06.12.2007

JE FORME UN RÊVE

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Il y a quelques jours, le monde découvrait, entre soulagement et angoisse, le visage émacié d'Ingrid Bétancourt, prisonnière éternelle de la jungle colombienne.

Dans le même temps un journal colombien publiait des extraits d'une lettre qu'Ingrid avait écrit à l'intention de sa mère. La vidéo et la lettre étaient censés représenter les preuves de sa vie que Hugo Chavez s'était engagé à apporter en mains propres à Nicolas Sarkozy. Cette lettre est un concentré de courage et d'humanité blessée. Et je ne peux que rejoindre Eponymus lorsqu'il écrit, dans un billet remarquable : "Il est presque impossible de la lire sans sentir les larmes vous monter aux yeux." A vous de juger. Pour ma part, j'ai souligné les passages politiques... mais ce sont ses allusions à ses enfants qui me bouleversent.

« Ce moment est très dur pour moi. Ils demandent des preuves de survie à brûle-pourpoint et me voici en train de t'écrire, mon âme étendue sur ce papier. Je n'ai pas mangé à nouveau, l'appétit m'est bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités.

Je n'ai envie de rien. Je crois que seul cela est bien, je n'ai envie de rien, car ici dans cette forêt l'unique réponse à tout est « non ». C'est donc mieux de ne rien vouloir pour être libre au moins de désirs. Il y a 3 ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir la curiosité intellectuelle vivante. Je continue à attendre qu'au moins par compassion ils m'en fournissent un, mais mieux vaut ne pas y penser. Désormais, tout est miracle, y compris t'entendre le matin, car ma radio est vieille et endommagée.

Je veux te demander, jolie petite maman, de dire aux enfants que je veux qu'ils m'envoient trois messages par semaine (…) Je n'ai besoin de rien de plus, mais j'ai besoin d'être en contact avec eux. C'est la seule information vitale, transcendantale, indispensable, le reste ne m'importe déjà plus (…).

Comme je te le disais, la vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux pieux, couvert d'un moustiquaire, avec au-dessus une tente comme toit, ce qui me permet de penser que j'ai une maison.

J'ai une étagère où je mets mon équipement, c'est-à-dire le sac avec les vêtements et la Bible qui est mon seul luxe. Tout est prêt pour sortir en courant (…) A n'importe quel moment ils donnent l'ordre d'empaqueter et on dort dans n'importe quelle cavité, étendue où que ce soit, comme un quelconque animal (…). Les marches sont un calvaire, car je n'en peux plus avec mon équipement très lourd (…). Tout est stressant, mes affaires se perdent où ils me les enlèvent, comme le blue-jean, avec lequel ils m'ont capturée, que Mela m'avait offert à Noël. Je n'ai pu sauver que la veste, une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n'ai rien eu d'autre pour me couvrir (…).

J'ai en mémoire l'âge de chacun des enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le Happy Birthday. Je sollicite qu'ils me permettent de faire une tarte. Mais depuis trois ans, chaque fois que je demande, la réponse est non. C'est égal, s'ils apportent une galette ou une soupe quelconque au riz et aux haricots, ce qui est habituel, je me figure que c'est une tarte et je célèbre leur anniversaire dans mon coeur.

A ma Melelinga, mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j'adore tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd'hui, je m'en irais satisfaite de la vie, remerciant Dieu pour mes enfants (…).

A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon musicien en chef qui me chante et m'enchante, au propriétaire de mon coeur, je veux lui dire que depuis le jour où il est né jusqu'aujourd'hui il a été ma source de joies (…).

Petite maman, il y a tant de personnes que je veux remercier de se rappeler de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissent le bal, nous ne sommes pas, les séquestrés, un sujet « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu'il faut être fort face à la guérilla même sans sacrifier quelques vies humaines. Devant cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n'est pas le fruit de la richesse en terres, en matières premières, etc., mais le fruit de la grandeur d'âme des leaders qui ont modelé la nation. Quand Lincoln défendit le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs de l'Amérique, il affronta aussi de nombreux Floridas et Praderas (1). De multiples intérêts économiques et politiques étaient considérés comme supérieurs à la vie et à la liberté d'une poignée de noirs. Mais Lincoln gagna et dans le collectif de cette nation la priorité de la vie humaine resta imprimée par-dessus tout autre intérêt.

En Colombie nous devons encore penser d'où nous venons, qui nous sommes et où nous voulons aller. J'aspire à ce qu'un jour nous ayions cette soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant vers le soleil. Quand nous serons des inconditionnels de la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c'est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants, alors ce jour-là nous serons la grande nation que nous voudrions tous être (…).

A Piedad et à Chavez tout, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, dont je sais qu'il est grand et courageux (2)

Mon coeur aussi appartient à la France (…) Quand la nuit était la plus obscure, la France fut le phare. Lorsqu'il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s'est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du tort à la Colombie, la France leur donna appui et réconfort.

Je ne pourrais pas croire qu'il soit possible d'être un jour libre si je ne connaissais pas l'histoire de la France et de son peuple. J'ai demandé à Dieu de me couvrir de la même force que celle avec laquelle la France a pu supporter l'adversité pour me sentir plus digne d'être comptée parmi ses fils. J'aime la France avec l'âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, cherchant à se guider selon des principes et non des intérêts. J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme Camus, entend que vivre c'est s'engager (…). Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore en vie sans l'engagement qu'on nous a offert, en faveur de tous ceux qui vivons ici comme des morts (…) ».

Une telle lettre ne pouvait rester sans réponse. C'est ce qu'a compris Nicolas Sarkozy, comme le prouve sa double initiative, qui consiste à répondre personnellement à Ingid Bétancourt, mais aussi à apostropher directement Manuel Marulanda, chef des FARC.

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Son message aux otages des FARC et à Ingrid Bétancourt est un message fort, d'une humanité qui me semble à la hauteur de la situation, quand la diplomatie officielle piétine depuis des années :

"Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy, le président de la République française.

Je m'adresse à vous qui êtes retenus en otages, je m'adresse à vous en mon nom personnel, mais surtout au nom des 62 millions de Français et, je crois pouvoir le dire, au nom de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté qui, partout dans le monde, à l'unisson, réclament votre liberté.

Avec eux, je refuse l'idée de vous laisser en perdition. Je me suis engagé pour vous. Je me suis engagé à vous arracher à un destin inhumain. Ceux qui vous détiennent font une erreur tragique. Ils s'égarent. Ils s'isolent. La communauté internationale est unanime à condamner leurs méthodes. Il est temps pour eux de le comprendre et de faire preuve d'initiative.

Les documents qui viennent d'être publiés nous ont bouleversés. Ils montrent le visage de la souffrance. Ils révèlent l'âme du désespoir. 

C'est pourquoi, je veux m'adresser à vous tous pour vous apporter le message de solidarité de la France. Solidarité avec la Colombie, qui vit une tragédie quotidienne dont plus personne ne perçoit le sens ; solidarité avec vous, retenus injustement, cruellement, en otages ; solidarité avec vos familles, avec vos amis, qui mesurent le temps perdu sur le calendrier des souvenirs.

