03.12.2007

La dompteuse d'éléphants, par Jean d'Ormesson

Beaucoup de copiés/collés sur mon blog ces derniers temps, si l'on exclut les remarquables contributions de Flamant Rose. Cela est dû d'une part à mon manque de disponibilité, mais aussi au réel plaisir que j'ai à lire - et à conserver - les synthèses et analyses pertinentes et talentueuses que je rencontre au gré de mes lectures.

Voici l'une d'elles, et non des moindres, puisqu'il s'agit d'un article écrit par Jean d'Ormesson pour lefigaro.fr après la lecture du livre de Ségolène Royal, "Ma plus belle histoire, c'est vous", à paraître demain aux éditions Grasset. L'article est un peu long, mais pour ceux qui goûtent le style ciselé et la prose envolée... ça devrait passer tout seul.

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Il était temps. On commençait à l’oublier. Pendant des mois et des mois, elle avait été partout avec un succès triomphal. À l’émission de PPDA, elle avait mis sa main sur l’épaule du paralytique et François Hollande aurait murmuré en coulisses : «S’il se lève, elle est élue». À Villepinte, à Charléty, dans tous les recoins de la France profonde, un agneau dans les bras, elle se sentait habitée, elle gravissait la montagne, elle se montait le bourrichon, elle invitait les gens à s’aimer les uns les autres. Dans sa veste blanche qui était devenue une légende au même titre que la minijupe, la robe Vichy de Bardot ou la soutane de l’abbé Pierre, c’était un mélange de Jeanne d’Arc, de la Sainte Vierge, de Bécassine au pays des mufles et d’Evita Peron. «Elle ressemble parfois, écrivait naguère Marc Lambron, à une Fée bleue se posant avec sa baguette magique dans l’atelier où des mannequins de bois attendent de prendre vie.» Quand elle paraissait en public, tout le monde se levait, comme pour Danette, et laissait éclater sa joie. Touche-moi, Ségo, touche-moi ! C’était la Danette de la démocratie participative, c’était la version féminine de ce Khalil Gibran qui avait écrit Le Prophète et Larmes et Sourires. Et puis, le 6 mai, le second tour, la défaite, le silence. Et peut-être, au loin, l’oubli.

Avec Ma plus belle histoire, c’est vous, voilà Ségo de retour. Et semblable à elle-même. Hip ! Hip ! Hip ! Plus Mme Royal que jamais. Hourrah ! C’en est un bonheur pour chacun d’entre nous qui se sentira, en la lisant, rajeuni de six mois, ou peut-être même d’un an ou deux, comme s’il ne s’était rien passé. N’allez pas croire surtout que Ma plus belle histoire, c’est vous soit un de ces livres rasants où est exposé tout au long, avec une foule de détails inutiles, un de ces programmes politiques devenus tout à fait démodés à l’époque des images. Pfuitt ! C’est un livre très gai, et parfois même comique. Je lui prédis avec confiance le plus vif succès auprès des admirateurs de Barbara (dont je suis) et des malheureux électeurs socialistes à qui il fera tourner encore un peu plus leur pauvre tête égarée par la défaite et par les querelles intestines.

De quoi s’agit-il ? D’une défense et illustration, par Ségolène Royal, de la candidate malheureuse à l’élection présidentielle. Sous le titre générique (je cite) d’Histoire véridique des bourdes qui n’en étaient pas, tout y passe : La Marseillaise et le drapeau, les jurys citoyens, l’encadrement militaire, les talons aiguille dans les bidonvilles du Chili, le nucléaire iranien, Israël qualifié, au Liban, par le Hezbollah d’entité proche du nazisme, la «bravitude» et la justice expéditive en Chine, le charmant gazouillis de «Nous Kayé Karsé ça» à la Guadeloupe, les pièges des journalistes – «Il n’y a pas de journalistes amis» et «Entre les journalistes et moi existe un mur de verre incassable» – et des perfides imitateurs qui vous font dire n’importe quoi. Conclusion : le monde est méchant, il est injuste envers les femmes, et surtout envers la meilleure d’entre elles, qui est l’auteur de ce livre. Et, entre Ségo et Sarko, il y a deux poids, deux mesures.

Une partie du livre, mais ce n’est ni la plus importante ni la plus intéressante, est consacrée à «l’adversaire», à sa machine, à son argent, à ses médias. Sarkozy, les sondages, LCI et Le Figaro en prennent évidemment, c’est de bonne guerre, pour leur grade. C’est un peu attendu, c’est un peu répétitif, et on s’ennuie un peu. Ce n’est pas le cas quand la candidate et son défenseur – qui ne font, comme vous l’avez compris, qu’une seule et même personne – s’occupent de régler leurs comptes, non plus avec leur adversaire, mais avec leurs amis. Là, ça chauffe franchement.

D’un bout à l’autre de l’ouvrage, et c’est assez émouvant, on sent une femme blessée par l’inactivité, la méfiance, l’hostilité des siens. «C’est dans les sphères dirigeantes de mon propre parti, je n’apprends là rien à personne, qu’on a commencé d’instruire le procès de mon incompétence et de mon illégitimité.» Ou : «Il fut ravageur de mettre à ce point en scène, si près de la bataille décisive, le spectacle des rivalités internes avec leur cortège de coups bas et de petites phrases assassines.» Ou encore, dans un meeting socialiste à Arras : «Commence alors un concours de goujaterie dont on ne sait qui l’a gagné ce soir-là, tant le niveau était élevé.» Quoi ! dépeint par un des siens, c’était donc cela, le Parti socialiste ! Adversaires déclarés et amis présumés finissent par devenir indiscernables : «Quand je me suis trouvée prise en tenaille aussi bien par une partie des gens de l’appareil du parti que par la droite, ce procès en incompétence et illégitimité a été redoutable.» Disons les choses sans fard : «Comment se fait-il que les attaques soient plus venues de la gauche que de la droite ?» Le pire est peut-être que la fin de l’aventure ne marque pas la fin des attaques : «C’est la première fois que l’on constate des règlements de comptes aussi violents après une échéance électorale de cette importance

Dans ce cimetière des éléphants et dans le rôle de la dompteuse, Ségolène est imbattable et accablée de douleur. Elle finit par être victime d’une sorte de délire de la persécution qui lui brouille un peu l’esprit : «Les électeurs voulaient que mes anciens rivaux m’aident et m’épaulent comme à droite les rivaux de Nicolas Sarkozy se sont rangés derrière lui.» Euh..., ma chère Ségolène, êtes-vous vraiment sûre que les rivaux de Nicolas se soient tous rangés derrière lui ? Je crains, qui l’aurait cru, que vous n’ayez de la droite une vision idyllique.

Dans cette atmosphère délétère où la détermination du PS de mettre hors jeu sa candidate est le grand ressort de l’intrigue, il y a, grâce à Dieu, de bons moments qui constituent comme des sommets de la comédie politique. L’un d’entre eux, d’après Ségolène, a pour héros Michel Rocard. À quarante-huit heures de la clôture du dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel, l’ancien premier ministre se pointe à l’antenne de campagne du 282, boulevard Saint-Germain. Il ne s’embarrasse pas de circonlocutions oiseuses : «Bonjour, Ségolène. Je suis venu te dire, primo, que tu n’y arriveras pas. Secundo, qu’il ne te reste que quelques heures pour te retirer.» Stupeur de Ségolène. Elle murmure que, si elle se retirait, le parti convoquerait de nouveau les militants pour désigner un candidat. «Impossible, réplique Rocard. Les délais sont trop courts. Je dépose ma candidature au Conseil constitutionnel avant la clôture, et le tour est joué. C’est ta chance. Si tu ne la saisis pas, tu vas être balayée. Tu ne seras même pas au second tour.» La transparence du PS a failli, ce soir-là, en prendre un sacré coup.

