15.11.2007

La France peut être réformée, par Nicolas Beytout

Lu sur lefigaro.fr

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Rappelons-nous : c’était il y a un an seulement. La France plongeait dans la campagne électorale. À l’époque, deux sentiments dominaient largement l’opinion : à gauche, Ségolène Royal, triomphalement désignée par les militants socialistes, serait imbattable ; à droite, Nicolas Sarkozy, encombré de son image de ministre de l’Intérieur, devait exploser en vol tant il était réputé faire peur. Incapable de rassembler, il défendait un dogme libéral qui lui assurerait un cuisant échec. Pis, il voulait réformer au pas de charge un pays qui avait constamment montré sa résistance au changement. Il allait donc diviser les Français, faire la politique de la minorité la plus riche, pourchasser les jeunes et se retrouver interdit de séjour sur une partie du territoire, en banlieue.

Aujourd’hui, six mois après les élections, le paysage est tout autre. Élu avec la plus forte majorité de droite depuis le général de Gaulle, le chef de l’État, qui a bouclé ses « cent jours » avec un taux de popularité plus élevé que celui de tous ses prédécesseurs, reste apprécié de la majorité des Français pour son action. Là où ses adversaires le disaient clanique, il s’est montré ouvert au-delà des frontières de sa majorité. Il va au contact de foules de grévistes hostiles. Et il réforme. Vite, en s’attaquant aux dossiers réputés le plus explosifs.

Là encore, la méthode avait été dénoncée à l’avance par la gauche. À la veille du second tour, la candidate socialiste avait même parlé de… « menace de guerre civile » s’il était élu ! Quel contraste avec les faits. Certes, le conflit social majeur dans lequel la France est engagée depuis hier n’est pas terminé. Mais les signes d’apaisement sont si nombreux qu’ils laissent désormais présager un dénouement prochain. Voilà qui devrait permettre au président de la République de remporter son premier vrai test social : jamais, en effet, Nicolas Sarkozy n’avait affronté de grand conflit social ; toujours il avait déminé les dossiers avant que les acteurs ne se crispent.

Cette victoire, si elle se concrétise, sera donc la sienne, celle de l’audace face à l’ampleur du risque, et celle de la maîtrise dans une exécution jusqu’ici impeccable, en prise directe avec ceux qu’il faut convaincre, en prenant garde de rester toujours ouvert au dialogue, et sans donner l’impression de suivre le moindre canevas idéologique. Ce serait une étape importante dans l’évolution de notre « modèle social », une date dans l’histoire des rapports sociaux de notre pays, un recul de la gréviculture syndicale, du pouvoir systématique de dire non et du recours mécanique au blocage. Ce serait la preuve qu’avec de la volonté et autant de méthode on peut réformer la France.

Mais il n’y a pas que cela : car cette issue espérée devra aussi beaucoup à l’évolution de la société française. Cela fait maintenant des années que les différents gouvernements affirment qu’il faudra réformer les régimes spéciaux de retraite, des années que la pédagogie du changement s’exprime sur le sujet. Même le Parti socialiste, pourtant bien peu courageux et clairvoyant dans l’actuel conflit, avait admis dans son principe la nécessité de la réforme. Avec le temps, ce dossier a fini par perdre sa charge idéologique. Et, dès lors que le gouvernement avait l’habileté d’éviter tout discours politique pour rester obstinément sur le terrain du pragmatisme et du bon sens comptable, les chances de succès étaient décuplées. Car les Français ont changé : on voit naître chez eux un réel sens des responsabilités en lieu et place du simple maniement de slogans datés. Modèle social français, droit à la retraite immuable, droit de grève illimité, santé gratuite pour tout et pour tous, droit inaltérable à l’emploi : ils savent qu’on n’échappe pas à une réalité que tous nos voisins ont déjà affrontée. Ils savent qu’il faut bouger, et ils veulent de l’équité.

On savait Nicolas Sarkozy capable de réformer ; ce que dit la façon dont évolue la grève, ce que montrent les réactions de l’opinion, c’est que, désormais, la France est prête à être réformée.

31.10.2007

QUI EST JOSEPH ZIMET ?

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Vous le croirez ou non, 60% au bas mot des internautes qui arrivent sur mon blog via google ou tout autre moteur de recherche y échouent pour avoir tapé "Joseph Zimet". Et ce du fait d'un innocent billet, au second degré bien sûr (qui a dit "menteur"?), que je commis il y a quelques mois relatif à la beauté incontestable de son épouse, Mme Rama Yade Zimet. Si, si, incontestable, je persiste et je signe. Je peux me renier, mais pas à ce point. Non mais.

Le souci, c'est que ces internautes respectables ont peu de chances de trouver leur compte dans ce fragment indécent d'admiration chaste. C'est donc par égard envers eux, et leur attente ciblée, que j'ai fait quelques recherches afin de synthétiser ce qu'il est possible de savoir sur l'homme l'Homme qui a su conquérir le coeur de Rama Yade. Mais non, je ne fulmine pas.

