacérant le portrait, et succombant au transfert soudain de vieillesse sur sa personne, la nature reprenant ses droits. 

C’est ce roman qui m’est revenu à la mémoire ces derniers jours, à propos de Ségolène ROYAL. N’y voyez toutefois aucune allusion ni à sa beauté, ni à sa cruauté hypothétique. C’est la forme de  transfert entre le portrait qu’elle peint de Nicolas SARKOZY et la réalité de sa propre personnalité soudain imposée à nos yeux qui m’a interpellé. 

Cette réalité, c’est d’abord celle du rapport à la violence  de Ségolène ROYAL. C’est elle qui s’exclamait, le 4 mai dernier sur RTL, à propos de l’élection possible de Nicolas SARKOZY : « ma responsabilité, aujourd'hui, c'est à la fois de lancer une alerte par rapport au risque de cette candidature et par rapport aux violences et aux brutalités qui se déclencheront dans le pays. Tout le monde le sait mais personne ne le dit. » Quelques secondes après, elle se plaçait en modèle d’opposition à la violence décrite à l’instant : « Je veux encourager la lumière qu'il y a dans toute personne humaine parce que je crois que la France a besoin de paix civile, de réconciliation, d'être réformée sans brutalités, de vérités de la parole politique ». 

medium_voiture_feu.2.jpgOr la première violence de la soirée, c’est bien le service d’ordre de Ségolène ROYAL qui en a été responsable, et ce envers deux journalistes de LCI et de TF1, ainsi que le souligne Koz vidéo à l’appui. Bien sûr, "l'alerte par rapport au risque de cette candidature" a été depuis entendu… plus de 700 voitures brûlées dès la nuit du 6 au 7 mai, plus de la moitié le lendemain. Lorsque Ségolène ROYAL parlait d’ « encourager la lumière », pensait-elle déjà que celle-ci serait produite par la lueur des véhicules en flammes ? 

Autre symétrique troublant, celui qui existe entre le rapport aux médias qu’entretient Ségolène ROYAL et celui qu’elle prétend dénoncer chez Nicolas SARKOZY. Ce même jour sur RTL, voici ce qu’elle disait :

« Je regardais, hier, les informations sur LCI, une fois de plus... et le résumé qui était fait du débat que nous avions eu ensemble. A croire cette chaîne, c'est moi qui avais tout faux et c'est Nicolas Sarkozy qui avait tout juste.  […] Donc, je crois qu'il y a là un candidat qui est lié aux puissances médiatiques et financières ». 

medium_rtl_royal_hollande.jpgOr c’est certainement forte de ce contre-exemple, source d’idées d’indépendance médiatique, que Ségolène ROYAL a fait pression sur la direction d’un hebdomadaire, ainsi que le relate Raphaëlle BACQUET du Monde dans un livre à sortir vendredi, et contre lequel François HOLLANDE et Ségolène ROYAL ont déjà porté plainte. Voici la façon dont Thomas LEGRAND de RTL en relayait le propos ce matin dans sa Carte Blanche :

« La future candidate aurait fait pression sur la direction de l'hebdomadaire en question pour que la journaliste, supposée être la maîtresse de François Hollande, soit écartée.

« Elle va d'abord envoyer son fils aîné, Thomas Hollande, qui va téléphoner aux supérieurs hiérarchiques de cette journaliste pour leur demander qu'elle ne suive plus François Hollande, car elle est affectée à la couverture du Parti socialiste », explique Raphaëlle Baquet. « Cela n'a aucun effet, d'abord. Donc elle va faire appel à son frère, Gérard Royal, un ancien des Services secrets. Lui va à nouveau téléphoner à la direction du magazine pour demander que cette journaliste soit déplacée. Il le dit avec ses mots d'ancien militaire : « Il faut que vous mettiez un terme à cette histoire sinon notre opération va échouer ». Par opération, il parle du lancement de la candidate socialiste. Et effectivement, la journaliste sera déplacée ». 

Pourquoi reprendre aujourd’hui ces anecdotes, qui renouent avec des thèmes si souvent dénoncés ici même, comme la vie privée des (ex) candidats, ou encore les attaques personnelles ? Tout simplement parce qu’ainsi que l’exprime l’analogie du portrait de Dorian GRAY, Ségolène ROYAL semble aujourd’hui être péniblement rattrapée par les boomerangs qu’elle a lancé à tort et à travers lors de sa fin de campagne. Ses accusations graves contre Nicolas medium_SR1.jpgSARKOZY, trouvées et reprises chez/par Jean-François KAHN notamment, ont blessé les millions d’électeurs qui se sentaient représentés par les idées du prochain Président de la République. Aujourd’hui, il apparaît au grand jour qu’elle a dessiné ses calomnies à l’aide de schémas d’intimidation trouvés dans sa propre expérience. Le portrait anti-sarkozyste de sa fin de campagne, celui d’un censeur violent, peint hâtivement à grands coups d’anathèmes, dessine rétrospectivement aujourd’hui une silhouette inédite. Cette dernière, étrangement, ne nous est pas inconnue.

