14.08.2007
L'autoritarisme de Chavez commence à lasser les Vénézuéliens
Le ministre de la Défense, le général Raul Isaias Baduel, a été destitué. Une preuve supplémentaire de l'intransigeance grandissante du « lider du socialisme du XXIe siècle ».
L'annonce a fait l'effet d'une bombe, aussi bien dans les salons de Caracas que dans les chancelleries latino-américaines. Il y a trois semaines, le président Hugo Chavez a démis le général Raul Isaias Baduel de son poste de ministre de la Défense. Les remaniements sont fréquents au Venezuela, où le chef d'État s'est progressivement défait des personnalités pour placer des lieutenants peu susceptibles de le contredire.
Mais Raul Baduel n'est pas n'importe qui. Membre fondateur du Mouvement révolutionnaire bolivarien, qui a porté Hugo Chavez au pouvoir, il sauva son régime, lors du coup d'État du 11 avril 2002. Alors commandant de la base de Maracay, il menaça de marcher sur Caracas contre les officiers putschistes. Quarante-sept heures après avoir investi le palais présidentiel de Miraflores, les troupes rebelles firent marche arrière et rétablirent Chavez à la tête de l'État. Raul Baduel y gagna le respect et l'admiration de la population, devenant une des rares personnes épargnées par les moqueries du président, et en conséquence, un rival potentiel.
Le départ de Raul Baduel a provoqué une vague de spéculations dans la société vénézuélienne. Faut-il l'interpréter comme un simple épisode du jeu de chaises musicales gouvernemental, ou comme la volonté du président d'écarter les voix critiques au sein de l'armée ? Cette dernière, qui, depuis la Constitution de 1999, est désignée comme l'acteur central de la révolution bolivarienne est en effet secouée par de profondes discussions depuis que Hugo Chavez l'a déclarée « socialiste ».
En avril, le président a affirmé, lors d'un discours prononcé devant 7 000 réservistes, la nature « socialiste » de l'armée. « Aujourd'hui, tout commandant, à tout niveau, est obligé de répéter, au moment de hisser le drapeau, « Patrie, socialisme ou mort ». Celui à qui cela ne plaît pas n'a qu'à démissionner, et faire autre chose », a conclu le président. Pour une partie des militaires, l'exigence du président viole la Constitution qui stipule que les soldats ne sont pas partisans. Les proches du président jugent l'argument hypocrite : il est faux d'affirmer qu'avant l'arrivée de Chavez au pouvoir l'armée était dépourvue d'idéologie.
« Que l'armée soit déclarée socialiste n'est pas choquant, après tout, plus de 60 % des Vénézuéliens ont voté en faveur d'un nouveau mandat de président Chavez. Or l'armée est au centre du gouvernement bolivarien », estime Antonio Gonzalez, sociologue à l'Université centrale du Venezuela, à Caracas. Pour lui, le malaise est provoqué par les méthodes du gouvernement pour institutionnaliser le socialisme. Il évoque, à titre d'exemple, « la création du PSUV, le Parti socialiste unifié auquel tous les partisans du président sont plus ou moins obligés d'adhérer, et qui étouffe tous les débats ».
« Il prend des risques graves »
Lors de son discours de départ devant l'Académie militaire, le général Raul Baduel a tenu à marquer ses différences. Traditionnel pourfendeur du capitalisme, il plaide pour la fondation d'un État qui saurait instituer la justice sociale sans renier les libertés de la démocratie libérale.
Selon lui, « un système socialiste de production n'est pas incompatible avec un système politique démocrate où existe une séparation des pouvoirs ». « Nous devons inventer le socialisme du nouveau siècle. Avant de distribuer la richesse, nous devons la créer », a-t-il ajouté.
Pour Larry Burns, qui dirige le centre de recherches Coha (Council on Hemispheric Affairs) basé à Washington, Hugo Chavez prend des « risques graves » en imposant aux officiers le salut socialiste. « Pour retenir leur loyauté, il va être obligé de leur donner toujours plus : des salaires élevés, des voyages à l'étranger, des postes élevés dans son gouvernement. » Il suffirait que les cours du pétrole chutent pour que la situation se renverse, estime-t-il.
En attendant, si l'épisode a souligné l'existence de critiques importantes à haut niveau, il a également démontré qu'aujourd'hui la question au Venezuela n'est plus « pour ou contre Chavez », mais comment réformer l'État sans succomber à l'autoritarisme. L'opposition semble désormais totalement absente des débats.
São Paulo, LAMIA OUALALOU ; 14 août 2007
09:45 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Raul Isaias Baduel, destitution, hugo chavez, venezuela, autoritarisme
27.06.2007
Les bonnes affaires de la famille Chavez, par Paulo A. Paranagua (pour le Monde)
Quelques nouvelles de l'ami si cher au coeur de Jean-Luc Mélenchon... et l'occasion pour moi de saluer amicalement Daniel Duquenal.
LE MONDE | 27.06.07 | 15h02 • Mis à jour le 27.06.07 | 15h02
CARACAS ENVOYÉ SPÉCIAL
Le Père José Palmar a l'impression de prêcher dans le désert. Admirateur inconditionnel du président vénézuélien, le lieutenant-colonel Hugo Chavez, il ne comprend pas pourquoi ses prières ne sont pas exaucées. Du haut de sa chaire, au micro ou dans les colonnes d'un petit quotidien, Reporte, il dénonce sans relâche un péché capital : la corruption.