A tous, je veux le dire : la France ne vous oubliera pas. Elle ne vous oubliera jamais. En ce moment même la France recherche de nouveaux moyens pour vous rendre à la liberté, pour vous rendre aux vôtres et à la vie. L'urgence d'une solution est devenue encore plus évidente aux yeux de tous. J'aurai, avec la discrétion qui s'impose, tous les contacts nécessaires pour atteindre le seul objectif qui m'intéresse : votre liberté.

J'ai déjà eu de nombreux échanges personnels avec des dirigeants qui, à un titre ou à un autre, peuvent nous aider à avancer : en premier lieu, le président Alvaro Uribe, avec lequel j'entretiens un dialogue suivi ; le président Chavez, que j'ai reçu à Paris ; le président des Etats Unis, dont trois compatriotes figurent parmi vous. Je poursuivrai sans relâche cette action en m'assignant une obligation de résultat.

Pour terminer ce court message d'amitié, de solidarité et d'espoir, je veux m'adresser plus particulièrement à Ingrid Betancourt, ma compatriote. Je veux vous dire, chère Ingrid, mon admiration pour votre dignité, pour votre courage dans une situation où des êtres plus faibles auraient perdu jusqu'à leur humanité ; je veux vous dire l'affection des vôtres, avec lesquels j'entretiens une relation confiante et régulière ; je veux vous apporter le témoignage du refus de la France d'accepter l'inacceptable. Ingrid, nous ne vous laisserons jamais tomber. Je vous supplie d'avoir confiance. Nous y arriverons. Il faut que vous teniez parce que votre famille vous attend."

Ce message est salué avec émotion par la famille d'Ingrid, qui depuis la découverte de l'état de santé de leur parente (mère, fille, soeur, ex-épouse) ne pouvaient que nourrir une angoisse supplémentaire, celle de voir leur combat aboutir trop tard. Trop tard... deux mots effroyables lorsque c'est la vie d'une mère qui est en jeu.

Le message de Nicolas Sarkozy adressé au chef des FARC vise à accélérer cette lutte contre le temps. Il est d'une fermeté exemplaire, qui pour autant est tout sauf un refus du dialogue.

"Je veux m'adresser à Manuel Marulanda, le chef des FARC.

Les images des otages, les lettres à leurs familles ont bouleversé le monde. La vidéo d'Ingrid Betancourt, en particulier, la lettre si profondément émouvante et désespérée qu'elle a adressée à sa mère ne peuvent laisser personne indifférent. La flamme est en train de s'éteindre dans cette femme dont l'énergie, dont l'audace, dont le courage forcent l'admiration de ceux qui la connaissent. Où est donc passé son sourire ?

Cette femme est à bout de résistance.

Monsieur Marulanda, vous le savez, je ne partage pas vos idées et je condamne vos méthodes, notamment les enlèvements qui plongent tant de familles dans le malheur. Aucune lutte n'a de sens sans le respect de la dignité de l'être humain, qui est la seule fin possible de toute action politique.

Monsieur Marulanda, je vous demande solennellement de relâcher Ingrid Betancourt et de ne pas porter sur votre conscience le risque que ferait peser sa disparition. C'est aujourd'hui une femme à bout de force.

Je m'engage de mon côté à continuer à m'impliquer personnellement dans la recherche d'une solution humanitaire, pour la libération de tous les autres séquestrés. Au-delà, je m'engage à redoubler d'efforts, si cela est souhaité, pour contribuer à trouver une issue au conflit colombien.

Mais pour l'heure, Monsieur Marulanda, il faut sauver une femme en danger de mort.

Je forme un rêve : celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël.

Monsieur Manuel Marulanda, vous pouvez réaliser ce rêve, vous pouvez sauver cette femme, vous pouvez montrer au monde que les FARC comprennent les impératifs humanitaires. Monsieur Marulanda, vous portez une lourde responsabilité.

Je vous demande de l'assumer."

Ces mots sont ceux de la France. Et je connais peu de français qui ne partagent avec le Président cette volonté de voir la famille Bétancourt unie pour les fêtes de Noël - si l'on excepte les nombrilistes pour qui Bétancourt ne serait pas assez française pour que l'on s'intéresse à elle, quand eux-mêmes auraient tant besoin d'un frigo neuf.

Mais au-delà du discours officiel, des drapeaux français et européens qui donnent à cette allocution une solennité et une puissance particulières, j'apprécie énormément l'empathie humaine qui s'en dégage. Nicolas Sarkozy, tout en assumant son statut de chef d'Etat, continue à placer l'enjeu humain et la personne d'Ingrid Bétancourt bien avant tout autre considération. Plus que des relations diplomatiques entre les deux pays concernés, c'est la vie de sa compatriote, celle de ses enfants, qui le préoccupent. Or la politique est belle quand elle sert la dignité humaine, ainsi qu'il le rapelle à M. Marulanda. Et quand c'est la France qui porte ce message, et le rêve qui l'accompagne, la France se grandit jusqu'à devenir universelle.

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(1) Florida et Pradera sont deux municipalités colombiennes dont les FARC exigent la démilitarisation unilatérale, les guérilleros prétendant s'y maintenir, pour y négocier un échange humanitaire d'otages, dont Ingrid Betancourt, contre des rebelles emprisonnés. Le président colombien Alvaro Uribe estime que pareille démilitarisation porterait atteinte à la souveraineté et à l'honneur de la nation.

(2) Le jour où Ingrid Betancourt écrivait cette lettre, la sénatrice libérale colombienne Piedad Cordoba et le président Hugo Chavez du Venezuela n'avaient pas encore été déchargés par le président colombien Uribe de leur médiation avec la guérilla des Farc pour trouver la voie d'un échange humanitaire de prisonniers.

04.12.2007

Coup d'Etat ? par Flamant Rose

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Un meeting a été organisé à la Maison de la Chimie à Paris. Il avait pour objet de contrecarrer Nicolas Sarkozy qui a décidé - et il l’avait martelé pendant la campagne électorale - de faire valider le projet de traité simplifié non par la voie référendaire, mais par le congrès. Certains font même valoir leur appartenance au RPR pour donner plus de vérité à leurs positions. Personne ne détient la vérité. J’ai moi même été au RPR une décennie, j’ai soutenu Jacques Chirac, j’ai milité et travaillé pour le rassemblement, j’ai côtoyé des personnalités de la politique - surtout gaullistes - mais jamais je n’aurais la prétention de représenter le gaullisme. Les gaullistes sont éparpillés dans diverses familles politiques, y compris même à l’extrême gauche.

Je savais en votant Nicolas Sarkozy au premier et au deuxième tour quelle serait la procédure choisie, et tout le monde le savait. On parle de coup d’état, de trahison, de forfaiture, c’est n’importe quoi. Tout d’abord il n’est pas exact de dire que le traité simplifié est rigoureusement identique à celui qui a été rejeté en 2005 par les français mais quand bien même ce serait le cas, il n’y aurait pas de coup d’état. Aucun des opposants à la ratification par le congrès n’a jusqu’ici pu démontrer que la constitution de la Vème république hiérarchisait les différents types de lois ou modifications constitutionnelles. S’ils ne le démontrent pas, c’est tout simplement parce qu’ils ne le peuvent pas.

Article 3 de la constitution : La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. 

Cet article 3 ne hiérarchise pas un choix plutôt qu’un autre. 

Article 11 de la constitution : Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la Nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.

