20.10.2007
The 'American' rebooting France, by Roger Cohen
Un edito de Roger Cohen dans l'International Herald Tribune qui en dit long sur la perception de la France à l'étranger - pas seulement aux USA, d'ailleurs. Ces constats, simples et de bon sens, font parfois sourire... pas toujours cependant. J'entends déjà le mépris avec lequel François Hollande, et à sa suite un troupeau transhumant, balaierait un tel point de vue. Qu'importe, "Connais-toi toi-même", disait Socrate... et l'on peut ajouter, pour ce qui concerne la politique : "et agis en conséquence."
J'en propose une traduction plus bas, à main levée par manque de temps - soyez indulgents ! - et n'hésitez pas à me proposer vos améliorations de traduction, je ferai les retouches.
Roger Cohen a notamment vécu à Paris de 1977 à 1979.
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Not only is Christine Lagarde, France's finance minister, ready to forsake her native tongue, she is, she says, "happier doing this in English" - and with that, right off the bat, she declares in ringing Anglo-Saxon: "We are trying to change the psyche of the French people in relation to work."
A hopeless task, some might say. Deep in the Gallic soul resides the notion that work is exploitation, a ruse concocted by American robber barons, best regulated and minimized and offset by hours of idleness. The demise of the Soviet Union left France leading the counter-capitalist school.
But Lagarde, 51, tall and striking, is not known as "the American" for nothing. Think of her as the face of a new France ditching its Cold-War hangover. The sobriquet reflects her linguistic skills, her background as a high-flying executive for the Baker & McKenzie law firm, and her Chicago-cultivated candor.
In an interview, Lagarde says that more than two decades at a U.S. corporation taught her: "The more hours you worked, the more hours you billed, the more profit you could generate for yourself and your firm. That was the mantra."
The equivalent mantra in the French bureaucracy might be: The fewer hours you work, the more vacation you take, the more time you have to grumble about the state of the universe, and the smarter you feel, especially compared to workaholic dingbats across the Atlantic with no time for boules.
So Lagarde, appointed four months ago by President Nicolas Sarkozy, is aware she faces a big challenge: "What was really striking to me when I came back from Chicago in 2005 was that the law on the 35-hour week had passed and been internalized by individuals and, I think, had produced disastrous effects."
What effects? "People did not really talk about their work. They talked about their long weekends."
Lagarde's goal, she says, is to slash France's chronically highly unemployment - now about 8 percent - to 5 percent by 2012, and increase the proportion of the total population in jobs from 63 percent to 70 percent. Rehabilitating work is central to this ambition.
Tax cuts, the termination of unemployment benefits for those refusing two valid job offers, later retirement, incentives for those working over 35 hours, a slashing of the bureaucracy associated with job-seeking and improved professional training are among measures enacted or envisaged. A reversal of the 35-hour-week legislation is possible.
"I think we have to go around it," Lagarde says of the law. "To demonstrate that it's not a holy principle and it can be modified, varied, mitigated and possibly reversed."
Not without a fight, however. French workers are taking to the streets Thursday in what will likely be one of many strikes against the Sarkozy-Lagarde reforms. Former governments have caved as Bastille-storming specters rose.
Not this time, insists Lagarde. "We certainly have the resolve to see reforms through," she says. "A significant majority voted in support of a reform program that was completely advocated, advertised, trumpeted."
France, she suggests, is changing in the image of a president whose approach "is not being constrained by rules, principles, protocol, straitjackets."
The country, long hung up in a left-bank bubble filled with quaint notions of reversing globalization, now wants "to take advantage of a globalized world, rather than be defensive."
To which I say, Hallelujah. Without a dynamic France, Europe cannot be revitalized, and a Europe in a Gallic funk is bad for everyone. If an overbearing America has been a problem, an underperforming Europe has been its complement.
Better European performance, Lagarde thinks, is linked to exchange rates. "There is a competitive disadvantage in having a strong euro, versus a relatively weak yen, a deliberately weak yuan and a low dollar," she says ahead of a G-7 meeting this week.
Another problem Lagarde faces is with a potential insider trading scandal at the European Aeronautic Defense and Space Co. (EADS), the partly state-owned parent to Airbus whose stock plunged after delays in the A-380 super-jumbo. She insisted there had been no government wrongdoing.
Still, small shareholder losses incurred as executives cashed in, and the impression of a cozy relationship between private and state capital, will not help Lagarde in her revolutionary efforts.
This revolution, she insists, must begin in the French head. Lagarde has become the anti-Descartes by declaring the French should think less to work more.
"What has escaped my critics," she says with a smile, "is that clearly before action, there must be thinking. But we have been splitting hairs and talking about the sex of angels for long enough. We know the solutions to all our evils. So let's roll up our sleeves."
Hallelujah - and, as we Anglo-Saxons say, Vive la France!
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Non seulement Christine Lagarde, ministre des Finances de la France, est prête à renoncer à sa langue maternelle, mais elle est, dit-elle, "heureuse de le faire en anglais" - et avec cela, aussitôt, elle déclare dans un anglo-saxon sonnant et trébuchant : "Nous essayons de modifier le psychisme du peuple français à l'égard du travail."
Une tâche désespérée, diront certains. Dans l’âme gauloise réside très profondément l'idée que le travail est une exploitation, une machination mise au point par des barons américains voleurs, toujours mieux réglementé, minimisé et compensé par des heures d’oisiveté. La disparition de l'Union soviétique a laissé la France à la tête de l’école de lutte contre le capitalisme.
Mais Lagarde, 51 ans, grande et saisissante, n'est pas connue comme "l'américaine" pour rien. Imaginez-la comme le visage d’une nouvelle France, qui tourne la page après la gueule de bois de la Guerre Froide. Le surnom reflète ses compétences linguistiques, ses antécédents en tant que cadre de haut vol pour Baker & McKenzie, cabinet d'avocats, et sa franchise héritée de Chicago.
Dans une interview, Lagarde revient sur ce que plus de deux décennies passées dans une société américaine lui a enseigné: "Plus vous passez d’heures au travail, plus vous facturez, et plus vous pouvez générer de profits pour vous-même et votre entreprise. C’était cela, le mantra ."
Le mantra équivalent dans la bureaucratie française pourrait être : Moins vous passez d’heures à travailler, plus vous prenez de vacances, plus vous avez le temps de râler sur l'état de l'univers, et vous vous sentez intelligent, en particulier en comparaison à ces dingues accros aux travail de l’autre côté de l'Atlantique qui n’ont même pas le temps de jouer aux boules.
Alors Lagarde, nommée il y a quatre mois par le président Nicolas Sarkozy, est consciente qu'elle doit faire face à un grand défi: "Ce qui était vraiment frappant pour moi quand je suis rentrée de Chicago en 2005 a été que la loi sur la semaine de 35 heures soit passée dans les mœurs, ce qui, je crois, a produit des effets désastreux."
Quels effets? "Les gens ne parlaient plus vraiment de leur travail. Ils parlaient de leur long week-end."
Le but de Lagarde, dit-elle, est de réduire de façon chronique le chômage, élevé en France – aux alentours de 8% - pour le ramener à 5% d'ici 2012, et d'augmenter la proportion de la population active de 63% à 70%. Réhabiliter le travail est l’élément central de cette ambition.