A force de demander audience sans succès, le Père Palmar perd patience : "Président Chavez, je vous défie de dire devant l'ensemble des chaînes de télévision que les dénonciations présentées depuis plus d'un an dans la presse et remises au ministère public sont un mensonge", écrit-il. Et de gronder M. Chavez : "Vous êtes entouré de voleurs, lance-t-il. Vous entendez ? Des voleurs !"
Ce curé catholique et "chaviste" a mal encaissé les nominations à la tête de l'entreprise publique Petroleos de Venezuela (PDVSA), alors qu'il ne cesse de pointer du doigt la corruption qui sévit dans l'industrie pétrolière. Fin mai, un cousin du chef de l'Etat, Asdrubal Chavez, a été promu vice-président de PDVSA. Depuis que son cousin Hugo préside aux destinées du Venezuela, Asdrubal Chavez s'occupe, à PDVSA, de la commercialisation et de l'approvisionnement, ainsi que de la filiale PDV Marina, la flotte pétrolière.
La commercialisation, l'exportation et le transport du pétrole donnent lieu à des affaires juteuses, grâce aux intermédiaires et aux manipulations financières favorisées par un dollar échangé au marché noir au double de sa cotation officielle. C'est là qu'a fait fortune Wilmer Ruperti, capitaine de la marine marchande il y a vingt ans à peine, devenu le principal transporteur naval du Venezuela.
"BOLI-BOURGEOISIE"
Fin 2002, il est parvenu à briser la grève de PDV Marina et de PDVSA avec ses cargos, ce qui lui a valu une médaille et la reconnaissance du président Chavez, qui n'a cessé depuis lors d'encourager ses projets. Pour démontrer son attachement à la "révolution bolivarienne" lancée par M. Chavez, Wilmer Ruperti a payé 1,6 million de dollars une paire de pistolets ayant appartenu à Simon Bolivar, lors d'enchères chez Christie's, pour que ces armes reviennent au Venezuela.
Figure emblématique de la nouvelle bourgeoisie émergente, la "boli-bourgeoisie", M. Ruperti n'est pas le seul à s'être enrichi grâce à la rente pétrolière. Depuis que M. Chavez est au pouvoir (1999), le prix du baril a été multiplié par six. Outre l'industrie pétrolière, aucun secteur n'engrange autant de bénéfices que les banques. La Bourse de Caracas bat des records et les banques connaissent une croissance de 43 %, tandis que les manufactures plafonnent en dessous de 10 %, selon le ministère des finances.
"Le contrôle des changes et la vente discrétionnaire de devises, alors que le dollar vaut le double au marché noir, ajoutés à 20 % d'inflation et à une administration publique chaotique, suscitent un schéma de corruption permettant de réaliser des bénéfices à court terme à la portée des banquiers, des commerçants, des hauts fonctionnaires et des militaires situés aux postes-clés", souligne Orlando Ochoa, économiste à l'Université catholique.
Parmi les hommes d'affaires de la City vénézuélienne, les scandales des années 1990 qui ont touché la banque Progreso et la banque Latino semblent oubliés. En 2002, l'effondrement de la Banque industrielle du Venezuela et les irrégularités de la Banque du peuple souverain n'ont pas entamé l'euphorie provoquée par l'envol du baril et par les largesses de l'Etat.
Ainsi, les bons de la dette argentine, achetés par le gouvernement Chavez au nom de la solidarité "bolivarienne", ont été immédiatement remis entre les mains de banques privées, qui en ont tiré sur le marché international un profit maximal dans un temps record.
Des banquiers traditionnels, comme Victor Vargas Irausquin (Banque occidentale de décompte) et Victor Augusto Gill Ramirez (Banque fonds commun), ont vite trouvé leur compte et leurs entrées en haut lieu, à côté de nouveaux venus comme Danilo Diaz Granados et le lieutenant Arne Chacon, frère de Jesse Chacon, proche de M. Chavez depuis qu'ils complotaient ensemble dans l'armée, ancien ministre de l'intérieur passé aux télécoms. Le lieutenant Chacon a acheté la moitié de la banque Baninvest à crédit, avec sa solde d'officier pour tout pécule. Décidément novice, il a avoué aux médias qu'il avait l'intention de rembourser sa "dette"... grâce au trafic d'influence !
Les hommes d'affaires "émergents" ne font pas toujours bon ménage, au Country Club et dans les soirées huppées de Caracas, avec la bourgeoisie traditionnelle que M. Chavez traite invariablement d'"oligarchie". Dans le secteur de l'alimentation, le programme social Mercal - un circuit de marchés qui vendent des produits à bas prix - a déstabilisé les supermarchés Polar, premier groupe privé du pays, au profit de deux jeunes loups acquis au "chavisme", Ricardo Fernandez Barruecos et Sarkis Arslanian Beyloune. Les fournisseurs de Mercal ne payent ni droits de douane ni taxes et n'hésitent pas à importer au détriment de la production vénézuélienne. Le frère aîné du chef de l'Etat, Adrian Chavez, s'est occupé d'importations d'aliments, du temps où il était ambassadeur à La Havane, avant d'être promu secrétaire de la présidence de la République, puis ministre de l'éducation.