Ah, je vous vois venir : " - Comment ? Tu n'as donc pas lu le billet de Rose Noire à propos de ceux qui colportent les rumeurs et qui entretiennent une malsaine curiosité sur la vie privée de nos hommes politiques qui comme nous ont une âme et le droit conséquent d'en préserver les états du commun des mortels que nous respectons si peu en les encourageant dans leur démarche impudique ? "

Alors là, vous faites bien d'aborder le sujet. Tout d'abord, si, j'ai lu Rose Noire. Et c'est peu dire que je suis d'accord avec elle. C'est pourquoi je n'aborderai aucune rumeur, ni n'énoncerai dans le présent billet aucun point relatif à la vie conjugale de M. Zimet. D'une part parce que cela ne nous... regarde pas, d'autre part parce que je suis jaloux respectueux. C'est donc de Joseph Zimet, l'homme public, membre du gouvernement de la République, que je souhaiterais parler ce matin.

Car Joseph Zimet est en fait un membre du cabinet de Jean-Marie Bockel : son titre exact est en fait "chargé de mission de 1re catégorie (J.O. du 25/07/07), conseiller aide publique au développement". A l'instar de son secrétaire d'état de tutelle, il est l'un des représentants de l'ouverture sarkozyste : Joseph Zimet est lui aussi socialiste, à l'origine, de sensibilité strauss-kahnienne.

Son parcours ? Joseph Zimet fut notamment chargé de mission auprès de l'Agence Française de Développement. C'est à ce titre qu'il anima des cours et séminaires aux étudiants de mastères en carrière internationale à Science-Po, en tant que spécialiste des affaires internationales, notamment de l'humanitaire. L'un de ses cours s'intitulait « Les fondations internationales, nouveaux acteurs de la coopération Nord-Sud », et annonçait le livre qu'il publia en 2006 sur les ONG, Les ONG : De nouveaux acteurs pour changer le monde. Vous en trouverez un compte-rendu très bien fait sur clionaute.org, dont voici un extrait :

L’auteur replace les ONG dans le contexte nouveau de la fin d’un monde bipolaire et de la mondialisation (chapitre 1) : le monde a changé mais la pauvreté demeure et les ONG sont devenues des acteurs incontournables du développement. Bien que très diverses dans leur forme et leurs missions, leurs modes d’intervention (chapitre 3), elles ont tendance à converger dans des campagnes de plaidoyer international visant à modifier les opinions et influencer les décideurs, s’affirmant comme des contre-pouvoirs au-delà des actions de terrain qui suppléent souvent aux carences des Etats. La mondialisation est un facteur de mutation des ONG qui, dans un souci d’efficacité mais aussi du fait de la concurrence, tendent à se professionnaliser et se spécialiser et donc à jouer le jeu de la compétition pour capter les fonds publics et privés (chapitre 4).

Ainsi, après avoir contesté les mauvaises pratiques sociales ou environnementales des entreprises privées, les ONG ont tendance à se rapprocher de grands groupes en établissant des partenariats (WWF France avec le groupe Lafarge par exemple). Une stratégie financière mais une autre façon de peser sur les choix des grands acteurs économiques. L’ouvrage valorise largement le rôle des ONG, sans dénier toutefois de relever le faible poids des ONG françaises : la France est le pays européen qui appuie le moins ses ONG avec seulement 1 % du budget total de l’aide publique au développement (ADP) contre 5 % en moyenne dans les pays de l’UE (plus de 10 % dans certains pays du nord de l’Europe).

Par ailleurs, si les ONG sont devenues des acteurs du développement, elles sont aussi questionnées sur leurs actions, parfois remises en cause (chapitre 5) : les scandales ont pointé le manque de transparence de certaines d’entre-elles, ou leur fonctionnement peu démocratique (les MYONGO ou « My Own personal NGO » désigne ainsi les ONG unipersonnelles et échappant à tout contrôle). C’est surtout leur déficit de légitimité, leur représentativité insuffisante et surtout leur neutralité perdue qui sont remises en question, et qui s’opposent à leur objectif de défense de l’intérêt général : l’argument fort pour les ONG reste celui des donateurs et des adhérents mais elles défendent aussi et de plus en plus un mandat de l’opinion publique qui les plébisciterait pour agir, et défendre un intérêt général « global », qui dépasserait l’intérêt des Etats. De ce fait, beaucoup sont présentes dans le cadre du Forum social mondial, ONG du Nord et du Sud et appuient l’altermondialisme.

Autant dire que par les temps qui courent, cela doit être au moins aussi précieux de l'avoir au sein d'un gouvernement qu'au sein d'un couple cabinet...

Quel regard portait-il sur l'engagement de son épouse auprès de Nicolas Sarkozy ? Plutôt bienveillant, en fait : "Je ne suis pas inquiet. [...] Elle n'est pas impressionnée, elle garde son indépendance et sa liberté de ton. Elle est de droite, mais révolutionnaire", disait-il au Monde.

Le Monde qui à cette occasion rappelait un détail qui me paraissait, dans ma grande naïveté républicaine, insignifiant : Rama Yade est noire et musulmane, d'origine sénégalaise ; Joseph Zimet est juif ashkénaze, fils du chanteur yiddish Ben Zimet. Au-delà de leurs engagements politiques respectifs, ils sont donc - bien malgré eux - les symboles d'un métissage à la fois ethnique et religieux qui ne laisse pas indifférent le commun des observateurs étrangers, notamment en Afrique du Nord et au Sénégal. Car si certains s'en réjouissent, les débats et commentaires parcourus ici, ici ou encore montrent à ceux qui voudraient l'ignorer qu'en termes de racisme et d'antisémitisme, l'Europe ne bénéficie d'aucun monopole.