Les réductions d'impôt, la cessation des allocations de chômage pour les personnes refusant plus de deux offres d'emploi, des départs à la retraite plus tardifs, des incitations à travailler plus de 35 heures, un débroussaillage de la bureaucratie liée à la recherche d'emploi et l'amélioration de la formation professionnelle figurent parmi les mesures adoptées ou envisagées. Un renversement de la loi des 35 heures est possible.
"Je pense que nous devons la contourner", dit Lagarde à propos de cette loi. "Pour prouver que ce n'est pas un principe sacré, et qu’il peut être modifié, diversifié, atténué, et éventuellement inversé."
Non sans lutte, cependant. Les travailleurs français seront dans la rue jeudi pour ce qui sera probablement l'une des nombreuses grèves contre les réformes Sarkozy-Lagarde. Les gouvernements précédents ont cédé lorsque le spectre de la prise de la Bastille se dressait.
Pas cette fois, insiste Lagarde. "Nous devons mener les réformes jusqu’au bout", dit-elle. "Une grande majorité a voté en faveur d'un programme de réforme qui avait été entièrement annoncé, clamé, claironné."
La France, suggère-t-elle, est en train de changer à l'image d'un président dont l'approche "n’est pas entravée par les règles, les principes, le protocole, les camisoles."
Le pays, longtemps enfermé dans une bulle de gauche nourrissant l’idée pittoresque d’inverser la mondialisation, veut désormais "prendre à son avantage un monde globalisé, plutôt que de rester sur la défensive."
Pour ma part, je dis Hallelujah. Sans la dynamique française, l'Europe ne peut pas être revitalisée, et c’est mauvais pour tout le monde. Si une Amérique dominatrice a été un problème, une Europe trop discrète a été son complément.
De meilleures performances européennes, pense Lagarde, sont liées aux taux de change. "Il y a un désavantage concurrentiel à avoir un euro fort, contre une relative faiblesse du yen, un yuan délibérément faible, et un dollar bas", dit-elle en prévision d'une réunion du G-7 cette semaine.
Lagarde doit aussi faire face à un autre problème, celui d’un potentiel scandale lié à un délit d’initiés à l'European Aeronautic Defense et Space Co. (EADS), à savoir la partie d’Airbus appartenant à l'Etat, Airbus dont l’action a plongé après les retards de livraison du géant A-380. Elle insiste sur le fait que le gouvernement n’est en rien fautif.
Néanmoins, les petits actionnaires ont subi des pertes pendant que les cadres encaissaient, et l'impression d'une relation complice entre le capital privé et l'État ne va pas aider Lagarde dans son action révolutionnaire.
Cette révolution, insiste-t-elle, doit commencer à la tête de la France. Lagarde est devenue l’anti-Descartes en déclarant que les français devraient penser moins et travailler davantage.
"Ce qui a échappé à ceux qui m’ont critiqué, dit-elle dans un sourire, c'est que évidemment, avant l'action, il faut penser. Mais nous avons pinaillé et discouru du sexe des anges assez longtemps. Nous connaissons la solution à tous nos fléaux. Donc, retroussons nos manches."
Hallelujah - et, comme nous le disons nous Anglo-Saxons, « Vive la France ! »
10:30 Publié dans Affaires Etrangères, Journalisme, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roger cohen, christine lagarde, international herald tribune
12.10.2007
DOMINIQUE SOPO VS ERIC ZEMMOUR : AU COEUR DE LA POLEMIQUE
Vous aimez les franches empoignades? Les débats bien musclés, avec des vrais coups qui font mal, comme dans Fight Club? Alors vous aimerez cette confrontation, qui parce qu'elle touche à l'un des sujets les plus cruciaux de notre époque, à l'un des défis les plus essentiels de notre société, mérite d'être abordée à la Paul Amar. Ben oui, soyons lourd jusqu'au bout, quoi...
Donc : à ma gauche, Dominique Sopo, président d'SOS Racisme, qui s'exprimait dans le Monde du 29 septembre dernier.
A ma droite, Eric Zemmour, journaliste et essayiste, qui lui répond dans l'édition du 12 octobre.
Bon match Bonne lecture.
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D'une époque à l'autre, par Dominique Sopo
Il y a comme ça des moments qui sont plus parlants sur l'air du temps que bien des thèses et des analyses savamment exposées. Un de ces moments se déroula le dimanche 23 septembre, sur France 5, dans l'émission "Ripostes". Sujet : l'immigration et le projet de loi en discussion au Parlement que l'auteur, le ministre de l'immigration, était invité à défendre sur le plateau. Face à Brice Hortefeux : Philippe Val, Patrick Weil et Christiane Taubira. Au côté du ministre un journaliste dont la pensée réactionnaire lui assure le statut de "bon client" des plateaux télé : Eric Zemmour.
On le connaissait. C'était lui qui, il y a peu, pensait avoir eu le courage inouï - téméraire ? - de dénoncer la prise de contrôle de nos modes de pensée par les homos et les bonnes femmes. Tout heureux d'échapper à la mort que de si redoutables adversaires risquaient de lui infliger - gloire soit rendue à son courage physique et intellectuel -, notre homme, d'émission en émission, s'enfonça avec toujours plus d'assurance dans le cul de basse-fosse de la réaction. Ainsi va notre tonton bégueule, celui qu'on laisse délirer pendant les repas de famille du dimanche, tantôt en souriant de ses propos, tantôt en en éprouvant quelque gêne.
Mais ce tonton, il est toujours excusé, car on sait quel est son problème : il a peur. Et, tout comme notre tonton, Eric Zemmour a peur. Peur du temps qui passe. Peur des valeurs qui foutent le camp. Peur du monde tel qu'il va. Et comme tout homme qui a peur, Eric Zemmour a besoin de débusquer ceux qui lui causent de tels tourments. Les gonzesses et les pédés donc, c'est déjà entendu. Mais, à l'occasion de l'émission "Ripostes", M. Zemmour a rajouté une ligne à sa liste : les immigrés qui ont l'avantage d'être de bons boucs émissaires pour les réactionnaires contemporains qui se réfèrent à l'"avant".
L'"avant" d'une France où les homos se cachaient ou se mettaient des plumes dans le cul - ce qui permettait de ne pas les voir ou de pouvoir les éviter. L'"avant" d'une France où les femmes langeaient et élevaient gentiment leur progéniture. L'"avant" d'une France où les Arabes et les Africains avaient le bon goût d'en être éventuellement partie prenante, mais toujours dans le cadre circonscrit de l'espace colonial. Mais, pour M. Zemmour, rien ne va plus avec les immigrés. Car les immigrés - Africains et Algériens, précisa-t-il - contractent des mariages qui renvoient à une réalité quasi unique. Non pas l'amour ! Non, pour M. Zemmour, un immigré qui se marie n'est pas amoureux, il est fraudeur. Et la sentence est définitive : "La réalité des mariages aujourd'hui, c'est un nombre incalculable de mariages arrangés pour obtenir des papiers à des gens en Algérie, en Afrique." Et puis à cause des immigrés, nous apprit M. Zemmour, "la barbarie identitaire, elle est déjà là dans les quartiers, dans les banlieues".
Mais le cas de M. Zemmour ne serait pas intéressant s'il se réduisait à la seule analyse d'un personnage qui pense que le nec plus ultra du courage intellectuel consiste désormais à dire tout haut ce que Jean-Marie Le Pen pense tout haut. Le cas Zemmour est intéressant, car il est le symptôme d'un changement d'époque. Car que représente très exactement la décomplexion de M. Zemmour ? Elle représente le retour sur le devant de la scène des peureux, des rancis et des paranoïaques, tous ceux qui, depuis vingt ans, ont souffert le martyre de l'antiracisme à cause de qui on ne pouvait plus dénoncer les-bougnoules-qui-viennent-jusque-dans-nos-bras-égorger-nos-baguettes-et-notre-saucisson.