L’affaire Bayrou est peut-être plus réjouissante encore. Vers la fin avril, les négociations vont bon train entre Royal et Bayrou. La première a proposé au second le poste de premier ministre. Un soir, à 23 heures passées, Ségolène déboule devant l’immeuble de la rue Clerc, dans le VIIe, où habite François Bayrou. Elle l’appelle sur son portable. Elle veut monter : «C’est vous qui me l’avez proposé. Il faut bien se parler puisque le téléphone n’est pas sûr.» Bayrou, selon Ségolène, fait cette réponse magnifique : «Non, non, ne montez pas, il y a du monde dans la rue

«Il y a du monde dans la rue !» Tout le destin tragique d’un centre qui a longtemps été soumis à la droite et qui vient de changer de camp et de se rallier à la gauche – mais en catimini, en secret, il en a un peu honte et il ne faut pas que ça se sache – est éclairé d’un seul coup. On dirait une comédie de Feydeau où un adultère chafouin se mêlerait à l’ambition politique.

Comique avec Rocard et Bayrou, sinistre avec Strauss-Kahn qui lève les yeux au ciel, avec Fabius qui regarde avec ostentation sa montre ou ses chaussures et qui applaudit «du bout des ongles», avec Jospin, l’auteur de L’Impasse, qui devient, dans un style quasi dantesque, «l’homme du déni majeur», le livre est aussi porté, de bout en bout, par une formidable confiance en soi. «J’avais, après tout, au moins lavé l’affront de l’élimination de la gauche au premier tour.» L’auteur n’est pas abattue par la défaite : elle voit dans son aventure «un rendez-vous manqué et une promesse de victoire».

Forte de ses dix-sept millions de voix, elle ne doute pas de l’avenir : «Je ne connais encore ni le lieu ni la date, mais je sais que nous nous retrouverons... L’autre nom de l’échec, c’est la victoire.» Avec, à l’extrême fin de l’ouvrage, une touche de sensibilité romantique que chacun interprétera comme il voudra : «Oui, pour gagner une prochaine fois, il faudra le soutien de tout un parti et d’un compagnon amoureux, à fond avec la candidate.» Ah ! Bien sûr, nous sommes loin du Général, de Pompidou, et même de François Mitterrand.

Le lecteur referme le livre avec une pensée émue pour le Parti socialiste. Car il est douteux que ses dirigeants se mettent soudain à croire au destin politique de l’ex-candidate. Et il est peu probable que ses militants – et, en tout cas, l’auteur de l’ouvrage – renoncent jamais, entre larmes et sourires, à en être convaincus.

06.11.2007

SARKOZY : SIX MOIS D'EMOI

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6 mai 2007, 6 novembre 2007 : voilà 6 mois désormais que Nicolas Sarkozy est Président de la République. Et c'est -déjà - le moment des bilans, des projections, des perspectives.

C'est en lisant il y a quelques semaines un billet d'Eric Mainville que j'ai eu envie de définir plus avant ce qu'est pour moi le sarkozysme, ce que je ferai sous peu sous la forme d'un billet. Depuis 6 mois maintenant, qu'on l'approuve ou non, la politique française a changé non seulement de président, mais aussi de façon de fonctionner. Ce changement, cette rupture (eh oui) repose entièrement sur un homme, Nicolas Sarkozy. Mon opinion personnelle, c'est que le sarkozysme sera, à l'image du gaullisme, un courant politique autonome, source d'inspiration - par rejet ou adhésion - pour au moins le 1/2 siècle prochain. Il y aura un avant, et un après.

Tout le monde n'étant - loin s'en faut - pas d'accord avec moi, j'ai pensé que ce serait dommage de camper sur mes seules positions à ce sujet. C'est pourquoi j'ai déjà commencé à demander à d'autres contributeurs potentiels, de sensibilités politiques parfois très éloignées de la mienne, leur éventuelle participation à ce projet en pointillés, sous la forme d'une définition du sarkozysme qui leur serait personnelle. S'ils relèvent le défi, attendez-vous donc à les lire ici-même lors des prochaines semaines.

En attendant, je vous propose ci-dessous un article tiré de Challenges. Il s'agit d'un "simple" bilan, que je trouve synthétique mais complet, d'autant qu'apparemment Le Monde ne met plus à jour son propre listing des promesses de Sarkozy, dont j'appréciais pourtant la démarche.

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Bilan des six premiers mois de présidence de Nicolas Sarkozy

Mardi 6 novembre, cela fait six mois que les Français ont élu Nicolas Sarkozy président de la République. Retour sur ses succès et revers.

Ouverture du gouvernement

  • Des personnalités socialistes (Bernard Kouchner, Eric Besson), proches du PS, membres d'associations (Fadela Amara et Martin Hirsch), ou issu du milieu sportif (Bernard Laporte) travaillent au gouvernement.

Institutions

Le comité présidé par Edouard Balladur a rendu son rapport sur la réforme des institutions. Il préconise :

  • d'équilibrer les pouvoirs entre le président et le Premier ministre.
  • d'instiller une dose de proportionnelle aux élections législatives.
  • de revaloriser les droits du Parlement.
  • de limiter le cumul des mandats.

Le projet ne sera pas voté avant les élections municipales de mars 2008, contrairement à ce qu'avait annoncé Nicolas Sarkozy.

Economie

Mise en place du “paquet fiscal“, c'est-à-dire de la loi pour le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA), qui comprend plusieurs mesures phare :

  • inciter au recours aux heures supplémentaires ("travailler plus pour gagner plus").
  • réduire les droits de succession.
  • abaisser le bouclier fiscal.
  • instaurer un crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunts immobiliers (mais dont la rétroactivité souhaitée par le gouvernement est censurée par le Conseil constitutionnel).

Social

  • loi sur le service minimum dans les transports terrestres en cas de grève.
  • réformer les régimes spéciaux de retraite dans les services publics, mais l'opposition est forte et déclenche des grèves massives.

Justice

  • loi antirécidive qui crée des peines plancher pour les récidivistes et écarte les réductions de peine pour les mineurs de plus de 16 ans dans certains cas.
  • réformer la carte judiciaire qui prévoit de supprimer de nombreux tribunaux. Là aussi, la résistance est forte.

Santé

  • instaurer les franchises médicales non remboursées sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires. Les crédits ainsi dégagés bénéficieront à la lutte contre la maladie d'Alzheimer.
  • recul du gouvernement sur les conditions d'installation des jeunes médecins.

Environnement

  • le "Grenelle de l'environnement" concerne l'agriculture, la biodiversité, les transports, l'énergie, les déchets et une taxation d'activités polluantes. La mise en oeuvre des mesures retenues est prévue pour le début de 2008.

Enseignement

  • loi sur l'autonomie des universités dans les domaines budgétaire et de gestion des ressources humaines, après le retrait de plusieurs dispositions contestées.

Immigration

  • adoption du projet de loi Hortefeux qui durcit les conditions du regroupement familial des étrangers, avec notamment le dispositif très controversé sur les tests ADN.

Union européenne

  • les 27 se sont entendus au sommet de Lisbonne sur le nouveau traité européen simplifié proposé par la France. Il sera ratifié par le Parlement, comme annoncé dans le programme de Nicolas Sarkozy.

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Rajout de 17 h :

A signaler, à propos du comptage et de l'observation des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy, ces sites complémentaires :

04.11.2007

Pourquoi Sarkozy résiste mieux que Chirac, par Arnaud Folch

Grâce à un commentaire de Rose Noire j'ai pris connaissance de cet article de Valeurs Actuelles, écrit par Arnaud Folch, qui compare la situation présente de Sarkozy, bénéficiant toujours du soutien de la majorité des français six mois après son élection, à celle de Jacques Chirac en 1995, qui n'avait lui au même moment que 28 % de soutien. Bonne lecture.

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Six mois après son élection, la popularité de Sarkozy reste largement positive (59 %). Quand celle de Chirac avait carrément dévissé (28 %). Cinq raisons à cela.

Trou d’air (Libération), « Octobre noir » (le Nouvel Obs), « Passage à vide » (le Monde) : vingt-quatre semaines après son élection à l’Élysée, la cote de confiance du chef de l’État est à la baisse. Pas partout : il progresse légèrement (+ un point) dans la dernière étude CSA-le Parisien.

Et sa popularité demeure largement positive – près de six Français sur dix se disant “satisfaits” de son action, selon le dernier baromètre Ifop-JDD. Simple queue de comète d’un état de grâce à l’issue programmée ? Peut-être. Il n’empêche : confronté à une croissance en panne, aux turbulences de plus en plus vives dans sa majorité (ouverture, ADN, institutions…), à son divorce et à la grogne sociale, Nicolas Sarkozy se retrouve à un niveau de popularité plus de… deux fois supérieur à celui de son prédécesseur Jacques Chirac – élu lui aussi avec 53 % des voix –, pour son premier mandat, à la même époque il y a douze ans.