Alors, pour ne pas finir sur une note attristante, je vais citer une nouvelle fois Rama Yade. C'était le 14 janvier 2007, et c'était un discours qui, selon le Monde toujours (article cité plus haut), fit dire à un cadre du PS resté anonyme (perso je soupçonne Malek Boutih) :

Son discours au congrès de l'UMP, j'en ai tremblé. Rama fait l'unanimité à gauche. Le paradoxe, c'est qu'elle n'existerait pas au Parti socialiste. Les gens de talent et d'expérience appartenant aux minorités sont nombreux au PS, mais ils ne sont pas mis en avant. Sous prétexte de ne pas vouloir la discrimination positive, on ne sait pas représenter la diversité du pays. La droite, si.

Voici un extrait du discours en question :

Nation n’est pas un gros mot. On peut aimer la France, sans être réactionnaire. On peut aimer la France tout en ayant ses racines ailleurs. De cette passion tranquille pour un pays qui a accueilli ma famille, même lorsque, plus tard, elle s’est retrouvée au fond du trou. Car la France, je l’imagine regarder l’avenir dans sa diversité, défendre sa vision à l’extérieur par une francophonie moins ringarde, se voir telle qu’elle est, fière d’elle-même. Je rêve de voir cette nation se rassurer enfin sur ce qu’elle est. Se rassembler. Les jeunes, les femmes, les exclus, les anciens. Il faut en finir avec la fracture générationnelle, la fracture du genre, la fracture culturelle, la fracture sociale au profit de la solidarité, de la fraternité, et du patriotisme républicain.

En espérant que désormais les jaloux de Joseph Zimet trouveront ici matière à nourrir leur curiosité... On monte un club?

Oh, ça va, je plaisante...

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A noter que Rama Yade est aussi membre du Club du XXIème siècle, dont je vous recommande l'édito... même si je ne partage pas toutes les convictions de son auteur.

19.10.2007

TENEZ BON

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Lu sur lefigaro.fr ce matin :

« Tenez bon » : selon le dernier sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI, le message des Français à leurs dirigeants est sans ambiguïté. 67 % des personnes interrogées souhaitent que la réforme des régimes spéciaux aille à son terme. Une détermination d'autant plus remarquable que seuls 27 % des sondés parient sur un arrêt rapide du mouvement. 40 % pensent qu'il va durer « quelques jours », et 32 % encore « plus longtemps ». [...] 26 % seulement des électeurs de Ségolène Royal souhaitent l'arrêt des réformes. Plus encourageant encore pour le président de la République : 38 % des Français qui ont voté pour son adversaire socialiste au second tour estiment que « le gouvernement doit s'engager plus nettement dans le sens des réformes ». La « rupture » fait donc de nouveaux émules, comme en témoigne le soutien massif des Français à l'une des promesses phares du candidat Sarkozy : la fin du monopole des grandes centrales syndicales. 87 % de l'ensemble des sondés - et 86 % des électeurs de Royal - sont favorables à la liberté de présentation aux élections professionnelles.

Le gouvernement Fillon est donc en passe de réussir là où Alain Juppé avait chu il y a 12 ans. Pour autant, c'est à partir de maintenant que les choses sérieuses commencent. Le buffle syndical est blessé, lui qui tant de fois pensait triompher sans même avoir à lutter. Désormais, tout faux pas de la part de la majorité sera donc exploité avec l'énergie de celui qui se sait condamné. Tout va donc dépendre de la façon dont François Fillon, mais aussi Nicolas Sarkozy, vont parvenir à discipliner leur camp, et les déclarations qui en émaneront.

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Rajout de 14h15 :

Lu sur lemonde.fr : L'harmonisation de la durée des cotisations de retraite entre les divers régimes "n'est pas négociable", a réaffirmé vendredi le Premier ministre François Fillon en répétant que la réforme des régimes spéciaux serait accomplie, lors d'un déplacement à Nîmes.

cc2f1542f50ff67aac2269d1604ae5f2.jpg"L'harmonisation à quarante annuités de la durée des cotisations de retraite de tous les Français, cela, c'est un sujet qui n'est pas négociable", a dit le Premier ministre. "L'égalité entre tous nos concitoyens l'exige et l'allongement de la durée de la vie l'impose", a-t-il ajouté.

M. Fillon avait auparavant réitéré que la réforme des régimes spéciaux serait "menée à bien", disant comprendre "qu'elle puisse susciter des inquiétudes comme tout changement". "Le gouvernement est ouvert au dialogue et continuera de chercher avec les partenaires sociaux les voies d'un accord", a dit le chef du gouvernement.

Après avoir rappelé les réformes précédentes des retraites, qui ont touché les autres régimes, il a appelé "les 500.000 agents bénéficiant des régimes spéciaux" à "comprendre que le maintien de notre système de retraite par répartition suppose un effort comparable et partagé". "Ils peuvent comprendre", a-t-il insisté, "qu'avec un million de bénéficiaires et 500.000 cotisants, c'est la survie même de leurs régimes qui est en cause". "La retraite par répartition est notre héritage commun (...) il nous garantit des droits communs, c'est pourquoi il nous impose aussi des devoirs communs", a déclaré M. Fillon.

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Rajout de 16h30.