Et à côté, que voit-on ? Un corps social qui regarde presque sans broncher une poignée de députés extrémistes instaurer l'identification génétique des enfants d'immigrés et l'officialisation rampante mais certaine de l'ethnicisation des problèmes sociaux à travers la première étape que constitue la légalisation des statistiques fondées sur les "origines ethniques et raciales". Une société atone face à ces mêmes événements. Des compagnons de route des luttes antiracistes silencieux. Mais un silence cohérent avec ce changement d'époque. Pas très grave. Après tout, n'est-il pas temps pour de nouvelles générations d'entrer en scène et de s'indigner ? Pour ces nouvelles générations aussi, une nouvelle époque doit commencer.
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Immigration : le réel interdit, par Eric Zemmour
Il a posé sur son petit bureau ses petites armes de petit flic de la pensée. Il a tiré, dans Le Monde du 29 septembre. Mollement. "Réactionnaire", dit-il ; et puis, "il parle comme Le Pen" ; et puis encore "il a peur, Zemmour". La routine. Dominique Sopo n'est pas très inventif. Pauvre Sopo, présidence de SOS-Racisme, ça eût payé. Jadis entre Coluche et Simone Signoret ; désormais médiocre collecteur de subventions, et gendarme sifflant les "dérapages sur l'immigration". Gendarme de Saint-Tropez.
Même pas peur ! Les temps changent. Il s'en plaint. Comme un vulgaire réactionnaire. Mais un réactionnaire préfère les chansons d'Aznavour et Brel à celles de Joey Starr ou Cali. Les rentrées littéraires avec Aragon, Mauriac, ou Jacques Laurent, plutôt qu'avec Christine Angot ou Amélie Nothomb. Déteste l'architecture de l'après-guerre. Donnerait trente années de FIAC pour un seul tableau de Vermeer. Ne croit pas que "le niveau monte à l'école". N'associe pas spontanément le "langage caillera" à Rimbaud. Ne s'extasie pas devant les familles recomposées. A la nostalgie du temps où la France était "la grande nation". Bref, un réactionnaire est un homme sans goût ni raison qui mérite les camps de rééducation. Un criminel.
On peut le rassurer, Sopo en est loin. Sa pensée est simple, voire tautologique : ce sera mieux demain. Pourquoi ? Parce que ce sera demain. Sopo est un progressiste. On allait dire à l'ancienne. Mais on ne voudrait pas le vexer. Sopo ne s'est pas aperçu que la religion du progrès était morte dans les tranchées de 1914. Il n'a qu'un siècle de retard. Sopo ne sait pas qu'on a lu Pierre-André Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n'était que le successeur du communisme, avec les mêmes méthodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les années 1930. "Tout anticommuniste est un chien", disait Sartre. Tout adversaire de l'antiracisme est pire qu'un chien. En tout cas, dit Sopo, ne devrait pas être invité à la télé. La télé, c'est important pour Sopo. C'est vrai, on ne l'y voit pas assez. Amis producteurs, faites quelque chose !
Pendant vingt ans, l'antiracisme, Sopo le reconnaît lui-même, a régné en maître sur nos esprits. Alors, faisons son bilan. Le multiculturalisme qui remplace l'assimilation ; l'ethnicisation des questions sociales plutôt que la lutte des classes ; la déconstruction du roman national remplacé par la concurrence victimaire ; la haine institutionnalisée de la France autour de la figure totémique de Dupont Lajoie.
IDIOTS UTILES DU CAPITALISME
L'antiracisme fut le rideau de fumée qui occulta la soumission socialiste aux forces libérales. Les antiracistes ont avec la finance internationale un point commun essentiel : le refus des frontières. Avec les progressistes de tout poil, ils ont détruit les derniers obstacles à la toute-puissance du marché : famille traditionnelle, nation, Etat. Les premiers servent les intérêts de la seconde. Idiots utiles du capitalisme.
Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l'immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d'état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l'étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L'amour, bien sûr Sopo !
En vérité, c'est l'échec de l'intégration qui nourrit l'immigration d'aujourd'hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s'ignorent ou se détestent : "Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans". Et l'insulte suprême est : "Sale Français !" Les enfants juifs sont interdits d'école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s'affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l'oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l'a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy.
Mais tout cela n'existe pas. Vous avez rêvé, braves gens. Tout va très bien, Madame la Marquise. C'est Dominique Sopo qui vous le chante. En lisant Sopo, j'ai compris que je n'étais qu'un prétexte. Sopo en veut au peuple français d'avoir voté pour des "députés extrémistes" (il parle d'élus UMP, pas de chemises brunes). Et aussi sans doute, un président extrémiste. Il reproche surtout aux "compagnons de route antiracistes" de rester silencieux. C'est triste de se retrouver seul. Mais peut-être les compagnons de route sont-ils sidérés par cette réalité que je décrivais à gros traits. Naïveté stupide de réactionnaire borné.
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A propos de l'immigration, et des débats actuels, voici l'avis de la sacro-sainte opinion, lu sur lefigaro.fr - qui au passage renseigne sur l'efficacité des divers procès sémantiques :
Le premier ministre a dénoncé plusieurs fois les « polémiques » autour du projet de loi Hortefeux, avec l’expérimentation de tests ADN, « polémiques qui ont grossi jusqu’au ridicule un détail, en masquant l’essentiel : qu’elle rendait à la France le droit de choisir son immigration ». Des propos et un « détail » que 64 % des Français ne trouvent pas choquants, contre 35 % pensant l’inverse.
Le clivage politique sur l’immigration apparaît très marqué. Les électorats de la gauche non socialiste et de Ségolène Royal rejettent ces propos à 65 et 73 %, tandis que les soutiens de François Bayrou adhèrent à 60 %, ce chiffre atteignant 98 % chez les sarkozystes et 88 % parmi les partisans de Jean-Marie Le Pen.
Trois-quarts des Français, dont une majorité à gauche, pensent que ce projet de loi favorisera la lutte contre l’immigration et le travail clandestin. De même, ils sont 57 % à penser que ces mesures permettront une meilleure intégration des immigrés en France.
69 % des Français souhaitent aussi que l’Etat fixe chaque année un nombre d’immigrés autorisés à s’installer en France selon leur profession. Un nombre équivalent de sondés exigent la limitation du regroupement familial aux personnes qui maîtrisent déjà la langue française, ou aux personnes ayant un revenu équivalent ou supérieur au Smic.
Quant aux tests génétiques pour s’assurer de la filiation des enfants et lutter contre la fraude dans le cadre du regroupement familial, ils sont approuvés à une nette majorité de 56 %. Le jugement des Français semble clair, d’autant que 85 % d’entre eux estiment que les sans-papiers ne doivent pas pouvoir bénéficier du droit opposable au logement.
08:08 Publié dans Journalisme, Polémique, Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique sopo, eric zemmour, le monde, immigration, reactionnaire
11.10.2007
MARIANNE : KAHN SUR LE DEPART ?