Au bout de cinq mois à l’Élysée, celui-ci ne recueillait plus, en octobre 1995, que la confiance de 28 % des Français – avant même le début des grandes grèves de novembre et décembre. Lesquelles allaient aboutir au retrait du plan Juppé sur la Sécu puis, un an et demi plus tard, à la dissolution et à la défaite de la majorité.

En douze ans, bien des choses ont changé. Le président de la République, d’abord. À Chirac, volontairement absent des débats et abandonnant le thème de la fracture sociale quelques semaines après son élection, a succédé l’hyperactif Sarkozy se voulant avant tout « fidèle à [ses] engagements » de campagne. L’hôte de Matignon n’est plus le même non plus. « Droit dans ses bottes » et rapidement pris en grippe par l’opinion, Alain Juppé a été remplacé par François Fillon, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est moins exposé – à son corps défendant. L’état de l’opposition, ensuite. Chirac avait à lutter contre un puissant trio Jospin-Balladur-Le Pen quand Sarkozy est parvenu à faire le vide autour, et surtout contre lui. L’état de l’opinion, enfin. Quoi de commun entre la France de 1995, encore bercée d’utopies sur sa capacité à dépenser sans compter, et celle de 2007, convertie à l’impérieuse nécessité de réformer sous peine de ne plus pouvoir payer les retraites à venir ? Sarkozy dispose donc de la méthode, du style, des hommes et de la situation. Raison de plus pour ne pas reculer.

Reste un cactus – et de taille. L’inquiétude grandissante des Français sur leur pouvoir d’achat. Celui qui promettait d’être « le président du pouvoir d’achat » sera, ici plus qu’ailleurs, jugé sur ses résultats. Problème, comme le reconnaît Xavier Bertrand, le ministre du Travail : « La hausse du pouvoir d’achat ne se dé­crète pas. » Et les Français s’impatientent.

1. UN PRÉSIDENT QUI NE SE RENIE PAS

C'était vendredi dernier aux ateliers du Landy, à Saint-Denis. Débarqué à l’improviste, le chef de l’État affronte les cheminots cégétistes. L’un d’eux affirme que la rue le fera « plier ». Comme les autres… « Je ne céderai pas au chantage de la rue », répond Sarkozy. « Ce que j’ai dit, je le ferai » : cet engagement, martelé durant toute la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy en a fait la colonne vertébrale de son action. Élu pour réformer, le chef de l’État réforme – quitte à met­tre de l’eau dans son vin. Sur les 490 promesses de campagne du candidat Sarkozy recensées par l’Institut Tho­mas More, un think-tank libéral, 151 ont déjà été engagées. Soit… six par semaine en moyenne ! « Pour les Français, le contrat était sur la table, constate Jérôme Fourquet, di­recteur adjoint du département opi­nion de l’Ifop. Sarkozy fait, dans ses grandes lignes, le “bou­lot” pour lequel il a été élu. » Pas de tromperie sur la marchan­dise, donc.

Tout le contraire du scénario de 1995, qui a vu Jacques Chirac assumer publiquement un virage à 180 degrés, peu après son élection. Le 26 octobre, sur France 2, celui-ci annonçait en effet une « nouvelle priorité ». Oubliée, la lutte contre la « fracture sociale », place à la « réduction des déficits » ! Celui qui assurait, durant la campagne, que « la fiche de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi » appelle désormais à « l’effort » : « Pour réduire les déficits, il faut prendre des mesures qui peuvent être en contradiction avec ce que l’on veut faire plus tard », déclare-t-il. La reprise des essais nucléaires l’avait déjà coupé d’une partie de la gauche. Les hausses de la TVA et de l’ISF (alors IGF) le “plomberont” durablement à droite. Sarkozy continue, lui, de faire le “plein” chez ceux qui l’ont élu : 93 % ne regrettent pas leur choix. Les autres lui reconnaissent de tenir ses engagements. Y compris à gauche.

2. UN CHEF OMNIPRÉSENT

« Sarkozy ? Il mouille sa chemise », répondent les Français. “Hyperprésident”, le chef de l’État continue de multiplier déplacements sur le terrain et interventions médiatiques. Sa visite aux cheminots de Seine-Saint-Denis la semaine dernière – le lendemain des conclusions du Grenelle de l’environnement ! – étant même une première pour un président de la République. Comme le débat tendu qu’il a engagé, seul au milieu des syndicalistes. Résultat : y compris par ses adversaires, le chef de l’État est jugé “courageux” et “dynamique”. « Les Français, qui n’ont pas fait le deuil du volontarisme en politique, applaudissent, pour l’heure, son activisme », relève Fourquet.

Omniprésent – et pour cause – durant la campagne présidentielle de 1995, Chirac, sitôt élu, a, quant à lui, presque aussitôt “disparu”. À peine installé à l’Élysée, après une campagne largement nourrie de “proxi­mité”, celui-ci a fait sienne la formule de Jacques Pilhan, l’ex-conseiller en communication de Mitterrand, qu’il embauchera à ses côtés : « Un président doit se faire désirer. » En clair : effectuer le moins possible d’interventions dans les médias. Laisser son premier ministre gouverner. Et « prendre de la hauteur » en multipliant les voyages à l’étranger (ce qu’il fit). Tout l’inverse de la “méthode Sarko”. Conséquence : les Français, en 1995, ont eu le sentiment d’être “lâchés” par un Chirac décrit comme « enfermé dans sa tour d’ivoire » et se désintéressant du sort de ses compatriotes. Dès le mois de juillet – avant même l’abandon du thème de la “fracture sociale” –, celui-ci tombera sous la barre des 50 % de satisfaits (44 %) et chutera encore à 39 % en août. Douze ans plus tard, à la même période, l’hyperactif Sarkozy atteignait, lui, les 69 % d’opinions favorables. Trente points de plus !

3. UN PREMIER MINISTRE QUI NE PLOMBE PAS SON CHEF

Volontairement discret sur la scène politique nationale, Jacques Chirac, en 1995, avait délégué ses pouvoirs au « meilleur d’entre nous », Alain Juppé. Un choix d’abord approuvé par les Français. Mais très vite, le “style” Juppé va déplaire. Puis heurter. « Long, sec, froid – et déplumé – comme un pin des Landes », ainsi qu’il se décrivit lui-même, Juppé ne peut que le constater : l’image qu’il renvoie aux Français est celle d’un “techno” hautain et cassant. Le renvoi, sans ménagement, des “jupettes” et d’Alain Madelin (“coupable” d’avoir réclamé l’alignement des régimes de retraite entre public et privé !) ne va faire qu’exacerber le rejet dont il est l’objet. Mais c’est sa mise en cause dans l’affaire de son appartement privé, loué à la Ville de Paris à un prix inférieur au marché, qui va le faire plonger dans les sondages (la plus grosse chute jamais enregistrée par l’Ifop pour un premier ministre. Interrogé sur TF 1 le 6 juillet, il se défend maladroitement : « Je suis droit dans mes bottes. »

De traditionnel “bouclier” du président, l’hôte de Matignon – c’est une première ! – va devenir son boulet. Et l’entraîner dans sa chute – jusqu’à la dissolution de 1997, provoquée par Chirac, pour “relégitimer” son premier ministre. Rien de tel, douze ans plus tard, avec François Fillon. En retrait (involontai­re), celui-ci ne protège certes pas “son” président. Mais au moins ne le plombe-t-il pas…

4. UNE OPPOSITION LAMINÉE

Quoi de commun entre le paysage politique de 1995 et de 2007 ? Rien, ou presque. Il y a douze ans, Lionel Jospin, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, faisait figure de leader incontesté du PS – qui a connu, depuis, deux nouvelles défaites, dont le terrible 21 avril 2002. Quelques mois après son (honorable) échec de 1995, Jospin sera même triomphalement élu, le 14 octobre, premier secrétaire du parti socialiste par… 94 % des militants. Il est alors le chef incontesté d’une opposition de gauche en ordre de bataille. Cactus supplémentaire pour Chirac : il doit aussi faire face à une opposition interne à sa majorité et à un Front national alors en plein essor. Les amis d’Édouard Balladur (18 % au premier tour de la présidentielle) n’ont pas été invités à siéger au gouvernement Juppé et multiplient critiques et “contre-propositions”. Quant à Jean-Marie Le Pen (15 % au premier tour), il est sur la pente ascendante. Pour preuve, les trois villes – Toulon, Orange et Marignane, en attendant Vitrolles – que le Front remporte, le 18 juin 1995, aux municipales.

