06.11.2007

Accusée Dati, répondez ! par Laurent Greilsamer

7f0e095bc7bbdf7aa99ce35a56174c8f.jpgJ'avais hésité il y a quelques jours déjà à faire un billet sur la polémique à propos des diplômes de Rachida Dati. J'en avais rédigé un, puis effacé, pris de haut le coeur face à une polémique qui m'apparaissait si méprisable, si mesquine.

Puis, via un commentateur du blog de Christophe Barbier, je suis tombé sur cet article de Laurent Greilsamer. Qu'il est bon de lire ce que l'on n'aurait jamais su écrire aussi clairement. En plus, il cite René Char.

Pour les extraits du livre d'entretiens avec Claude Askolovitch que publie Rachida Dati (« Je vous fais juges », éd. Grasset), c'est sur le site du Point que ça se passe.

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Accusée Dati, répondez !

Il est trop tôt pour un bilan. On ne juge pas un ministre après six mois d'exercice. Surtout un garde des sceaux qui a été juge ! Alors, à défaut de juger Rachida Dati, on la soupçonne. C'est plus commode, plus rapide et plus ravageur. C'est une manière d'instruire son procès sans le dire. Accusée Dati, répondez !

On plaisante à peine. Le dernier objet de la controverse, ce sont ses diplômes. Pas assez ceci, pas assez cela selon la rumeur. L'Express et Le Canard enchaîné ont enquêté. Les deux hebdomadaires ont humé et retourné toutes ses peaux d'âne. Ils ont validé un DEUG de sciences économiques, puis une maîtrise en droit. Mais nos deux confrères tiquent sur son passage à l'Institut supérieur des affaires (ISA). "Elle n'a jamais obtenu le diplôme...", relève L'Express. Elle cultive l'ambiguïté, signale le Canard.

On rêve ! Dans l'extrait de curriculum vitae publié par Le Canard enchaîné, la future ministre de la justice signale simplement qu'elle a suivi l'enseignement en formation continue de l'ISA-HEC. Nulle mention de sa part d'un quelconque diplôme. Au contraire, Rachida Dati précise qu'elle est "ancienne élève de l'Institut supérieur des affaires". Ce qui veut dire, selon les codes en vigueur, non diplômée.

Mais ce n'est pas la question, on l'aura compris. Lui demander de s'expliquer sur ses diplômes, cela revient à douter de ses compétences. Cela consiste à miner sa crédibilité. A saper son autorité. Que peut donc être une garde des sceaux qui tricherait sur son CV ? Lui demander ses diplômes, c'est comme lui demander ses papiers. Police ! Contrôle d'identité...

C'est troublant et inquiétant pour l'image que cela renvoie d'une société inquisitoriale. Comme si l'élève Dati devait encore et toujours prouver quelque chose. Et, de fait, c'est tout juste si on ne lui conteste pas aujourd'hui son titre de magistrat. Nous aurait-elle menti ? On la croyait adoubée par un ancien ministre de la justice (Albin Chalandon) et une ancienne secrétaire générale du Conseil de la magistrature (Simone Veil). C'est exact. On la pensait formée par l'Ecole nationale de la magistrature. Encore exact. Mais elle a été reçue sur titres, sans passer le concours. Honte à cette petite fille issue de l'immigration qui n'est pas parvenue à faire les grandes écoles tandis qu'elle travaillait de nuit pour payer ses études !

Dans un livre à paraître ces jours-ci, Je vous fais juges, elle répond aux questions de Claude Askolovitch, du Nouvel Observateur. C'est très instructif. Exemple : "Dans votre enfance, le fait d'être d'ailleurs a-t-il compté ?

- Je ne viens pas d'ailleurs, répond-elle. Je suis née à Saint-Rémy, Saône-et-Loire."

Plus loin : "Il n'y a pas de question beur ?

- Elle ne m'a pas construite."

Tout est de cette eau-là. Pensé, ajusté. "Le problème, explique-t-elle, c'est que les gens vous mettent une condition sociale sur le visage. Et sont persuadés d'être de fervents progressistes..."

Rachida Dati s'est fait une raison. Elle encaisse, elle avance sans que personne comprenne où elle parvient à puiser cette énergie qui l'a conduite toujours plus haut. Au terme de 232 pages d'interrogations sur ses origines, sa formation, son ambition, Claude Askolovitch lui lance : "Personne n'a votre secret de fabrication ?" Elle répond d'un mot : "Non." Il la relance : "Et de toute manière, il n'y en a pas ?" Ultime réponse : "Non."

Peut-être cette tension très maîtrisée est-elle sa marque de fabrique, ce qui la conduit à l'action, au goût de la conquête. René Char, poète et résistant, a défini un jour sa propre conduite d'une phrase : "Etre du bond. N'être pas du festin, son épilogue." Rachida Dati, tout juste 41 ans, n'a pas cette réserve. Elle cumule les deux sans façon.