J'apprends via Crise dans les médias que dans un billet qu'il a depuis retiré de son blog (sans qu'il soit pour autant inaccessible), Renaud Revel avait annoncé le départ de Jean-François Kahn de Marianne. A confirmer, toutefois :
Jean-François Khan vient de quitter sur la pointe des pieds le navire de Marianne, laissant la barre de cet hebdomadaire à ceux qu’il avait embarqué dans cette aventure, après qu’il ait fait le succès de ce journal. Pas un mot, pas une ligne dans les colonnes de cet hebdo, et ailleurs, pour saluer le parcours de ce journaliste échevelé qui fit, en compagnie de Philippe Tesson et d’autres, la renommée de journaux comme Les Nouvelles Littéraires ou Le Quotidien de Paris.
Toujours actionnaire, à l’heure qu’il est, de « son » hebdomadaire, JFK cherche depuis des mois à revendre ses parts. Mais en vain, aucun investisseur n’ayant voulu les racheter au prix fixé (jugé encore trop cher). Khan a donc regagné la pénombre et l’anonymat pour entamer une « retraite bien méritée », comme l’on dit dans pareille circonstance. Pour la petite histoire, on m’a raconté cette anecdote cruelle, qui en dit plus que tout sur l’attachement viscéral qui liait JFK à son métier de journaliste : jusqu’à ces derniers jours, l’homme a tenté de faire publier dans les colonnes de l’hebdomadaire qu’il dirigea quelques dernières chroniques ou éditos. Mais en vain, les nouveaux patrons de Marianne ayant décidé de tourner définitivement la page.
Et pour que les choses soient plus claires encore, JFK s’est vu couper l’abonnement de l’Agence France Presse, dont il disposait à son domicile, de longue date. Ce fil d’informations qui coule à jet continu et dont JFK s’abreuvait quotidiennement, depuis plus d’un demi-siècle a donc été interrompu.

Etonnant. Jean-François Kahn, ce journaliste si modéré, si professionnel dans sa façon de collecter ses informations, si objectif - ce n'est pas lui qui, par exemple alignerait la ligne de sa rédaction sur un candidat à la présidentielle ! Comment se fait-il que ces qualités dont il a tant fait la preuve ne soient pas reconnues? Inouï.
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Rajout de 18h15 :
En fait il semblerait que dans l'histoire ce soit Renaud Revel qui - une fois de plus - qui se soit planté. D'où la suppression de l'article en question. En tout cas, c'est la version de Marianne :
Une « rumeur » est partie du blog de Renaud Revel, journaliste de L'Express, laissant croire que Jean-François Kahn a « quitté sur la pointe des pieds le navire de Marianne ». Certains Mariannautes semblent s'en inquiéter. En réalité, cette contre-vérité mérite peu de commentaires. Renaud Revel a lui-même effacé de son blog le texte qu'il avait rédigé, puisqu'il était faux, et non « par souci d'apaisement » comme on peut le comprendre à la lecture d'un autre article publié sur agoravox mais parce que les preuves lui ont été fournies que ces assertions sur la « censure » dont serait victime JFK sont nulles et non avenues. Il nous paraît particulièrement grave qu'un journaliste se prétendant professionnel c'est à dire soucieux, dans tout article, de croiser les informations, de les vérifier, avant de les publier, persiste, signe, après avoir lui-même reconnu son erreur. Et les lecteurs de Marianne pourront lire, dès samedi, les positions de JFK dans leur journal préféré dans le cadre d'un débat avec Bernard-Henri Lévy.
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Rajout du 12/10/07 :
Suite du feuilleton : Renaud Revel met les choses au point sur son blog ce jour, et s'explique :
Protestations unanimes, volées de bois vert, coups de fils enflammés…la publication sur ce blog d’un articulet évoquant le départ sur la pointe des pieds de Jean-François Kahn de Marianne, dont il est le fondateur, a déclenché une mini-tempête au sein de l’hebdomadaire. Un à un, les responsables de la rédaction du magazine ont tenté de me démontrer que tout cela n’était qu’un tissu d’inexactitudes et que JFK n’était pas « off », mais bien « in ». Par confraternité ( je compte au sein de ce journal quelques amis et d’anciens compagnons de route dans différents journaux), et par souci d’apaisement, j’ai aussitôt décidé de supprimer de ce blog ces quelques lignes, après en avoir débattu en toute quiétude, à L'Express avec Christophe Barbier, notre JFK local. Sur le fond, maintenant: j’avoue, très sincèrement, avoir été ébranlé par la somme des arguments de mes interlocuteurs de Marianne. « Non, Kahn n’a pas été mis au rancard, puisqu’il signe un papier cette semaine et que Marianne s’apprête à lui consacrer un numéro, à l’occasion de la sortie de son dernier livre ». « Non, JFK ne cherche pas à vendre ses parts de l’hebdomadaire. Lié par un pacte d’actionnaires, il lui est aujourd’hui impossible de rompre avec ce journal, tant qu’un accord n’aura pas été trouvé avec ceux qui détiennent, à ses côtés, une partie déterminante du capital de Marianne ». La recomposition du tour de table de ce journal, pourtant à l’ordre du jour depuis des mois, ne serait donc pas entré dans une phase décisive, loin s’en faut. Et l’avenir de JFK, qui préside toujours, m’assure-t-on, le conseil d’administration de ce titre, un faux problème. Dont acte. Ai-je été mal inspiré ? Mal « tuyauté » ? Toujours est-il que je retire les allégations publiés, jeudi, sous ma signature. Avec néanmoins la promesse de revenir vers vous, chers lecteurs, si d’aventure - qui sait… - les informations fantasmagoriques que je livrai précédemment venaient un jour à se vérifier. A l’instant « T », en tous les cas, force est de d’admettre que l’insubmersible JFK est toujours là !
13:10 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean françois kahn, marianne, renaud revel
10.10.2007
LES DEPUTES, JOURNALISTES D'UN JOUR AUX ECHOS
J'étais passé complètement au travers de l'événement - même Crise dans les médias n'en a pas parlé : la honte ! ;-) - et c'est par le blog de Patrick Devedjian que j'en découvre l'existence :
Les Echos avaient invité, aujourd’hui dimanche, 80 parlementaires de toutes sensibilités politiques à venir rédiger leur journal de demain, en toute liberté cela va de soi.
Les hommes politiques et les journalistes vivent les uns à l’égard des autres une situation de frustration permanente : les hommes politiques ont le sentiment que les journalistes ne donnent pas une image exacte de la réalité ; et les journalistes pensent que les responsables politiques ne leur disent pas toute la vérité et qu’il leur appartient de la découvrir malgré eux.
Pour nous, l’exercice consistait à se mettre à la place de l’autre avec ses contraintes et en s’efforçant à l’objectivité, c’est-à-dire en prenant du recul sur ses propres convictions.
C'est une initiative intéressante, je trouve. Le site du journal permet de visionner une vidéo sur cette journée particulière, à laquelle ont quand même participé 80 députés - c'est presque plus qu'à une session parlementaire non télévisée !
