18.11.2007

LA REPUBLIQUE ? FACULTATIVE, POUR FRANÇOIS HOLLANDE

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Sur RTL, où il était ce 18/11 l'invité de Jean-Michel Aphatie pour son Grand Jury hebdomadaire, François Hollande fut amené à s'expliquer à propos d'éventuelles alliances avec le parti trotkyste d'Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière. Sans se démonter, François Hollande expliqua alors tranquillement (1) qu'il n'excluait pas cette éventualité, à la condition formelle - et apparemment déjà remplie, si l'on considère son agrément tacite - de l'acceptation des 3 critères sélectifs d'alliance qu'il avait définis :

  • l'acceptation du programme,
  • l'acceptation des "amis" du PS,
  • l'opposition à Nicolas Sarkozy.

Fort bien. Rappelons toutefois un fait pour lui insignifiant, à savoir qu'à aucun moment Arlette Laguiller n'a donné d'inflexion républicaine à son parti, allant même jusqu'à citer le marxisme, le communisme et le trotskysme, pour dire : "On n’est pas prêt du tout à renier tout cela".

Le Parti Socialiste, qui a passé 6 des 9 derniers mois à accuser Nicolas Sarkozy de se compromettre avec le Front National - quand bien même celui-ci restait son plus virulent opposant - accepte aujourd'hui l'éventualité d'une alliance avec l'extrême-gauche, celle pour qui Chavez n'est qu'un réformiste modéré, et Mao un faible qui n'a pas su aller jusqu'au bout de son ambition.

Le Parti Socialiste, croyait-on, avait touché le fond : que nenni, nous sous-estimâmes ses ressources en la matière, visiblement. En guise de punition, nous sommes désormais condamnés à suivre sa plongée dans les abysses de la politique. Je propose en conséquence, pour faciliter notre parcours forcé, de renommer la rue de Solférino "Nautilus", et François Hollande "Capitaine Némo", et ce en hommage contraint à un Jules Verne qui, en son temps, croyait au progrès de l'âme humaine et en sa capacité à prendre les leçons de l'Histoire. Qu'il repose malgré tout en paix.

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(1) Pour ceux qui désirent écouter ce passage en postcast, cela se trouve tout à la fin du Grand Jury, aux alentours de 19h25.

05.11.2007

L’IRRESISTIBLE ASCENSION D’OLIVIER BESANCENOT

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Le tournant politique dont on ne parlait jusqu’à présent qu’au conditionnel est en train de se négocier tranquillement sous nos yeux : face à l’incapacité du Parti Socialiste à se réformer, l’extrême gauche, avant tout par le biais d’Olivier Besancenot, leader de la LCR, déploie lentement mais sûrement une stratégie de rassemblement qui ne devrait pas tarder à porter ses fruits. Dont le premier devrait être l’accélération de la chute socialiste.

Le Monde fait le point sur cet état de fait : Olivier Besancenot rejoint désormais, en termes de popularité, les leaders du PS, au point de rattraper Ségolène Royal : 

« Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, s'installe en leader de la gauche de contestation. Au point de faire jeu égal - en termes de popularité - avec Ségolène Royal. En obtenant 4,08 % à l'élection présidentielle, M. Besancenot avait devancé ses rivaux de la gauche radicale, Marie-George Buffet (PCF) et José Bové. Il vient concurrencer les leaders du Parti socialiste dans un sondage BVA-Orange, réalisé du 18 au 20 octobre auprès de 1 078 personnes, et publié dans L'Express du 25 octobre : 40 % des personnes interrogées "souhaitent qu'il ait davantage d'influence dans la vie politique française" (Le Monde du 27 octobre). En un mois, M. Besancenot a gagné trois points d'opinions favorables. Mme Royal en a perdu deux.»

Ce nouvel élan de popularité intervient au moment même où la jonction est peut être imminente entre les partis d’extrême gauche, Lutte Ouvrière d’Arlette Laguiller envisageant pour la première fois sans animosité manifeste cette éventualité, rappelle (toujours) le Monde – dans un autre article :

« Lorsque, fin juillet, le porte-parole de la LCR annonce son projet, Mme Laguiller ne réagit pas. Un mois plus tard, alors que M. Besancenot renouvelle son appel, changement d'attitude : Mme Laguiller explique au JDD. fr que son organisation porte "un regard sympathique et attentif sur la LCR et sur Olivier Besancenot". Ajoutant : "On attend de voir." Aujourd'hui, la direction de LO assure accueillir de manière "favorable" la proposition de la LCR. Expliquant partager son souci de s'élargir, les dirigeants disent que la "Ligue" "a raison de le tenter". " Il y a des moments qui peuvent sembler favorables", souligne George Kaldy, membre de la direction. […] Contacts avec le PCF dans certaines villes, discussions avec la LCR dans d'autres, le congrès début décembre tranchera. D'ici là, le 14 novembre, les deux organisations doivent se rencontrer. »

Et pendant ce temps, au PS ? Eh bien on fait ce que l’on sait le mieux faire, du fait de l’expérience, et qui reste pour autant le moins efficace, au vu de la même expérience : on tente de masquer les divisions. Le sujet concerné ? La ratification du TCE. D’après – encore – Le Monde,

« Dans leur majorité, les partisans du traité de 2005 le sont également en 2007. François Hollande s'est personnellement prononcé en faveur du oui même s'il "déplore" une ratification par voie parlementaire. […] Alors qu'un projet de consultation des citoyens était inscrit au programme de Ségolène Royal pour l'élection présidentielle, l'ancienne candidate socialiste jugeait, pour sa part, dans Libération, que "la question de la procédure d'adoption, référendaire ou parlementaire, n'est plus une question de principe. Ce traité, même imparfait, peut remettre l'Europe en marche" , insiste-t-elle. Côté "nonistes", seul Jean-Luc Mélenchon affiche sur son blog une franche hostilité au nouveau traité. Vincent Peillon fervent défenseur du non en 2005 a changé de position. "Je crois que la bonne solution, et je le dis en tant que partisan du non, c'est de dire oui, aux conditions du oui socialiste, qui n'est pas le même que le oui de Sarkozy", a-t-il déclaré au site de 20minutes.fr. Laurent Fabius a quant à lui reconnu qu'il y avait "un certain nombre d'avancées, par exemple la création d'un président, d'un haut représentant des affaires étrangères", critiquant toutefois qu'il n'y ait "rien pour débloquer la situation sociale et fiscale de l'Europe". »

Dans ce contexte, quelle solution adopter à moyen terme pour sauver le PS d'une agonie longue et douloureuse ? Ce n'est pas que cette idée me traumatise, c'est juste que tout cela se déroule sous les caméras, et qu'il y a des enfants qui regardent... Faut-il donc à nouveau envisager la sempiternelle « modernisation », sans cesse évoquée et jamais amorcée, pour une transition en douceur vers le XXIème ? En d’autres temps, j’aurais applaudi à cette annonce virtuelle, par souci de l'existence d'une opposition digne de ce nom. Seulement, il semblerait que les peuples de gauche européens ne soient pas forcément sensibles à cette démarche, ainsi que le rappelle Pierre Bocev, correspondant du Figaro à Berlin, à propos du SPD :