Avec l’expression « peut soumettre » on peut penser qu’à défaut du vote par ses représentants on aurait recours au référendum et donc qu’une légère priorité soit donnée à la voie parlementaire. C’est mon avis. 

Article 89 de la constitution : L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République sur proposition du Premier Ministre et aux membres du Parlement. Le projet ou la proposition de révision doit être voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. Toutefois, le projet de révision n'est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le bureau du Congrès est celui de l'Assemblée Nationale. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire. La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision.  

Permettez moi deux remarques personnelles :

Il me semble, et c’est l’avis de certains juristes, que l’article 11 organise un référendum du type législatif et que le texte de la Constitution semble exclure que l'article 11 puisse être utilisé pour une révision constitutionnelle. Dans cas, il faut recourir à l'art. 89.

Le mode de ratification voulu par Nicolas Sarkozy, n’est en rien un coup d’état et il est juridiquement inattaquable. En relisant les textes de la constitution il me paraît même normal qu’il soit fait application de l’article 89. 

Si on veut se référer au général de Gaulle pour dénigrer la voie parlementaire, alors il faut aller au bout de son raisonnement afin de ne pas tromper les français. Le général a faire usage du référendum à 4 reprises. Ce mode de procédure lui permettait de contourner les partis politiques, même ceux qui le soutenaient. En 1961 période perturbée de notre histoire, de nombreux représentants de l’UDR étaient favorables à l’Algérie française. Pourtant l’UDR était le parti gaulliste. Par crainte d’être mis en minorité par son propre camp le général a préféré la voie référendaire sur la question de l’autodétermination. Et lorsqu’en 1962 de Gaulle a choisi l’application de l’article 11 de la constitution pour modifier le mode d’élection du président de la république c’est parce que s’il avait choisi l’article 89 il n’était pas certain d’obtenir la majorité parlementaire. Personne ne le lui a reproché et pourtant il semble que c’est bien le 89 qui aurait du être appliqué. 

En dehors du fait de contourner les partis le général de Gaulle a eu recours au référendum afin d’être certain d’avoir toujours la confiance des français. Ses adversaires disaient qu’il voulait un « plébiscite ». En 1969, il ne l’a pas obtenu, il a démissionné. 

Alors chaque président est en droit d’appliquer l’article de la constitution qui lui convient . Si elle donne la possibilité d’utiliser un article plutôt qu’un autre ce n’est pas pour rien. Cela a été voulu par le législateur et largement approuvé par les français. 

Où est le coup d’état, où est la trahison, où est la forfaiture ? Que les détracteurs de Sarkozy aillent devant le Conseil Constitutionnel en faisant valoir un détournement de procédure.

Enfin, moi qui ai toujours soutenu Jacques Chirac et qui le tiens encore en haute estime je n’oublie pas que lorsqu’il a choisi la voie référendaire, les sondages donnaient le oui gagnant à plus de 60% : aurait-il choisi la même procédure si cela avait été du 50/50 ? Lui seul le sait, ne le faisons pas parler. Sarkozy a fait un autre choix en application de la même Constitution, il l’avait dit, il le fait et il semble qu’il ait raison.

Flamant Rose

01.12.2007

Besoin de temps, par Paul-Henri du Limbert

Lu sur lefigaro.fr

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Les mesures en faveur du pouvoir d’achat ? Les Français ne demandent qu’à y croire, et c’est déjà bien. Le «vieux pays» en a tant vu qu’on aurait pu l’imaginer indifférent, voire ironique, face aux mesures que lui a proposées jeudi Nicolas Sarkozy. Dans le registre du «demain sera plus beau qu’aujourd’hui», les Français ont déjà donné, et, pour les convaincre, il n’est pas conseillé de faire dans la facilité. «Changer la vie», c’est de l’histoire très ancienne.

Il reste que si, selon l’institut OpinionWay, l’opinion approuve chacune des mesures présentées, elle balance lorsqu’on lui demande si toutes réunies permettront d’améliorer le pouvoir d’achat. Un Français sur deux n’en est pas convaincu. En clair, l’opinion publique a un a priori positif, mais elle attend des résultats concrets. Qui, chacun en est conscient, ne se manifesteront pas avant plusieurs mois.

Cela dit, que l’opinion approuve, par exemple, l’idée d’une suppression négociée des 35 heures est en soi une petite révolution copernicienne. C’est comme si les Français refermaient définitivement la page des années Jospin, époque étrange et sans imagination où l’on se disait qu’il fallait partager le travail puisque, paraît-il, il n’y en avait plus.

Avec dix années de recul, les Français ont compris que la fameuse RTT a fait le bonheur de quelques-uns, souvent les plus aisés, et le malheur de beaucoup, toujours les plus pauvres. L’«acquis social» n’était pas social, il n’y a pas de honte à s’en débarrasser.

L’autre fait marquant, c’est que si le chef de l’État promet une relance du pouvoir d’achat, il s’interdit d’ouvrir grandes les vannes de la dépense publique. C’est aussi nouveau. La tentation du déficit, la ­quasi-indifférence des pouvoirs publics face à la dette galopante n’est plus de mise.

La rupture ne se fait pas en un jour

Certes, contrairement à François Fillon, on ne fera pas dire à Nicolas Sarkozy que «l’État est en faillite». Mais ce n’est pas parce qu’on ne nomme pas une réalité qu’elle n’existe pas. Depuis le temps que l’on serine qu’un peu de politique keynésienne ne fait pas de mal, on a fini par s’apercevoir qu’elle ne fait jamais de bien. Au contraire. On a fait le tour de cet euphorisant qui distille son poison lentement, mais sûrement. C’est le remboursement de la dette qui entraîne tout vers le bas et rogne chaque jour un peu plus les marges de manœuvre du pays. C’est avec cette politique-là que la France a réussi l’exploit d’être tout à la fois en Europe l’un des pays les plus endettés et l’un de ceux où les prélèvements sont les plus lourds.

Le président a besoin de temps. La rupture ne se fait pas en un jour, mais plutôt en cinq ans. Avec le danger qu’une conjoncture économique morose ne vienne compliquer un peu plus son pari. Mais au moins, les Français sont désormais parfaitement conscients des règles du jeu.

Ce n’est pas «de la sueur, du sang et des larmes», ce ne sont pas non plus les délices de Capoue. C’est une voie médiane, qui a le mérite de la cohérence et dont la vocation est de changer les mentalités. Si l’on en juge par l’approbation de l’opinion aux mesures Sarkozy, on peut se dire que les mentalités ont déjà commencé à changer. Les Français ne croient plus aux vieilles recettes et semblent disposés à croire aux nouvelles.

30.11.2007

NICOLAS SARKOZY ET LE POUVOIR D'ACHAT

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Record d'audience hier soir pour l'intervention de Nicolas Sarkozy à propos du pouvoir d'achat : 19 millions de téléspectateurs, annonce lefigaro.fr. Un score à la hauteur de l'attente des français dans ce domaine.

Les propositions du Président peuvent être regroupées dans quatre ensembles distincts, ainsi que le font lesechos.fr, dont je trouve le compte-rendu à la fois succinct et clair :

- Déblocage exceptionnel de la participation :

Le chef de l'Etat a annoncé le déblocage exceptionnel de la participation dans la limite de 10.000 euros par salarié. La mesure sera temporaire et les montants ne seraient pas imposés. En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, avait autorisé un déblocage exceptionnel. Les partenaires sociaux ne devraient pas être favorables à cette mesure. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, qui n'ont pas l'obligation de verser de la participation, les chefs d'entreprise pourront verser une prime, qui sera alors exonérée de charges sociales. 