"ACCUMULATION PRIMITIVE"
L'accusation de népotisme ne semble pas déranger le chef de l'Etat, dont la famille occupe de solides positions dans son Etat natal de Barinas. Le gouverneur est son père, Hugo de los Reyes Chavez, un ancien instituteur devenu propriétaire de terres. Le secrétaire d'Etat de Barinas est un frère d'Hugo, Argenis Chavez, l'homme fort de la région.
La fratrie semble avoir senti l'appel du service de l'Etat, puisque Anibal Chavez est maire de Sabaneta de Barinas et que Narciso Chavez brigue la mairie de Bolivar. Selon l'ancien président de la commission des comptes de l'Assemblée nationale, le social-démocrate Conrado Perez Briceno, Barinas arrive en tête des plaintes pour malversations.
"L'accumulation primitive de la nouvelle bourgeoisie trouve son origine dans la corruption administrative", accuse Teodoro Petkoff, directeur du quotidien d'opposition Tal Cual. D'où l'importance pour le gouvernement Chavez de l'avocate Esther Bigott de Loaiza, une pénaliste qui a opéré une reconversion fulgurante dans le droit des affaires. Elle veille sur les intérêts des ministres et des hauts fonctionnaires, qui n'hésitent pas à poursuivre la presse en diffamation alors que l'enrichissement des uns et des autres est aisément perceptible. L'immobilier et les voitures de luxe connaissent un boom.
Personne ne semble pressé de suivre l'appel du chef de l'Etat, du 10 juin, lorsqu'il a pris des accents de télévangéliste et incité ses partisans à se débarrasser du "superflu", au nom du socialisme. De quoi désespérer le Père Palmar, qui en arrive à écrire que, "malheureusement, ce processus est tellement infesté de corruption qu'il perd son caractère de révolution et ternit les idéaux bolivariens".
16:40 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : hugo chavez, corruption, nepotisme
05.06.2007
LAUREL & HARDY
En parcourant les pages internationales du Monde (que je n'ai toujours pas renié, malgré quelques déceptions par-ci, par-là), j'ai assisté à un formidable numéro de duettistes à distance, de ceux qui marquent les esprits, parce qu'ils reposent sur une vraie communauté de pensée, un peu comme lorsque, au début d'une relation amoureuse, vous vous surprenez à prononcer certains mots en même temps que votre conjoint(e), au quart de seconde prêt... S'en suit alors généralement un éclat de rire charmant, qui s'éteint dans un regard langoureux plein de certitudes communes et de lendemains glorieux.
Ainsi en était-il hier dans le Monde pour le couple le plus glamour du moment, j'ai nommé Laurel et Hardy Chavez et Ahmadinejad. Tout cela a commencé, nous rapporte le Monde, par un commentaire plutôt appuyé de M. Chavez sur son voisin brésilien :
"Que les représentants de la bourgeoisie internationale aillent se faire foutre ! (al carajo), a lancé M. Chavez. Nous n'acceptons l'ingérence de personne dans les affaires internes du Venezuela." Les "chavistes" mobilisés lui ont répondu : "C'est comme cela qu'on gouverne !" et "Maintenant, au tour de Globovision !", en référence à la dernière chaîne d'opposition.
[...] Jeudi soir, M. Chavez avait déclaré que le "Congrès brésilien répétait comme un perroquet ce qu'on dit à Washington", à la suite d'une motion votée au Sénat de Brasilia par les sénateurs de l'opposition et presque tous ceux de la coalition gouvernementale.
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a vivement réagi. Il a "condamné toutes les manifestations qui mettent en doute l'indépendance, la dignité et les principes démocratiques des institutions brésiliennes" et a convoqué l'ambassadeur vénézuélien à Brasilia pour exiger de lui des "explications".
[...] A Brasilia, l'attaque du président vénézuélien a provoqué un tollé. Le sénateur Valter Pereira, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), membre de la coalition gouvernementale, a accusé M. Chavez de "s'ingérer dans la vie de tous les pays voisins, par le financement de campagnes électorales et par l'interférence dans des négociations commerciales et des élections avec des ressources qui devraient être destinées à son propre peuple, chaque jour plus proche de l'indigence".
Allons bon. Où est passée la douceur et l'amour du prochain qui caractérise tant M. Chavez, comme lorsqu'il s'écriait dans un véritable (n'en doutons pas) élan de solidarité christique que « le monde appartient à tous, toutefois des minorités, les descendants de ceux-là mêmes qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux-là mêmes qui expulsèrent Bolivar d’ici et le crucifièrent d’une certaine manière à Santa-Marta, en Colombie [se sont] appropriés les richesses du monde » ?