Si j'ai bien compris, le sujet que chacun avait à traiter était tiré au sort. Patrick Devedjian est ainsi tombé sur la taxation des stocks options, et François Hollande... sur Bernard Laporte. Et non, je ne commenterai pas le fiel qui transpire au travers de l'humour, de la part de quelqu'un qui a oublié depuis si longtemps le goût de la victoire nationale... et qui ne peut s'en prendre qu'à lui :
Laporte savait qu'avec un nom pareil on ne lui pardonnerait rien. En cas d'élimination, le scénario était déjà écrit par ses innombrables ennemis avec les jeux de mots faciles qu'avec un tel patronyme il avait pris tant de fois sur les doigts. Son costume ministériel serait devenu sa première veste. Lui, si discret, était donc devenu prudent. Lui, si torrentiel, pratiquait le goutte à goutte. Lui si sûr de lui était devenu comme son ballon, ovale, ne maîtrisant plus son rebond.
Car jusqu'à ce sinistre match contre l'Argentine, tout avait réussi à l'enfant de Rodez, rentré dans la mêlée à Gaillac pour ressortir champion à Bègles. Entraîneur du Stade français puis des Français eux-mêmes depuis 1999 pour finir "à l'ouverture", dans un ministère que son "grand homme "préféré lui avait offert, dans une pochette surprise, un soir d'euphorie électorale où l'on croit qu'il n'y a plus de frontière entre un terrain de rugby et le champ démocratique. Alors, un moment, il avait pensé que ce parcours glorieux pouvait filer très loin derrière l'en-but comme un ballon mort. Déchirés les 16 contrats de pub, oubliés les spots radio prononcés avec l'accent pour faire manger du jambon sans origine contrôlée, reporté le rêve étrange de croiser Roselyne Bachelot dans un palais officiel. Resterait dans le meilleur des cas le prêt de son image à une pâtée pour chiens. Terrible destin pour le Rastignac de Gaillac.
Alors quand le coup de sifflet final a consacré la victoire, quand les Gris sont devenus des fantômes, quand les Bleus ont rougi de bonheur, avant d'affronter la Rose samedi prochain, Bernard Laporte s'est dit qu'il était décidément béni des Dieux du Stade. Mais pour la première fois de sa vie, plutôt que de fanfaronner, de déclamer, de dénoncer, il s'est montré altruiste, modeste, parcimonieux. Bref, il a compris qu'il y a des victoires qui en appellent d'autres, que rien ne lui sera pardonné sauf la victoire, que le plus dur est à venir. Et que le plus sage c'est de rester à sa place.
A noter aussi cette phrase de Devedjian, qui conclut son billet ainsi :
Et je me suis demandé si cela ne vaudrait pas la peine un jour, de confier pendant 24 h la direction de nos partis politiques à des journalistes qui à leur tour se mettraient à notre place…
Euh... d'une part je ne suis pas certain de l'innovation en la matière - certains le font à longueur de pages - et d'autre part, faites quand même gaffe... Vis ma vie, c'est bien, mais quand le choc psychologique est trop grand, on aboutit à des catastrophes... voire même à des névroses exhibitionnistes.
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Toujours dans les Echos, une enquête nous apprend ceci :
A une semaine du mouvement social du 18 octobre, lancé par les syndicats de la SNCF et de la RATP sur les régimes spéciaux et les fédérations de fonctionnaires, le premier « test » social pour l'exécutif n'apparaît pas trop devoir l'inquiéter. La mobilisation est jugée justifiée par 43 % des Français (et injustifiée par 53 %), selon le baromètre mensuel BVA-BFM-« Les Echos »-The Phone House, un chiffre historiquement bas pour une population qui a toujours beaucoup goûté la grève « par procuration ». « De mémoire de BVA, jamais une manifestation nationale n'avait reçu le soutien de moins de 50 % des personnes interrogées », relève Gaël Sliman, directeur délégué de BVA, même si une tendance à la baisse s'observait ces dernières années.
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Enfin, sans rapport direct avec le billet du jour, à lire cet article du monde.fr, sans concession mais très intéressant, sur les rapports entre François Fillon et Nicolas Sarkozy, "Un si parfait tandem".
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Rajout de 11h45 : à lire aussi, en matière de politique internationale et d'armement, cet autre article excellent de Laurent Zecchini - décidemment ! - toujours dans lemonde.fr, à propos des discussions actuelles entre la France et l'OTAN. Pour mémoire, c'est lui qui avait aussi écrit sur le réveil de l'armée russe.
08:55 Publié dans Journalisme, Parlement | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les echos, deputes, patrick devedjian, françois hollande
29.09.2007
"Aung San Suu Kyi, m'a dit : 'Nous gagnerons... pacifiquement'" par Patrick Poivre d'Arvor
Lu sur lefigaro.fr
Alors qu'a Rangoun les manifestations se multiplient contre la junte militaire au pouvoir, le journaliste de TF1 évoque sa rencontre avec cette femme, prix Nobel de la paix, toujours entre prison et résidence surveillée.
C'est l'un des plus beaux pays du monde. C'est aussi l'un des plus liberticides, des plus répressifs. Par trois fois, j'ai pu m'y rendre, avec un visa de touriste, en cachant soigneusement ma profession de journaliste et tous les instruments qui pouvaient la rappeler. C'est la toute première fois que j'ai pu rencontrer l'icône absolue de tout un peuple, l'honneur des femmes libres : Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix il y a déjà seize ans. Depuis, tout nouveau contact m'a été interdit.
Par des subterfuges qu'il n'est pas utile d'évoquer pour ne pas donner de mauvaises idées à ses geôliers, j'ai pu me glisser, seul, à l'intérieur de la vaste maison qui lui sert aussi, hélas, de résidence surveillée. J'avais dissimulé dans mon bas de pantalon une minuscule caméra que je lui laissai, en sortant, pour son usage personnel - mais a-t-elle eu vraiment le temps de s'en servir avant qu'on la lui confisquât ? - et je repartis avec la bande vidéo cachée dans ma chaussette. Elle m'accueillit comme une femme du monde qui recevrait en son domicile, avec une exquise urbanité, me servant le thé comme on le faisait dans les romans de Somerset Maugham et engageant la conversation comme si de rien n'était. Comme si elle n'avait pas gagné les élections six ans auparavant avec la Ligue nationale pour la démocratie, avant que la junte militaire, au pouvoir depuis 1962, ne s'assoie avec morgue sur les urnes et sur le choix du peuple.
Un régime moyenâgeux
J'étais d'abord chargé de lui donner des nouvelles de son mari anglais, gravement malade, qui vivait à l'étranger. A cette époque, les dictateurs avaient exercé sur elle un ignoble chantage : on vous permet d'aller à son chevet en Thaïlande, mais on ne vous garantit pas le retour en Birmanie. Elle refusa. Son mari mourut quelques mois plus tard sans qu'elle ait jamais eu l'occasion de le revoir. Elle l'aimait follement - elle me le dit avec pudeur - mais cet amour fut amputé de longues années. C'est dire si sa détermination, déjà extrême à l'époque, devint implacable. Elle en voulait beaucoup à ce moment-là à la firme Total qui commerçait abondamment dans son pays en construisant un oléoduc sans jamais demander aux autorités des contreparties humanitaires, mais, plus tard, elle mit un peu d'eau dans son vin. Le rapport Kouchner, commandité par la société pétrolière, y fut peut-être un peu pour quelque chose. Ironie du sort, les manifestations qui se succèdent aujourd'hui, à Rangoun et à Mandalay, ont pour objet premier la hausse de l'essence...
En me raccompagnant, elle m'offrit un simple carré d'étoffe qui plus jamais ne me quitta et, de sa voix douce, elle me dit : « Nous gagnerons. » - un silence - « Pacifiquement.» Puis elle salua la foule massée comme chaque mardi devant sa villa. Des vivats retentirent, et ils étaient courageux tant la présence des militaires et surtout des petits hommes gris en civil était prégnante.