Lu sur lemonde.fr :

f90e0521bf644181b322519fc784a180.gifLe PS "se félicite de la réussite" de la journée de grève du jeudi 18 octobre contre les régimes spéciaux de retraite, a déclaré vendredi, Benoît Hamon. Pour l'eurodéputé socialiste, "ce qui commence avec les régimes spéciaux se poursuivra par le démantèlement de l'ensemble du système des retraites par répartition". "A ce titre, c'est une journée d'alerte utile", a-t-il poursuivi. "Le seul divorce que nous constatons désormais est celui de Nicolas Sarkozy avec les salariés qui ont bien compris que derrière cette volonté de prétendue réforme des régimes spéciaux, il y a surtout une volonté de démanteler les principes de solidarité qui régissent les systèmes de retraite", a estimé M. Hamon.

14.10.2007

1995 - 2007 : LE PASSAGE DE TEMOIN

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Dans la vie, nous avons tous besoin de références. Pour tout et n'importe quoi, d'ailleurs. Comme des anneaux empiriques auxquels nous devons absolument attacher les mousquetons de l'actualité, pour poursuivre sans décrocher notre ascension vers l'avenir.

Tenez, au hasard : le rugby. Qui peut nier que désormais, devant chaque échéance sportive apparemment insurmontable, un certain haka d'octobre 2007 viendra faire la nique à la fatalité ? Quand on sait que ce dernier se nourrissait lui-même d'une victoire légendaire, celle de 1999, elle-même arrivant dans la foulée d'un singulier dimanche de juillet 1998... Tout est dit.

Alors forcément, en politique, c'est pareil. Et en matière de contestation sociale, n'en parlons pas. Durant des décennies, la référence absolue, celle que l'on ne prononçait qu'avec les yeux levés au ciel et un sourire béat, c'était mai 68. Puis peu à peu, mai 68 a pris du plomb dans l'aile, à l'image de la société qui en était la conséquence. Alors on s'est fabriqué un nouvel outil. Ce fut l'hiver 1995, qui vit la chute de Juppé, et la consécration - définitive, pensèrent certains - de la politique molle. Conséquence ? Un certain 21 avril 2002. Dommage.

D'ailleurs, l'élection de Nicolas Sarkozy avait immédiatement donné lieu à un ferme rappel à l'ordre de Bernard Thibault à ce sujet-là : pas question pour la CGT de laisser filer le droit de véto sur la politique du gouvernement qu'elle avait gagné si durement entre Bastille et République depuis des décennies. L'affrontement paraissait inévitable. L'annonce de la réforme sur les régimes spéciaux, début septembre, avait d'ailleurs mis le feu aux poudres : "déclaration de guerre", qu'ils disaient. Imprécations. Mobilisation. Menaces.

"le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a déclaré qu'il était "fort probable" qu'il y ait "d'autres grèves après le 18 octobre". Le numéro un de la centrale syndicale a également critiqué l'attitude du président et du gouvernement qui, selon lui, "ont tendance à décider d'une réforme (…) et, après, à nous demander d'accompagner cette réforme".

Déjà, six fédérations syndicales de cheminots (CGT, CFDT, CFTC, UNSA, CFECGC, FGAAC) ont indiqué, vendredi 12 octobre, qu'elles se retrouveraient lundi 22 octobre dans l'après-midi."Si aucune réponse satisfaisante n'était apportée aux raisons de ce conflit, elles décideront d'engager un mouvement national de grève, y compris reconductible, avec le dépôt d'un nouveau préavis national", écrivent-elles."

Oui, mais voilà. Même si elle suivie, cette grève s'annonce comme le méga flop du siècle naissant :

Jeudi, un sondage BVA pour le journal Le Cri du contribuable confirmait ce que l'Elysée sondait depuis plusieurs semaines : 48 % des Français jugent que les différences entre le régime des retraites du secteur privé et du secteur public ne sont"pas du tout justifiées" et 24 % qu'elles ne sont "pas vraiment justifiées". Et, selon un autre sondage BVA réalisé pour BFM, Les Echos et Phone House, 53 % des Français estiment que la grève à la SNCF et à la RATP le 18 octobre n'est "pas justifiée" contre 43 % qui la jugent "justifiée".

"Ah, me direz-vous, attendons de voir l'étendue de la mobilisation des prochaines grèves !" - et vous aurez raison. Je peux d'ailleurs déjà vous affirmer que cela va sérieusement nous prendre la tête, ce qui en soit est déjà une réussite, puisque c'est le but, le seul désormais.

" - Comment, s'étranglent les syndicats, pas même une chance de faire tomber un ministre?

- Non, ça c'est le boulot du Premier Ministre et du chef de l'état.

- Un secrétaire d'état, alors ? Un conseiller personnel ?

- Non. Pareil.

- Un amendement ? un différé de la loi ?

- Non, ça c'est le job du Parlement, pas des syndicats.

- Mais nous, on sert à quoi, alors ?

- Ben... vous n'avez pas vu le débat d'entre-deux tours ? En cas de victoire de la gauche, c'est vous qui gouvernerez... d'ici-là, vous ferez votre travail, qui reste de discuter des modalités d'application des lois. C'est déjà beaucoup, pour des organisations qui représentent à tout casser 8% des salariés."