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Puisqu'il est question ici de Claude Askolovitch, rappelons sa réaction sur son blog lors de la nomination de Rachida Dati en tant que Garde des Sceaux. C'était le 19 mai 2007, et c'était grand. Décidemment je vous gâte, aujourd'hui.

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Tournez ça comme vous voulez, et chantez même l'histoire de l'arbre qui cache la forêt, et cela ne prouve rien et la morale est de notre côté mes camarades, mais les faits sont têtus. Depuis le temps qu'on l'attendait, un ministre de la République de plein exercice et de plein respect issu de l'immigration maghrébine, c'est la droite qui l'a installée, et quelle droite : le Président Sarkozy, Sarko le terrible, le quasi-raciste, le kärcherisateur de racailles et qui acclimatait, fi donc, les thèmes du Front national à de vulgaires fins électorales, et le gentil Noah que nous aimons tant quitterait le pays s'il était élu, Sarkozy donc, qui a nommé Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Madame Rachida Dati, fille de maçon, fille d'immigrés algériens et marocains, fille d'une famille de douze enfants.

Rachida Dati, née pauvre, née arabe, sixième dans l'ordre protocolaire du gouvernement, patronne désormais de la magistrature, des importants en robe pourpre. Garde des Sceaux, comme on dit depuis Philippe Auguste. Place Vendôme à côté du Ritz, une de plus dans une longue lignée, Paul Reynaud, François Mitterrand, Michel Debré, Robert Badinter... et Rachida Dati.

Une ministre, elle est née pauvre, elle est arabe. Pas du câlinage social, du larmoyant et du pittoresque, comme notre malheureux Azouz Begag ; pas de l'erreur de casting issue du terrain, comme Tokya Saïfi, promue puis humiliée... Un vrai parcours, une vraie ambition, une vraie dureté, une vraie responsabilité. Clearstream, le laxisme, la pauvreté des tribunaux, les mineurs récidivistes, l'après-Chirac, combien de dossiers vont alourdir sa charge, et on se moquera bien alors qu'elle s'appelle Rachida - elle sera bonne ministre ou ne sera pas.

Mais elle s'appelle Rachida, et juste pour aujourd'hui, saluons le moment.

23.10.2007

GUY MÔQUET... ET LES AUTRES

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Je vais vous épargner. Je vais vous taire mon agacement face à la polémique que provoque la lecture d'un texte de 25 lignes, contestée parce que - j'ose à peine le mot - "instituée". C'est-à-dire - quelle audace - "obligatoire". 25 lignes sur une année, cela représente environ 0,12 ligne par jour, en moyenne, sur une année scolaire, 0,12 ligne pour se souvenir, 0,12 ligne de trop, selon certains. Oui, c'est absurde comme argument. Mais c'est eux qui ont commencé.

D'ailleurs, j'ai une bonne excuse : Koz a fait le job. Je n'ai pas grand chose à ajouter, lorsqu'il dit :

Affirmer de but en blanc “je dégueule Sarkozy et ses initiatives” serait à l’évidence d’une sincérité hors norme mais assez faible en terme de pouvoir de conviction. Pourtant, l’incroyable imagination que certains déploient pour habiller leur refus primaire et viscéral de tout ce qui touche au personnage du manteau de l’analyse ne peut que forcer l’admiration. L’effort est louable et, certainement, parfois fatiguant.

Je n'ai surtout pas envie de reprendre les arguments de ceux pour qui Guy Môquet n'est pas assez résistant, trop communiste, pas assez tragique, trop jeune, etc. Bref, oublions-le. La prochaine fois, il mourra autrement, il fera un effort, celui d'avoir la bonne étiquette au bon endroit. Et puis on dira au Président de la République, garant des institutions et représentant officiel de la Nation, de ne pas s'en mêler. Comme s'il avait une légitimité à le faire, franchement... Qui est-il pour parler au nom de la France, et en défendre l'histoire?

Dans cette histoire, une chose me console : une phrase d'Albert Einstein. Parce que lorsque Einstein s'exclame :

"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue",

et bien cela me rassure. Je me dis que ce n'est pas un problème franco-français, et qu'ailleurs dans le monde de telles concentrations de connerie sont aussi possibles. Tenez, d'ailleurs, pas plus tard qu'hier... mais c'est un autre sujet.

Alors, puisque autant de personnes - en France - sont incapables de comprendre quel sens a le souvenir, j'ai eu envie d'en partager un exemple concret. C'était Max Gallo, le 16 mai 2007, et cela s'intitulait "La France ne passera pas". Et qu'après cela, qu'on me dise que ce n'est pas le moment, ou que c'est de la récupération.  

J'ai souligné beaucoup de phrases dans la transcription du discours ci-dessous. Parce que chacune est à la fois un hommage indispensable à ceux qui sont tombés... mais aussi une cinglante réplique aux polémiqueurs indignes.