Tiens, en puisqu'on en est au chapitre de l'amour, notamment celui qui vise les minorités dont Chavez n'ose prononcer le nom, passons au couplet d'Ahmadinejad (le "frère") du précédent, que transcrivait toujours hier aimablement le Monde :
"M. Ahmadinejad, qui avait provoqué un scandale en 2005 en jugeant que l'Etat d'Israël devait être "rayé de la carte", a expliqué cette fois que le "compte à rebours pour l'annihilation" du régime israélien par les Palestiniens et les Libanais avait commencé à l'été 2006 lors du conflit entre les forces de l'Etat hébreu et celles du Hezbollah chiite libanais. "Dans un avenir proche, nous assisterons à l'annihilation du régime sioniste, si Dieu le veut", a-t-il ajouté, cité par l'agence semi-officielle Isna.
[...] Des propos [...] condamnés lundi par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. "Si ces propos ont bien été tenus, ils sont inacceptables. Je les condamne avec la plus grande fermeté", a-t-il souligné dans une déclaration. "Pour la France, le droit d'Israël à exister, qui a été consacré par une décision de l'Assemblée générale des Nations unies, ne saurait être contesté." "
Alors, me direz-vous, pourquoi parler de duo quand ces deux propos n'ont rien à voir sur le fond? Qu'y a-t-il de commun entre un Chavez courroucé, parce que certainement trahi (les responsables de gauche se sentent toujours trahis lorsqu'ils sont en difficulté, c'est la seule explication possible à leurs ennuis, du fait de la justice indéfectible de leurs décisions), et un Ahmadinejad un poil échaudé par le manque d'abnégation d'un Etat d'Israël qui répugne à accueillir avec le sourire les roquettes qui lui tombent pourtant du ciel, cadeau divin s'il en est?
Pourquoi ? Parce que ces propos contiennent la même violence, à 20 000 km de distance, et ce même s'ils se portent sur des cibles qui n'ont rien en commun. La hyène a le même coup de dent, qu'elle s'attaque au gnou ou à l'antilope. Dans la violence des attaques, leur caractère absolu, germe la même volonté de ne construire que sur les ruines de l'autre.
La plus grosse arnaque morale revient alors à faire passer cette volonté de destruction pour une nécessité au service du peuple. Cher Peuple, d'où que tu sois, méfie-toi de ceux qui tuent en ton nom. Aux guerres de religion, de retour depuis peu, continuent à s'amalgamer les guerres sociales : c'est plus pratique, tout le monde croit au peuple, quand l'existence de Dieu peut être contestée. Pourtant ceux qui les mènent trahissent tout autant la divinité qu'ils invoquent à longueur de phrases.
10:50 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ahmadinejad, hugo chavez, laurel et hardy
01.06.2007
La semaine où mourut la Révolution Bolivarienne, par Daniel DUQUENAL
J'ai découvert le blog de Daniel Duquenal il y a quelques jours, quand il a laissé un commentaire à la suite d'un billet publié sur Agoravox, où je m'indignais du soutien de Jean-Luc Mélenchon à la cause chaviste. Lorsque ce matin j'ai lu sur son blog son dernier billet, intitulé "The week the Bolivarian Revolution died", je lui ai immédiatement proposé de le traduire, afin de pouvoir le relayer ici-même, et qui sait, peut être plus loin encore, par votre intermédiaire. Ne laissons pas à l'extrême gauche le monopole de l'expression sur ces sujets.
Peu importe que Chavez demeure au Palais de Miraflores jusqu’à ce que la mort le saisisse dans son sommeil à un âge avancé : cette semaine sa révolution est morte.
Il n’est pas impossible que les étudiants parviennent à renverser Chavez ; ils peuvent aussi bien rentrer à la maison quand ils en auront assez ; de même tout peut conclure dans un bain de sang. Mais en trois jours, ils ont cloué le cercueil de la pseudo révolution qui nous tourmente depuis trop longtemps déjà.
Quand Chavez a fermé RCTV, il a fait l’erreur fatale que toutes les révolutions, réelles ou factices, font un jour ou l’autre, et qui les précipite vers leur fin. Il est facile d’en cibler le moment charnière pour certaines d’entre elles, même si, en apparence, elles sont toujours en cours.
Il y a par exemple une date d’échéance à la Révolution Cubaine : Mariel. Certains, dont je suis, la situent au moment où Castro a envoyé des soldats cubains mourir en Angola. C'est simplement une question de date. Peu importe que Castro soit toujours en place, même avec un pied dans la tombe : la Révolution Cubaine s’est alors mutée en un système dont la seule ambition était de conserver à une caste son pouvoir. Que pouvait dire Castro après Mariel, quand plus de 100 000 personnes essayèrent de s’enfuir de leur pays, à n’importe quel prix ? Castro et son régime ne survivent que parce que Cuba est une île désormais dénuée d’intérêt stratégique pour qui que ce soit.
La Révolution Chinoise est morte quand elle s’est proclamée « Culturelle ». Ses excès ont appelé Deng comme une « contre » culture, qui catapultera la Chine au rang, sinon au prestige, qu’elle mérite. Personne ne sait comment se conclura sa course folle vers le capitalisme, bien que la course folle en question prenne peu à peu la forme d’une Révolution à part entière.