« Hors d'Allemagne, on ne peut que se frotter les yeux. Les réformes prennent, le chômage est en baisse constante depuis 19 mois et l'économie se porte à merveille. Partenaire junior de la « grande coalition » d'Angela Merkel, le SPD pourrait s'en prévaloir, lui qui a été à l'origine du grand chambardement douloureux, le 14 mars 2003 quand Gerhard Schröder a lancé son « Agenda-2010 » avant d'être emporté par la lame de fond du mécontentement aux législatives de 2005. Le parti social-démocrate, au contraire, renie cet héritage potentiellement prometteur. Son congrès, il y a une semaine à Hambourg, a amorcé un virage à gauche qui revient en partie sur les réformes et traduit un retour au credo social traditionnel et douillet. Il est vrai que l'opinion publique, à en juger par une noria de sondages unanimes, n'a en rien honoré le courage réformiste du SPD. Cette semaine encore, le magazine Stern le situe à 26 % des intentions de vote, à 13 points de la CDU/CSU de la chancelière. Et cela fait deux ans que cela dure. Autant dire que le label modernisateur n'a pas réussi au SPD. »

Dans le même édito, Pierre Bocev parle d’une « prise en tenaille du SPD », du fait – quelle coïncidence – de la création d’un nouveau parti unitaire à sa gauche :

« Sur sa gauche, les laissés-pour-compte des réformes à l'Ouest, dans l'ancienne RFA, et les néocommunistes héritiers du parti unique de l'ex-RDA ont convolé pour créer Die Linke, prête à promettre tout et n'importe quoi. »

La crise du SPD, suivie de son revirement conservateur, montre au grand jour le décalage existant entre certains partis de gauche européens et leurs électeurs. Les leaders politiques se rendent compte que les réformes sont indispensables, que certaines de leurs positions idéologiques et économiques sont dépassées, et ce depuis le premier coup de marteau sur le Mur de Berlin. Cependant, leurs électeurs, gavés par leurs soins de cette même idéologie depuis des décennies, n'entendent pas la régurgiter si vite. Et ce même s'il faut creuser le sable plus profond pour y plonger sa tête.

Il serait donc temps que François Hollande s’en aperçoive : la méthode Couet, qui a fait les beaux jours de la gauche durant la seconde moitié du XXème siècle, n’est désormais plus un socle politique solide… celui-ci s’étant évaporé avec les frontières nationales. Le reflet allemand est aujourd'hui la prédiction inexorable de l'avenir socialiste français, si le parti du même nom fait l'économie d'une refondation structurelle profonde et pragmatique.

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Ce billet a été publié sur AgoraVox et sur Yahoo! Actualités.

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Rajout du 06/11 :

Voici le commentaire que Sylvain Reboul a laissé sur AgoraVox suite au billet ci-dessus. Il m'apparaît d'une clarté très appréciable quant à la situation du SPD en Allemagne, où il réside lui-même.

Sylvain Reboul est professeur honoraire de philosophie, ainsi que membre du bureau et animateur de la Société Angevine de Philosophie ; enfin, il est créateur du site de philosophie: "Le rasoir philosophique". Vous trouverez l'ensemble des billets qu'il a lui-même publié sur AVox ici.

4cd8b98c98465daa13602ae9b4f41bd3.jpgLes choses évoluent très vite: le SPD amorce un virage social-démocrate plus prononcé pour faire échec à la gauche de la gauche (Die Linke) tout en continuant à participer au gouvernement avec les centristes de droite et de gauche (et oui ceux-ci existent aussi dans la CDU) de la CDU/CSU.

Même le CDU vire plus à gauche que son discours électoral traditionnel le laissait supposer ; mais de fait c’est un parti social-démocratie, pardon chrétien-social, plus à droite, en théorie donc, mais pas forcément en pratique gouvernementale.

La commission de conciliation en cours entre ces deux partis au gouvernement avance à grand pas dans un sens plus favorable aux revendications (soutien aux chômeurs, soutien aux famille, salaire minimal et même privatisation de la poste etc..)

Ce qu’il faut comprendre dans le jeu politique allemand c’est que la bonne santé de son économie s’est faite au prix du sacrifice plus ou moins consentant des saliariés et surtout des syndicats qui, je le rappelle, ont accepté apparemment avec quelques réticences, un gel, voire une diminution des salaires, et un allongement du temps de travail et des annuités ouvrant droit à la retraite à taux plein.

Mais, et cela est une grande différence avec la France, la plupart des forces politiques et des médias , y compris à droite (ex : Die Bild Zeitung), exigent maintenant que les revenus florissants des entreprises soit redistribués aux salariés pour garantir la paix sociale menacée par l’aggravation des inégalités.

Ce qui vérifie ce que quiconque vit en Allemagne peut constater, surtout s’il vient de France : cette société est sociale-démocrate, hors tout considération de la couleur des partis politiques au gouvernement. Elle est consensuelle, y compris au travers de conflits qui sont régulés à tous les niveaux à commencer par celui des entreprises via la cogestion (à savoir la présence des salariés dans les instances de direction des entreprises), celui des lander et du gouvernement fédéral, des banques semi-publiques et des entreprises qu’elles soutiennent directement.

En cela l’Allemagne a des leçons de sagesse politique et démocratique à nous donner.

09.10.2007

L'ouverture, tactique ou stratégie ? par Alain-Gérard Slama

Dans la continuité du dernier billet de Flamant Rose sur les stratégies politiques et leurs conséquences électorales...

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Lu sur lefigaro.fr

Le fait que le chef de l'État ait laissé entendre qu'il souhaitait éventuellement faire entrer d'autres personnalités socialistes, comme Jack Lang (1), au sein du gouvernement a relancé les spéculations et les critiques sur sa politique d'ouverture. S'agit-il d'une simple tactique, destinée à exploiter les divisions du PS, ou d'une véritable stratégie, destinée à rassembler le front uni d'un bloc républicain, en vue de faire accepter au pays, sans trop de conflits sociaux, les disciplines de la réforme ?

La plupart des analyses de l'ouverture mettent l'accent sur son explication tactique, loin d'être absente, cela va de soi, des deux côtés. Du côté de Nicolas Sarkozy, l'intention de rendre irréversibles les fractures intérieures au PS est évidente. Il s'agit pour lui de retourner contre la gauche socialiste le piège de l'alliance impossible avec l'extrême gauche, que Mitterrand avait exploité contre la droite en faisant monter le Front national. Sous des apparences rien moins que florentines, l'appel à des technocrates impatients de mettre à l'épreuve leurs idées et le débauchage de personnalités de gauche ne peuvent qu'exaspérer les pressions de la LCR et du PC sur la rue de Solferino.

Du côté des ralliés, on se doute que leur choix n'a pas été seulement déterminé par la capacité de convaincre du président. Il repose sur le pari symétrique de réamorcer la mécanique perverse des frustrations de la droite dure devant une ouverture considérée comme une déception, sinon comme une trahison. Le désir de réveiller l'extrême droite et d'obliger le président à composer avec elle incite les ministres venus du PS à violer la règle de la solidarité gouvernementale en rappelant leurs engagements et leurs fidélités chaque fois que l'occasion s'en présente. Le point faible de cette tactique est qu'elle ne peut être efficace que dans la mesure où ces ministres paraissent se contredire, en restant au gouvernement.

Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives, pressé par ses amis, croit peut-être avoir marqué un point pour son camp en obligeant le pouvoir à réviser l'article 21 de la loi sur l'immigration, qui prétendait interdire aux sans-papiers d'être accueillis dans les centres d'accueil d'urgence. Mais le projet de loi, tel qu'il vient d'être révisé, exclut l'accueil de ces immigrés dans des structures d'hébergement stables, ce qui oblige l'ancien président d'Emmaüs à transiger sur la rigueur de ses principes. De façon plus douloureuse encore, le maintien, particulièrement retors, par le Sénat de la référence au test ADN comme moyen éventuel pour les demandeurs de regroupement familial de démontrer leur filiation est une défaite majeure pour les ministres venus de la gauche. En l'occurrence, ce qui choque une partie de la droite autant que la gauche dans ce texte et ses rédactions successives, ce n'est pas l'inégalité des lois appliquées aux Français et aux étrangers, qui est de droit commun, mais la pente qui conduit depuis dix ans le législateur à encourager dans les esprits la confusion entre un marqueur biologique et une situation juridique.

Au total, les membres socialistes du gouvernement ne sont que les principaux perdants de cette tactique. Dans la pluralité des cas, ceux-ci n'ont d'autre choix que de se soumettre ou de se démettre, et le PS a peu de chances de s'en remettre - du moins aussi longtemps qu'il n'aura pas trouvé un projet capable de le rendre majoritaire sans l'appui des partis révolutionnaires. Mais beaucoup dépendra aussi de la capacité du gouvernement d'éviter des dérapages qui finiraient par lui aliéner les représentants de la droite modérée.

Si en revanche on prend en compte la conjoncture, l'ouverture trouve sa justification stratégique, dans la fragilité d'un pays au bord de la faillite, et voué à la rigueur, s'il ne veut pas se retrouver dans la situation de la Grande-Bretagne en 1979, comme l'ont reconnu François Fillon et Christine Lagarde. Par-delà les arrière-pensées, la présence de ministres socialistes au gouvernement est rendue indispensable par la nécessité d'exercer sur la gauche et sur les syndicats une pédagogie susceptible de les éveiller à une conscience plus réaliste de la situation. Mais cette solution ne peut-être que transitoire.

La présidentielle 2007, marquée par la défaite des extrêmes, a ouvert l'espoir d'une alternance droite-gauche tempérée par les centres. Le refus de François Bayrou de faire bloc à droite et l'absence d'un fédérateur au PS ont obligé Nicolas Sarkozy à entretenir une « ouverture » comparable à deux expériences historiques dont les acteurs souhaitaient, eux aussi, orienter notre vie politique vers le cap d'une alternance maîtrisée : celle du bloc républicain à direction de droite et participation de gauche, au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui souhaitait rationaliser le Parlement, et qui aboutit à un échec ruineux, et celle de De Gaulle en 1959, avant que la réforme de 1962, combinée avec le scrutin majoritaire, ne mette enfin notre pays sur les rails de la bipolarisation.

Nous espérions, cette fois, avoir atteint au but, en échappant au chantage des formations extrêmes. Le comble est que, même si leur pression est devenue virtuelle, notre vie politique continue d'être obérée par elles.

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59c6e31522cb1f1cb5e8bef868f2995e.jpg(1) A propos de Jack Lang et de l'ouverture, lire cet interview accordé au Figaro.

Sur l'ouverture :

Les gouvernements de coalition, comme il en existe beaucoup en Europe, ne me paraissent pas être une anomalie. Ce qui pose problème dans l’ouverture à la française, c’est qu’elle apparaît comme un acte unilatéral du chef de l’État et non comme le fruit d’un dialogue, et encore moins d’un accord, avec les autres forces politiques. Si Lionel Jospin ou Ségolène Royal avaient été élus, ils auraient sans doute, tout comme l’a fait François Mitterrand, appelé au gouvernement certaines personnalités non socialistes.

Sur le PS :

Je suis provisoirement en retrait de la direction du PS. Mais je n’ai pas de raison de m’interdire quoi que ce soit. Ce parti est le mien, c’est ma famille. Même si j’ai toujours été un homme libre.

Sur une entrée possible au gouvernement :

Je n’ai jamais rien sollicité. C’est une question qui ne se pose pas et qui ne m’a pas été posée. Au demeurant, certains aspects de la politique du gouvernement ne me paraissent pas acceptables, comme les tests ADN ou la politique fiscale.

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Sur l'ouverture toujours, ce sondage dont rend compte une dépêche du monde.fr :

Six Français sur dix sont favorables à ce que la politique d'ouverture à gauche de Nicolas Sarkozy se poursuive, selon un sondage CSA pour i-Télé et Le Parisien rendu public lundi. Au total, 62% des personnes interrogées sont favorables à ce que de nouvelles personnalités de gauche intègrent le gouvernement, 24% y sont opposées.

Les plus fervents partisans de l'ouverture se recrutent dans les rangs des sondés ayant voté pour François Bayrou au premier tour de la présidentielle (79%) contre 77% des électeurs UMP.

Chez les socialistes, 50% seulement des personnes ayant voté pour Ségolène Royal approuvent la politique présidentielle.

J'aime assez le "seulement"...

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A lire aussi, toujours sur lemonde.fr : Sans leadership ni programme, le PS peine à se faire entendre, par Jean-Michel Normand

08.10.2007

L'extrême droite et les complexes de la droite républicaine, par Flamant Rose

d838464fcb811da98f110a48ced601a8.jpgLe billet que j'avais écrit à la suite de l'entretien entre Kouchner et Elkabbach avait donné lieu à une discussion passionnée et nourrie. Entretenant une tradition validée par Ségolène Royal lors des dernières présidentielles, c'est malheureusement par moments sous la forme de prises à parti personnelles - plus qu'argumentaires - que le débat a évolué. Ce qui a donné à Flamant Rose, interpellé personnellement, l'envie de saisir l'occasion pour régler le sort de quelques idées reçues sur l'expansion de l'extrême droite en France lors des dernières décennies.

Bonne lecture.

damocles

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Les socialistes et les militants socialistes ne sont pas à l’aise lorsque on leur rappelle qu’ils ont contribué à ranimer l’extrême droite en France. Cela leur arrive même d’émettre des contre-vérités dans leurs attaques. Pour exemple, l’intervention de cet internaute qui dit (je le cite) : 

« Encore une fois, votre inculture historique parle. Le FN n'est pas né d'un coup. Il est héritier d'une longue tradition d'extrême droite qui va de Barrès aux poujadistes (1956, dont Le Pen était l'un des députés) en passant par l'Action Française. Donc faire croire à une apparition subite de l'extrême droite en 1981, laissez-moi rire ».

Tout d’abord, notez l’insulte « votre inculture historique parle » : en clair, vous êtes un con et vous ne savez de quoi vous parlez. L’inculte que je suis va tout de même raconter l’histoire du poujadisme et de l’extrême droite. Quand on cite des noms comme Barrès où Poujade, il faut développer, sinon c’est à la fois trop simple et réducteur. Le  procédé de l’insulte est d’ailleurs souvent utilisé quand on manque d’arguments.