Parce que, oui, j'ai oublié de vous dire : certains se sont intéressés aux chiffres officiels de représentation des syndicats, et il semblerait que nous fûmes bernés durant des années :

L'enquête menée par Dominique Andolfatto et Dominique Labbé révise les chiffres officiels des syndicats à la baisse. Par exemple, pour la CGT qui se vante de réunir 710.000 adhérents, ils estiment qu'elle ne rassemble que 525.000 personnes. L'étude des universitaires, intitulée "Les syndiqués en France 1990-2006", a été financée par la Dares (ministère de l'Emploi) et révélée par Liaisons sociales magazine.

L'étude fixe, en outre, le taux de syndicalisation à 7,2% des salariés dans l'Hexagone. Ce qui représente environ 1,9 million de personnes.

[...] En 2e position, arrive la CFDT, avec 450.000 adhérents contre 800.000 revendiqués. Elle est suivie de FO avec 310.000 (contre 800.000). Toujours selon l'étude, la CFTC rassemblerait 105.000 personnes (contre 140.000), la CFE-CGC 80.000 (contre 160.000), et l'Unsa 135.000 (300.000). En fin de classement, on retrouve FSU et Solidaires avec respectivement 120.000 et 80.000 adhérents.

Alors, question : Sarkozy au pouvoir, rupture ou continuité ? Reculade ou fermeté ? La réponse était dans le figaro.fr ces derniers jours, et ne laissait que peu de place au doute :

« La France a changé et nous sommes déterminés », assure Claude Guéant. Il estime que « la mobilisation du 18 (octobre) sera significative ». Mais, malgré la multiplication des appels à la grève reconductible, il exclut un scénario « à la 1995 » avec l'installation d'un mouvement social durable. Nicolas Sarkozy « est dans une logique d'aboutir », a-t-il ajouté.

Oui, mais François Fillon ? Suivra-t-il ? Il est quand même en première ligne...

En déplacement samedi dans la Sarthe, le premier ministre a assuré « ne pas redouter » la journée d'action des syndicats contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, qui pourrait se traduire par un « jeudi noir ». Il y voit même « un moment de démocratie que j'attends avec sérénité, en écoutant ce que disent les Français ».

Réaffirmant que « le dialogue » se poursuivra « avant » et « après » la démonstration de force des grévistes, il a rappelé que sa réforme était « juste ». Elle « vise à la fois à assurer l'égalité de traitement de tous les Français face à la retraite mais aussi à permettre le paiement des retraites des régimes spéciaux qui, dans dix ou quinze ans, ne pourront pas l'être si aucune réforme n'est faite ».

Interrogé sur une éventuelle réédition des grandes grèves de 1995, le premier ministre a répondu par une phrase d'Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

Tiens, tiens... et si cette fois la France avait VRAIMENT renoncé à vivre une décennie de plus dans le XIXème siècle ?

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Rajout du 15/10/07 :

A lire aussi sur le sujet, l'analyse sur la question des retraites d'A.B. Galiani, du blog d'Alain Lambert (merci Caroline), ainsi que le dernier édito de Stéphane Marchand sur lefigaro.fr, intitulé Le Chantage de la France d'hier. Extraits :

e8f1d6e79195e2a0df3c60e3d84106b4.jpgRetenez bien cette date : 18 octobre 2007. Ce jour-là, le quinquennat de Nicolas Sarkozy va vraiment commencer. Après la victoire dans les urnes, après l'état de grâce, après l'ouverture, voici venue la salutaire épreuve de force qui pourrait définir sa présidence.

Le chef de l'État et son premier ministre veulent réformer les régimes spéciaux de retraite. [...] Les syndicats des transports et de l'énergie ne l'entendent pas de cette oreille. [...] Cette mobilisation ne surprendra personne : dans ce club de salariés privilégiés que sont les grandes entreprises publiques, les syndicats n'ont d'autre mission que de préserver indéfiniment les avantages acquis il y a des décennies, si injustes et anachroniques qu'ils soient devenus.

Ces syndicats lutteront sans merci contre toute réforme progressiste cherchant à débloquer le pays. La France d'hier, avec son maillage inextricable de corporatismes désuets, ne veut pas du changement solidaire. Pour l'empêcher, elle fait chanter l'exécutif.

Chez Nicolas Sarkozy qui, en d'autres occasions, avait prêché le dialogue social à tout prix, le ton a changé. Cette rupture-là, pas question de la manquer. Les modalités seront négociables mais la réforme « se fera ». « Aucun recul n'est possible », répète son entourage. Le président rappelle que les électeurs l'ont choisi pour « faire des choses difficiles ».

Afin d'y parvenir, il s'appuie sur une conviction : les Français ont changé. Leurs yeux sont dessillés. [...] Si son diagnostic psychologique de l'Hexagone est exact, alors Nicolas Sarkozy peut réussir là où Alain Juppé avait dû mettre genou à terre face aux syndicats après plusieurs semaines de paralysie des transports en 1995. En montrant que les vieilles rigidités ne sont pas éternelles, il peut changer le pays.