La Révolution Française est morte le jour où les révolutionnaires, effrayés, ont décidé de guillotiner Robespierre avant que lui-même ne leur réserve le même sort. Les événements s’enchaînèrent alors jusqu’à ce qu’en 1799 Napoléon décide de mettre un point final à la Révolution Française. Après Robespierre, l’objectif était de rétablir l’ordre dans le pays, afin que ceux qui étaient devenus riches, ou qui avaient pris le pouvoir, puissent en profiter. Avant la mort de Robespierre, il y avait une quête de l’Utopie, même si le « Comité de Salut Public » avait déjà instauré le premier Etat totalitaire. Après Robespierre, le confort bourgeois devint la règle, à l’exception d’un bref moment en 1848, dans lequel Marx trouva beaucoup d’inspiration.
La Révolution Soviétique est morte quand elle a construit le Mur de Berlin. Elle était tombée malade quand Staline avait commencé les procès publics dans les années Trente, mais la guerre lui a permis un sursis inespéré. Quand Staline a fendu Berlin en deux, l’expérience soviétique s’est délestée de tout idéalisme : à partir de là, nous avions deux empires en guerre, et non plus une révolution défendant ses conquêtes sociales, pour peu qu’elles aient existées. La révolution était devenue une vieille douairière agrippée à ses babioles.
La Révolution Mexicaine est morte quand ses chefs, moralement diminués, ont décidé de former le Parti Révolutionnaire permanent, le PRI, qui a instauré la « dictature parfaite » pour près d’un siècle. Une nouvelle classe dirigeante naquit alors à partir de rien, et elle fit preuve de très peu de disposition à partager.
Pourquoi donc la Révolution Bolivarienne de Hugo Chavez devrait-elle connaître un sort différent ? La seule différence est qu’elle sombre avec une pleurnicherie pitoyable. Quand d’autres révolutions ont terminé dans de violentes convulsions ou d’extraordinaires contradictions, cette pseudo révolution faible d’esprit, chétive et hypocrite, derrière laquelle se cache un caudillo démodé, devait se terminer avec la fermeture d’une simple station de télévision et des protestations d’étudiants. Chavez a été créé par les médias, et le célèbre « por ahora » de 1992 : il est donc seulement cohérent que le meurtre de l’un de ses parents marque la fin de sa carrière de révolutionnaire nostalgique. Nous ne devrions pas être étonnés que sa révolution basée sur la vengeance sociale plus que sur une quelconque justice sociale se défasse confrontée à la véritable aspiration d’égalité qu’ont toujours engendré les révoltes d’étudiants.
Les étudiants qui manifestent nous offrent des jours de gloire et de lumière. Par une ironie fantastique, la conférence de presse des étudiants qui s’est tenue aujourd’hui sur les bancs, en plein air, au sein du magnifique campus de l’université Simon Bolivar, était inondée d’une clarté et d’une transparence rares, dont l’air tropical est plutôt avare. Cela faisait des années que nous, Vénézuéliens, n’avions connu une telle clarté dans nos pensées, dans nos espoirs. L’obscurantisme de 8 années de chavismo étouffant et matérialiste a été soudainement dissipé quand on nous a rappelé cette semaine que certaines valeurs méritent que l’on se batte et que l’on meure pour elles. La liberté d’expression est l’une de ces valeurs, et le chavisme ne peut pas comprendre et ne comprendra pas qu’aucune tablette d’aspirine gratuite fournie par le personnel douteux des cliniques de Barrio Adentro ne compensera jamais la perte de la liberté d’expression.
C’est pourquoi peu importe le nombre d’années où Chavez se maintiendra au pouvoir, sa révolution de pacotille a pris fin cette semaine. Ce qui nous attend désormais, c’est une longue autopsie.
Daniel Duquenal a également publié ce billet sur Agoravox.
17:20 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : rctv, venezuela, daniel duquenal, hugo chavez
28.05.2007
L'AFFAIRE RCTV : LE REVELATEUR
Il y a quelques jours, souvenez-vous, je me suis gentiment insurgé à propos du soutien apporté par Jean-Luc Mélenchon à Hugo Chavez dans sa volonté de fermer définitivement la chaîne de télévision privée RCTV, jugée trop insolente avec le régime chaviste.
Que M. Chavez décide de poursuivre sa politique de démocratie dictatoriale, c'est un fait dont nous ne pouvons que prendre acte, avec plus ou moins d'assentiment toutefois. Par contre, qu'un sénateur PS, représentant du peuple français, apporte son soutien public et prosélyte à un dirigeant se déclarant "frère" d'un homme comme Ahmadinejad, apôtre du négationisme, dernier partisan de la solution finale antisémite encore au pouvoir, cela reste et sera toujours nôtre et mon problème. Parce que c'est aussi au nom de la République que parle M. Mélenchon, pour l'entraîner avec lui dans la boue et le compromis.
Cette polémique intervient justement après une campagne présidentielle durant laquelle le PS, aimablement (bien qu'hypocritement) épaulé par un UDF en transition vers le MoDem, n'a jamais cessé de hurler au complot médiatique, à la main-mise de Nicolas Sarkozy sur les médias, à la censure sous-jacente. Sans bien sûr jamais en trouver ni dévoiler la moindre preuve, si ce n'est celle antithétique du contre-exemple, du fait de la campagne acharnée d'un TSS allègrement orchestré par la presse.