Commençons par Barrès. Il fut une figure du nationalisme français, ce qui ne signifie pas « fasciste ». Il avait simplement la particularité d’être très attaché à ses racines, à sa famille et à l’armée. Il était ce que l’on appelle un traditionaliste, rien de plus. Mais étrangement, à gauche, on assimile le traditionalisme ou le nationalisme au fascisme. En 1929 il est élu sur les listes « boulangistes », mouvement politique porté par les socialistes. A la suite de cette élection il siégera avec l’extrême gauche. Par la suite il refusera de soutenir ceux qui voulaient réhabiliter Dreyfus et écrivit des propos antisémites. Barrès n’a jamais été membre de l’action française, même s’il reconnaît avoir eu de la sympathie pour ce mouvement. Il ne faut pas confondre avec Charles Maurras dont il fut un moment proche et de qui il s’éloigna  en rendant un hommage appuyé aux juifs, aux traditionalistes, aux socialistes et aux protestants, alors que Maurras les qualifiait d’être anti-français. Léon Blum lui rendit un vibrant hommage. Barrès n’était pas de droite.

Pour ce qui concerne Poujade, c’est tout à fait différent. Pierre Poujade était un papetier conseiller municipal d’un petit village du Lot « Saint-Céré ». En juillet 1953 il prit la tête de la révolte des commerçants qui en avaient assez des contrôles fiscaux. Ce mouvement était complètement apolitique, il symbolisa les prémices de la lutte des petits commerçants contre les grandes surfaces, à l’époque on disait les succursales multiples. En novembre 1953 fut créée l’UDCA (Union de défense des commerçants et des artisans) dont Poujade prit le commandement. Au fil des mois, ce mouvement corporatiste de contribuables en colère se politisa. Il est devenu nationaliste parce qu’opposé à l’Europe. Il dénonçait le parlementarisme incapable de les défendre. Poujade s’en est pris à tout le monde, fonctionnaires, philosophes, économistes, et (je le cite dans un de ses discours) « à la bande d’apatrides et de pédérastes qui gouverne le pays ». Poujade reprit alors les propos traditionnels de l’extrême droite xénophobe et antisémite. Bien entendu Mendès-France représentait cette anti-France. Ses deux principaux collaborateurs étaient Le Pen et Demarquet.

Lors de l’élection présidentielle de 1965, et au premier tour le 5 décembre 1965, l’extrême droite fut représentée par Jean-Louis Tixier Vignancour (1907-1989), qui fit 5,2% des voix. Son directeur de campagne était Jean-Marie le Pen. Puis en 1974 c’est Le Pen  lui-même qui se présenta, son score fut de 0,75%. 

En 1969 Ordre Nouveau vit le jour. Son créateur, Jean-François Galvaire, rejoindra des années plus tard le MNR de Bruno Mégret. Ce mouvement d’extrême droite donna dès son deuxième congrès en 1972 naissance au Front National pour l’Unité Française (FNUF) en vue de préparer les élections législatives l’année suivante en 1973. L’extrême droite ne fit une nouvelle fois que 0,5% des voix.  Cette extrême droite était inexistante à tel point que personne ne fut candidat en 1974. Aux élections législatives de 1978, donc sous le septennat de VGE, son score a été de 0,8, puis 0,3 en 1981.Cette idéologie avait quasiment disparu de l’échiquier politique.

C’est sous le premier septennat de François Mitterrand que l’on entendit parler à nouveau de l’extrême droite en France. Après l’élection de François Mitterrand en 1981, la gauche subit un échec électoral sévère lors des municipales de 1983. Cette année-là les socialistes et leurs experts électoraux firent les comptes. Jamais depuis 1968 l’écart entre gauche et droite n’avait été aussi important, et ce au détriment de la gauche. Les élections législatives s’annonçaient désastreuses. Mais Le FN avait montré le bout du nez lors d’une élection municipale à Dreux.  

Mitterrand avait une botte secrète : dans ses 110 propositions, la 47ème était la proportionnelle. Les socialistes firent donc cette réforme dans les derniers mois précédant les législatives en toute moralité. Claude Estier, expert du PS, fit les comptes. Avec leur 32% de voix, au scrutin majoritaire les socialistes auraient eu entre 125 et 130 députés ; avec le scrutin proportionnel à un tour il en eurent 212. Par ailleurs cela permit au Front National d’obtenir 35 élus. De quoi former un groupe parlementaire. La droite républicaine n’eut la majorité que de 4 voix. A quelques voix près, c’est le FN et ses 35 députés qui aurait eu pouvoir de décision. Comme sous la IVème république la proportionnelle intégrale montrait ses limites. Le PS n’en eu cure, il venait de jouer un bon tour à ses opposants : les socialistes étaient hilares malgré la défaite et la droite républicaine déprimait malgré la victoire. 

Cette flèche décochée par le PS aurait pu être mortelle pour les républicains de droite, elle les a anesthésiés pendant 20 ans. La gauche faisait le jeu du FN par de subtils stratagèmes, sachant que les républicains ne feraient jamais alliance avec lui. Il n’empêche que le PS dénonçait de virtuelles alliances qui n’existaient que dans sa logique de nuisance, ce qui obligea un jour un élu RPR, à savoir Michel Noir, à dire qu’il préférait perdre une élection plutôt que de perdre son âme. La droite républicaine était pris dans le piège diabolique dressé par Mitterrand dont le passé pourtant est loin d’être exemplaire dans les relations avec l’extrême droite. On ne pouvait même plus aborder certains thèmes sans se faire traiter de « fasciste ».

Durant ces 20 ans la droite fut gênée par des triangulaires avec le FN. C’est de cette période qu’est née l’expression de « droite complexée ». L’exemple type est le résultat des élections législatives où les triangulaires ont fait perdre selon les experts entre 30 et 40 sièges à la majorité sortante, et c’est ainsi que Lionel Jospin devint premier ministre. Les dernières  élections régionales avec un FN à un niveau encore très élevé ont anéanti les républicains de droite.

C’est Nicolas Sarkozy qui, sans faire la moindre concession au FN, mais en osant parler vrai - y compris des problèmes d’immigration et de sécurité - a brisé ce tabou. D’où la nouvelle expression de « droite décomplexée ». Les socialistes, fidèles à leur méthode, ont essayé de le faire passer pour un fasciste : que n’a t-on pas lu sur divers blogs, combien de liens nous menaient sur des sites du IIIème Reich ou sur Hitler? Mais cette fois-ci, au grand désarroi du PS, Sarkozy par son parler-vrai s’est sorti du piège. 

Un nouveau danger se profile : celui de la sémantique. Un seul exemple : si vous êtes pour la préférence communautaire, « attention danger » car vous risquez de passer pour un dangereux fasciste, par contre si vous êtes protectionniste, vous devriez avoir les faveurs de vos interlocuteurs de gauche ou du centre. Question de vocabulaire. Nicolas Sarkozy devra faire attention aux mots, les fusils verbaux sont prêts à cracher leur feu d’ignominies.

Flamant Rose

05.10.2007

L'UMP sans opposant, par Paul-Henri du Limbert

Lu sur lefigaro.fr

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Il y a dans la vie des partis politiques des moments pénibles. La défaite, les remises en cause, les guerres internes, avec leur grand brouhaha et leurs petites trahisons. Mais il y a pire. C'est ce moment où l'opinion non seulement se détourne, mais s'indiffère. Au PS, on en est là. Ses responsables s'en prennent à Nicolas Sarkozy, les Français ne les entendent pas. Ils promettent un vaste chantier de « refondation », on s'en moque. L'actualité récente confirme qu'il n'y a plus ces temps-ci en France une droite qui gouverne et une gauche qui s'oppose, mais une majorité qui accomplit ces deux tâches à la fois. Faut-il de la rigueur ? Faut-il aller vers un régime présidentiel ? Faut-il user de la biométrie en matière d'immigration ? Faut-il dialoguer avec la Turquie ? Faut-il réformer la carte judiciaire ? Sur tous ces sujets, les socialistes ont bien sûr un avis, mais sur tous ces sujets, la droite en a plusieurs. Et on n'entend qu'elle.