Zoom sur le couple Hollande-Royal (RTL)

medium_hollande_royal.jpgRTL aborde la très délicate question des deux couples de cette Présidentielle avec des révélations. Des couples bien singuliers, parce que l'on se pose tout simplement une question devenue politique et très simple : est-ce qu'ils sont toujours ensemble ? Premier volet ce mercredi avec les socialistes François Hollande et Ségolène Royal. Carte blanche signée Thomas Legrand.

Pressions

Les informations sont livrés par deux journalistes du "Monde" qui sortent vendredi un livre-enquête aux éditions Albin Michel, intitulé "la femme fatale". Ariane Chemin et Raphaëlle Baquet estiment que l'un des ressorts, si ce n'est le principal ressort de la candidature Royal, provient d'une blessure d'orgueil de la compagne de François Hollande. Une jalousie amoureuse.

L'objet de cette jalousie est une journaliste d'un hebdomadaire français. Quand Ségolène Royal apprend qu'il y a une autre femme en 2005, elle demande (c'est en tout cas ce qu'affirme les deux auteurs) à ses amis et sa famille de choisir entre François et elle. A partir de ce moment là, les amis politiques se divisent. Des proches de François Hollande, comme Julien Dray et François Rebsamen, choisissent celle qui deviendra candidate.

La future candidate aurait fait pression sur la direction de l'hebdomadaire en question pour que la journaliste, supposée être la maîtresse de François Hollande, soit écartée. "Elle va d'abord envoyer son fils aîné, Thomas Hollande, qui va téléphoner aux supérieurs hiérarchiques de cette journaliste pour leur demander qu'elle ne suive plus François Hollande, car elle est affectée à la couverture du Parti socialiste", explique Raphaëlle Baquet. "Cela n'a aucun effet, d'abord. Donc elle va faire appel à son frère, Gérard Royal, un ancien des Services secrets. Lui va à nouveau téléphoner à la direction du magazine pour demander que cette journaliste soit déplacée. Il le dit avec ses mots d'ancien militaire : "Il faut que vous mettiez un terme à cette histoire sinon notre opération va échouer". Par opération, il parle du lancement de la candidate socialiste. Et effectivement, la journaliste sera déplacée".

Comme quoi l'interventionnisme des politiques auprès des journaux est quelque chose de bien ancré en France !

C'est un couple

Donc Ségolène Royal aurait voulu être candidate par revanche, par bravade face à son compagnon qui l'aurait trompé ? En tout cas, les deux auteurs estiment que Ségolène Royal a trouvé l'énergie de sa campagne dans cette blessure. C'est aussi à cause de cette forte dissension, de la séparation entre les équipes qui en résulte, que la candidate a perdu en cohérence politique, en efficacité, et que sa campagne a à ce point manqué de professionnalisme. 

Ariane Chemin estime que malgré tout, malgré les histoires passées et la campagne chaotique, le couple a finalement survécu. "Je pense que c'est un couple. Ils sont extrêmement attachés l'un à l'autre. Je me demande même s'ils ne peuvent pas ne pas vivre l'un sans l'autre. Simplement, c'est très compliqué, comme beaucoup d'autres histoires de couples. C'est parfois très compliqué de se séparer".

Divergence de méthodes

J'ai eu François Hollande au téléphone mardi soir. Je lui ai raconté ce que j'allais dire à l'antenne et ce qu'il y avait dans ce livre qu'il n'a pas encore vu. Le premier secrétaire du Parti socialiste a une vision beaucoup plus politique de cette histoire. Il dément formellement que Ségolène Royal ait demandé à sa famille (et notamment à ses enfants) de choisir un camp.

Il m'explique que Ségolène Royal a marqué (parfois très fort) sa différence avec lui pendant cette campagne, par volonté de s'émanciper politiquement du premier secrétaire. Elle ne voulait pas apparaître instrumentalisée. Et surtout, elle considérait avoir une vision politique plus moderne que son compagnon. Ce n'est un secret pour personne que François Hollande ne fait pas siennes les méthodes politiques de Ségolène Royal, même s'il a fait campagne activement, parallèlement et à sa façon.

Aujourd'hui ils ne sont pas non plus d'accord sur l'avenir du PS. A la question devenue politique, que j'ai posée au téléphone à François Hollande : formez-vous toujours un couple ? Il m'a répondu : "Oui, nous vivons ensemble, avec nos enfants".

Thomas Legrand

09/05/07

http://www.rtl2007.fr/actualite/carte-blanche/

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