Dans ce contexte, j'ai jugé bon de relayer mon indignation au-delà des lignes de ce blog, notamment par le biais d'Agoravox... que je savais abondamment fréquenté par des lecteurs de sensibilité de gauche. Quelle n'a pourtant pas été ma surprise, confinant parfois à l'abattement, de lire des réactions profondément en accord avec la position de M. Mélenchon, la justification idéologique en plus ! Pour la plupart des intervenants, la fermeture de RCTV est légitime, ainsi que sa relation avec Ahmadinejad, relevant de l'impératif diplomatique. Tout comme, sans doute, son soutien aux FARC, au terroriste Carlos, ses liens étroits avec les régimes de la Corée du Nord ou de la Chine, ainsi que la filiation assumée avec Fidel Castro. Décidément, la gauche française n'en a pas fini avec ses ambiguïtés, ses contradictions et sa morale (tellement) sélective. Souvenez vous toujours de son silence lorsque M. Le Pen mettait en avant les origines juives et hongroises de Nicolas Sarkozy pour lui refuser le droit à prendre la tête de l'Etat.
Du sein de ce tourbillon nauséabond, un commentaire m'a cependant positivement marqué : il s'agit de celui de Daniel Duquenal, résidant au et natif du Vénézuéla, bénéficiant d'ailleurs de la double nationalité franco-vénézuélienne :
"Tout d’abord, si bien sûr le gouvernement de Chavez a le droit incontestable de ne pas renouveler une concession de teledifusion, il a également le devoir encore plus incontestable de devoir instruire un dossier à ce sujet et le faire passer par des instances de loi. Selon ce résultat, RCTV serait soit pénalisée, soit avertie et un délai donné pour corrections, soit fermée. Pour l’information des supporters à tout cran de Chavez, le gouvernement Vénézuélien a failli à tous ces devoirs sur ce sujet. Simplement Chavez a dit « je ferme RCTV » et celle-ci sera fermée. Point à la ligne.
Si on veut utiliser l’argument de la médiocre qualité des émissions de RCTV, alors là il faudrait fermer toutes les chaînes vénézuéliennes, en commençant par les chaînes d’état tel VTV qui ne sont que 24 heures sur 24 de la propagande infâme et vulgaire en faveur du gouvernement, payée par le contribuable vénézuélien bien sur. Je conseille a ceux qui causent beaucoup sur le sujet de passer quelques heures sur es pages web des TV vénézuéliennes et même sans comprendre l’espagnol vous aurez rapidement une idée de ce dont je cause.
Finalement, pour ceux qui pensent que RCTV complote effrontément contre un président élu, je voudrais rappeler que Chavez est arrivé sur la scène politique vénézuélienne dans un bain de sang le 2 février 1992. Il a, lui, fait tuer beaucoup plus de gens que l’opposition vénézuélienne lorsqu’ il a fait son coup d’état contre un gouvernement aussi légitime, si ce n’est plus, que le sien. Mais c’est pas tout: si RCTV est en fait coupable de participation au coup d’état de 2002, où est l’instruction ? Où sont les procès ? Quelles furent les arrestations ? Qui est coupable ? Pour votre information à 5 ans du coup d’état de 2002 le gouvernement ne fait qu’accuser verbalement du haut des tréteaux politiques mais a été incapable d’instruire un dossier contre RCTV. De plus, il y a aussi Venevision, Televen et Globovision dans le même bain, mais seule RCTV est accusée lors que de mon avis d’observateur en 2002, Venevision est au moins aussi coupable, si ce n’est plus, que RCTV."
Mention spéciale pour le commentaire qui suivit presque immédiatement, rappelant avec un culot détestable que le nombre de morts imputés à Chavez lors de son arrivée au pouvoir n'était "que" de 300, et que de toute manière, en France, Laurent Solly arrivait à TF1, donc la France n'avait rien à dire. Curieux sens des proportions. Au passage, j'aimerais que l'on m'explique pourquoi Laurent Solly devrait se retrouver au chômage toute sa vie pour avoir été brillant lors d'une campagne électorale. Mais passons.
Sur son blog, écrit en anglais mais extrêmement intéressant, Daniel Duquenal cite un article engagé et courageux du Monde intitulé "Censure à la Chavez". En voici les dernières lignes, que je dédicace à mes chers commentateurs d'Agoravox, ainsi qu'à leur inspirateur plus ou moins direct, M. Mélenchon :
"En décembre 2006, ni RCTV ni l'opposition n'ont empêché la réélection du président Chavez avec près de 63 % des voix. L'Assemblée nationale, où la totalité des élus lui sont acquis, est devenue une simple chambre d'enregistrement. Le chef de l'Etat a de plus tenu à bénéficier des pouvoirs spéciaux lui permettant de légiférer. La justice n'ose pas contredire l'exécutif et n'échappe pas à la corruption généralisée.
L'indépendance des pouvoirs n'existe plus au Venezuela. L'opposition craint que, après les médias, le président ne procède de manière analogue envers les syndicats, les organisations non gouvernementales ou les partis politiques. Avec M. Chavez, la démocratie vénézuélienne est menacée."
Ce matin, le même Monde prend acte de la fermeture effective de la chaîne :
"Après cinquante-trois années d'existence, RCTV (Radio Caracas Television), dernière grande chaîne d'opposition au Venezuela, a cessé d'émettre, dimanche 27 mai une seconde avant minuit, à l'expiration de sa concession. Le gouvernement d'Hugo Chavez, qui a refusé de la renouveler, avait qualifié la très populaire RCTV de "menace pour le pays".