 


DISCOURS DE MAX GALLO A LA CASCADE DU BOIS DE BOULOGNE LE 16 MAI 2007,

Hommage aux jeunes patriotes massacrés dans la nuit du 16 au 17 août 1944.

Monsieur le Président de la République,

Mesdames, Messieurs,

Ici, dans ce bois de Boulogne, ce lieu de quiétude, 35 jeunes français ont été abattus, assassinés est le mot juste, dans la nuit du 16 au 17 août 1944, une semaine avant la Libération de Paris. Les troupes d’occupation, leurs polices, et les traîtres français à leur solde, après avoir tendu un guet-apens, les ont mitraillés ici, et achevés ici, à coups de grenades.

L’agonie de ces héros fut longue. Au matin certains corps étaient encore chauds.

Il faut dire les noms de ces 35 martyres, dont la plupart avait moins de 25 ans. Cela ne prendra qu’un instant alors qu’il s’agit – il faut s’en souvenir – de l’éternité de souffrance et d’espoir que représente chaque vie et d’une éternité de douleurs pour ceux qui aimaient ces jeunes patriotes. Ils se nommaient donc :

  • François BELLANGER
  • Jacques BERNARD et son frère
  • Roger BERNARD, 24 et 20 ans.
  • Charles BIRETTE
  • Pierre BEZET
  • Henri BLANCHET
  • Paul BOUCHAILLOT
  • Claude BOUVELLE
  • Robert CHALARD
  • Raymond COUNIL
  • Jacques DELPORTE
  • Jean DESFARGES
  • Marcel DOURET
  • Jean-Pierre DUDRAISIL-ELIE
  • René FAUGERAS
  • Bernard GANTE
  • John GAY
  • Maurice GUILBERT
  • Guy HEMERY
  • Franck HEMON
  • Michel-Henri HUCHARD
  • Georges LORIOZ
  • Robert MAGISSON
  • Jacques RESTIGNAT
  • Pierre ROUILLON
  • Pierre SARRABEYROUSSE
  • Jacques SCHKOSSER
  • Arthur de SMET
  • Maurice THIBAIRENCQ
  • Georges TRAPLETTI
  • Luigi VANNINI
  • Roland VERDEAUX
  • Gabriel VERDIER
  • Jean VERON
  • Pierre WECZERKA

Nommer ainsi ces patriotes ce n’est pas seulement un devoir de reconnaissance. Il est de droit. « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie / Entre les plus beaux noms leurs noms sont les plus beaux » a dit Victor Hugo. Mais en vérité ces noms ne sont pas enfouis dans l’Histoire et nous ne les rappelons pas ici dans un rituel conventionnel de commémoration. Ces trente cinq héros sont notre présent.

Ils nous disent le courage et l’esprit de sacrifice de la jeunesse quand l’idéal et l’élan, l’amour de la nation la soulèvent.

Ils nous disent la diversité française capable de se rassembler dans l’unité nationale quand la nécessité fait loi.

Ces 35 héros ne sont pas les représentants de telle ou telle classe sociale, de telle ou telle formation de la Résistance, rattachée à telle ou telle sensibilité politique. Il y a parmi eux des étudiants, un boulanger, un boucher, un mécanicien, des cheminots, un manœuvre, un médecin, un employé, des gardiens de la paix, un instituteur. Ils viennent de la banlieue, de Chelles et de Draveil, et du XIIIème arrondissement de Paris.

Ils appartiennent aux Forces Françaises de l’Intérieur, aux Francs-Tireurs et Partisans Français, à l’Organisation Civile et Militaire, aux Jeunes Chrétiens Combattants. Ils ont des origines sociales et des sensibilités politiques différentes. Mais leur but est commun : faire que la France soit libre et souveraine, que son peuple soit maître de son destin. Ils sont tombés ici pour cela.

Et si nous sommes ici, au terme d’une confrontation républicaine et démocratique, c’est aussi à eux que nous le devons. Ils sont l’incarnation de l’âme de la nation qui construit son unité à partir de la diversité. Le patriotisme français naît de l’amalgame des différences.

C’est pour affirmer ces valeurs, cette histoire, que ces 35 jeunes français voulaient des armes pour se battre. Les combats pour la libération de Paris s’annonçaient. Les cheminots, les gendarmes, les policiers étaient en grève. La 2ème DB du général Leclerc était à Orléans et à Chartres. Ces 35 patriotes étaient résolus, impatients, peut-être imprudents. Un traître leur a proposé les armes qu’ils désiraient. Et ils sont tombés dans le piège tendu par les agents français de la Gestapo.