Douze ans plus tard, le tableau est tout autre. Plus divisé que jamais, en l’absence d’un chef incontesté et “piégé” par la politique d’ouverture de Sarkozy, le PS est au fond du trou. Un quart des sympathisants socialistes se disent aujourd’hui “séduits” par le chef de l’État ! L’UMP et la majorité parlementaire sont, elles, presque entièrement “sarkoysées”. Seul ténor de droite à faire bande à part, « Dominique de Villepin, observe Jérôme Fourquet, n’est pas perçu par les Français, y compris dans son propre camp, comme une alternative crédible au président de la République ». Quant au FN, il traverse une crise de leadership, financière et d’identité. Socialistes torpillés, majorité contrôlée et FN siphonné : c’est un peu, en 2007, « Sarkozy ou rien ». Quand Chirac, douze ans plus tôt, devait affronter une triple opposition.

5. UNE OPINION QUI A ÉVOLUÉ

Lorsqu’ont éclaté les grandes grèves de novembre et décembre 1995, « l’opinion a fait preuve de compréhension et d’une grande patience vis-à-vis des grévistes, souvent même de sympathie », relevait l’État de l’opinion (Le Seuil) publié, l’année suivante, par la Sofres. À l’époque, si une petite majorité de Français (51 %) dit soutenir le gouvernement, 60 % des salariés se reconnaissent des “convergences” avec les revendications syndicales (visant au maintien des avantages acquis en matière de Sécurité sociale et de retraite). Douze ans plus tard, selon une étude du même institut pour le Figaro, 67 % des Français souhaitent que « le gouvernement ne cède pas aux revendications des syndicats » sur les mêmes régimes spéciaux. Les Français sont aussi 77 %, selon l’Ifop, à se reconnaître dans le constat suivant : « Il est urgent de réformer le système des retraites, car dans un proche avenir, il y aura de moins en moins d’actifs pour payer les pensions de retraite. » Parmi eux, 51 % des électeurs PC et d’extrême gauche et même… 70 % des sympathisants socialistes. Lesquels sont encore 73 % (contre 82 % des Français) à prôner l’alignement des régimes spéciaux sur ceux de la fonction publique – l’objet de l’actuel bras de fer gouvernement-syndicats. « Avec les années, et le creusement des déficits, les Français ont pris conscience qu’“on ne peut plus continuer comme ça” et qu’il est devenu nécessaire de consentir des sacrifices pour assurer la pérennité des retraites », estime Jérôme Fourquet.

Désormais, 63 % des Français, selon l’institut CSA, “veulent continuer à travailler après 65 ans” – con­tre 19 % en 1995. Trois fois plus ! Un atout considérable pour l’actuel chef de l’État, qui peut s’appuyer sur l’opinion pour imposer ses réformes. La France de Sarkozy n’est plus la France de Chirac. Là réside, plus encore que sur ses “performances”, l’atout numéro un du président. 

03.11.2007

ETONNANT, NON ?

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Lu sur le fil du figaro.fr ce sondage anodin, qui contredit pourtant nombre d'analyses...

Six mois après l'avoir élu président, 55% des Français voteraient à nouveau pour Nicolas Sarkozy si un nouveau scrutin devait être organisé dimanche, selon un sondage Ifop paraissant dans "Le Journal du dimanche". Le 6 mai dernier, ils étaient 53,06%. La candidate socialiste Ségolène Royal recueillerait aujourd'hui 45% (46,97% en mai).

La répartition des voix à un nouveau premier tour fictif ne changerait pas par rapport aux résultats d'il y a six mois, Sarkozy accroissant même son avance avec 35% des voix (31,18 en mai) devant Royal avec 22% (25,87%) et François Bayrou 17% (18,57%).

S'ils semblent prêt à revoter pour lui, les sondés ne donnent pas donner quitus au chef de l'Etat. Ils ne sont ainsi que 38% à juger que son action et celle de son gouvernement "a permis d'améliorer la situation des Français". Ils sont en revanche 59% à ne pas la trouver améliorée.

29.10.2007

C'était De Gaulle, par Flamant Rose

Le 9 novembre 1970, une voix s’est éteinte.

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Une voix s’est levée dans un désert immense,

Appelant à l’espoir, à la foi, à l’honneur,

Insufflant au pays et son âme et son cœur,

Ce fut le dix-huit juin, ce fut la résistance.

 

Une voix s’est levée, ruminant la confiance,

Apaisant le courroux, les affres de la peur,

Et conjurant la chute au gouffre du malheur,

Le soleil des nations revit briller la France.

 

La voix s’est éloignée, mais son écho sonore,

Sur le monde étonné, retentissait encore,

Dans un soudain silence empreint de nostalgie,

La grande voix s’est tue au bout de son effort,

Mais son âme survit : De Gaulle n’est pas mort,

Et son cœur bat toujours au cœur de la patrie.

Flamant Rose

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1. De Gaulle : L’Essor

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Charles de Gaulle est né le 22 novembre 1890 au 9 rue Princesse à Lille dans la maison de ses grands parents. Ses parents Henri de Gaulle et Jeanne Maillot étaient cousins issus germains. A cette époque, il était d’usage de baptiser les enfants le jour même de leur naissance. Il en fut ainsi pour Charles alors âgé de 12 heures à l’église Saint André. Mais c’est à Paris qu’il grandit et fit ses études, à l’école Saint Thomas-d’Aquin, jusqu’à 10 ans, puis dès la sixième chez les Jésuites. Sa pensée était-elle déjà prémonitoire lorsque en 1908, lors d’une retraite à Mouvaux, il prononça ces mots :

« On reproche aux élèves des jésuites de manquer de personnalité : nous saurons prouver qu’il n’en est rien. L’avenir sera grand car il sera pétri de nos œuvres ». 

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Sa vocation militaire l’amènera à faire Saint-Cyr. Reçu au concours, il sera obligé par la loi du 21 mars 1905 de servir pendant un an dans un corps de troupe. Il choisira le 33ème régiment d’infanterie basé à Arras. Il sortira de l’école 13ème sur 121. Au mois d’août 1914, l’Allemagne déclare la guerre. Le 33e RI est mobilisé sur la frontière Belge où il est chargé de défendre la Meuse. Le 15 août au matin, face aux allemands le 33e RI ne tient pas. Une pluie de balles et d’obus s’abattent sur la ville et sa population. Les renforts arrivent vers 11 h et la ville est reprise à 18 h. Au cours de la journée, il y aura 1000 morts, dont 12 officiers. Le lieutenant Charles de Gaulle figure parmi les blessés et il sera hospitalisé à Charleroi. Soigné et guéri, le lieutenant de Gaulle sera en décembre 1914 sur le front de Champagne. Il y sera fait capitaine. C’est le 2 mars 1916 à Douaumont que de Gaulle est fait prisonnier. Il sera interné dans plusieurs camps d’officiers jusqu’à la fin de la guerre.

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Charles de Gaulle se marie le 7 avril 1921 avec Yvonne Vendroux, née le 22 mai 1900 et issue d’une vieille famille bourgeoise de Calais. Ils iront en voyage de noces sur le Lac Majeur en Italie.

Au cours des années 1930, Charles de Gaulle est un officier contestataire, mais il n’est pas isolé. Chaque semaine plusieurs hommes, dont de Gaulle, se réunissent autour du lieutenant colonel Mayer. Parmi ceux-ci, l’un d’eux aura une influence énorme sur la vie du futur général : il s’agit de l’ariégeois Etienne Repessé. Les années 30 sont d’une importance capitale quant à la formation de la pensée politique gaullienne. On  estime que de Gaulle a pu élaborer une ébauche de doctrine politique qui va dans le même sens que celle des personnalistes, notamment dans la volonté de dépasser la droite et la gauche et d’intégrer dans la démocratie même la critique de la démocratie, celle de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. En cela, il a su dépasser un patriotisme traditionnel et a permis plus tard, sous la Vème République, d’opérer l’entrée de la France dans le monde moderne.