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Rajout du 16/10/07 :

Sur le financement pour le moins obscur des syndicats, lire le rapport de l'IFRAP (merci Eloïse), où l'on apprend que la part des cotisations est infime dans le budget total :

  • CGT : 220,6 Millions d’euros de budget dont 145 millions hors cotisations
  • FO : 61 millions d’euros de budget annuel dont 26 millions hors cotisations
  • CFDT : 138 millions d’euros de budget annuel dont 69 millions hors cotisations
  • CFTC : 60 millions d’euros de budget annuel dont 48 millions hors cotisations

Par ailleurs, on risque d'entendre beaucoup parler de l'enquête des Echos à propos des fonds "antigrèves" de l'UIMM :

6e8ae7efa16de8531d16a3b8cdbec93b.jpgSelon nos informations, l'UIMM pioche depuis des années dans plusieurs « fonds de réserve », dont l'existence doit être révélée dans prochains jours.

Le plus important d'entre eux, baptisé « Epim », est une caisse de solidarité « antigrève » constituée après les événements de mai 1968 pour inciter financièrement les chefs d'entreprise à résister aux syndicats, en cas de conflit social. « Il s'agissait d'éviter la mollesse de certains patrons dans les négociations, de les encourager à la fermeté moyennant rétribution », raconte un ancien président du CNPF.

[...] Concrètement, les entreprises versaient une cotisation spéciale à ce dispositif, de l'ordre de 0,1 % de leur masse salariale, ce qui permit de constituer, au fil des ans, une belle cagnotte. A la fin des années 1990, il se disait dans l'entourage de Jean Gandois, puis d'Ernest-Antoine Seillière, que son montant atteignait 1 milliard de francs, soit un peu plus de 150 millions d'euros. Aujourd'hui, il s'agit d'un portefeuille dont la valeur de marché s'élève à 160 millions d'euros.

A écouter sur la question, l'interview de Jean-François Roubaud, président de la CGPME, par Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1 ce 16/10.

10.10.2007

PETIT COURS D'OUVERTURE PAR LAURENT WAUQUIEZ

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Vous le savez tous - on ne parle plus que de ça - Fadela Amara a dit "dégueulasse" à propos des tests ADN. C'est sûr, ça fait désordre dans un gouvernement de la République Française, vénérable dame habituée aux consensus - souvent légitimes - au sein d'un même exécutif.

D'ailleurs, cela n'a pas plu à Devedjian. Ni à Gloasguen. La gauche, elle, a applaudi, et a versé une citerne d'huile sur la flamme verbale de la secrétaire d'Etat... qui a eu tôt fait d'en reboucher l'orifice, en dénonçant l'instrumentalisation que les élus de gauche ont coutume de pratiquer à l'égard des immigrés, sans en faire plus pour autant dans leurs circonscriptions.

Or dans ce contexte difficile, j'aime assez la définition de l'ouverture qu'a su livrer Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, invité ce matin de Jean-Michel Aphatie. Donc je vous la livre derechef :

" [...] ce qui est en jeu c'est la conception de "l'ouverture". Je voudrais juste revenir sur un tout petit exemple qui était la dernière ouverture politique qu'on a eue, c'est 1988 avec François Mitterrand. L'ouverture, c'était quoi, à ce moment-là ? Effectivement, y'a eu une ouverture à des ministres qui venaient d'autres partis politiques. La seule chose, c'est qu'on leur a dit : "Surtout, vous restez dans votre coin". Tout le monde est coulé dans le même moule de béton. Et je ne veux pas d'expressions ou de paroles différentes. Là, ce n'est pas notre approche.

Notre approche c'est que précisément, "l'ouverture", c'est pas demander aux ministres qu'ils renoncent à leur différence pour se couler dans le moule politique, c'est accepter leur différence pour faire bouger le moule politique.

[...] Qu'est-ce qu'est en train de faire l'Opposition ? L'Opposition dit : "
Ah là, là, Fadela Amara a dit qu'elle avait un problème par rapport à tel sujet sur l'Immigration. Du coup, il faut qu'elle démissionne". J'ai parfois l'impression que dans l'arène politique du côté de l'Opposition, on a remplacé "la guerre des boutons" par la guerre des mots. De grâce, un peu de sérénité ! Un peu moins d'oukases ! Fadela Amara contribue à secouer un peu les choses, eh bien tant mieux. Ca fait du bien. Ca apporte de l'oxygène.

[...] L'ancien schéma de fonctionnement, c'est quoi ? Un ministre n'est pas d'accord avec la moindre chose, la moindre ligne dans un projet gouvernemental, il démissionne. Nous, notre approche, c'est qu'un gouvernement se nourrit aussi des débats qu'il y a en interne. On ne cherche pas à faire un théâtre de mascarades dans lequel on demande à tout le monde d'être exactement sur la même ligne. Fadela Amara n'est pas d'accord avec un point du gouvernement. Elle exprime sa différence. Eh bien, j'ai envie de dire : ça fait vivre le débat en notre sein.

[...] Le vieux monde politique, c'était quoi ? C'était de dire : "Pour qu'on soit efficace, il faut que tout soit dans le même moule de béton". Notre approche à nous maintenant, c'est de dire : "Il peut y avoir un débat". C'est pas mal de faire vivre le débat ; mais à l'arrivée, il y a une décision et il y a un choix.

[...] Juste un rappel : Fadel Amara, elle s'occupe des banlieues. Et la vraie pierre de touche pour son efficacité gouvernementale, c'est précisément le plan qu'elle est en train de faire sur les banlieues. Et je pense que c'est là-dessus que les Français l'attendent et pas sur ces espèces de querelles d'anathèmes nourries par l'Opposition."