Il faut rappeler ces faits. Il y a eu en effet des Français prêts à dénoncer, à torturer, à massacrer. Il faut le dire parce que c’est la réalité. Mais une fois qu’elle est dite, il faut la mettre à sa place, toute sa place, rien que sa place. Car elle n’est que l’ombre inéluctable qui n’existe que parce qu’il y a la lumière. Voilà la vérité.

Alors, aujourd’hui, l’Histoire qui ne dissimule rien doit d’abord expliquer et faire partager l’engagement héroïque de ces 35 jeunes français assassinés ici. Ils sont morts dans la nuit, sans connaître la joie de la liberté reconquise, sans entendre le général de Gaulle s’écrier la voix traversée par l’émotion : « Paris, Paris outragé, Paris brisé, mais Paris libéré par lui-même, par son peuple… »

Ils étaient ce peuple. Ils sont ce peuple.

Monsieur le Président de la République,

Vous avez choisi ce lieu à l’orée de votre présidence. Je crois que nous devons vous en être reconnaissant. Car ce lieu sacré vaut engagement. Ces martyrs et votre présence ici, témoignent que, comme le proclamait le général de Gaulle : 

"Dans le mouvement incessant du monde, toutes les doctrines, toutes les écoles, toutes les révoltes n’ont qu’un temps… Mais la France ne passera pas."

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A lire, sur Guy Môquet :

12.10.2007

DEUX REACTIONS AU DUEL SOPO / ZEMMOUR

Deux extraits de réactions - parmi tant d'autres - à la polémique idéologique opposant Dominique Sopo, président d'SOS Racisme, à Eric Zemmour, journaliste.

La première est celle de Sébastien Fontenelle, journaliste et animateur du blog Vive le Feu, classé à gauche ; enfin, quand je dis à gauche... pour ceux qui ne le connaissent pas, Sébastien Fontenelle est à la gauche ce que l'abysse océanique est à la flaque d'eau consécutive à la giboulée de mars, c'est à dire un vertige insondable. Oui, mais voilà, au-delà de certaines de ses positions et analyses qui me sont insupportables politiquement - presque toutes, en fait - il a du talent. Donc j'avoue, je le lis. Je ne m'en cache pas, le lien vers son blog figure depuis longtemps dans ma blogroll. J'aime d'ailleurs à penser quelle serait sa fureur de se savoir lu par un sarkozyste assumé, droite décomplexée et tout et tout, lui qui les vomit au nom de la tolérance de gauche.

L'autre, de droite, est tirée d'un billet de Philippe Bilger, avocat général à la Cour d'appel de Paris, publiée aussi sur marianne2.fr. Je connais peu Philippe Bilger, mais L'Express le qualifie du titre de "plus brillant des avocats généraux de cour d'assises de France et de Navarre" et Maitre Eolas en pense le plus grand bien. Rien que ça.

Bonne lecture.

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Eric Z. Contre Le Komintern (Dans Un Pays Ravagé Par Les Haines "Ethniques")

Sébastien Fontenelle

[...] Zemmour, dans "Le Monde", se fait d'abord statisticien, pour nous révéler que: "Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d'état civil sont frauduleux en Afrique".

(30 %, 80 %: du point de vue de notre comptable, c'est du pareil au même.)

En quoi ce pourcentage africain nous concerne-t-il?

Zemmour nous l'explique: "Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état-civil; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l'étranger en 2005; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %".

Est-ce tout?

Non.

Ce n'est pas tout.

Zemmour précise encore "En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français".

Or: "En 2005, ils sont 12 457".

Soit: "Onze fois plus".

Mon Dieu.

C'est une invasion.

Les Algériens, comme les Turcs, ont une arme secrète, pour nous étouffer sous le(ur) nombre: ils nous marient, par milliers.

Ils sont très forts.

Zemmour, après avoir ainsi quantifié un péril (maghrébin) qui se multiplie quand même par onze tous les onze ans (quand on y réfléchit c'est hyper-flippant), ôte sa blouse de mathématicien amateur, et se lance dans une espèce d'imprécation hallucinée, d'où il ressort, notamment, je vous jure que je n'invente rien, que: "Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s'ignorent ou se détestent: "Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les çaifrans"".

Et de préciser: "L'insulte suprême est: "Sale Français!"".

(Avec un point d'exclamation!)

Et c'est vrai que, là encore, ça fout gravement les jetons.

Sauf que.

Si je vérifie près de chez moi.

Dans les cours de récré de mes enfants, pleines de "rebeus" et de "reunois" et de "feujs" et de "noichs", etc, on signale si peu de clanismes "ethniques", voyez-vous, qu'on n'en signale même pas du tout.

"Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs et les çaifrans" jouent ensemble - et, parfois, se foutent ensemble sur la gueule, ainsi qu'il arrive, hélas, dans les cours de récré.

"Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs", sont même, tenez-vous bien, des Français comme les autres.

De sorte que l'insulte suprême n'est pas (du tout): "Sale Français!"