Une grande partie des trois mille salariés que comptait la chaîne sont apparus à l'écran chantant l'hymne national juste avant l'arrêt des émissions. Marcel Granier, président de RCTV, s'est dit sûr que "la démocratie et RCTV reviendront au Venezuela", espérant encore que le gouvernement reconsidérerait sa décision. La veille, M. Granier avait fait appel une dernière fois au chef de l'Etat, affirmant qu'il avait "la possibilité de corriger l'erreur commise".
[...] Plusieurs milliers de manifestants anti-Chavez s'étaient également mobilisés, dimanche, pour protester devant le siège de la commission nationale des télécommunications avant d'être dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes. Quelques heurts avaient auparavant fait onze blessés, dont quatre ont été hospitalisés parmi les forces de l'ordre, selon la police.
Dans un éditorial intitulé "Chavez éteint RCTV", le quotidien d'opposition Tal Cual affirme que "la fermeture de RCTV marque le point le plus haut de l'escalade d'agressions contre la liberté d'expression au Venezuela". "L'Organisation des États américains (OEA) et le Mercosur peuvent bien dire qu'Hugo Chavez est un démocrate, mais ses actes le démentent totalement", ajoute-t-il.
Le quotidien El Nacional va dans le même sens, estimant que cette mesure marque la "fin du pluralisme" dans le pays. Le journal affirme par ailleurs que plusieurs employés de RCTV ont passé la nuit dans les locaux et refusent toujours de les quitter."
Au-delà de la situation vénézuelienne, certes préoccupante, mais sur laquelle je ne porterai jamais qu'un regard franco-français, avec le recul et l'humilité que cela suppose, cette affaire a été à mes yeux révélatrice d'un danger profond, celui d'une accomodation d'une certaine gauche avec les thèses les plus extrémistes, qui soudain deviennent acceptables parce que parées des mot usurpés de "démocratie" ou de "peuple". Malgré le stalinisme, le castrisme, le maoïsme, malgré la Corée du Nord, la gauche française donneuse de leçons est toujours analphabète en termes d'éthique ou de morale. Regrettons-le, avec tristesse, mais aussi fermeté.
12:10 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : hugo chavez, rctv, daniel duquenal, jean luc melenchon
22.05.2007
CHAVEZ, CASTRO, AHMADINEJAD... ET MELENCHON
Au-delà des apparences, lorsque l’on dépasse ma droititude immaculée, se cachent de dangereux travers. Il m’arrive parfois de ressentir de curieux élans d’affection (citoyenne, s’entend) pour des gens de gauche, qui par leur engagement, leur caractère entier, attirent en moi la sympathie que leur refuserait spontanément ma vision politique du monde.
De ceux-là fait partie Jean-Luc MELENCHON. Je lis son blog régulièrement, et si je suis relativement imperméable à son analyse sociétale et économique de la France, j’apprécie son acharnement à vouloir changer les choses, à dénoncer les manœuvres d’appareil, à souhaiter une cohérence plus flagrante pour le PS. Jusqu’à ce que, ce jour, je tombe sur son dernier billet, qui débute par ces mots : « Branle bas de combat cher lecteur de ce blog. La révolution démocratique du Vénézuéla a besoin de nous. » S’en suit une longue diatribe visant à inciter le Parlement Européen à ne pas voter une condamnation du régime chaviste, et ce via internet et les réseaux de la blogosphère.
Sur le fond, de quoi s’agit-il ? Tâchons de faire simple : la chaîne de télévision RCTV, qui bénéficiait d’une licence (ou concession) de 20 ans arrivant à expiration le 27 mai, a fait une demande de renouvellement. CHAVEZ, qui reproche à la chaîne d’avoir soutenu la tentative de putsch de 2002, la lui refuse. Citons Libération, qui rapporte aussi les faits :
« Des centaines de journalistes vénézuéliens ont défilé lundi à Caracas pour protester contre la fermeture d'une chaîne de télévision privée, jugée trop critique par le président Hugo Chavez. Les manifestants, rejoints par des étudiants en communication, portaient une banderole d'un kilomètre de long, sur laquelle on pouvait lire «SOS Liberté d'expression» en dix langues différentes.
Hugo Chavez a récemment annoncé son intention de ne pas renouveler la licence de la chaîne de télévision privée Radio Caracas Television (RCTV) qui expire le 27 mai. Le président socialiste lui reproche d'avoir soutenu le coup d'Etat qui l'avait délogé du pouvoir pendant deux jours il y a cinq ans.