- Paiement des jours de RTT non pris :

Nicolas Sarkozy a annoncé la possibilité, pour les salariés disposant de jours de RTT, de négocier directement avec leur employeur, probablement à compter du 1er janvier 2008, le paiement de ces journées. Cela constitue un changement majeur, de telles mesures étant en général soumises à un accord collectif d'entreprise. Le paiement par les employeurs des jours de congé ou de RTT stockés sur un compte épargne temps (CET), assorti d'une exonération totale de charges salariales et patronales, pourrait également être ouvert. Cette nouvelle « niche » inciterait les entreprises à un versement d'argent auquel elles rechignent souvent. Pour les fonctionnaires, les heures supplémentaires seraient payées, « comme dans le privé », 125 % des heures normales et la monétisation des RTT serait également possible. Nicolas Sarkozy souhaite aussi une négociation pour régler le stock d'heures supplémentaires.

 - Indexation des loyers sur l'inflation et suppression de la caution :

La révision annuelle du loyer en cours de bail dans le parc privé sera désormais indexée sur l'indice des prix à la consommation et non plus sur l'indice de référence des loyers (IRL), composé, lui, à 60 % de l'indice des prix à la consommation, à 20 % de l'indice du coût de la construction (ICC) et à 20 % de l'indice des prix des travaux d'entretien et d'amélioration du logement. C'est une deuxième étape après la mise en place, depuis le 1er janvier 2006, de l'IRL, dont la vocation était, déjà, d'amortir les hausses de loyer, jusqu'alors indexées sur le seul ICC. Au deuxième trimestre de cette année, l'IRL a révisé les loyers de + 2,76 %, contre + 5,05 % selon l'indice du coût de la construction. Pour les quelque 6,5 millions de locataires du parc privé, l'économie avoisinerait actuellement 150 euros par an pour un loyer mensuel de 1.000 euros. Les propriétaires, en revanche, pourraient protester contre la perte de rentabilité de leur investissement. Nicolas Sarkozy veut aussi limiter le dépôt de garantie, lors de la location d'un logement, à un mois de loyer, et supprimer la caution en créant un système de mutualisation public. Ces mesures entreraient en vigueur dès le début 2008. 

- Dérogation aux 35 heures contre des augmentations de salaires :

Les entreprises pourront déroger aux accords de branche sur les 35 heures à condition d'octroyer des augmentations de salaires et sous réserve d'accord majoritaire. Dans les branches où il n'y aurait pas de négociations salariales, les allégements de charges seraient remis en cause.

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Pour commenter ces mesures et la prestation télévisuelle de Nicolas Sarkozy, je vous renvoie à l'édito de Nicolas Barré ce jour dans lefigaro.fr intitulé "Réformes, Acte II", dont voici la retranscription intégrale :

Avec Nicolas Sarkozy, une réforme en cache toujours une autre. Après avoir mis celle des régimes spéciaux de retraite sur de bons rails, il s’est attaqué hier à un autre tabou français, et pas des moindres, en annonçant la fin des 35 heures.

Loin de marquer une pause dans le rythme de son action, le président de la République a ainsi choisi au contraire de traiter pratiquement de front les deux dossiers sociaux les plus symboliques d’un modèle social français à bout de souffle depuis une génération. Deux dossiers qui, en quelque sorte, conditionnent tous les autres tant ils concentrent de passion.

Ainsi, l’acte II des réformes économiques et sociales est lancé. Aux partenaires sociaux qu’il recevra à l’Élysée à la mi-décembre, il ne propose rien moins que de fixer l’agenda social de l’année prochaine. Il sature le calendrier de rendez-vous lourds pour parler d’allégements de charges, de travail le dimanche, de retraite, de formation professionnelle, de contrat de travail, de représentativité des syndicats et l’on en passe. Parler, mais surtout agir, c’est-à-dire fixer les principes des réformes, tracer les lignes rouges, négocier le reste et légiférer si les acteurs sociaux ne parviennent pas à se mettre d’accord.

Quand d’autres auraient choisi de donner du temps au temps, il répond en substance que les réformes ont déjà trop attendu. On attendait le président de la République sur les gestes qu’il aurait pu faire pour doper immédiatement le pouvoir d’achat, il n’en a rien été. La ligne Fillon, celle d’une gestion rigoureuse de nos finances publiques, l’a heureusement emporté : « Il n’y a pas d’argent dans les caisses. »

Il a résisté à la tentation classique « d’ouvrir les vannes », péché français récurrent qui a plongé notre pays dans la situation que l’on connaît : trop de déficit, trop de dette, trop de dépenses publiques. Et, au bout du compte, pas assez de croissance. Les Français ne sont pas dupes : ce n’est pas en procédant à plus de redistribution – la France est déjà championne en la matière – que l’on résoudra durablement quoi que ce soit. Il est donc clair qu’il faut aller chercher ailleurs que dans des marges de manœuvre inexistantes les leviers de l’accroissement du pouvoir d’achat. Ailleurs, c’est-à-dire dans la libération de l’économie, dans le renforcement de la concurrence et, surtout, dans la sortie des 35 heures.

En parlant de revalorisation du travail plus que de pouvoir d’achat, piège dans lequel il s’était laissé enfermer, le chef de l’État a renoué avec la rhétorique qui lui avait réussi pendant la campagne électorale. Certes, il reconnaît qu’il y a « un problème de pouvoir d’achat ». Certes, il verse facilement dans le volontarisme – c’est sa tendance naturelle – en se faisant fort d’obtenir des baisses de prix dans les grands magasins.

Mais le cœur du message est ailleurs : sans croissance, c’est-à-dire sans quantité de travail supplémentaire dans l’économie, il est illusoire de prétendre augmenter le pouvoir d’achat. Les 35 heures avaient bridé l’évolution des salaires dans notre pays depuis la fin des années 1990, leur remise en question doit permettre de sortir d’une logique malthusienne du travail et des revenus. C’est un pari sur le travail et la croissance.

Nicolas Barré

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Et puisqu'il est ici question à la fois de finances et de Nicolas Sarkozy et que j'ai l'esprit mutin, au risque de mettre à mal la réputation de ce blog, je ne peux m'empêcher de vous livrer la dernière blague anti-sarkozyste rencontrée au détour d'un commentaire du blog de Christophe Barbier. J'avoue sans peine qu'elle m'a fait bien rire - d'autant que je ne crois pas une seconde au caractère plausible de la chute. Mais pour une fois, les détracteurs du Président se sont donnés du mal, et franchement, cela change.

La scène se passe dans une école française, aux Etats-Unis. L'institutrice présente à la classe un nouvel élève : Sakiro Suzuki. Le cours commence. L'institutrice :

- Bon, voyons qui maîtrise l'histoire de la culture franco-américaine. Qui a dit : "donnez moi la liberté ou la mort" ?

Pas un murmure dans la salle. Suzuki lève la main :

- Patrick Henry, 1775, à Philadelphie.