Depuis cette visite, je crois qu'elle ne vit plus aucun journaliste, du moins officiellement, et pendant quatre ans, elle ne fit plus aucune apparition publique. Dimanche dernier, pour la première fois depuis 2003, elle est sortie de sa résidence et, les larmes aux yeux, elle a salué les manifestants.
Il ne faut pas oublier que ce régime moyenâgeux, conduit par un vieillard autocrate, le général Than Shwe, et théorisé par un xénophobe, Maung Aye, n'a pas hésité à mater brutalement un soulèvement populaire - déjà contre la vie chère - en 1988 : 3 000 morts à Mandalay, grand centre spirituel. Ne pas oublier non plus que croupissent en prison des milliers d'opposants politiques, à l'image du journaliste Win Tin, 75 ans, que je parraine au nom de TF1 et de Reporters sans frontières, et qui est emprisonné depuis maintenant dix-huit ans ! Il est accusé d'avoir « rédigé des pamphlets incitant à la trahison contre l'Etat ». Il y a dix ans, Saya, « le Sage », comme l'appellent ses codétenus, a écopé d'une peine supplémentaire de sept ans pour « possession de feuilles et d'un stylo » ! C'est le supplice que l'on inflige à l'ancien président de l'association des écrivains birmans... Depuis 1989 - bicentenaire de la Révolution en France -, il n'a pas le droit d'écrire, d'écouter la radio ou de discuter avec ses compagnons de cellule. Les généraux birmans le laissent mourir à petit feu et le transfèrent à l'hôpital de Rangoun dès que son état de santé se dégrade, pour éviter un nouveau scandale. Et, il y a dix ans, il a été isolé pendant cinq mois dans le chenil de la prison !
Voilà donc le régime que soutient effrontément la Chine, qui va accueillir les Jeux olympiques l'été prochain sous les yeux de milliers de journalistes. Voilà le régime que, dans l'indifférence absolue de l'Occident, on laisse prospérer au prix de la liberté piétinée et de la démocratie bafouée. Libérez Aung San Suu Kyi !
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Sur le même sujet, lire l'édito de Pierre Rousselin dans le Figaro, ou encore la tribune de Renaud Egreteau dans le Monde.
08:50 Publié dans Affaires Etrangères, Journalisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : aung san suu kyi, birmanie, dictature, droits de l'homme, patrick poivre d'arvor
15.09.2007
DEFICIT PUBLIC : APHATIE EN A MARRE...
Jean-Michel Aphatie exprimait vendredi son ras-le-bol concernant l'absence de maîtrise des dépenses publiques :
Les pouvoirs publics, les partenaires sociaux, s'avèrent incapables, depuis si longtemps, de maîtriser les dépenses de santé, de réguler les activités des médecins, de dominer un problème qui est posé à la collectivité de façon de plus en plus pressante. Alors, on fait le tour : qu'est ce qui n'est pas taxé dans la société d'aujourd'hui? Qu'est-ce qui échappe à la voracité de la fiscalité? Les stock-options? La belle affaire! Taxons, taxons, stock-options, ça rime avec patrons! Qui donc se plaindra? Qui donc les plaindra?
Tout est faux dans le raisonnement. On taxe parce qu'on ne plus maîtriser, on taxe parce que l'on n'a pas le courage de réformer. Taxons donc tout ce qui bouge. un jour, tout sera immobile.
Ce sujet, qui rejoint celui de la dette publique, je le trouve souvent abordé avec légèreté, voire résignation. Or il devrait légitimement engendrer une angoisse source de mesures concrètes. Vu que je suis loin d'être un expert de la chose, je me suis documenté. Veuillez excuser la pauvreté de mes commentaires, je m'informe plus que j'analyse.
Déjà en septembre 2005 Alain Lambert définissait ainsi l'action publique :
Le char de l'action publique en France est tiré par 4 chevaux : l'Etat, les Administrations de Sécurité Sociale, les Collectivités Locales et les organismes divers (ODAC). La quantité d'avoine consommée par chacun de ces chevaux en 2005 est, à grands « traits », est prévue pour :
l'Etat à 380 milliards d'euros ; les Administrations de sécurité sociale à 420 milliards d'euros ; les Collectivités locales à 187 milliards d'euros ; les Organismes divers (ODAC) à 60 milliards d'euros ;De cette simple lecture, il résulte déjà clairement que vouloir maîtriser la consommation d'avoine du seul cheval « Etat » n'est pas à la hauteur du problème que rencontre cet attelage dont les chevaux consomment plus de 54 % des richesses produites par ceux qui les nourrissent (les Français) ! Le succès dépend de notre capacité à maîtriser la consommation des 4 chevaux tout en les faisant courir de plus en plus vite pour faire gagner l'attelage FRANCE !
Le même Alain Lambert rappelait de fait dès l'élection de Nicolas Sarkozy l'importance de mettre en place un Ministère des Comptes Publics - à la tête duquel se trouve Eric Woerth à l'heure actuelle :
Notre pays n'a pas le choix : il doit sans délai retrouver la pleine maîtrise de ses finances publiques, réduire sa dette, renouer avec un niveau de déficit public correspondant à sa capacité d'investissement, améliorer la performance de l'action publique. Ceci était inenvisageable, il y a quelques années, lorsque la seule bonne politique était celle dont les moyens augmentaient. La LOLF a changé la donne en introduisant la responsabilisation des gestionnaires, en fixant des objectifs et des indicateurs, en globalisant les moyens, en introduisant une culture de confiance et de compte rendu. Il nous faut maintenant franchir une nouvelle étape, qui passe par une vision globale des enjeux, comme le vieillissement, un partage des contraintes (à commencer par la dette) et des outils d'une nouvelle gestion publique.
Ce ministère des comptes publics permettrait de faire partager la stratégie des finances publiques, présentée à nos partenaires dans le cadre de l'Ecofin. Il réaliserait des arbitrages plus optimaux entre les formes et les niveaux de l'intervention publique : l'Etat n'aurait plus intérêt à reporter certaines charges sur d'autres administrations ou sur les générations futures ; inversement la politique des prélèvements obligatoires serait fixée globalement, et sans qu'une main ignore ce que fait l'autre main. Enfin, ce ministère des comptes publics accentuerait le travail réalisé par le rapprochement Budget et Réforme de l'Etat depuis 2005 pour lier étroitement maîtrise des finances publiques et modernisation des administrations : seule l'amélioration de la performance par des actions continues de modernisation permettra de retrouver durablement l'équilibre des comptes publics sans dégradation du service public.
Il n'empêche que la France reste attendue par l'Europe sur ces sujets, ainsi que le rapportait Yahoo! ce 14 septembre :
La ministre de l'Economie française Christine Lagarde détaillera vendredi les grandes orientations économique et budgétaire de son pays sur le moyen terme devant l'Eurogroupe, qui réunit les ministres des Finances de la zone euro.
Nicolas Sarkozy s'y était engagé en juillet lorsqu'il était venu à Bruxelles expliquer son programme de relance, via une baisse des impôts notamment, et tenter de rassurer ses partenaires inquiets de la dérive des comptes publics de la deuxième économie de la zone euro. Il avait alors promis une mise à jour anticipée du programme de stabilité de la France, trois mois avant la date du 1er décembre normalement imposée aux Etats membres.