Eh bien pour ce qui me concerne, j'aime assez. Je trouve que tant que l'exécutif reste capable de prendre les décisions ultimes en aval sans trembler, ce n'est pas mal que le débat soit autorisé. Que cela renvoie un peu plus l'opposition à sa propre stérilité, ce n'est pas très grave. Que cela bouscule les notables de la majorité, c'est peut être sain, si ce n'est pas systématique.

Mais attention, ne nous méprenons pas - et Wauquiez le précise ici, il y a deux conditions conjointes à cette possibilité de débat interne :

  • "à l'arrivée, il y a une décision et il y a un choix" : le débat n'a pas vocation à être éternel, et les décisions qui sont prises devront être respectées pour ce qu'elles sont. Amara n'a d'ailleurs pas dit autre chose il y a quelques jours lors de son passage chez Laurence Ferrari, sur Canal Plus.
  • D'autre part Wauquiez rappelle que ce qui donne à Amara la légitimité pour s'exprimer, c'est aussi le travail qu'elle accomplit : "la vraie pierre de touche pour son efficacité gouvernementale, c'est précisément le plan qu'elle est en train de faire sur les banlieues". Il y a donc un lien entre la liberté d'expression d'un ministre et son efficacité. C'est aussi à prendre en compte dans le cadre de la rupture : désormais, celui qui a le droit de l'ouvrir, ce n'est plus celui qui parle le plus fort, mais celui qui est efficace, pour le gouvernement et pour la France. Une autre révolution, en France.

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Rajout de 17h45 : Lu sur le fil info du figaro.fr, cette analyse d'Eric Besson :

c4f76adb8a2de556395fcce21dc9434b.jpgEric Besson, secrétaire d'Etat à la Prospective, ex-membre du PS, a estimé aujourd'hui que le Parti socialiste était "en train d'instrmentaliser" Fadela Amara, dont les propos sur les tests ADN et l'immigration ont suscité une polémique à droite

"C'est plutôt le Parti socialiste qui est en train d'instrumentaliser Fadela", a affirmé M. Besson sur la chaîne i-Télé, accusant le PS de ne pas avoir une "ligne de conduite" sur la question de l'immigration. 

M. Besson, l'un des ministres de l'ouverture, a affirmé que durant "les sept années" où il a été membre de la direction du PS, il n'a "jamais réussi à mettre la main sur le rapport de Malek Boutih", secrétaire national PS chargé des questions de société. Selon lui, dans ce rapport, portant sur la question de l'immigration, M. Boutih dit "des choses qui au fond étaient proches" des propositions avancées par Nicolas Sarkozy

09.10.2007

L'ouverture, tactique ou stratégie ? par Alain-Gérard Slama

Dans la continuité du dernier billet de Flamant Rose sur les stratégies politiques et leurs conséquences électorales...

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Lu sur lefigaro.fr

Le fait que le chef de l'État ait laissé entendre qu'il souhaitait éventuellement faire entrer d'autres personnalités socialistes, comme Jack Lang (1), au sein du gouvernement a relancé les spéculations et les critiques sur sa politique d'ouverture. S'agit-il d'une simple tactique, destinée à exploiter les divisions du PS, ou d'une véritable stratégie, destinée à rassembler le front uni d'un bloc républicain, en vue de faire accepter au pays, sans trop de conflits sociaux, les disciplines de la réforme ?

La plupart des analyses de l'ouverture mettent l'accent sur son explication tactique, loin d'être absente, cela va de soi, des deux côtés. Du côté de Nicolas Sarkozy, l'intention de rendre irréversibles les fractures intérieures au PS est évidente. Il s'agit pour lui de retourner contre la gauche socialiste le piège de l'alliance impossible avec l'extrême gauche, que Mitterrand avait exploité contre la droite en faisant monter le Front national. Sous des apparences rien moins que florentines, l'appel à des technocrates impatients de mettre à l'épreuve leurs idées et le débauchage de personnalités de gauche ne peuvent qu'exaspérer les pressions de la LCR et du PC sur la rue de Solferino.

Du côté des ralliés, on se doute que leur choix n'a pas été seulement déterminé par la capacité de convaincre du président. Il repose sur le pari symétrique de réamorcer la mécanique perverse des frustrations de la droite dure devant une ouverture considérée comme une déception, sinon comme une trahison. Le désir de réveiller l'extrême droite et d'obliger le président à composer avec elle incite les ministres venus du PS à violer la règle de la solidarité gouvernementale en rappelant leurs engagements et leurs fidélités chaque fois que l'occasion s'en présente. Le point faible de cette tactique est qu'elle ne peut être efficace que dans la mesure où ces ministres paraissent se contredire, en restant au gouvernement.

Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives, pressé par ses amis, croit peut-être avoir marqué un point pour son camp en obligeant le pouvoir à réviser l'article 21 de la loi sur l'immigration, qui prétendait interdire aux sans-papiers d'être accueillis dans les centres d'accueil d'urgence. Mais le projet de loi, tel qu'il vient d'être révisé, exclut l'accueil de ces immigrés dans des structures d'hébergement stables, ce qui oblige l'ancien président d'Emmaüs à transiger sur la rigueur de ses principes. De façon plus douloureuse encore, le maintien, particulièrement retors, par le Sénat de la référence au test ADN comme moyen éventuel pour les demandeurs de regroupement familial de démontrer leur filiation est une défaite majeure pour les ministres venus de la gauche. En l'occurrence, ce qui choque une partie de la droite autant que la gauche dans ce texte et ses rédactions successives, ce n'est pas l'inégalité des lois appliquées aux Français et aux étrangers, qui est de droit commun, mais la pente qui conduit depuis dix ans le législateur à encourager dans les esprits la confusion entre un marqueur biologique et une situation juridique.