(Avec un point d'exclamation.)

Mais je n'espère plus que Zemmour puisse même envisager d'envisager une réalité si emblématique d'un "multiculturalisme" qu'il exècre - car il tient, manifestement, à détecter partout des haines "ethniques".

Ainsi, posément, il énonce que: "Des bandes ethniques s'affrontent à la gare du Nord".

(S'il vous plaît, retenez-le: une baston entre noirs dans une gare parisienne est l'affrontement de "bandes ethniques", alors qu'une bagarre entre blancs dans une fête villageoise, non.)

Puis, Zemmour lâche, dans un ahurissant débondage, que: "Lors de la présidentielle, on a vu à l'oeuvre un terrifiant vote ethnique".

Ah ouais?

Ah ouais.

Vraiment?

Vraiment.

La preuve - selon notre journaliste: "94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy".

Pof.

Pof.

Pof.

J'ai lu ça, je me suis d'abord dit, ah, tiens, c'est la première fois qu'on me suggère d'envisager comme une ethnie les "catholiques pratiquants", c'est marrant, ça change, ça met de la nouveauté dans ma vie.

Puis j'ai pensé, attends, sous la plume du gars qui vient de nous effrayer avec du Maghrébin épouseur?

Sous la plume du gars qui vient de fustiger les "bandes ethniques" de la gare du Nord - mais qui manifestement ne considère pas leurs affrontements comme des guerres de religions?

Sous la plume de ce gars, ai-je conclu, cette invitation à ethniciser les "catholiques pratiquants" et les "musulmans" après "les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les çaifrans" doit signifier quelque chose de très particulier.

Mais quoi?

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Réactionnaire, et alors !

Philippe Bilger

[...] Le réactionnaire authentique ne se contente pas de regarder en arrière, il ose aussi combattre l'idéologie qui gangrène l'humeur sociale et qui considère comme une vérité d'évidence qu'aujourd'hui est plus admirable qu'hier et moins que demain. Qu'il y a de l'indécence à ne pas saluer le nouveau et à faire grise mine devant l'inédit. Qu'il y a de la perversion à ne pas sauter sans cesse dans la modernité pourtant souvent vide de sens en cultivant les enchantements intellectuels et artistiques du révolu.

Le réactionnaire véritable, loin d'avoir peur, se sent pousser des ailes à notre époque où le courage est une vertu si rare qu'elle est nécessairement célébrée. Il lutte et, Sisyphe entêté, ne perd pas à tout coup.

Ce déclin qu'il craint de voir couler dans ses veines, après qu'il a affaibli le pays, il ne l'accueille pas, il le refuse. Il ne veut pas restaurer le passé parce qu'il serait le passé mais parce qu'il offrait des modèles d'excellence, de vigueur et de rigueur. Il ne pose pas sur ce qui a disparu un esprit attendri, une émotion mouillée, mais rêve d'une politique, d'une morale en action qui feraient refluer le cours mécanique du temps au profit d'une Histoire qui saurait se reconstruire sur les décombres d'un présent trop envahissant.

Zemmour, réactionnaire alors ? Je ne sais pas. Si cette famille existe, j'aimerais bien en être et y faire entrer des personnalités avec lesquelles il ferait bon penser, respirer et vivre. Cyrano, Finkielkraut, Muray, Régis Debray et Goldman par exemple. Des êtres qui réagissent, qui ne se laissent pas endormir dans le ronron de l'évolution, par le roulis de l'actualité. Des êtres qui insistent, répliquent, protestent, participent ou s'abstiennent, méprisent ou rendent gloire, qui ne se salissent jamais l'esprit et ne préféreront jamais un mensonge commode à une vérité difficile. Des êtres qui n'ont que faire des approbations ou des dénonciations de Dominique Sopo.

Celui-ci croit condamner en le, en les traitant de réactionnaires. Il les décore.

DOMINIQUE SOPO VS ERIC ZEMMOUR : AU COEUR DE LA POLEMIQUE

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Vous aimez les franches empoignades? Les débats bien musclés, avec des vrais coups qui font mal, comme dans Fight Club? Alors vous aimerez cette confrontation, qui parce qu'elle touche à l'un des sujets les plus cruciaux de notre époque, à l'un des défis les plus essentiels de notre société, mérite d'être abordée à la Paul Amar. Ben oui, soyons lourd jusqu'au bout, quoi...

Donc : à ma gauche, Dominique Sopo, président d'SOS Racisme, qui s'exprimait dans le Monde du 29 septembre dernier.

A ma droite, Eric Zemmour, journaliste et essayiste, qui lui répond dans l'édition du 12 octobre.

Bon match Bonne lecture.