Dans un document communiqué dès mardi à la Commission, dont l'AFP a obtenu copie, la France confirme, malgré le ralentissement de la croissance, sa prévision de déficit public à 2,4% du produit intérieur brut fin 2007 et 2,3% fin 2008, comme M. Sarkozy s'y était engagé en juillet, contre 2,5% fin 2006.
Dans ce document, Paris révise par ailleurs à la baisse ses prévisions de croissance pour 2008 à 2,25% au lieu de 2,5% auparavant, "compte tenu des éléments d'incertitude pesant sur la conjoncture internationale". La France vise dans ce scénario de croissance un retour à l'équilibre des comptes en 2012 seulement. Les pays de la zone euro se sont engagés en avril à équilibrer leurs comptes publics à l'horizon 2010, mais M. Sarkozy avait demandé à ses partenaires la possibilité de repousser cette échéance à 2012, en fonction de la croissance. Et justement, sur ce terrain, l'horizon s'assombrit pour la France, avec l'impact de la crise financière de l'été et l'euro toujours plus fort qui pèse sur les exportations. Il a battu mercredi un nouveau record face au dollar.
Avant de se prononcer sur les prévisions de déficit, la Commission européenne "verra" ce que Mme Lagarde aura à dire à Porto, a dit mardi le commissaire européen chargé des Affaires économiques, Joaquin Almunia. Les ministres se pencheront par ailleurs au Portugal plus largement sur la crise du crédit à risque aux Etats-Unis et ses implications sur l'économie européenne.
Mardi, la Commission n'a que légèrement abaissé sa prévision de croissance 2007 pour l'ensemble des 13 pays de la zone euro à 2,5%, contre 2,6% auparavant. Pour la France, en revanche, la correction a été beaucoup plus nette, de 2,4% à 1,9%.
A ce propos, François Fillon s'est voulu vendredi rassurant :
La France tiendra ses engagements européens en matière de réduction des déficits publics et poursuivra son effort pour atteindre l'équilibre budgétaire dès 2010 "si la conjoncture le permet", au plus tard en 2012, a déclaré François Fillon.
"Nous avons pris, au plus haut niveau de l'Etat, des engagements devant nos partenaires européens. Nous les tiendrons", a assuré le Premier ministre à l'occasion des 16e Rencontres franco-allemandes, à Evian.Dès cette année, nous réduisons notre déficit budgétaire en pourcentage du PIB, alors que l'acquis de croissance sur les deux premiers trimestres est décevant. Les mesures décidées dans le cadre de la loi sur le Travail, l'Emploi et le Pouvoir d'achat, votée en juillet, ne font pas obstacle à la consolidation budgétaire", a-t-il souligné.
"En 2008, nous construisons notre budget sur une hypothèse de croissance prudente, une fourchette comprise entre 2 et 2,5%, et nous poursuivrons notre effort résolument pour rejoindre l'équilibre, dès 2010 si la conjoncture le permet, et en tout état de cause au plus tard en 2012", a-t-il ajouté.
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A lire aussi sur le sujet :
- Le dossier de l'Express sur la question
- Le chat du monde.fr avec Jean-Paul Fitoussi en janvier 2006
- Une tribune remarquable de Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi, respectivement président du Conseil d'analyse économique et président du Cercle des économistes, dans lefigaro.fr
- La partie du blog d'Alain Lambert consacrée à la LOLF
05:00 Publié dans Economie, Gouvernement, Journalisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : deficit, dette, jean michel aphatie
18.08.2007
QUAND LE PS SERT (SIC) LES DENTS...
Chers amis, je vais être cruel. Pardon d'avance. Mais il est des perles qui lorsqu'elles roulent sur le sol du paysage journalistique français méritent d'être ramassées, fût-ce dans un élan de malice assumée.
C'est en parcourant ce matin lefigaro.fr que je trouvai la plus belle d'entre elles, du moins à ma connaissance, polie par les soins du néanmoins illustre Nicolas Barotte. Plongé dans l'enjeu de la pré-rentrée de François Hollande, qui consciencieusement revient "une semaine avant Ségolène Royal, huit jours avant ses opposants, Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Gaëtan Gorce, et quinze jours avant le reste des socialistes", je découvris soudain cet extrait censé immortaliser, sous-titre à l'appui, le point de vue pertinent d'André Vallini, député de l'Isère :
" Vallini : « On sert les dents »
Le style Sarkozy déstabilise aussi. Il est fait, pour les socialistes, de communication et de « coup d'éclat permanent », selon la formule employée par Hollande en juillet. Mais les Français, pour l'instant, apprécient. « On sert les dents », soupirait le député de l'Isère, André Vallini, à la fin de la session parlementaire. « L'état de grâce va passer. Nicolas Sarkozy va se fatiguer et fatiguer les Français par son omniprésence. » "
"Comment, me dis-je dans un mouvement de candeur propre à l'état post-onirique dans lequel me trouve chaque soleil levant, serait-il possible qu'après avoir ramassé leurs dents lors des deux dernières échéances électorales nationales, les socialistes comptent les recycler lors des apéritifs du parti, dans le cadre d'une cérémonie symbolique confinant au cannibalisme autophage? Ou bien est-ce une nouvelle déclinaison de la métaphore propre aux fameux éléphants du parti, dont l'état des défenses émoussées aurait initié une naïve collecte d'ivoire naturel parmi les militants? "
Ce n'était rien de tout cela. Soupirons-en d'aise. Vous qui êtes mieux réveillés aurez compris qu'il s'agissait d'une banale - mais ô combien savoureuse - faute d'orthographe commise par le malheureux Nicolas Barotte qui, à l'heure où vous lisez ces mots, l'a peut être déjà corrigée. La conjugaison des verbes serrer (1er groupe) et servir (3ème groupe) étant homophone à la 3ème personne du singulier (serre / sert), ceci explique cela.
Félicitons-nous au passage de l'intuition de M. Vallini qui a su concentrer son analyse de la situation sur cette partie anodine de l'anatomie humaine. Une plus grande liberté d'illustration aurait des conséquences plus troublantes pour les lecteurs que nous sommes...
10:05 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : orthographe, figaro, nicolas barotte, andré vallini
31.05.2007
REBELOTE
Je vous parlais hier d'un titre du Monde dont la disproportion m'avait semblé peu conforme à l'éthique du quotidien renommé. Non qu'il se doive d'être objectif... mais la subjectivité ne suppose pas pour autant la caricature non assumée.
Bref, je pensais pouvoir rapidement passer à autre chose (personne n'aime à se répéter). Eh bien, c'est raté. Bis repetita aujourd'hui. Non, il n'y en aura pas un par jour pendant les cinq ans qui viennent... mais là, je ne puis résister. J'ai essayé, si, si. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas.
C'est d'autant plus gênant que c'est une fois encore le Monde qui est en cause, avec cet article :
Dessaisis, contredits ou réduits au silence, les ministres tâtonnent
Vous l'aurez compris, il s'agit encore des hésitations (interprétées comme telles) dans les annonces de mesures et de réformes. Mais là aussi, et une fois de plus, tout est dans les épithètes. Car Nicolas Sarkozy n'a fait mardi soir qu'une simple précision de chef d'orchestre, dont un musicien n'avait pas pris la bonne note de départ : cela arrive tous les jours dans n'importe quelle équipe sans que personne ne s'en émeuve outre mesure. Sauf le Monde, apparemment :
Pour avoir nettement surévalué son rôle, Eric Woerth vient d'être vertement rappelé à l'ordre. Le ministre du budget avait cru bon d'affirmer, dans un entretien aux Echos du 24 mai, que la déduction fiscale des intérêts d'emprunt immobilier ne concernerait que les ventes actées depuis le 6 mai. Fustigeant "la pensée unique" qui s'opposerait à sa promesse de campagne, M.Sarkozy l'a sèchement contredit en assurant, mardi 29 mai, au Havre, que cette déduction "s'appliquera à tous les emprunts en cours" (Le Monde du 31mai).