Le 21 mars 1940 Paul Reynaud succède à Daladier. Il nomme de Gaulle général à titre temporaire et fait appel à lui comme sous-secrétaire d’état à la guerre. Il ne le sera que 15 jours, car les allemands occupent Paris et le 14 juin de Gaulle est envoyé à Londres. De Gaulle a t-il douté de la volonté de Paul Reynaud de rester dans le camp des partisans ?

Reynaud est mis en minorité par son gouvernement et par un état major qui flanchent. Il fait alors appel à Pétain, cette initiative va se révéler désastreuse. Le maréchal vieillissant se prononce pour le dépôt des armes. Reynaud l’ignorait, de Gaulle lui le savait. Minoritaire Reynaud démissionne, Pétain prend sa place et demande aussitôt l’armistice : nous sommes le 16 juin 1940. Jamais de Gaulle ne pardonnera à Reynaud d’avoir baissé les bras face au défaitisme. 2 jours plus tard, le 18 juin, ce sera le fameux appel.

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Toutefois l’entrée du général de Gaulle dans le gouvernement de Paul Reynaud le 5 juin 1940 aura été un événement important car sa fonction ministérielle donnera plus de poids à sa présence à Londres et à ses appels à la résistance. En 1958 lorsque le général sera de retour aux affaires, Paul Reynaud le soutiendra et de Gaulle le nommera président du conseil consultatif. Il sera ainsi avec Michel Debré l’un des pères de la constitution de la Vème République. Plusieurs sujets d’opposition vont s’accumuler entre les 2 hommes. La brouille est consommée en 1962. Lorsqu’il mourra en 1966 De Gaulle n’assistera pas à ses obsèques. 

2. De Gaulle : Le libérateur

De 1940 à 1944 et après l’appel de de Gaulle, un homme fut la voix de la France : C’était Maurice Schumann. C’est lui qui à la radio de Londres parla au nom de la France libre. Plus tard il confiera que bien que porte parole de de Gaulle, il n’a jamais reçu de directives concernant les messages à faire passer. Jamais il n’a trahi la pensée gaulienne et le général dira de lui : "il fut l'un des premiers, l'un des meilleurs, l'un des plus efficaces". Bien que Churchill ait signé un accord le 7 août la situation se compliqua car pour  les anglais la priorité étaient leurs relations avec les Etats Unis. Or comme les EU avaient un ambassadeur à Vichy, les anglais refusaient de reconnaître en de Gaulle l’expression de la souveraineté française. La situation s’est encore plus compliquée après le débarquement en Afrique du nord pour finalement s’arranger grâce à un homme mené par le général et qui s’installa à la préfecture. Cet homme peu connu s’appelait François Coulet. 

C’est le 25 juillet 1940 que en provenance d’Espagne arriva à Londres un certain « capitaine Leclerc ». Entre De Gaulle et lui il y aura des désaccords, mais Leclerc restera toujours fidèle à De Gaulle. Lorsque les 2 hommes se rencontrent pour la première fois Leclerc a 37 ans, mais ce nom de Leclerc est un pseudonyme utilisé pour la clandestinité : en fait l’homme s’appelle Philippe de Hauteclocque. Après l’enfer du Nord Leclerc est arrêté par les allemands ; il réussira à leur faire croire qu’il est père de 6 enfants et réformé militaire. Les allemands le laisseront repartir et Leclerc retourne au combat. Il sera blessé à la tête par les éclats d’une bombe. Après avoir passé quelques jours avec son épouse réfugiée à Libourne en Gironde il retrouvera De Gaulle. Il se rendra ensuite au Nigéria préparer le ralliement du Cameroun à la France Libre. Il est nommé colonel. De Gaulle en fera un compagnon de la Libération. L’Indochine séparera les 2 hommes sur le plan de la stratégie - mais c’est une autre histoire.

Le 28 novembre 1947 au matin, Leclerc doit quitter Oran pour Colomb-Béchar. Il fait mauvais, le vent est violent, il n’y a pas de visibilité mais le voyage n’est pas reporté. L’avion va s’écraser et on retrouvera un morceau de la canne de Leclerc, son insigne, sa chevalière et son stylo. En 1952 il sera fait Maréchal de France à titre posthume. A sa mort il avait 45 ans. Quel aurait été son destin ? Aurait-il rivalisé avec de Gaulle ?

L’un des très proches collaborateurs de de Gaulle à Londres est André Dewavrin plus connu sous le nom du Colonel Passy. Il est resté au côté du général de 1940 à 1944 .Ce fut l’homme des renseignements. Il est partie prenante de toutes les opérations parties de Londres ainsi que des décisions qui y sont prises. Plus tard il participera à la fondation du RPF et au comité de soutien pour le retour du général en 1958.

L’un des cas les plus épineux qu’eut à traiter le général de Gaulle fut le cas Thorez. Ce n’est pas n’importe qui, le sapeur Thorez, il est le secrétaire général du parti communiste français. Il est mobilisé le 3 septembre 1939. Au lendemain du pacte germano-soviétique le PC lui donne l’ordre de déserter. Il quitte alors son unité et avec l’aide de 2 militantes ; il gagne la Belgique puis l’URSS via la Suède. Il est condamné à 6 ans d’emprisonnement par le tribunal d’Amiens. A l’automne 1944, le PC demande son retour. Staline lui même intervient auprès de de Gaulle en disant « A votre place je ne le ferai pas fusiller, c’est un bon français » ce à quoi le général répond: "Le gouvernement français traite les français en fonction de ce qu’il attend d’eux". A son retour Thorez reprendra sa place à la tête du parti et de Gaulle lui accorde la grâce amnistiante le 6 novembre 1944. Le PC se montre conciliant en approuvant la dissolution des milices patriotiques et la bataille pour la production en particulier dans les Houillères. A cet égard le discours de Waziers le 21 juillet 1945 est resté célèbre. Dans ses Mémoires, De Gaulle dit avoir eu alors ces paroles : "je considère que le retour de Maurice Thorez à la tête du parti communiste peut comporter, actuellement, plus d’avantages que d’inconvénients". Quand au colonel Passy il dit : "j’aime mieux voir à la tête du parti communiste, un homme qui gardera toujours, accroché aux fesses, la casquette de déserteur, plutôt qu’un authentique résistant comme Tillon par exemple". Pour autant, cette mansuétude envers Thorez fut très critiqué dans certain milieux y compris parmi les gaullistes.

C’est le jeudi 11 octobre 1945 que de Gaulle au cours d’une allocution à Bruxelles jettera pour la première fois l’idée d’une union européenne. A partir de là les historiens divergent. Certains d’entre eux considèrent que la traversée du désert dans la vie du général couvre la période de janvier 1946 (démission du chef du gouvernement) à juin 1958 (retour au pouvoir). Pour d’autres elle ne commence qu’en 1954 à la mise en sommeil du RPF.

3. De Gaulle : le chef d’état

Je livre ici l’analyse que faisait  Pierre Lefranc le 16 octobre dans Nord Eclair. Bien que de nombreux livres aient été écrits sur le général De Gaulle et que je possède les ouvrages écrits par lui même, le journal Nord Eclair a fait il y a un peu plus de 20 ans et en 3 volumes  une remarquable reconstitution de la vie du Général. Je possède ces documents exceptionnels et rares. 

La situation de la France

Au printemps de 1958 la IVe république se trouve en grande difficulté. L’instabilité des gouvernements a ruiné la confiance, la situation financière est critique et la crise algérienne apparaît sans issue. Une manifestation au cours de laquelle le gouvernement général d’Algérie se trouve investi va porter le coup de grâce à un régime qui a perdu son autorité. L’opinion se tourne vers le seul recours possible, le général de Gaulle, enfermé dans sa retraite de Colombey et dont la dernière intervention remonte à prés de trois années (conférence de presse du 30 juin 1955, suivi du 13 septembre d’une mise en sommeil du RPF).