C'est l'une des conséquences de la « rupture » voulue par Nicolas Sarkozy. En ouvrant tous les chantiers laissés en jachère depuis si longtemps, il finit de désarçonner un adversaire encore sonné par sa défaite du 6 mai, et fait bouger les lignes dans son propre camp. Et pour mieux montrer qu'on a changé d'époque, il puise dans le vivier socialiste un Bernard Kouchner, un Éric Besson ou un Jean-Marie Bockel, qui viennent rappeler au PS que, lorsque le monde bouge, ce n'est pas déchoir que de changer soi-même.

Dès lors, que peut faire le Parti socialiste ? Consumer ses jours à regretter le monde ancien ? Électoralement suicidaire. Rénover la maison de fond en comble, être enfin « moderne » ? Politiquement périlleux, car cette entreprise le mènerait immanquablement vers des terres solidement occupées désormais par Nicolas Sarkozy. Sur la mondialisation, sur le marché, sur l'immigration, sur la délinquance, les dirigeants socialistes savent depuis longtemps qu'ils auront un jour un rude rendez-vous avec la réalité. Lionel Jospin l'avait perçu en 1997 lorsqu'il avait annoncé l'avènement du « réalisme de gauche », malencontreusement suivi des surréalistes 35 heures.

Dix années ont passé, marquées surtout par le grand chantier de rénovation de la droite, lancé par Nicolas Sarkozy. Les socialistes, eux, n'ont pas bougé, ou si peu. Avec ses maladresses, Ségolène Royal a tenté une amorce de rénovation que le même Jospin vient de résumer d'un mot dans un livre récent : « l'impasse ». Lassé des procès en « blairisme » - la « dérive droitière » de jadis -, Dominique Strauss-Kahn a préféré mettre 5 000 km d'océan entre la Rue de Solferino et lui. Reste François Hollande, premier secrétaire depuis onze ans, qui s'est récemment rendu compte que le PS ferait bien de « parler un langage compris des Français ». Juste ambition. Spontanément, on se dit que la chose prendra du temps. En attendant, la vie politique risque fort de se limiter à un dialogue, tantôt harmonieux, tantôt tempétueux, entre l'UMP et l'UMP.

21.09.2007

LE PS A L'INSULTE MYTHIQUE

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Alors que j'étais consciencieusement plongé dans mon après-midi laborieuse, mon regard fut attiré par cette dépêche du Monde

Le Parti socialiste estime que le président Nicolas Sarkozy est victime d'un complexe lié à sa taille.

Benoit Hamon, porte-parole du PS, a commenté la déclaration du chef de l'Etat où il estimait avoir préparé la plus grande réforme sociale en France depuis la Libération.

"En psychanalyse, c'est ce qu'on appelle le syndrome du petit homme qui considère que tout ce qu'il fait est plus grand que tout ce qui est jamais arrivé", a-t-il dit à la presse.

Nous avions eu droit en 2002 à la description par Lionel Jospin d'un Chirac "vieilli, fatigué, usé", dont le principal résultat fut de l'évincer définitivement de la course à la présidentielle, en y qualifiant Jean-Marie Le Pen. Nous avons essuyé en 2007 des remarques incessantes portant à la fois sur le psychisme prétendu défaillant de Sarkozy, sur les intimidations - toujours improuvées - dont il se serait rendu capable, sur le chaos qu'annoncerait sa victoire. Quels effets ont eu ces attaques, plus odieuses les unes que les autres? Seulement de conforter Nicolas Sarkozy, et de discréditer ses adversaires. Qui aujourd'hui récidivent, par la bouche de Benoît Hamon.

Car c'est plus fort qu'eux, cette haine de Sarkozy qui les habite, cette impuissance enfouie au fond d'eux qu'ils ressentent toujours plus palpable après chaque victoire, électorale ou médiatique, de Nicolas Sarkozy. Alors ils dérapent. La violence étant l'arme des impuissants, selon l'adage bien connu, ils tentent désespérement de sublimer leur impossible répartie sous l'apparat flasque de l'insulte facile.

Le "syndrôme du petit homme" est plus connu sous l'appellation de "complexe de Napoléon". C'est une théorie développée en son temps par Alfred Adler qui voudrait que les hommes de (plus) petite taille nourrissent un complexe d'infériorité les conduisant à une agressivité plus grande dans leurs comportements au quotidien.

Malheureusement pour Benoît Hamon, il a été prouvé, expérience à l'appui, que ce complexe était en fait un mythe, tout autant que la bêtise des blondes, l'existence de l'Atlantide, ou la verdeur des martiens. Il s'agit donc d'une discrimination gratuite basée sur le physique, au même titre que la couleur de la peau, l'âge, le sexe, ou l'ethnie. Les années passent, les éléphants succombent, et pourtant rien ne change au PS : si l'insulte y reste facile - y compris au sein même du parti - la crédibilité des arguments demeure aussi évanescente qu'une molécule de H2O en plein Sahara à la mi-journée. Welcome in Socialist land.

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Cet article a été publié sur AgoraVox.

18.09.2007

JEANNE, PARDONNE LEUR...

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En cette soirée de septembre, j'ai eu comme un flashback de campagne présidentielle. Ségolène Royal était sur mon écran de télévision, et elle expliquait, toutes dents au vent, qu'on ne l'aimait pas parce qu'elle était une femme, et que les garçons y faisaient rien qu'à l'embêter parce qu'ils étaient méchants (ça vient des chromososmes XY, c'est leur combinaison qui fait ça) :

"J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. [...] Au fond, ce qui me vient à l'esprit c'est cette parole de la Bible : "pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font". Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent."

Chose incroyable, Nicolas Sarkozy n'y était pour rien dans cette affaire. Emboîtant le pas à son fidèle lieutenant Allègre, c'est Jospin qui venait de jeter un menhir dans la mare. Mais je ne vous refais pas le film, Koz l'a déjà projeté sur son blog avec son talent habituel.

Moi, ce dont j'ai envie, c'est d'une petite explication de texte. Parce que là quand même, elle y a été particulièrement fort.

Prenons tout d'abord cette partie de phrase : si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. Je passe sur la symbolique de Jeanne d'Arc, dernier recours d'une France envahie, qui n'est pas sans rappeler un certaine réponse à la question "c'est vous où le chaos, Ségolène Royal ?", un beau matin de mai, dont la réponse n'était pas restée longtemps ambiguë : "il y a quand même quelque chose de vrai dans cette vision des choses", s'était alors spontanément écrié Ségolène, juste avant d'appeler au soulèvement des banlieues en cas de défaite socialiste.