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D'une époque à l'autre, par Dominique Sopo

Il y a comme ça des moments qui sont plus parlants sur l'air du temps que bien des thèses et des analyses savamment exposées. Un de ces moments se déroula le dimanche 23 septembre, sur France 5, dans l'émission "Ripostes". Sujet : l'immigration et le projet de loi en discussion au Parlement que l'auteur, le ministre de l'immigration, était invité à défendre sur le plateau. Face à Brice Hortefeux : Philippe Val, Patrick Weil et Christiane Taubira. Au côté du ministre un journaliste dont la pensée réactionnaire lui assure le statut de "bon client" des plateaux télé : Eric Zemmour.

On le connaissait. C'était lui qui, il y a peu, pensait avoir eu le courage inouï - téméraire ? - de dénoncer la prise de contrôle de nos modes de pensée par les homos et les bonnes femmes. Tout heureux d'échapper à la mort que de si redoutables adversaires risquaient de lui infliger - gloire soit rendue à son courage physique et intellectuel -, notre homme, d'émission en émission, s'enfonça avec toujours plus d'assurance dans le cul de basse-fosse de la réaction. Ainsi va notre tonton bégueule, celui qu'on laisse délirer pendant les repas de famille du dimanche, tantôt en souriant de ses propos, tantôt en en éprouvant quelque gêne.

Mais ce tonton, il est toujours excusé, car on sait quel est son problème : il a peur. Et, tout comme notre tonton, Eric Zemmour a peur. Peur du temps qui passe. Peur des valeurs qui foutent le camp. Peur du monde tel qu'il va. Et comme tout homme qui a peur, Eric Zemmour a besoin de débusquer ceux qui lui causent de tels tourments. Les gonzesses et les pédés donc, c'est déjà entendu. Mais, à l'occasion de l'émission "Ripostes", M. Zemmour a rajouté une ligne à sa liste : les immigrés qui ont l'avantage d'être de bons boucs émissaires pour les réactionnaires contemporains qui se réfèrent à l'"avant".

L'"avant" d'une France où les homos se cachaient ou se mettaient des plumes dans le cul - ce qui permettait de ne pas les voir ou de pouvoir les éviter. L'"avant" d'une France où les femmes langeaient et élevaient gentiment leur progéniture. L'"avant" d'une France où les Arabes et les Africains avaient le bon goût d'en être éventuellement partie prenante, mais toujours dans le cadre circonscrit de l'espace colonial. Mais, pour M. Zemmour, rien ne va plus avec les immigrés. Car les immigrés - Africains et Algériens, précisa-t-il - contractent des mariages qui renvoient à une réalité quasi unique. Non pas l'amour ! Non, pour M. Zemmour, un immigré qui se marie n'est pas amoureux, il est fraudeur. Et la sentence est définitive : "La réalité des mariages aujourd'hui, c'est un nombre incalculable de mariages arrangés pour obtenir des papiers à des gens en Algérie, en Afrique." Et puis à cause des immigrés, nous apprit M. Zemmour, "la barbarie identitaire, elle est déjà là dans les quartiers, dans les banlieues".

Mais le cas de M. Zemmour ne serait pas intéressant s'il se réduisait à la seule analyse d'un personnage qui pense que le nec plus ultra du courage intellectuel consiste désormais à dire tout haut ce que Jean-Marie Le Pen pense tout haut. Le cas Zemmour est intéressant, car il est le symptôme d'un changement d'époque. Car que représente très exactement la décomplexion de M. Zemmour ? Elle représente le retour sur le devant de la scène des peureux, des rancis et des paranoïaques, tous ceux qui, depuis vingt ans, ont souffert le martyre de l'antiracisme à cause de qui on ne pouvait plus dénoncer les-bougnoules-qui-viennent-jusque-dans-nos-bras-égorger-nos-baguettes-et-notre-saucisson.

Et à côté, que voit-on ? Un corps social qui regarde presque sans broncher une poignée de députés extrémistes instaurer l'identification génétique des enfants d'immigrés et l'officialisation rampante mais certaine de l'ethnicisation des problèmes sociaux à travers la première étape que constitue la légalisation des statistiques fondées sur les "origines ethniques et raciales". Une société atone face à ces mêmes événements. Des compagnons de route des luttes antiracistes silencieux. Mais un silence cohérent avec ce changement d'époque. Pas très grave. Après tout, n'est-il pas temps pour de nouvelles générations d'entrer en scène et de s'indigner ? Pour ces nouvelles générations aussi, une nouvelle époque doit commencer.

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Immigration : le réel interdit, par Eric Zemmour

Il a posé sur son petit bureau ses petites armes de petit flic de la pensée. Il a tiré, dans Le Monde du 29 septembre. Mollement. "Réactionnaire", dit-il ; et puis, "il parle comme Le Pen" ; et puis encore "il a peur, Zemmour". La routine. Dominique Sopo n'est pas très inventif. Pauvre Sopo, présidence de SOS-Racisme, ça eût payé. Jadis entre Coluche et Simone Signoret ; désormais médiocre collecteur de subventions, et gendarme sifflant les "dérapages sur l'immigration". Gendarme de Saint-Tropez.