L'institutrice :

- Très bien Suzuki ! Et qui a dit : "l'état est le peuple, le peuple ne peut pas sombrer" ?

Suzuki lève la main :

- Abraham Lincoln, 1863, à Washington.

L'institutrice :

Excellent Suzuki ! Maintenant, qui a dit "Je vous ai compris" ?

Suzuki lève la main et dit :

- Charles de Gaulle !

L'institutrice regarde les élèves et dit :

- Honte à vous ! Suzuki est japonais et il connaît l'histoire française et américaine mieux que vous !

On entend alors une petite voix au fond de la classe :

- Allez tous vous faire f ..., connards de japonais !

- Qui a dit ça ? s'insurge l'institutrice.

Suzuki lève la main et sans attendre dit :

- Général Mc Arthur 1942 au canal de Panama, et Lee Iacocca en 1982 lors de l'assemblée générale de Général Motors.

Dans la classe plongée dans le silence, on entend un discret :

- Y'm'fait vomir ...

L'institutrice hurle :

- Qui a dit ça ?

Et Suzuki répond :

- Dominique de Villepin au Ministre de l'Intérieur pendant un dîner officiel à Paris en 2006.

Un des élèves se lève alors et crie :

- Pomp'moi l'gland !!!

Et Suzuki, sans sourciller :

- Bill Clinton à Monica Lewinsky en 1997 dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington.

Un autre élève lui hurle alors :

- Suzuki, espèce de merde !

Et Suzuki :

- Valentino Rossi, 2002 lors du Grand Prix moto en Afrique du Sud.

La salle tombe littéralement dans l'hystérie, l'institutrice perd connaissance, la porte s'ouvre et le directeur de l'école apparaît :

- Merde, je n'ai encore jamais vu un bordel pareil !

Et Suzuki :

- Jean-Claude Junker à Bruxelles en examinant les finances de la France sous Sarkozy.

25.11.2007

Cavada: « J’ai épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou »

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Je fais partie de ceux qui ont mieux compris le monde dans lequel ils grandissaient grâce à "la Marche du Siècle" : j'ai donc toujours eu un préjugé positif envers Jean-Marie Cavada, qu'a sensiblement refroidi pour autant son engagement auprès d'un François Bayrou dont on ne rappellera jamais assez la démagogie fascisante lors de la dernière campagne présidentielle.

Reconnaissons à Cavada d'être resté fidèle jusqu'au bout : quand Hervé Morin, Maurice Leroy, et d'autres du premier cercle désertaient le Tractophile de service, lui demeurait. J'ai dans le souvenir une émission de rentrée, un "Mots Croisés" je crois, durant lequel il partageait le plateau avec Vincent Peillon, Laurent Wauquiez, et Alain Finkielkraut (entre autres). Je m'étais surpris maintes fois à applaudir à la clarté des propos, mais aussi de l'engagement, de Jean-Marie Cavada... et donc, par voie de fait, à regretter qu'il ne mette pas sa compétence au service de la majorité.

Grâce apparemment aux obstinations de François Bayrou, mon voeu secret d'alors semble exaucé : c'est sous les couleurs de l'UMP que Jean-Marie Cavada va se présenter aux prochaines échéances municipales. Ce faisant il confirme, au passage, l'impossibilité fatale à laquelle sont confontés tous ceux qui tentent une collaboration efficace avec François Bayrou. Oui, ainsi qu'il le sous-entendait souvent lors de sa campagne présidentielle, sourire en coin à l'appui, François Bayrou est définitivement un anti-Sarkozy : quand ce dernier rassemble et fédère, l'autre répulse ; quand Sarkozy attire les compétences et les propositions de collaboration, Bayrou les effraye, ou les disperse.

Jean-Marie Cavada s'explique quant à sa décision dans l'interview ci-dessous, lu sur lefigaro.fr.

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LE FIGARO. – L’UMP vous propose de conduire la liste de la majorité dans le XIIe arrondissement de Paris depuis juillet. Avez-vous pris votre décision définitive ?

Jean-Marie CAVADA. – Oui. J’ai accepté la proposition de l’UMP. En juillet, j’étais chargé d’organiser le forum des démocrates du MoDem, dont l’ambition me convenait. Je suis un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon. Pour moi, la France dans l’Europe est la seule réponse possible à la mondialisation, à condition de ne pas se crisper sur le passé. Il est clair que les pays qui s’adaptent résistent mieux à la mondialisation. Ceux qui se crispent souffrent beaucoup plus. Il faut rassembler les énergies nationales autour de réformes justes et aider à les négocier équitablement. François Bayrou l’a dit durant la campagne présidentielle, mais c’est Nicolas Sarkozy qui fait bouger la France. Il est allé chercher les meilleurs pour réussir les réformes que nous aurions dû faire il y a trente ans. Toutes les lignes politiques et syndicales bougent, jusqu’à la CGT. Et pendant qu’il agit, certains attendent son échec, tout en spéculant sur l’affaiblissement de la gauche pour la croquer. Moi, je ne veux pas bâtir une carrière politique sur les ruines de mon pays.

Le reproche vise-t-il François Bayrou ?

François Bayrou a un programme romantique, mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. S’il avait voulu que ses idées prévalent, iI aurait pu négocier une alliance de gouvernement sur la base d’un programme minimal : relance de l’Europe, revalorisation des bas salaires, priorité à l’éducation, la culture et la recherche, et introduction de la proportionnelle pour garantir un soutien plus large aux réformes. Il s’y est refusé.

Allez-vous rejoindre le Nouveau Centre ?

Non. J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines, et par fidélité aux militants. Lors de la création du MoDem, je pensais que les zones de faiblesse de cette formation pouvaient être corrigées collectivement, pas en catimini. Mais aujourd’hui, j’ai épuisé tous les recours de la loyauté. Je refuse que les militants de l’UDF-MoDem soient sacrifiés aux négociations municipales ou à l’échéance présidentielle de 2012. Le prochain du MoDem doit selon moi répondre à deux exigences : faire en sorte que l’arrivée des nouveaux adhérents ouvre enfin des débats collectifs et ne jette pas par-dessus bord les Européens que sont les UDF, et instaure enfin la démocratie interne.

Vous considérez-vous toujours comme un membre du MoDem ?

Oui. Je vais conduire une liste de candidats de rassemblement soutenue par l’UMP, mais aussi par des personnalités venues d’ailleurs. À ceux qui menacent de m’exclure, je rappelle que les adhérents et les sympathisants du MoDem parisien, notamment, demandent des primaires. Pourquoi des accords de premier tour avec la droite ou la gauche seraient-ils possibles à Bordeaux, à Saint-Brieuc, à Dijon ou à Pau, où François Bayrou lui-même est tête de liste, et pas à Paris ? Au temps de sa splendeur paisible, Bayrou disait que les municipales ne peuvent pas être assimilées à un scrutin national, ce qui permettait en effet de faire alliance avec les meilleurs. Je suis toujours sur cette position, à une condition : qu’on fasse tomber les masques. Les électeurs du MoDem doivent savoir pour qui ils voteront en réalité au deuxième tour si les candidats qui sont en tête de listes arrivent en troisième position. Seront-ils appelés à voter pour Bertrand Delanoë et l’union PS-Verts, ou pour les membres de la majorité et les quelques éléments de la gauche qui se rassemblent autour de Françoise de Panafieu ? J’appelle les militants du MoDem à réclamer cette clarification dès avant le premier tour. S’ils ne l’obtiennent pas, cela voudra dire que les candidats de leur parti se vendront au plus offrant. Ce sera de la politicaillerie.