Mais laissons cet aspect des choses pour revenir à la syntaxe et à la sémantique royalistes : si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. Il s'agit là d'un prototype elliptique assez singulier. Que veut dire Royal? Oui, Jeanne d'Arc ayant été brûlée, toute personne prenant miraculeusement son identité, et épousant par là sa destinée - par un saut temporel et schyzophrénique assez mémorable - subirait logiquement son sort. Perso, si j'étais De Gaulle j'aurais été Général, et si j'étais Zidane j'aurais été footballeur. Là dessus on est d'accord - sauf qu'au niveau de la concordance des temps, c'est pas excellent. Bon. Le souci, c'est que cela reste un peu... obscur, comme Lapalissade.

J'imagine qu'elle voulait exprimer autre chose. Son dessein était peut être d'expliquer que si elle avait vécu au temps de Jeanne d'Arc, à l'époque où l'on brûlait les sorcières, elle aurait été certainement désignée comme telle au vu de tous les crimes qu'on lui impute, et elle aurait alors terminé au bûcher. C'est une forme de dramatisation comme une autre, en rhétorique on appelle cela l'hyperbole. C'est ce qui est à l'origine de tous les points (Godwin et autres) : dépassé par une argumentation, l'un des interlocuteurs caricature à l'extrême la position de son contradicteur. Ce qui annonce l'agonie systématique du débat. Et qui permet, au passage, d'en éluder le fond.

Dans le cas de Royal, cela annonce autre chose : l'allusion à la figure du martyre de Jeanne lui permet de ressortir ses atours de Madone Immaculée. Souvenez-vous de son "Aimez-vous les uns les autres" de Charlety, où déjà elle s'appropriait les paroles du Christ pour les dispenser en son propre nom.

Mais ici, les mots sont (encore) plus lourds de sens : ce qui me vient à l'esprit c'est cette parole de la Bible : "pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font". Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent. Ces mots, certains s'en souviennent, sont ceux du Christ s'adressant à son Père (Evangile de Luc, 23.34). Il est alors en train de mourir sur la croix, et demande à Dieu de ne pas punir ceux qui l'ont condamné. Remarquez au passage que si le Christ demande à Dieu de pardonner le crime de ses meutriers, Royal reste sa propre référence divine, puisque c'est elle qui exauce sa propre supplique : elle se veut "pardonner [elle-même] à tous ceux qui [l'] agressent".

C'est donc en toute modestie qu'après s'être comparée à Jeanne d'Arc brûlée vive par l'anglois Jospin, Ségolène Royal s'approprie les mots du Christ en croix, comme une ultime prière s'adressant... à elle-même. En deux phrases, Ségolène Royal vient donc de jouer successivement les rôles d'une sainte martyre, de Jésus Christ, et de Dieu le Père. Admirez la capacité de composition. Si avec tout cela Robert Hossein n'en fait pas un spectacle... c'est vraiment qu'en France il n'y a plus aucun respect du sacré. Pfffff.

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Cet article a été publié sur AgoraVox.

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Sur le même sujet, le dernier billet de Rose Noire.

17.09.2007

Jospin flingue Royal, par Paul Quinio

Lu sur liberation.fr

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Dans un livre que « Libération » s’est procuré avant sa parution, l’ex-Premier ministre charge la candidate socialiste défaite à la présidentielle. 

« N’allons pas plus loinS’il fallait choisir une phrase pour résumer le livre l’Impasse, que Lionel Jospin s’apprête à publier le 24 septembre chez Flammarion (1) et que Libération s’est procuré, ce serait celle-là. Elle surgit après 88 pages d’une charge ininterrompue, sonne comme une ultime piqûre venimeuse de rappel contre « une personnalité [qui] n’a pas les qualités humaines ni les capacités politiques » nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche et « espérer gagner la prochaine présidentielle ». C’est évidemment de ­Ségolène Royal dont parle l’ex-Premier ministre, dont l’obsession manifeste au fil des lignes est de démonter ce qu’il considère être « un mythe », de dénoncer une candidature-créature des sondages et des médias, une erreur de casting, « une candidate qui était la moins capable de gagner », et, surtout, « une illusion » qui ne doit pas se prolonger.

Car l’objectif de l’Impasse est bien d’essayer de convaincre le PS et ses militants de ne pas récidiver en confiant à l’ex-candidate à la présidentielle les clés de la rue de Solferino lors du prochain congrès du PS, encore moins de lui fournir un deuxième visa de candidate à l’Elysée. Car, selon Jospin, malgré son aplomb et son courage, Royal, « une figure seconde de la vie publique », n’est « pas taillée pour le rôle ». « Avoir commis une erreur [en la désignant] ne justifie pas qu’on la réitère », avertit l’ex-candidat, pour qui les raisons profondes de l’échec - c’est le titre d’un chapitre - tiennent à la personnalité de son ancienne ministre, à son style de campagne, à ses choix politiques.

Cible. Lionel Jospin n’est pas le premier socialiste à attaquer en librairie Ségolène Royal. La rentrée politique chez les socialistes a même été une sorte de compétition pour figurer en tête de gondole des meilleurs pamphlets antiroyalistes. Mais Jospin n’est ni une caricature à la Claude Allègre (la Défaite en chantant, chez Plon), ni un graphomane post­défaite à la Marie-Noëlle Lienemann (Au revoir Royal, chez Perrin), pour ne citer que deux ouvrages déjà parus et prenant pour cible l’ex-candidate.

Lionel Jospin a été un premier secrétaire important du PS, un Premier ministre performant pendant cinq ans et deux fois candidat à l’Elysée. Flirtant avec un succès surprise en 1995. Sombrant sept ans plus tard, un certain 21 avril. Autant dire qu’il reste une fi­gure historique du socialisme à la française, avec ses succès, son échec, dont l’avis continue de peser très lourd. « J’ai quelques titres [à m’exprimer] sans détour », écrit-il dans son introduction, en rappelant au ­passage son CV de seul leader socialiste avec François Mitterrand à avoir conduit la gauche à la victoire depuis cinquante ans. Assurant, toujours en introduction, écrire « en homme libre », pas animé par l’ambition, mais juste inquiet pour l’avenir de son parti, Jospin, comme souvent, se drape derrière «le devoir» pour justifier sa décision « de dire franchement » tout le mal qu’il pense de Royal. L’ancien Premier ministre assume d’autant plus la violence de sa charge qu’il estime avoir voulu, en n’écartant que tardivement l’idée de sa propre candidature, tirer la sonnette d’alarme et manifester sa « crainte ». En vain.

Critique. Mais au fait, que lui reproche-t-il au juste ? Passons d’abord sur les précautions d’écriture dont use Jospin pour se défendre de toute misogynie. Il aurait pu s’en passer. D’autant qu’elles fournissent l’occasion de s’interroger sur l’utilisation, façon lapsus, d’un savoureux imparfait : Ségolène Royal, à ses yeux, n’était pas en mesure de l’emporter, « non pas parce qu’elle était une femme, mais parce que j’avais pu me faire une idée assez exacte de ses qualités, notoires, et de ses insuffisances, réelles ». Femme, Ségolène l’est toujours, Lionel. Et toujours vivante… 

Retenons plutôt la critique sur la mise à distance par Ségolène Royal du PS. C’est, pour Jospin, « une lourde erreur, pour un leader, que de laisser décrier sa propre formation politique », tant les partis, avec leurs défauts, sont indispensables à la vie démocratique. Jospin argumente son propos en dénonçant le statut de victime des éléphants sur lequel a surfé la candidate. Il en veut à Royal d’avoir alimenté un discours antiélus et antiélites, « leitmotiv [qui] appartient d’habitude à l’extrême droite ou aux mouvements populistes ». Il brocarde les jurys citoyens chers à Ségolène Royal, fait la différence entre sa version « démagogique » de la démocratie participative et la pratique des conseils de quartiers de son ami Bertrand Delanoë à Paris. Il reproche à l’ex-candidate ses inspirations sur la carte scolaire ou la sécurité, peu en phaseavec les valeurs classiques de la gauche, et qui relevaient plus à ses yeux de « l’art de communiquer que de celui de gouverner ».