Mais les partis n’ignorent pas que le grand dessein du général demeure la réforme des institutions par la mise en place de structures de nature à assurer leur stabilité et la séparation des pouvoirs, deux éventualités qui ramèneraient à un rôle secondaire leurs instances, lesquelles s’étaient pendant une décennie, approprié le privilège de faire et défaire les gouvernements de la France. Les partis vont donc s’efforcer de barrer la route à celui vers lequel les regards sont tournés : il faudra la noble intervention du président de la république, René Coty, pour que se mette en marche la procédure constitutionnelle d’appel au général.

Combien grand est le risque que celui-ci accepte. L’autorité du premier résistant de France est intacte et il va jeter son immense crédit dans une entreprise qui paraît sur les plans politiques et économiques des plus difficiles. 

Le drame algérien

Les données du drame algérien qui obscurcit tout l’horizon sont complexes : engagement de l’armée, angoisse des français d’Algérie, divisions et méfiance des dirigeants de la rébellion, émotivité de l’opinion métropolitaine. Dès le début, De Gaulle est convaincu de l’impossibilité de l’intégration comme citoyen français de neuf millions de musulmans. Interrogé dans sa dernière conférence de presse de 1955 sur le destin des pays d’Afrique du nord dont l’Algérie, il avait répondu qu’il ne voyait pas d’autre solution que la substitution de l’association à la domination. Il va donc manœuvrer pour faire évoluer les esprits dans le sens de l’autodétermination, long travail de persuasion qui se heurtera à toutes les incompréhensions et à tous les sectarismes.

Les choix du général et son bilan

Ayant choisi et fait respecter l’évolution conforme à la vocation de la France, championne du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, libéré de ce poids, de Gaulle s’emploiera à restaurer la position de son pays dans le monde en manifestant son indépendance vis à vis des grands blocs. Durant cette période de renouveau, l’activité industrielle se développera, provoquant une hausse spectaculaire du niveau de vie, et les bases d’une participation des salariés aux fruits des entreprises seront jetées. De nombreuses réformes verront le jour dans des domaines aussi divers que l’enseignement, la justice, la recherche scientifique, la régionalisation, et la grande tâche de la décolonisation sera menée à bien dans l’amitié et l’harmonie.

La France sera dotée de l’arme nucléaire, garantie de sa sauvegarde. De même interviendra, décidé par référendum, la profonde novation que constitue l’élection du président de la république au suffrage universel.

Le malaise qui secoue la jeunesse de la plupart des grands pays libres n’épargne pas la France et après la montée d’une fièvre révolutionnaire, De Gaulle rétablira l’autorité de l’état. 

Le général se retire définitivement

Souhaitant ajouter une pierre supplémentaire à l’édifice, cherchant également une nouvelle manifestation pour poursuivre son œuvre, il engage une fois de plus son crédit dans un référendum. Cette fois, la majorité lui manque et alors que rien ne l’y oblige il donne sa démission et regagne sa retraite.

C’est le terme d’une période durant laquelle la France est apparue stable, forte et rayonnante, compréhensive et généreuse, partenaire pour les grands, soutien pour les petits.

De Gaulle reprend sa plume de mémorialiste et frappe du sceau de l’espoir le récit de ses derniers combats. Hélas la vie lui sera brutalement retirée avant qu’il parvienne à délivrer l’ensemble de son message. 

4. Que reste t-il du gaullisme ?

Le général a écrit : « Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard, une nouvelle source d’ardeurs nouvelles dès que j’aurai disparu ». Que peut-on penser aujourd’hui ?

C’est un fait que l’homme et ses choix sont toujours présents dans notre vie publique. Souvent encore son nom paraît dans les journaux. La constitution qu’il a proposé aux français démontre sa solidité, la volonté d’indépendance qu’il a affirmé, son souci de coopération, l’intérêt porté aux pays en vois de développement inspirent toujours notre politique étrangère.

Dans le domaine de la défense, notre stratégie nationale repose toujours sur le principe de la dissuasion, enfin, dans le secteur social, quels que soient les gouvernements, ceux-ci s’efforcent de mettre en œuvre des méthodes d’information, de concertation et de participation qui se substituent aux slogans stériles de la lutte des classes. Ainsi la marque laissée par Charles de Gaulle dans l’histoire se révèle-t-elle chaque jour plus profonde.

Dans son troisième tome, Nord Eclair fait état de ce que rapporte André Malraux dans son ouvrage Les chênes qu’on abat, une boutade qui en dit long peut être sur l’image que de Gaulle avait de lui même :

« Au fond vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands. On ne s’en aperçoit pas à cause de ma taille. »

5. De Gaulle le rassembleur et sa dernière victoire

René Rémond commentant un sondage disait que les différences entre générations, les écarts entre familles politiques, pour être significatifs, ne sont pas considérables. Ses admirateurs sont beaucoup plus nombreux que la famille politique qui se réclame de son nom et revendique son héritage. Si bien que de Gaulle appartient à la France entière et fait partie du patrimoine commun, c’est un bien de famille de tous les français.

Jean Mauriac écrivait en 1980 que de Gaulle était plus présent que jamais dans la vie politique du pays. Les hommes politiques, aujourd’hui, font sans cesse référence à lui. Beaucoup se situent par rapport à lui et à ses grandes options nationales. Sa politique qui, de son vivant, aura soulevé tant d’incompréhension de la part de certains, tant d’hostilité de la part d’autres, a de moins en moins d’adversaires. Il est parvenu à réunir, à rassembler sur son nom, donc sur une certaine idée de la France, ces français qu’il n’avait pas pu réunir de son vivant. C’est sa dernière victoire.

Lors de l’inauguration du musée de la rue Princesse le 20 novembre 1983, Pierre Mauroy alors premier ministre eut ces paroles :

"Charles de Gaulle appartient à l’ensemble des français, même s’il est vrai qu’il eut à chaque étape des compagnons et des adversaires. Chacun de nous porte en lui aujourd’hui une part de son message. Qu’aurait pu espérer de plus Charles de Gaulle que d’être ainsi, au-delà de sa vie d’homme, un élément de cohésion et de rassemblement des français."

Flamant Rose

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 L'acte de naissance de Charles de Gaulle

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Charles De Gaulle et ses frères et soeurs en 1900 (Charles est le 2ème en partant de la droite).

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18.10.2007

JOYEUSE GREVE A TOUS !

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La référence absolue en matière de fermeté face aux grévistes reste Margaret Thatcher : elle est même devenue une forme d'insulte facile, caricature libérale, croquemitaine de la lutte sociale, voire même réverbère politique sur lequel Renaud, à une autre époque, appelait à se soulager.

D'ailleurs, à l'heure où les scandales sur le financement des syndicats semblent percer leur coquille de démentis en France, il n'est peut être pas inutile de rappeler qu'à l'époque, le NUM, syndicat britannique des mineurs, était allé jusqu'à demander à la Libye terroriste de financer sa grève, notamment par l'entremise de la CGT française. Et comme Renaud n'en parle pas dans sa chanson, laissons Miss Maggie le raconter elle-même :

Le dimanche 28 octobre [...], le Sunday Times révéla qu'un permanent du NUM s'était rendu en Libye et avait demandé personnellement appui au colonel Kadhafi. C'était une nouvelle surprenante, et même les amis de M. Scargill en furent consternés. Au début d'octobre, M. Scargill (voyageant sous le nom de « Mr. Smith ») s'était rendu à Paris avec son collègue M. Roger Windsor pour rencontrer des représentants de la CGT, syndicat communiste. Assistait à la réunion un Libyen que M. Scargill affirma par la suite être un représentant des syndicats libyens - une espèce rare, en fait, étant donné que le colonel Kadhafi a dissous ces derniers à son arrivée au pouvoir en 1969. Il semble probable que le colonel fit un don au NUM, dont le montant est incertain. On a parlé de la somme de 150 000 livres. Le voyage en Libye de M. Windsor était la suite de la réunion de Paris. Une autre somme fut d'ailleurs versée par une source tout aussi improbable : les « syndicats » inexistants de l'Afghanistan, alors sous contrôle soviétique. Et en septembre des informations avaient commencé à filtrer indiquant que le NUM recevait de l'aide des mineurs soviétiques - groupe qui aurait regardé avec envie les libertés, les revenus et les conditions de travail de leurs homologues britanniques. 