Le MoDem affirme que c’est Nicolas Sarkozy qui vous a convaincu d’accepter la proposition de l’UMP, en vous promettant en contrepartie une place au gouvernement. Est-ce le cas ?

J’ai effectivement vu Nicolas Sarkozy le 9 novembre, mais il ne m’a pas promis de ministère ! Pour tout vous dire, il m’avait fait une proposition gouvernementale entre les deux tours de la présidentielle, et je l’avais déclinée. Je l’ai d’ailleurs dit à François Bayrou. Lors de mon dernier entretien avec le président de la Ré­publique, nous avons parlé d’Eu­rope. Je lui ai demandé que l’immigration fasse partie des priorités de la présidence française de l’Union, et il m’a répondu oui. Nous avons aussi évoqué les municipales. Il ne m’a pas fait de demande pressante, mais il m’a expliqué que le XIIe était un arrondissement stratégique. Je lui ai dit que j’y réfléchirai. Aujourd’hui, ma décision est prise.

Allez-vous prendre Christine Lagarde comme deuxième de liste ?

Je la connais très peu, mais j’apprécie qu’elle accepte de renoncer au Havre, où son avenir était quasiment assuré, pour venir mener un combat difficile à Paris. C’est un honneur de l’avoir à mes côtés.

23.11.2007

Les trois leçons d’une grève, par Paul-Henri du Limbert

C'est fait. Pourtant quand on en parlait, début 2007, les socialistes et l'extrême-gauche riaient, sûrs de leur expérience (autant de victoires que de bras de fer sociaux). Plus récemment, tous disaient encore que c'était impossible, qu'ils l'auraient, qu'ils le feraient plier lui comme les autres, parce que c'était la tradition et qu'il n'y avait pas de raison que lui fasse exception. Souvenez-vous, c'était il y a moins d'un mois, le 26 octobre :


 

Eh bien... non. L'histoire a connu un bug. Une nouvelle ère s'annonce, pas celle d'un eldorado ni d'une utopie, juste celle d'un état de droit, où les réformes sont - enfin - possibles. Bilan d'une semaine de grève, sous la plume leste de Paul-Henri du Limbert dans lefigaro.fr.

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Les trois leçons d’une grève

Ils étaient déterminés, mais lui l’était plus encore. Les jours passant, les cheminots ont dû se rendre à l’évidence, Nicolas Sarkozy ne céderait pas. Et il n’a pas cédé. Alors, doucement mais sûrement, ils ont renoncé à un combat que les Français réprouvaient.

À l’heure où trains et métros recommencent à rouler, on peut tirer trois leçons de la première grande épreuve du mandat présidentiel. D’abord, Nicolas Sarkozy n’est pas un «tigre de papier». Ça et là, quelques-uns assuraient que la rupture n’était qu’une posture. Un slogan qui sert à gagner les élections et que l’on remise sitôt élu. Mais le chef de l’État fait partie de cette génération d’hommes politiques qui ont été trop longtemps bercés par la petite musique entêtante du renoncement. Leurs aînés, de droite comme de gauche, se contentaient le plus souvent d’établir le diagnostic des maux de la société française. Le diagnostic, pas le traitement. Lui a décidé de s’intéresser au traitement ; et le traitement, c’est la rupture. La «feuille de soins» a été proposée aux Français en mai dernier, et elle ne leur a pas donné le vertige. Dès lors, pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il flanché devant les 500 000 bénéficiaires des régimes spéciaux ? Il était sûr de son bon droit et l’opinion était avec lui.

La deuxième leçon, c’est que la partie remportée face aux cheminots peut faciliter les réformes à venir. On le sait, le chef de l’État promet bien d’autres débats fracassants : sur l’amaigrissement du secteur public, sur la réduction des déficits budgétaires, sociaux, et sur tous ces «particularismes» qui font que la France n’est pas un pays comme les autres, pour son bien parfois, pour son mal souvent.

Si la réforme des régimes spéciaux – « la mère des réformes », disait-on – a pu convaincre l’opinion que tout devait changer dans ce pays, elle aura grandement servi les desseins du chef de l’État. Réputés coriaces, les cheminots ont dû céder. Instruits par l’expérience, les membres des autres corporations de la société française oseront-ils tenter le bras de fer ? Certains rétorqueront qu’il y a grand péril à s’attaquer à tous les bastions. Peut-être, mais si les bastions se mettent à douter du bien-fondé de leur combat­ ?

D’autant plus, et c’est la troisième leçon de ces journées de novembre, que le Parti socialiste n’a toujours pas résolu son criant problème d’opposition à Nicolas Sarkozy. Rue de Solferino, on en a entendu beaucoup qui critiquaient la « méthode » du président de la République mais très peu qui dénonçaient la réforme elle-même. Vieille et vaine tactique. On est d’accord avec l’adversaire mais on n’ose pas l’avouer ; on use d’arguments qui sonnent faux et on ne convainc personne. Cette attitude n’a pas échappé aux Français, assez avertis de la chose politique pour comprendre que lorsque la gauche biaise, tergiverse et ratiocine, c’est qu’elle est d’accord avec la droite. L’« hyperprésident » attend toujours son «hyperopposition». Pour l’instant, il ne voit rien venir…

15.11.2007

La France peut être réformée, par Nicolas Beytout

Lu sur lefigaro.fr

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Rappelons-nous : c’était il y a un an seulement. La France plongeait dans la campagne électorale. À l’époque, deux sentiments dominaient largement l’opinion : à gauche, Ségolène Royal, triomphalement désignée par les militants socialistes, serait imbattable ; à droite, Nicolas Sarkozy, encombré de son image de ministre de l’Intérieur, devait exploser en vol tant il était réputé faire peur. Incapable de rassembler, il défendait un dogme libéral qui lui assurerait un cuisant échec. Pis, il voulait réformer au pas de charge un pays qui avait constamment montré sa résistance au changement. Il allait donc diviser les Français, faire la politique de la minorité la plus riche, pourchasser les jeunes et se retrouver interdit de séjour sur une partie du territoire, en banlieue.

Aujourd’hui, six mois après les élections, le paysage est tout autre. Élu avec la plus forte majorité de droite depuis le général de Gaulle, le chef de l’État, qui a bouclé ses « cent jours » avec un taux de popularité plus élevé que celui de tous ses prédécesseurs, reste apprécié de la majorité des Français pour son action. Là où ses adversaires le disaient clanique, il s’est montré ouvert au-delà des frontières de sa majorité. Il va au contact de foules de grévistes hostiles. Et il réforme. Vite, en s’attaquant aux dossiers réputés le plus explosifs.

Là encore, la méthode avait été dénoncée à l’avance par la gauche. À la veille du second tour, la candidate socialiste avait même parlé de… « menace de guerre civile » s’il était élu ! Quel contraste avec les faits. Certes, le conflit social majeur dans lequel la France est engagée depuis hier n’est pas terminé. Mais les signes d’apaisement sont si nombreux qu’ils laissent désormais présager un dénouement prochain. Voilà qui devrait permettre au président de la République de remporter son premier vrai test social : jamais, en effet, Nicolas Sarkozy n’avait affronté de grand conflit social ; toujours il avait déminé les dossiers avant que les acteurs ne se crispent.