Même pas peur ! Les temps changent. Il s'en plaint. Comme un vulgaire réactionnaire. Mais un réactionnaire préfère les chansons d'Aznavour et Brel à celles de Joey Starr ou Cali. Les rentrées littéraires avec Aragon, Mauriac, ou Jacques Laurent, plutôt qu'avec Christine Angot ou Amélie Nothomb. Déteste l'architecture de l'après-guerre. Donnerait trente années de FIAC pour un seul tableau de Vermeer. Ne croit pas que "le niveau monte à l'école". N'associe pas spontanément le "langage caillera" à Rimbaud. Ne s'extasie pas devant les familles recomposées. A la nostalgie du temps où la France était "la grande nation". Bref, un réactionnaire est un homme sans goût ni raison qui mérite les camps de rééducation. Un criminel.

On peut le rassurer, Sopo en est loin. Sa pensée est simple, voire tautologique : ce sera mieux demain. Pourquoi ? Parce que ce sera demain. Sopo est un progressiste. On allait dire à l'ancienne. Mais on ne voudrait pas le vexer. Sopo ne s'est pas aperçu que la religion du progrès était morte dans les tranchées de 1914. Il n'a qu'un siècle de retard. Sopo ne sait pas qu'on a lu Pierre-André Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n'était que le successeur du communisme, avec les mêmes méthodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les années 1930. "Tout anticommuniste est un chien", disait Sartre. Tout adversaire de l'antiracisme est pire qu'un chien. En tout cas, dit Sopo, ne devrait pas être invité à la télé. La télé, c'est important pour Sopo. C'est vrai, on ne l'y voit pas assez. Amis producteurs, faites quelque chose !

Pendant vingt ans, l'antiracisme, Sopo le reconnaît lui-même, a régné en maître sur nos esprits. Alors, faisons son bilan. Le multiculturalisme qui remplace l'assimilation ; l'ethnicisation des questions sociales plutôt que la lutte des classes ; la déconstruction du roman national remplacé par la concurrence victimaire ; la haine institutionnalisée de la France autour de la figure totémique de Dupont Lajoie.

IDIOTS UTILES DU CAPITALISME

L'antiracisme fut le rideau de fumée qui occulta la soumission socialiste aux forces libérales. Les antiracistes ont avec la finance internationale un point commun essentiel : le refus des frontières. Avec les progressistes de tout poil, ils ont détruit les derniers obstacles à la toute-puissance du marché : famille traditionnelle, nation, Etat. Les premiers servent les intérêts de la seconde. Idiots utiles du capitalisme.

Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l'immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d'état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l'étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L'amour, bien sûr Sopo !

En vérité, c'est l'échec de l'intégration qui nourrit l'immigration d'aujourd'hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s'ignorent ou se détestent : "Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans". Et l'insulte suprême est : "Sale Français !" Les enfants juifs sont interdits d'école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s'affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l'oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l'a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy.

Mais tout cela n'existe pas. Vous avez rêvé, braves gens. Tout va très bien, Madame la Marquise. C'est Dominique Sopo qui vous le chante. En lisant Sopo, j'ai compris que je n'étais qu'un prétexte. Sopo en veut au peuple français d'avoir voté pour des "députés extrémistes" (il parle d'élus UMP, pas de chemises brunes). Et aussi sans doute, un président extrémiste. Il reproche surtout aux "compagnons de route antiracistes" de rester silencieux. C'est triste de se retrouver seul. Mais peut-être les compagnons de route sont-ils sidérés par cette réalité que je décrivais à gros traits. Naïveté stupide de réactionnaire borné.

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A propos de l'immigration, et des débats actuels, voici l'avis de la sacro-sainte opinion, lu sur lefigaro.fr - qui au passage renseigne sur l'efficacité des divers procès sémantiques :

Le premier ministre a dénoncé plusieurs fois les « polémiques » autour du projet de loi Hortefeux, avec l’expérimentation de tests ADN, « polémiques qui ont grossi jusqu’au ridicule un détail, en masquant l’essentiel : qu’elle rendait à la France le droit de choisir son immigration ». Des propos et un « détail » que 64 % des Français ne trouvent pas choquants, contre 35 % pensant l’inverse.

Le clivage politique sur l’immigration apparaît très marqué. Les électorats de la gauche non socialiste et de Ségolène Royal rejettent ces propos à 65 et 73 %, tandis que les soutiens de François Bayrou adhèrent à 60 %, ce chiffre atteignant 98 % chez les sarkozystes et 88 % parmi les partisans de Jean-Marie Le Pen.

Trois-quarts des Français, dont une majorité à gauche, pensent que ce projet de loi favorisera la lutte contre l’immigration et le travail clandestin. De même, ils sont 57 % à penser que ces mesures permettront une meilleure intégration des immigrés en France.