[...] Tout cela porta grand préjudice au NUM, et d'abord auprès des autres syndicalistes. Le peuple britannique ne ménage pas sa sympathie à quelqu'un qui se bat pour défendre son emploi mais la refuse à quiconque recherche l'aide de puissances étrangères pour mettre en péril la liberté de son pays.

Pour autant, en ce 18 octobre 2007, ces conflits semblent loin. La CGT reste un syndicat communiste, mais dont la force d'impact révolutionnaire effective se limite en apparence à la coupe de cheveux centenaire de son dirigeant. Nicolas Sarkozy semble quant à lui relativement à l'abri d'une comparaison avec Margaret Thatcher, du fait de sa politique d'ouverture, de l'importance qu'il donna au dialogue social depuis son arrivée au pouvoir, etc.

Et pourtant les deux situations - Royaume-Uni années 80 et France 2007 - appellent quelques questions communes, dont celle de la fermeté face aux syndicats. Pour en parler, j'ai retrouvé sur lefigaro.fr un édito prophétique (du 26 mai 2007) de Jean-Louis Thiériot, avocat et historien, que je vous soumets ci-dessous.

Bonne lecture... et bon courage.

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Nicolas Sarkozy, Margaret Thatcher et les analogies trompeuses

L'ombre de Margaret Thatcher a plané sur la campagne présidentielle. En novembre 2006, The Economist titrait What France needs et présentait une photo de la Dame de Fer sur fond de drapeau tricolore. Au même moment, Ségolène Royal qualifiait Nicolas Sarkozy de « Thatcher en veston ».

À première vue, les analogies entre les programmes de Thatcher et de Sarkozy semblent évidentes : même primauté de la valeur travail, même désir de développer une économie de l'offre, même volonté d'améliorer l'efficience du marché, notamment celui du travail par l'instauration du contrat unique, même objectif de maîtrise des dépenses publiques et de diminution du nombre de fonctionnaires, même souhait d'imposer la loi et l'ordre, même engagement en faveur de l'accession à la propriété, même promesse de mener à bien une réforme énergique. Cependant, comparaison n'est pas raison. Quatre différences majeures méritent d'être soulignées :

1) La situation de départ n'est pas la même. En 1979, l'Angleterre était l'homme malade de l'Europe. L'État-providence l'avait maintenue dans une illusoire sécurité. Nationalisées, les grandes industries perdaient chaque année en compétitivité ce qu'elles gagnaient en subventions. Elles étaient sorties de l'économie ouverte. De 1961 à 1976, la Grande-Bretagne passait du 9e rang en PIB par habitant au 18e. L'inflation oscillait en 10 et 15 %. En 1976, le travailliste Wilson avait dû se placer sous la sauvegarde du FMI. Des grèves dures paralysaient régulièrement le pays. La situation était si dramatique que The Guardian écrivait en 1978 : « Aucun pays n'a encore parcouru l'itinéraire du développement au sous-développement. [...] La Grande-Bretagne pourrait bien être le premier à prendre cette route. »

La France de 2007 n'a rien à voir avec ce tableau apocalyptique. L'inflation est maîtrisée, grâce notamment à la BCE. La plupart des grandes entreprises ont été privatisées. L'économie française est insérée dans l'économie mondiale. Les résultats des sociétés du CAC 40 sont là pour le prouver. Dès lors, il n'existe aucun risque de voir en France une « casse sociale » comparable à celle du premier mandat de Margaret Thatcher. La tragédie des réformes, si bien mise en scène par un Ken Loach par exemple, y fut la conséquence directe d'une économie étatisée, à l'abri de la concurrence. Lors de l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, le pays était plombé par ses « canards boiteux ». Grâce aux réformes menées depuis vingt ans, privatisation, respect des règlements et des directives européennes, ordonnance de 1986 sur les prix et la concurrence, la France peut être rassurée. Elle n'aura pas à payer le prix d'une terrible « thérapie de choc ». La plus grande part du traitement est derrière elle.

2) Margaret Thatcher revendiquait l'inégalité comme une valeur : « Nous sommes tous inégaux, mais chaque être humain a la même importance. » La valeur clef, c'était le self help, le aide-toi toi-même, paradigme des vertus victoriennes. Elle détestait tout ce qui, de près ou de loin, rappelait la discrimination positive. La volonté de Nicolas Sarkozy de donner un encouragement à ceux qui partent de plus bas lui aurait semblé une aberration.

3) La croyance dans les forces du marché de l'ancien premier ministre britannique était telle, que l'idée d'une politique économique volontariste lui semblait inconcevable. Les premiers gestes du nouveau président de la République en faveur d'Airbus prouvent que, là aussi, il n'est pas sur la même longueur d'onde.

4) Le thatchérisme est d'abord une manière de gouverner, la conviction que les urnes ont raison sur toute autre considération. Les différences avec Nicolas Sarkozy sont évidentes, même s'il n'est pas encore possible de mesurer jusqu'à quel point.

Margaret Thatcher n'envisagera jamais de gouvernement d'ouverture. Alors que l'Alliance des sociaux-démocrates et des libéraux passait son temps à toquer aux portes du gouvernement, elle ne donna jamais suite, car elle estimait que ce serait trahir les électeurs conservateurs. Rien à voir avec la volonté d'unité nationale affichée par le gouvernement français. Nicolas Sarkozy tente le consensus là où Margaret ne prisait que la conviction.

C'est aussi parce qu'elle ne reconnaît aucune légitimité à la rue qu'elle accepta l'affrontement avec le syndicat des mineurs d'Arthur Scargill en 1983. Elle alla jusqu'au bout, supportant un an de grèves dures, son lot de violences et une cote de popularité tombée à 16 %. Elle y gagna une victoire symbolique qui lui permit de mener à bien ses autres réformes.

En sera-t-il de même du nouveau président de la République ? Seule l'histoire jugera. Sur les deux points les plus sensibles, la réforme du Code du travail et le service minimum, il semblerait qu'il donne la priorité aux discussions avec les partenaires sociaux. S'il parvient à éviter un choc frontal avec la rue, il aura tout gagné, la réforme sans le conflit. Il aura fait mieux que Margaret Thatcher qui n'imaginait pas d'autre voie que le passage en force. Mais si l'affrontement a lieu, ce sera son heure de vérité. Soit il tient bon, et il sera le réformateur qu'il prétend incarner. Il y aura alors en lui quelque chose de Thatcher. Soit il recule et il rejoindra la liste déjà longue des occasions perdues et des mandats pour rien.

Pour notre économie et notre paix sociale, ce combat contre les syndicats n'est ni nécessaire ni souhaitable. Si malgré tout il doit advenir, il permettra de juger de quel bronze est fait Nicolas Sarkozy : le meilleur de Margaret Thatcher, la force de caractère, ou sa pâle copie, les mots sans les actes.

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Rajout de 15h15 :

Concernant la façon dont la grève est suivie, lefigaro.fr avance deux analyses complémentaires, toujours par comparaison avec les grèves précédentes :

En fin de matinée jeudi ce sont 73,5% des cheminots français qui ont répondu à l'appel des syndicats à une grève nationale contre la réforme des régimes spéciaux des retraites, a indiqué la direction de la SNCF. "C'est un sacré taux !", a commenté un porte-parole de l’entreprise. À titre indicatif, ce chiffre est sensiblement supérieur à celui de la dernière grande grève dans les transports en 1995. Au plus fort de ce conflit de trois semaines, il était de 67%.

  • Par contre, dans la fonction publique, seulement 7% des personnels sont grévistes :

Le mouvement de grève aujourd'hui contre la réforme des régimes de retraite spéciaux a été suivi par 7% des agents de la fonction publique d'Etat en moyenne, y compris l'éducation, a annoncé le ministère de la Fonction publique. Hors éducation, le taux de grévistes est évalué à 5%, selon la même source. En février 2007, dernière grève dans la fonction publique, le taux de grévistes s'élevait à 20%, d'après le ministère. Il avait atteint 56,08% en 2003, lors des mouvements de protestation contre la réforme alignant le régime de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé.