Une fois désignée, Ségolène Royal aurait commis l’erreur, « enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion », de refuser la confrontation « sur le fond » avec son adversaire principal, Nicolas Sarkozy. Sur l’identité nationale, ses captations d’héritage (Blum, Jaurès…) ou son discours sur la valeur travail. L’aurait-elle voulu qu’elle n’aurait pas pu, tant, pour Lionel Jospin, l’ex-présidente de la région Poitou-Charentes a démontré depuis son entrée dans la vie politique peu d’appétit et de « talent » pour le débat d’idées et la controverse.

L’auteur ressert là encore la comparaison, défavorable, avec François Mitterrand. L’une se serait abîmée dans la médiatisation. L’autre « aimait d’abord, vivement, la politique et ses enjeux ». Et, à la veille de l’échéance, estime Jospin, bien malin qui aurait pu connaître le point de vue de la candidate socialiste sur les grands problèmes du pays, moins encore sur ceux du monde. Parmi les exemples surlignés des « improvisations » royalistes : le voyage en Chine et « les propos de touriste » de la candidate sur la justice chinoise.

Au final, c’est à l’absence de crédibilité de la candidate sur le fond que s’en prend l’auteur, à sa volonté d’aller sur le terrain idéologique de l’adversaire, à sa manière de mettre en scène, seule au monde, sa soi-disant relation particulière avec les Français.

Mais l’Impasse ne serait pas un livre 100 % jospino-jospiniste sans un dernier reproche : Royal ne s’est pour l’auteur pas suffisamment appuyée sur les succès des années… Jospin. Pour lui, il aurait été pertinent de vanter les mérites de la période 1997-2002 et « de la prendre comme un socle, pour aller plus loin », pour soutenir la comparaison avec les gou­vernements Raffarin et Villepin, dont Sarkozy était un ­ministre emblématique. « Ségolène Royal n’a pas fait ce choix. Par hostilité à mon égard ? Je ne saurais le démêler », s’interroge Jospin. Royal, elle, pourra démêler l’hostilité de l’auteur sans difficulté.

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(1) L’Impasse de Lionel Jospin, Flammarion (coll. Café Voltaire), 142 pages, 12 euros.

01.09.2007

LE PS ET LE "GRAND SOIR"

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Il y a quelques jours, je m'interrogeais sur le retentissement que pourrait avoir à moyen terme la décision d'Olivier Besancenot de fonder un grand parti unifié à la gauche de la gauche : ma question était de savoir quel espace politique resterait alors à un PS prisonnier de ses vieux démons, peinant à se moderniser, et désormais incapable de s'étendre, que ce soit vers le centre du fait du MoDem, ou vers sa gauche du fait des toutes récentes velléités fédératrices de Besancenot.

Or il semblerait que François Hollande ait finalement lui aussi senti, avec 12 ans de retard toutefois, la nécessité de clarifier la position idéologique du PS. Ceci eut lieu ce vendredi 31 août 2007 à l'université d'été du PS à La Rochelle :

"On va pas raconter des histoires, on ne va pas raconter qu'à l'horizon des cinq ans ou des dix ans [...] on va en terminer avec le capitalisme. [...] C'est fini le grand soir [...] Nous, on est là pour la réforme, la réforme exigeante, la transformation de la vie quotidienne. Cela prend du temps : nous, on est là sur un long chemin, on vient de loin et on ira loin ensemble."

Auparavant, lors d'un atelier nommé à juste titre "le socialisme et le marché", Henri Emmanuelli, glorieux noniste en 2005, avait lui aussi ironisé, l'auréole capitaliste fraîchement astiquée au-dessus de la tête, sur le fait que le PS puisse remettre en cause l'économie de marché :

"Pour celles et ceux qui ne s'en seraient pas encore aperçus, il y a longtemps que nous avons accepté l'économie de marché et, dans l'ensemble, nous l'avons plutôt bien gérée. [...] Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, à un parti dont est issu le directeur général de l'OMC (Pascal Lamy) et demain peut-être celui du FMI (Dominique Strauss-Kahn) d'accepter "enfin" l'économie de marché?"

Certes, cet éclaicissement outré vient quelques 18 ans après la chute du mur de Berlin, ce qui suffirait à en assurer le ridicule absolu, ainsi que le pressent confusément Henri Emmanuelli. Mais ne nous méprenons pas : il s'agit malgré tout d'un moment historique dans l'histoire du PS, et donc dans celle du paysage politique français.

En effet, accepter l'économie de marché comme étant une norme, cela revient à légitimer le fonctionnement capitaliste de la société, et donc le moteur naturel qu'en est la production de richesses. Or il n'y a pas si longtemps, quelques mois à peine, un certain François Hollande s'exclamait face à Michèle Alliot-Marie, sur un plateau de télévision : "Je n'aime pas les riches, j'en conviens". Comment donc concilier la haine des richesses et l'adoption définitive d'une économie de marché? Comment reconnaître à un fleuve le sens de son courant tout en refusant de le prendre en compte lorsqu'on est amené à y voguer dessus?

Mais c'est certainement au niveau électoral que ce "grand soir capitaliste" va poser le plus de problème. L' "involution" du PS, telle que la nommait Bernard Kouchner, est toujours fortement ancrée au sein d'un pan conséquent de la société française, fière de son socialisme anti-riche basé sur l'étonnant paradoxe qu'il faudrait enrichir les pauvres au nom d'un rejet de la richesse. Il n'y avait qu'à lire ce vendredi 31 août l'édito de Dominique Dhombres dans le Monde, à propos de la venue de Sarkozy à l'université d'été du MEDEF :

"Le président de la République procédait à une sorte d'exorcisme public destiné à montrer à la nation qu'il n'y avait pas meilleurs gens que tous ces patrons. N'ayez pas peur, leur disait-il. C'est excellent de gagner de l'argent. C'est mieux encore de faire fortune. Sortez vos Rolex, vous les avez bien méritées ! Que ceux qui ont un yacht lèvent le doigt !"

C'est ainsi que l'on apprend qu'en France, les chefs d'entreprises sont de purs salauds sortis la veille d'un roman de Zola ou de Hugo. Thénardier du XXIème siècle, le patron français passe son temps dans son yacht à astiquer sa Rolex entre deux coups de fil au nouveau Président, une secrétaire sur chaque genoux, pendant que les enfants de ses ouvriers, déguenillés, cirent ses chaussures en cuir de crocodile sur le pont, plus loin, en échange de la promesse évasive d'un quignon de pain rassis. Quelle misère.