Cette victoire, si elle se concrétise, sera donc la sienne, celle de l’audace face à l’ampleur du risque, et celle de la maîtrise dans une exécution jusqu’ici impeccable, en prise directe avec ceux qu’il faut convaincre, en prenant garde de rester toujours ouvert au dialogue, et sans donner l’impression de suivre le moindre canevas idéologique. Ce serait une étape importante dans l’évolution de notre « modèle social », une date dans l’histoire des rapports sociaux de notre pays, un recul de la gréviculture syndicale, du pouvoir systématique de dire non et du recours mécanique au blocage. Ce serait la preuve qu’avec de la volonté et autant de méthode on peut réformer la France.

Mais il n’y a pas que cela : car cette issue espérée devra aussi beaucoup à l’évolution de la société française. Cela fait maintenant des années que les différents gouvernements affirment qu’il faudra réformer les régimes spéciaux de retraite, des années que la pédagogie du changement s’exprime sur le sujet. Même le Parti socialiste, pourtant bien peu courageux et clairvoyant dans l’actuel conflit, avait admis dans son principe la nécessité de la réforme. Avec le temps, ce dossier a fini par perdre sa charge idéologique. Et, dès lors que le gouvernement avait l’habileté d’éviter tout discours politique pour rester obstinément sur le terrain du pragmatisme et du bon sens comptable, les chances de succès étaient décuplées. Car les Français ont changé : on voit naître chez eux un réel sens des responsabilités en lieu et place du simple maniement de slogans datés. Modèle social français, droit à la retraite immuable, droit de grève illimité, santé gratuite pour tout et pour tous, droit inaltérable à l’emploi : ils savent qu’on n’échappe pas à une réalité que tous nos voisins ont déjà affrontée. Ils savent qu’il faut bouger, et ils veulent de l’équité.

On savait Nicolas Sarkozy capable de réformer ; ce que dit la façon dont évolue la grève, ce que montrent les réactions de l’opinion, c’est que, désormais, la France est prête à être réformée.

13.11.2007

Nicolas Sarkozy, De Gaulle, et les Etats-Unis, par Flamant Rose

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Lors de sa visite de quarante huit heures, le président de la République Française a été reçu aux Etats Unis avec tous les honneurs dus à son rang. Ce séjour ne s'annonçait pas évident après la prise de position française incarnée par Jacques Chirac sur la guerre en Irak. Chirac a eu raison de ne pas s’aligner sur la position américaine, nous sommes presque tous d’accord à ce sujet. Nicolas Sarkozy a su éviter le piège qu’aurait été un alignement sur la position de Georges Bush : beaucoup attendaient un éventuel faux pas qui n’est pas venu. Il a au contraire recherché, et je crois atteint, un certain équilibre diplomatique avec les Etats Unis de Georges Bush, qui lui souhaiterait en obtenir toujours plus de ses alliés européens. 

Le discours de Nicolas Sarkozy par de nombreux côtés a été une nouvelle fois un discours que le général de Gaulle n’aurait à mon sens pas renié. Il a fait vibrer les américains en évoquant le thème de l’amitié qui unit nos deux pays, tout en faisant ressortir les divergences sur des situations données, mais qui ne sont pas pour autant à même d'hypothéquer nos bonnes relations.

Evidemment en France l’antiaméricanisme est encore de mise dans certains milieux. On entretient volontairement la confusion entre l’Amérique de Georges Bush et l’amitié franco-américaine. C’est ce comportement de certains de nos compatriotes et de responsables politiques (qui n’ont de responsable que le nom) qui fait que pour le président la voie est étroite.

J’ai entendu ces derniers jours l’expression « le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe ». On voudrait nous faire croire que si le général a retiré la France de l’OTAN c’est par antiaméricanisme. Ce n’est absolument pas le cas et l’attitude de Sarkozy est dans la droite ligne de celle du général.

Le général de Gaulle a cotoyé plusieurs présidents des Etats Unis. Les relations qu’il a pu avoir avec chacun d’entre eux ont été différentes. Avec Franklin Roosevelt ce fut souvent de l’incompréhension. Avec le général Eisenhower, il était au contraire toujours sur la même longueur d’onde. Les deux hommes s’entendaient très bien. Avec Harry Truman il y eut de profondes divergences. De Gaulle lui reprochait de méconnaître l’Europe. Avec Kennedy, ce fut un climat de confiance totale. Avec Lyndon Johnson, qui succéda à JFK après son assassinat, les relations entre nos deux pays se sont détériorées. De Gaulle ne l’aimait pas. Entre eux ce fut l’incompréhension permanente, des relations froides et tendues. Leurs rapports furent réduits au strict minimum. Réélu en 1964, il dirigea les Etats Unis jusqu‘en 1969, c’est dire que De Gaulle et lui furent simultanément chefs d’états jusqu’en 1969.

Avec Kennedy les rapports étaient tellement confiants que lorsque débuta la crise avec Cuba, JFK voulut convaincre les alliés  de sa position en montrant des photos aériennes qui démontraient la présence des missiles russes. Contrairement à son homologue anglais, De Gaulle fit confiance à la parole de JFK et lui apporta son soutien tout en refusant de voir les photos.

Avec  Johnson au contraire on vécut une situation comparable avec celle de l’Irak. Il fut le principal artisan de la guerre au Viêt Nam comme quarante ans plus tard Georges Bush sera celui de la guerre en Irak. Le 1er septembre 1966 au complexe national de Phnom-Penh, De Gaulle fit son fameux discours appelé depuis « discours de Phnom-Penh ». Au cours de cette allocution, le général fit part de sa vive désapprobation de la guerre au Viêt Nam tout en renouvelant son amitié au peuple des Etats Unis. Il condamna les Etats Unis de Johson par (entre autre) cette phrase tirée de son discours (je cite) : 

« Oui, la position de la France est prise. Elle l’est par la condamnation qu’elle porte sur les actuels événements. Elle l’est par sa résolution de n’être  pas, où que ce soit et quoiqu’il arrive, automatiquement impliquée dans l’extension éventuelle du drame et de garder en tous cas les mains libres ».

Puis après quelques minutes le général dit lors de ce même discours (je cite encore) :

« Elle le dit à cause de l’amitié exceptionnelle et deux fois séculaire que, d’autre part, elle porte à l’Amérique, de l’idée que, jusqu’à présent elle s’en était faite, comme celle ci se la faisait d’elle même, savoir celle d’un pays champion de la conception suivant laquelle il faut laisser les peuples disposer à leur façon de leur propre destin. »

Dans ce fameux discours de Phnom Penh apparaît très clairement à la fois la désapprobation de la France à une politique voulue par un homme (Johnson) et l’amitié que la France porte au peuple dirigé par cet homme (les Etats Unis). Sarkozy a exactement la même position. Une fois de plus Nicolas Sarkozy à une position gaullienne.