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Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, n'hésitez pas à découvrir l'édito vidéo de Christophe Barbier sur le scandale de l'UIMM. La deuxième partie notamment est savoureuse, quand il découpe en morceaux les partenaires sociaux qui, non contents de n'avoir rien su préserver de notre système social en refusant toutes les réformes nécessaires, ont joué une comédie médiatique lors des grèves pour ensuite encaisser de l'argent sous le manteau.

16.09.2007

De Gaulle et la relance de l'économie française, par Flamant Rose

Je m'interrogeais récemment à la suite de JMA sur la situation déficitaire des comptes publics ; cela m'a amené dans les commentaires à un parallèle interrogateur avec la situation d'après-guerre, concernant laquelle j'ai lancé un SOS à Flamant Rose, dont la culture historique (entre autres) n'a d'égale que sa pédagogie en la matière. Sa réponse a fusé... et je la trouve trop intéressante pour ne pas lui consacrer un billet à part entière. Merci à lui.

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Après la guerre c’est le plan Marshall qui vola au secours de l’Europe. Ce sont les 16 pays qui bénéficièrent de cette aide qui créèrent l’OCDE.

Georges Marshall a du rassurer ceux qui virent dans son programme d’aide à l’Europe une arme anti-communiste. Staline, qui voulait jalousement garder son indépendance, refusa l’aide américaine en juillet 1947 ; de plus il obligea la Pologne et la Tchécoslovaquie à s’aligner sur la position de Moscou. En cette année 1947 l’aide américaine distribuée aux 16 pays fut de 5 milliards de dollars. La France obtint 20% de cette somme, qui finança par ailleurs le plan Monnet. Les 16 créèrent l’OCDE, qui vit le jour le 16 avril 1948. Sa mission fut de préparer la libéralisation des échanges. Ce fut le tout début de la construction européenne. En France le PCF et la CGT alignés sur Moscou ont été les plus farouches opposants au plan Marshall.

En 1950 le plan Schuman avait pour but de créer un pool européen du charbon et de l’acier. Les allemands furent enthousiastes car cela permettrait de favoriser la réconciliation franco-allemande, et cela favoriserait l’avènement de l’union européenne. La CECA (communauté économique du charbon et de l’acier) vit le jour le 18 avril 1951.

Le 26 mai 1952 fut lancé ce célèbre emprunt connut sous le nom d’emprunt Pinay et qui était indexé sur l’or.

Le 1 juin 1958 l’assemblée nationale investit le général De Gaulle et lui accorde les pleins pouvoirs par 339 voix contre 224.

Lorsque le général De Gaulle est revenu aux affaires en 1958, la situation de la France n’était pas très reluisante. Dans tous les domaines le pays était au bord du désastre. Il fallait faire une autre politique et s’entourer d’hommes capables de mener cette politique. Dés son arrivée au pouvoir le général s’est fait dresser un tableau de la situation par Antoine Pinay. La situation que présente Pinay est celle ci :

  • Le budget de 1958 présente un découvert de 1200 milliards de francs.
  • La dette extérieure est de 3 milliards. La moitié du remboursement est exigible dans l’année.
  • Pour ce qui est de notre balance commerciale, les rentrées atteignent à peine 75% des sorties .
  • Les réserves en or ne représentent quasiment plus rien tant elles sont faibles.
  • Il n’y a plus de possibilité d’emprunt.

Par ailleurs l’activité économique, qui avait été vive de suite après guerre, est en très net ralentissement. Les gouvernements de la IVème république avaient pris des engagements dans le but de procéder à une libéralisation des échanges afin de placer le pays dans les mêmes conditions que les autres sur le plan européen et mondial. Ces engagements ne peuvent pas être tenus.

Voilà la situation que Antoine Pinay transmet au général De Gaulle.

J’avais fait chez Damocles un billet sur les similitudes entre Sarkozy et De Gaulle. En voilà une autre : De Gaulle pense que son retour au pouvoir va provoquer un retournement psychologique. Pinay le pense également.

Le 13 juin dans une allocution radio télévisée le général s’adresse aux français suivi de Pinay qui décrit la situation dramatique du pays. La France lance un emprunt qui se révèle un succès au delà de toute espérance à savoir que 324 milliards dont 293 d’argent frais sont récoltés, C’est un triomphe. De plus 150 tonnes d’or sont revenus à la banque de France. C’est l’effet De Gaulle.

Néanmoins le général ne s’emballe pas car la situation trouvée est telle que seule une politique de rigueur peut remettre le pays sur pied. C’est ainsi que :

  • les majorations salariales des traitements et des salaires sont reportées 
  • Idem pour l’augmentation des produits agricoles
  • Une taxe est créée sur les sociétés et les biens de luxe
  • Les dépenses prévues sont revues à la baisse.

Le 1er août De Gaulle s’adresse de nouveau au pays et explique sa politique. Il veut stabiliser l’inflation, assainir la situation financière et monétaire, assurer la base sur laquelle le pays pourra construire son aisance et sa puissance. Ensuite il demande à chaque français de participer à l’effort national et énumère les mesures de rigueur.

Pour ce faire dés sa prise de fonction De Gaulle décida que le gouvernement prendrait en toutes matières par ordonnance ayant force de loi les mesures qu’il jugerait nécessaire à la vie de la nation. Une commission composée de 9 personnes est chargée d’établir un rapport sur les problèmes financiers du pays. Elle est présidée par Jacques Rueff (1896–1978) polytechnicien et économiste opposé au keynésianisme. Le rapport de la commission sera remis au général moins de 3 mois après . Ce rapport préconise 3 axes que je ne vais pas développer mais qui sont :

  • l’arrêt de l’inflation
  • Que la parité de notre monnaie soit rétablie sur une base stable et que cette parité soit fixée de manière à ce que les prix des produits français soient compétitifs.
  • La libéralisation des échanges.

Malgré l’opposition des socialistes emmenés par Guy Mollet, De Gaulle ne lâche rien et l’ensemble des propositions de la commission est entériné par ordonnance prise en conseil interministériel. C’est au cours de ce même conseil et par une autre ordonnance que sera créé le « nouveau franc ». De Gaulle s’adressera de nouveau au pays pour expliquer. Et, que ce soit les partis, les journaux, l’opinion en général, personne ne conteste que le plan annoncé par De Gaulle est cohérent et important. Au delà de nos frontières l’élan est le même, ce qui va favoriser dans le bon sens les mouvements de capitaux. Plus tard en France et une fois l’onde de choc passée les critiques vont revenir. La rigueur n’est plus acceptée, tout le monde fait du corporatisme.

Six mois aprés la mise en œuvre du plan, le succès de la politique du général s’affirme. La reprise est nette, le chômage diminue et l’inflation qu’on voyait autour de 7 à 8 % est de 3% à peine. Les exportations reprennent, les réserves de change se gonflent, la dette diminue. Ces bons résultats sont reflétés par la bourse de Paris qui voit les transactions des valeurs françaises doublées ; la France étonne le monde entier par ses résultats.

La fin de 1959 et les années 1960, 61 et 62 sont pour la France le triomphe de l’expansion. La majoration du niveau de vie des français est de 4% pour chacune de ces années et le chômage est ramené à moins de 0,5% de la population active.

En 1962, le général s’adressa au pays et en appela à la nation pour constater ses propres progrès : "Personne, dira t-il, à moins d’être aveugle, ne peut méconnaître le puissant développement de la France. Jamais en France il n’a été produit, construit, instruit autant. Jamais le niveau de vie moyen des français n’a atteint celui d’aujourd’hui. Jamais on a compté moins de chômeurs. La France n’emprunte plus, elle prête."

En économie le gaullisme nous indiquait la route : affirmer une volonté politique, celle d’une France qui veut rester forte ; renforcer la cohésion nationale sans laquelle il n’est pas de victoire possible ; donner les impulsions nécessaires à l’orientation de notre économie dans la voix du progrès. Le général De Gaulle avait trop le souci des réalités pour ne pas tenir compte de l’évolution du monde. Il avait trop le souci de la France pour ne pas tenir compte de ses intérêts. Souhaitons que ces soucis restent présents à l’esprit de ceux qui nous gouver