69 % des Français souhaitent aussi que l’Etat fixe chaque année un nombre d’immigrés autorisés à s’installer en France selon leur profession. Un nombre équivalent de sondés exigent la limitation du regroupement familial aux personnes qui maîtrisent déjà la langue française, ou aux personnes ayant un revenu équivalent ou supérieur au Smic.

Quant aux tests génétiques pour s’assurer de la filiation des enfants et lutter contre la fraude dans le cadre du regroupement familial, ils sont approuvés à une nette majorité de 56 %. Le jugement des Français semble clair, d’autant que 85 % d’entre eux estiment que les sans-papiers ne doivent pas pouvoir bénéficier du droit opposable au logement.

05.04.2007

Réponse à Michel ONFRAY

medium_onfray.jpgRéponse à la publication du billet "Le cerveau d'un homme de droite - Portrait de Nicolas Sarkozy, acte 1"

http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/

M. Onfray, 

Je suis sarkozyste convaincu. J'ai lu votre billet avec beaucoup d'attention et d'intérêt. 

Je suppose et j'espère, par souci de votre propre intégrité d'esprit, que le titre "le cerveau d'un homme de droite" est une provocation. D'autant qu'au "connais toi toi même" de Socrate, auquel pour ma part j'adhère tout à fait, on pourrait vous renvoyer l'obsolescence d'un "connais le lui même" dont vous pensez avoir accompli l'essentiel en une heure et demi d'entretien. "C'est un peu court, jeune homme", vous aurait dit Cyrano... il y a quelques années. 

Cela tendrait alors juste à prouver que vous êtes allé à la pêche à la dynamite, qu'un poisson vous a tendu ses ouïes, et qu'il a fait la grimace lorsque vous avez allumé la mèche, ayant eu l'occasion d'assister aux bouillabaisses précédentes. Allons, allons, ce n'est pas avec l'opinion que vous avez de la culture judéo-chrétienne que vous allez reprocher à M. Sarkozy de ne point tendre l'autre joue? Ou bien? 

J'ai aussi beaucoup apprécié la condescendance dont vous faites preuve envers M. Sarkozy. Cela m'a rappelé une autre époque, celle où M. Sartre reprochait à M. Camus son amateurisme philosophique lors de la sortie de L'Homme Révolté dans les lignes des "Temps Modernes". Ne lui reprochait-il pas aussi d'être trop sensible pour parler de ce monde? Tiens, d'ailleurs, n'est ce pas après tout le sujet de votre billet... M. Sarkozy est sentimental, capable d'affect, donc incapable d'exercer de hautes fonctions. M. Sarkozy ressent physiquement des émotions, dont il est animal. M. Sarkozy n'est pas politiquement masochiste au point de me déballer le tapis rouge quand je viens lui faire la leçon, donc il est sexuellement archaïsant.  

Concernant justement la question centrale de la sexualité, de la génétique, du caractère, ce que vous écrivez (dans ce billet) est très intéressant. Mais, voyez-vous, là aussi, votre volonté de discrédit est un peu trop avouée pour s'auto-nourrir. D'autant qu'en un rien de temps je puis écrire un billet de 150 lignes sur votre billet, montrant par a+b que vous mettez sur le même plan "l’homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie", et ce dans le cadre d'une ironie révélatrice de vos propres blessures laissant penser que l'épanchement sexuel reste pour vous le lien universel entre l'homme civilisé et la Terre animale dont la dialectique attirance/répulsion pousse à choisir la fusion sexuelle comme seul exutoire... 

Mais cela intéresserait-il quelqu'un? Je crains que non. Car pour cela il faudrait déjà que le TSO (Tout Sauf Onfray) soit en marche, c'est à dire qu'il y ait contre vous une volonté symétrique à celle qui vous anime de mettre à bas l'homme que vous êtes... Or peu d'hommes sont à ce point capables d'influencer la réalité qu'ils provoquent l'unanimité immobiliste contre le mouvement qu'ils représentent. C'est à ce jour le cas de M. Sarkozy. Ce n'est pas encore le vôtre. Certains décident de faire l'Histoire, d'autres de la commenter, à la façon d'un Thierry Roland, passioné certes, mais à jamais dans les tribunes. 

Or le commentateur, en spectateur lambda, ne peut espérer accéder au terrain. Son seul espoir, c'est alors que le terrain vienne à lui. C'est le principe du hooliganisme, où un deuxième "match" est organisé dans les tribunes. Le spectateur devient acteur, il s'approprie ce dont il estime être partie prenante, dans le sang et les larmes. En politique,ce raisonnement a un parti, le trotskysme. M. Onfray, laissez moi vous quitter sur cette reconnaissance, celle de la cohérence de votre parcours.