Selon un sondage de l'institut d'opinion Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens désapprouvent la disparition forcée de RCTV, seule station couvrant l'ensemble du pays avec la chaîne d'Etat Venezolana de Television (VTV). Privé de RCTV, le paysage audiovisuel national ne comporterait plus qu'un seul canal proche de l'opposition, Globovision, capté seulement dans la capitale. »
Mais voilà, M. MELENCHON trouverait déplacé que le Parlement Européen dénonce le totalitarisme médiatique de M. CHAVEZ. Citons ses arguments :
« Pour commencer et situer le niveau, rappelons que, la chaîne RCTV a participé activement au processus de « rupture constitutionnelle » à la suite du coup d’état militaire d’avril 2002 contre le président Chavez. Ce qui signifie qu’elle a approuvé et accompagné le putch puis qu’elle a fait le travail d’appui aux décisions des putchistes. : incitations à des manifestations insurrectionnelles, appel à la démission du président élu, répétition à l'antenne de slogans anti-chavistes comme « Fuera, fuera » (dehors, dehors), « Se va, se va » (il s’en va, il s’en va), appels à la démission des nouveaux directeurs de PDVSA (compagnie du pétrole remises aux mains de la nation), diffusion des arrangues de Pedro Carmona (chef des putschistes) et de Fedecámaras (le syndicat des chefs d’entreprise), diffusion des propos d’un chef félon de la sécurité prévenant que la sécurité du palais gouvernemental ne serait pas assurée, diffusion des directives des insurgés appelant la foule à marcher sur la présidence, diffusion répétée d'images montrant des blessés, imputation au président de la responsabilité des violences mortelles, annonce (faux comme on le sait) de la démission de Chávez, puis de son arrestation en précisant qu’il devrait « payer pour les crimes commis » et « planifiés » par lui. Dans quel pays au monde une telle chaîne n’aurait pas été immédiatement suspendue après le rétablissement des autorités constitutionnelles ? »
La tentation existe, à la lecture de ces lignes, de rappeler à MELENCHON (mérite-t-il encore le « monsieur » ?) qu’un tel putsch n’a pas été envisagé sur un coup de tête, et que la nature dictatoriale par essence du fils spirituel et disciple de Fidel CASTRO y est peut être pour quelque chose. Mais avant que l’on en ait prononcé la première syllabe, MELENCHON assène le coup de grâce :
« En supposant que qui que ce soit trouve normal d’accepter qu’une chaîne de télévision soutienne un putch, des esprits chagrins pourraient cependant encore objecter : « vous ne citez que des délits constaté sous les gouvernements Chavez. » Alors on doit répondre pour bien border notre dossier de défense. En effet, RCTV se distinguait déjà par son mépris de la loi bien avant la première élection de M. Hugo Chavez à la présidence du Venezuela en 1998. Elle fut ainsi condamnée en 1976 à trois jours de fermeture pour diffusion d’informations erronées et tendancieuses contre le président de la République ; en 1980, elle fut fermée pendant 36 heures pour programmation sensationnaliste ; en 1981, elle fut fermée pendant 24 heures pour diffusion de programme à caractère pornographique ; en 1984, elle reçut un blâme pour avoir ridiculisé le Président de la République (le précédent avant Chavez) et son épouse ; en 1989, elle fut fermée pendant 24 heures pour publicité pour le tabac… »
Alors là, vous conviendrez avec moi qu’il devient légitime de fermer la chaîne !!! RCTV s’est permise, en 1976 et 1984, de critiquer le président ! Elle a diffusé en 1981 un programme pornographique ! (Que le Conseil Constitutionnel en prenne de la graine vis-à-vis de Canal Plus, NON MAIS !) Et comble des combles, en 1989… publicité pour le tabac. Oui, je sais, je paraphrase, mais ceci mérite cela.
Arrêtons-nous un moment, le temps de reprendre un souffle accéléré sans doute par les indignations précédentes, sur la personnalité de CHAVEZ et la nature de sa « révolution démocratique » si chère à MELENCHON. En juillet dernier, Libération (déjà) publiait ce compte-rendu d’un voyage de CHAVEZ :
"En visite en Iran, le président vénézuélien a assuré son homologue de son soutien inconditionnel.
Après la Biélorussie, la Russie et le Qatar, Hugo Chávez est enfin chez son «frère» Mahmoud Ahmadinejad. L'Iran et le Venezuela ont «des positions et des points de vue communs», s'est réjoui, samedi, le président iranien. Il y a quinze jours, Ahmadinejad avait comparé l'offensive d'Israël au Liban à la politique militaire de l'Allemagne nazie. La veille de son arrivée à Téhéran, Chávez l'a assimilée, lui, «aux actes de Hitler». Il a enfoncé le clou hier devant des étudiants iraniens, parlant de «fascisme israélien»."
CHAVEZ, fils spirituel de Fidel CASTRO, frère de Mahmoud AHMADINEJAD, ami personnel de feu Saddam HUSSEIN… Une véritable ADAMS Family politique. C’est cet homme, ce régime baigné d’ambiguïtés repoussantes, que MELENCHON appelle aujourd’hui à soutenir.
Nous sommes en démocratie. Un pays qui a porté Jean-Marie LE PEN au second tour d’une élection présidentielle a tout à fait le droit d’abriter les soutiens d’un dictateur assumé, ami de tout ce que le monde compte de dirigeants totalitaires et négationnistes. Je n’aurais donc qu’une exigence :
M. MELENCHON, cessez d’utiliser le mot « République » dans l’intitulé des cercles de réflexion que vous animez. Les républicains, au Vénézuéla, on les réduit au silence, avec votre bénédiction désormais.
16:00 Publié dans Hugo Chavez | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : hugo chavez, rctv, jean luc melenchon, ahmadinejad