L’année prochaine Georges Bush quittera ses fonctions. Un(e) autre président(e) lui succédera, l’amitié franco-américaine perdurera. J’ai passé la plupart de mon enfance et mon adolescence à Saint Raphaël. Avec mes copains nous allions souvent nous baigner sur la plage de galets du Dramont, cette plage où le 15 août 1944 eut lieu le débarquement de la 36ème division du Texas. Un peu plus loin se trouve le cimetière américain. Là y reposent à jamais des jeunes qui ne demandaient rien à personne et qui font qu'aujourd’hui je suis quelqu’un de libre. Après 5 ans de camp, mon père a eu la chance d’avoir survécu. Il a été délivré par des américains qui ne le connaissaient pas.

Beaucoup d’entre eux sont morts. Reconnaissance éternelle.

Flamant Rose

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Sur le même sujet, mais avec des points de vue divergents :

07.11.2007

NICOLAS SARKOZY ET L'AMERIQUE

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Nicolas Sarkozy a entamé son séjour aux Etats-Unis par une véritable déclaration d'amour :

"Je veux reconquérir le coeur de l'Amérique et reconquérir le coeur de l'Amérique de façon durable. [Paris et Washington] sont des alliés depuis toujours et pour toujours. [...] Je suis venu vous dire qu'on peut être l'ami de l'Amérique et gagner les élections en France. Ce n'est pas un miracle, c'est une réalité."

Voilà qui fera grincer les dents de ceux, nombreux en France, qui limitent leur opinion du peuple américain au mépris que Georges Bush leur inspire. L'insulte "bushiste" éclosait donc régulièrement sur leurs lèvres lors de la campagne présidentielle, comme mûe par un réflexe pavlovien indéfinissable.

Revenons ensemble sur ce qui relie Nicolas Sarkozy aux USA,  grâce à cet article de Philippe Labro trouvé sur Challenges.fr, dont décidemment j'apprécie de plus en plus la lecture.

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Sarkozy et l'Amérique

Nicolas Sarkozy fasciné par l’Amérique? Méfions-nous de ce cliché franco-français. Comme beaucoup de dirigeants de notre pays, à commencer par Valery-Giscard d’Estaing, il ne pouvait être insensible à l’aventure américaine et à ses figures politiques ; Kennedy, évidemment mais aussi, et dans un autre genre, Clinton. De ces formidables managers de leur image, il a certainement tiré sa propre méthodologie de communication, mêlant plus que tout autre sa vie publique à sa vie privée.

Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit "fasciné" par l’Amérique. Il l’admire, en est curieux, voire séduit ; mais, il sait tenir ses distances. Un ami m’a un jour donné une définition très juste: "les Sarkozy sont des gens qui allaient vers l’Amérique mais qui se sont arrêtés en route". Au fond, psychologiquement et intellectuellement, Nicolas Sarkozy, même s’il est né en France, était un homme destiné à traverser l’Atlantique : fils d’une famille immigrée d’Europe de l’Est, portant en lui le besoin d’agir, de réussir et d’être reconnu. "Je suis ce que je fais", dit-il. C’est profondément dans l’esprit américain. We try, we fail, we fix, disent les Américains. On essaye, on se trompe, on répare. C’est du Sarkozy pur sucre.

L’étiquette "Sarko l’Américain" est réductrice. Il fait peut-être tout simplement partie de ces Français qui ne sont pas "anti-américains" ; un homme qui porte un regard sans préjugés sur les Etats-Unis. Ce pays où "demain est un autre jour", toujours prêt à rebondir, malgré les crises. La fameuse résilience, une théorie mise à la mode par Cyrulnik qui imprègne la culture américaine depuis ses origines. Cette résistance au choc dont on sort plus fort, le président l'a fait sienne bien avant d’arriver à l’Elysée.

Une autre particularité suscite un écho chez lui : le melting pot américain. La capacité de ce gigantesque pays à intégrer ses minorités. On peut s’appeler Arnold Schwarzenegger, avoir grandi dans un village en Autriche, jouer les Monsieur Muscle dans des films d’action primaires et se faire élire gouverneur de Californie, la cinquième puissance économique du monde ; on peut s’appeler Madelein Allbright, être juive et née en Tchécoslovaquie et devenir secrétaire d’Etat du Président Clinton ; ou du président Bush, à l’image de Condoleezza Rice, femme et noire. Cette traversée des lignes ethniques touche évidemment autant la sphère politique qu’économique. Combien de grands patrons noirs, mexicains, indiens sont aujourd’hui à la tête d’entreprises américaines ? Pour n’en citer que quelques-uns uns : Indra Nooyi la CEO d’origine indienne du groupe Pepsico, Dick Parsons, P-DG noir de Time Warner ; Ken Chenault, celui d’Amex. Je suis convaincu que c’est l’une des plus belles vitrines de l’Amérique aux yeux de Sarkozy. D’une certaine façon, la France de Dati, Yade et Amara en est directement inspirée.

Il y a aussi, forcément, la culture américaine. Sans être dans la peau du président, je sais qu’il n’est pas indifférent à la musique, au cinéma, aux objets de consommation, aux accessoires, bref, à tout cet univers dans lequel baignent les jeunes générations. Le chef de l’Etat peut se reconnaître dans cette modernité.

Alors, bien sûr, on peut sourire en le voyant courir dans les rues de New York en tenue de jogging, prendre la pose pour les photographes sur un speed boat au milieu du lac Winnipesaukee (New Hampshire), débarquer en 4X4 chez les Bush. Mais il ne s’agit là que d’image et d’artefacts. En quoi est-ce choquant ?

Il y a chez Sarkozy un côté, "j’agis, on verra ensuite". Il sait qu’il sera critiqué. Et alors? A chacun ses goûts et ses uniformes. Quand il partait en voyage, François Mitterrand choisissait un livre dans sa bibliothèque, qu’il lisait en voiture, en avion, et même en hélicoptère. J’ai du mal à imaginer que ce soit le cas pour le nouveau président.

Les vacances aux Etats-Unis, de la provocation? Je ne le pense pas. C’est son caractère : j’en ai envie, j’y vais. Où est l’interdit, où est le tabou ? Je connais un peu l’endroit, la nature y est très belle. C’est aussi l’Amérique mythique. Celle des tableaux de Norman Rockwell, l’Amérique champêtre, l’Amérique rêvée.

L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français est le signe d’un changement de mœurs. Les Américains eux-mêmes ne s’y sont pas trompés. Sa campagne a vivement fait réfléchir les conservateurs. L’un d’entre eux m’a dit récemment: "voilà un homme qui a réussi à se faire élire en combattant son prédécesseur dans son propre camp. Quelle leçon!". De même, la presse a souligné son geste quand il décide d’aller affronter les cheminots. Jusqu’à son divorce qui lui vaut une interview de CBS dans 60 minutes : l’entretien tourne court, mais c’est la preuve que Sarkozy désarçonne même de l’autre côté de l’Atlantique. Pour combien de temps ? Nul ne le sait. Mais quel symbole: si l’Amérique le "fascinait", voilà que Nicolas Sarkozy la "fascine" à son tour.

Ce syncrétisme me fait parfois penser au phénomène observé dans le monde du cinéma: Jean-Pierre Melville, qui fût mon maître et mon ami, s’inspirait ouvertement des polars noirs américains des années 40-50. Un demi-siècle plus tard, Tarantino, s’inspire tout aussi ouvertement de Melville. Ca s’appelle la loi des cycles !

Philippe Labro

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A lire - ou voir - aussi, sur le sujet :