La suite de l'article est du même acabit : chaque ministre est passé au crible de ses déclarations ou silences, tou(te)s interprété(e)s comme les effets collatéraux de la main-mise implacable et dirigiste de Nicolas Sarkozy sur ses ministres. De trois choses l'une :
1 - Soit au Monde tout travail est autonome et individuel, ce qui entraîne la méconnaissance manifeste du travail d'équipe tel qu'il s'exerce, banalement, dans ce gouvernement, avec les ajustements que cela suppose ;
2 - Soit le Monde est étonné, voire choqué, qu'un chef d'Etat ait le dernier mot concernant l'application d'un projet de réforme qu'il a porté cinq ans durant (au bas mot) avant d'être élu... ce qui en dit long sur l'état de l'exécutif avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ;
3 - Soit le Monde a délibéremment décidé de caricaturer le travail de ce gouvernement dans le cadre d'une ligne éditoriale ciblée, à but commercial, voire tout simplement politique. Nous sortons alors du domaine du légendaire "quatrième pouvoir" dont le but, en démocratie, n'a jamais été, il me semble, de viser à déstabiliser gratuitement les trois autres.
Le gouvernement Fillon ne comporte que quinze membres précisément pour faciliter ce même travail d'équipe. Car il est entendu que le fait de mener toutes les réformes de front, ainsi que cela a été entrepris, ne peut que rendre plus difficile un exercice du pouvoir déjà exigeant par nature. Chaque ministre est en effet livré à lui-même, funambule épié, progressant au-dessus du vide sidéral dans lequel ont sombré les réformes antérieures non abouties. Que Nicolas Sarkozy se propose d'être pour chacun(e) de ses ministres un balancier à tout moment disponible au cours de cette traversée aérienne me paraît aller dans le sens du politiquement évident, voire nécessaire.
14:55 Publié dans Gouvernement, Journalisme, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, gouvernement, le monde
30.05.2007
LE MONDE ET NICOLAS SARKOZY : L'INTOX SANS VERGOGNE
De passage à l'instant, comme cela m'arrive régulièrement, sur le site de notre glorieux quotidien national, mes yeux sont soudain attirés par un titre qui fait la Une :
Accusé de "mensonges" sur l'immobilier, Nicolas Sarkozy désavoue Bercy
A la lecture de ces mots éloquents, mon sang ne fait qu'un tour : que se passe-t-il donc tout en haut de l'Etat? Un clash gouvernemental est-il en train de naître? Quels sont les "mensonges" dont est accusé Sarkozy? S'agit-il toujours de son appartement dont l'escalier en colimaçon est sans doute le plus célèbre de France? L'ADN du menuisier aurait-il parlé?
De toute évidence, l'affaire doit être grave. Nicolas Sarkozy n'a pas pour habitude de se défausser de ses responsabilités au détriment de ses collaborateurs, fussent-ils ministres. Donc soit il est très énervé (la faute doit être impardonnable), soit il est le dos au mur, peut être prêt à démissioner, pris dans l'étau de mensonges mystérieux, pesants au point de mettre la Présidence en danger...
C'est alors (et cela me sauva) que mû par un bon sens certainement hérité de gènes marqués par une longue tradition cartésienne, elle-même renforcée par un apprentissage sérieux dans une école républicaine, je me décide à lire l'article, le front déjà soucieux à la pensée des luttes à venir, les yeux embués par l'émotion que ce schisme historique provoqua dans mon coeur de sarkozyste sensible. Non, M. Hollande, ce n'est pas un oxymore.
Quelle ne fut pas ma surprise d'alors constater que ce début de watergate, tel que semblait l'annoncer Le Monde, ne correspondait en fait qu'à une simple nuance apportée hier soir par Nicolas Sarkozy au Havre à propos de sa loi sur l'immobilier, quand les "mensonges" en question correspondaient aux accusations sans fondement, purement spéculatives, exemples d'école du procès d'intention, émises par Ségolène Royal lors de sa tentative piteuse de come-back politique ! Jugez par vous-mêmes :
Nicolas Sarkozy entend montrer qu'il tient ses promesses. Mardi 29 mai, lors d'un meeting au Havre, le président de la République a indiqué que les intérêts d'un emprunt immobilier contracté pour acheter sa résidence principale pourront être déduits de l'impôt sur le revenu. Cette mesure s'appliquera à tous les prêts "à partir du jour où la loi sera votée" et concernera "tous les emprunts en cours", a-t-il déclaré.
Voilà. Là, vous venez d'assister à un désaveu de Bercy (Ministère de l'Economie et des Finances) en direct. Bon, bien sûr, vous ne saisissez toujours pas le fin mot de l'affaire (je sais, j'y suis passé moi aussi), mais cela va venir. Je suis là pour ça.
En apportant ces précisions, le chef de l'Etat contredit le ministre du budget, Eric Woerth, qui avait déclaré, aux Echos du 24 mai, que le dispositif ne concernerait que les "résidences principales dont l'acte authentique de vente a été signé après le 6 mai 2007, jour de l'élection du président de la République". "Les intérêts des emprunts pourront être déduits des revenus à hauteur de 20 %, avait ajouté M. Woerth. Il s'agira d'un crédit d'impôt limité dans le temps, qui aboutira à des réductions d'impôrts significatives." Les propos de M. Woerth n'étaient pas tout à fait en phase avec les engagements de M. Sarkozy : celui-ci avait dit, notamment à L'Express daté du 29 mars, que la mesure s'appliquerait "sur les intérêts des emprunts déjà contractés et sur ceux des nouveaux emprunts".
J'espère que vous êtes maintenant plus conscients de la gravité de l'affaire. Il y a quand même un certain flottement entre le Président et son ministre, qui à 15 jours de l'intronisation, et à 10 jours de la formation du gouvernement, émettent des avis divergents, portant sur des périodes de plusieurs jours, dans leurs interprétations respectives de la loi sur l'immobilier. C'est énorme.
Le 26 mai, à La Rochelle, Ségolène Royal avait dénoncé les "mensonges" et les promesses qui "ne correspondent à rien" de M. Sarkozy. "Les gens vont se rendre compte petit à petit qu'ils ont été floués", avait dénoncé la socialiste.
Ah, voici enfin les accusations de mensonge. Je pense qu'il était primordial de les reprendre sous la forme d'un titre : en effet, l'expérience a montré que lorsque Ségolène Royal s'exprimait sur un sujet, son avis avait valeur de parole d'évangile, notamment dans ses accusations contre Nicolas Sarkozy... Merci au Monde d'en avoir tenu compte.
Vous avez dit pathétique?
P.S. : Je découvre à l'instant chez Koz un billet abordant ce même thème, celui de l'honnêteté intellectuelle, notamment des journalistes...
13:05 Publié dans Gouvernement, Journalisme, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, le monde, eric woerth