Mais tout a basculé. Il est temps de se séparer de l'attirail communiste, maintenant qu'il ne fait plus recette - pensez donc ! 1,93% aux dernières présidentielles ! Il faudra de fait apprendre dans la douleur à Dominique Dhombres et à ses supporters que c'est fini, les contribuables les plus généreux, ceux qui supportent par leurs impôts le système social français, ne sont plus des citoyens hérétiques. Le fiel bavé durant des décennies, il faudra le ravaler, goutte par goutte, sous peine de manquer à la nouvelle cohérence d'un PS le dos au mur.

Certains s'y colleront. D'autres auront plus de mal. La souplesse des adducteurs, remarquable chez Hollande quand il s'agit de faire le grand écart idéologique, est nettement moins prononcée chez d'autres : ce n'est pas parce qu'on est à gauche que l'on n'a pas de conviction. Ceux qui relèvent de cette dernière catégorie pourraient soudainement trouver beaucoup plus d'attrait à Besancenot que ce qu'il n'en avait jusqu'à présent.

Le PS marche sur un fil, lui qui n'est pas parvenu à se maintenir sur une autoroute lors de la dernière campagne présidentielle. Qui sera le balancier salvateur?

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Rajout de 11:30 : Sur le même sujet, lire aussi Koztoujours.

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Rajout du 03/09/07 : Lu à l'instant l'édito d' André Grjebine dans Le Figaro, "La gauche peut-elle enfin sortir de la langue de bois ?", dont voici la conclusion :

"La définition d'un véritable projet réformiste a toujours buté en France sur le mélange de cynisme et de mauvaise conscience qui déterminait le comportement des socialistes à l'égard de l'extrême gauche. Cynisme, quand il s'agissait d'élaborer un programme ayant pour principal objectif de séduire les communistes, considérés comme un allié nécessaire pour accéder au pouvoir. Mais également mauvaise conscience par rapport à une extrême gauche perçue comme plus révolutionnaire, plus à gauche - et donc meilleure -, alors qu'en prônant l'impossible celle-ci a toujours empêché les réformes mises en oeuvre dans les pays sociaux-démocrates.

Il est vraisemblable qu'une telle mutation entraînera une recomposition de l'échiquier politique français.

Elle modifiera des frontières qui ne tiennent plus qu'à des habitudes et fera découvrir que certaines alliances sont contre nature et que bon nombre de personnes se sont trompées de camp.

Il n'est pas exclu que cette clarification provoque une cassure d'un PS qui réunit aujourd'hui des réformistes conséquents et d'autres qui ne parviennent pas à sortir d'un manichéisme hérité de leur passé marxiste. Il est probable que le sauvetage d'une gauche moribonde est à ce prix."

30.08.2007

ALLEGRE : "HOLLANDE EST UN MAGOUILLEUR"

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Je reproduisais il y a peu ici même un article de Samuel Laurent, du Figaro, intitulé "Allègre et le PS, histoire d'un divorce". Ce matin, c'est sur l'entretien que Claude Allègre a accordé à Jean-Michel Aphatie que je désirerais revenir. Nous savions tous qu'Allègre n'est jamais tendre dans ses analyses, mais ce matin, dans ma salle de bain, j'ai failli en avaler mon dentifrice. Je crois que JMA lui-même a été étonné de voir son invité saisir aussi vite et fort les perches critiques qu'il lui tendait, en journaliste politique expérimenté. Voici le sentiment qu'il en a retiré, du moins tel qu'il le confie sur son blog :

"Son livre est une entreprise de démolition du parti socialiste et de ses principaux dirigeants. François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius, Lionel Jospin, y sont sévèrement traités, coupables, selon Claude Allègre, d'avoir trop peu réfléchi aux problèmes de la société française et de s'être préoccupés surtout de cuisine ou de tactique. L'ancien ministre a concentré sa critique dans un mot, ce matin, au micro de RTL, dirigé contre François Hollande: "magouilleur". Rarement, une pensée est aussi violemment exprimée.

Ce jugement, que chacun est libre de partager ou pas, trouve son prolongement dans l'expertise du message que porte depuis des années le parti socialiste. Cet aspect du livre de Claude Allègre mérite que l'on s'y attarde. Avec le RMI, un mauvais contrôle des allocations chômage, les RTT, "nous avons créé une société d'assistés", dit-il. Ce type de propos est exceptionnel chez un socialiste. Il est la pire auto critique que l'un des membres de ce parti puisse exprimer. Il dit l'erreur d'appréhension, de compréhension, des évolutions d'une société moderne."

Déjà dans l'entretien accordé à Libération le jour même perçait un ton nettement incisif :

"C’est finalement avec François Hollande que vous êtes le plus sévère… 

Il est le responsable principal de toute cette pagaille. Il a joué au plus fin avec tout le monde, et il a perdu. Il est allé chercher Jospin, il a encouragé sa compagne… Il pensait que plus le marigot était rempli de crocodiles, plus il avait de chances. Il a foutu un bordel noir.

Peut-il aujourd’hui poser les bases de la fameuse rénovation du parti ? 

Faute de trouver quelqu’un pour le remplacer, il peut être le dénominateur commun. On a connu ça avec Guy Mollet : à chaque fois, il y a eu des rénovateurs pour le contester. Et, à chaque fois, il s’en est sorti… Hollande a menti à tout le monde, et plus personne ne lui fait confiance. Mais il a encore la moitié des secrétaires fédéraux avec lui, et une base militante. Il demeure très fort dans le parti. Il pourrait devenir le mouton enragé du film.

Pourquoi êtes-vous si dur avec les «jeunes lions», que vous qualifiez de «jeunes chacals» ou «hyènes» ? 

Ils n’ont pas la moindre idée. Valls propose de remplacer le mot «socialisme» par «gauche», Montebourg, comme d’habitude, veut changer la Constitution… Il n’y a rien. C’est le vide. La rénovation du PS, ce n’est pas eux. Plutôt des jeunes comme Razzye Hammadi, Bruno Julliard… Ou Benoît Hamon. Même s’il est un peu vieux…

[...] Quelle est votre opinion sur l’ouverture ? 

Le parti a traité Kouchner ou Jouyet [secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ndlr] de telle manière qu’il n’a rien à ­dire : jamais utilisés, jamais consultés… Ségolène s’est conduite d’une manière innommable. Et puis, l’ouverture, tous les présidents l’ont tentée : De Gaulle, Mitterrand, Chirac… Sarkozy a fait comme eux.

Et Rocard, qui intègre une commission sur l’éducation ? 

Il est anormal qu’on trouve ça anormal. Dans toutes les démocraties, dans les commissions de réforme, on met des gens de la majorité et de l’opposition.

Vous qui aviez rencontré Sarkozy, céderiez-vous à l’ouverture ? 

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais l’avenir n’est écrit nulle part.

Le PS survivra-t-il ? 

Le parti s’en sortira. Mais pas de sitôt. La situation de la gauche est comparable à celle du parti conservateur quand Tony Blair a gagné. La rénovation prendra dix ou quinze ans."

Or c'est à propos du PS justement que Claude Allègre a précisé son diagnostic ce matin chez Aphatie. Extraits :

"Page 15, vous écrivez ceci : "La caractéristique des Socialistes, c'est qu'ils ne travaillent pas énormément. Beaucoup sont d'authentiques paresseux". Alors, paresseux, en Politique, ça veut dire quoi pour vous, Claude Allègre ?

Ils ne