Au total, les membres socialistes du gouvernement ne sont que les principaux perdants de cette tactique. Dans la pluralité des cas, ceux-ci n'ont d'autre choix que de se soumettre ou de se démettre, et le PS a peu de chances de s'en remettre - du moins aussi longtemps qu'il n'aura pas trouvé un projet capable de le rendre majoritaire sans l'appui des partis révolutionnaires. Mais beaucoup dépendra aussi de la capacité du gouvernement d'éviter des dérapages qui finiraient par lui aliéner les représentants de la droite modérée.

Si en revanche on prend en compte la conjoncture, l'ouverture trouve sa justification stratégique, dans la fragilité d'un pays au bord de la faillite, et voué à la rigueur, s'il ne veut pas se retrouver dans la situation de la Grande-Bretagne en 1979, comme l'ont reconnu François Fillon et Christine Lagarde. Par-delà les arrière-pensées, la présence de ministres socialistes au gouvernement est rendue indispensable par la nécessité d'exercer sur la gauche et sur les syndicats une pédagogie susceptible de les éveiller à une conscience plus réaliste de la situation. Mais cette solution ne peut-être que transitoire.

La présidentielle 2007, marquée par la défaite des extrêmes, a ouvert l'espoir d'une alternance droite-gauche tempérée par les centres. Le refus de François Bayrou de faire bloc à droite et l'absence d'un fédérateur au PS ont obligé Nicolas Sarkozy à entretenir une « ouverture » comparable à deux expériences historiques dont les acteurs souhaitaient, eux aussi, orienter notre vie politique vers le cap d'une alternance maîtrisée : celle du bloc républicain à direction de droite et participation de gauche, au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui souhaitait rationaliser le Parlement, et qui aboutit à un échec ruineux, et celle de De Gaulle en 1959, avant que la réforme de 1962, combinée avec le scrutin majoritaire, ne mette enfin notre pays sur les rails de la bipolarisation.

Nous espérions, cette fois, avoir atteint au but, en échappant au chantage des formations extrêmes. Le comble est que, même si leur pression est devenue virtuelle, notre vie politique continue d'être obérée par elles.

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59c6e31522cb1f1cb5e8bef868f2995e.jpg(1) A propos de Jack Lang et de l'ouverture, lire cet interview accordé au Figaro.

Sur l'ouverture :

Les gouvernements de coalition, comme il en existe beaucoup en Europe, ne me paraissent pas être une anomalie. Ce qui pose problème dans l’ouverture à la française, c’est qu’elle apparaît comme un acte unilatéral du chef de l’État et non comme le fruit d’un dialogue, et encore moins d’un accord, avec les autres forces politiques. Si Lionel Jospin ou Ségolène Royal avaient été élus, ils auraient sans doute, tout comme l’a fait François Mitterrand, appelé au gouvernement certaines personnalités non socialistes.

Sur le PS :

Je suis provisoirement en retrait de la direction du PS. Mais je n’ai pas de raison de m’interdire quoi que ce soit. Ce parti est le mien, c’est ma famille. Même si j’ai toujours été un homme libre.

Sur une entrée possible au gouvernement :

Je n’ai jamais rien sollicité. C’est une question qui ne se pose pas et qui ne m’a pas été posée. Au demeurant, certains aspects de la politique du gouvernement ne me paraissent pas acceptables, comme les tests ADN ou la politique fiscale.

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Sur l'ouverture toujours, ce sondage dont rend compte une dépêche du monde.fr :

Six Français sur dix sont favorables à ce que la politique d'ouverture à gauche de Nicolas Sarkozy se poursuive, selon un sondage CSA pour i-Télé et Le Parisien rendu public lundi. Au total, 62% des personnes interrogées sont favorables à ce que de nouvelles personnalités de gauche intègrent le gouvernement, 24% y sont opposées.

Les plus fervents partisans de l'ouverture se recrutent dans les rangs des sondés ayant voté pour François Bayrou au premier tour de la présidentielle (79%) contre 77% des électeurs UMP.

Chez les socialistes, 50% seulement des personnes ayant voté pour Ségolène Royal approuvent la politique présidentielle.

J'aime assez le "seulement"...

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A lire aussi, toujours sur lemonde.fr : Sans leadership ni programme, le PS peine à se faire entendre, par Jean-Michel Normand

04.10.2007

CINQ MOIS DE SARKOZY

Pour faire le point sur cette nouvelle échéance qui se profile, celle des cinq mois de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, j'ai choisi deux articles du Monde : le premier est un entretien avec Nicolas Baverez, dont je trouve l'éclairage intéressant, aussi parce qu'il n'a pas peur de se mouiller au niveau des pronostics ; le second est un article intitulé "Matignon Bis à l'Elysée" portant sur l'organisation interne du staff du Président : que l'on approuve ou désapprouve, cela reste passionnant. En guise de conclusion, un court développement sur David Martinon issu du même article, candidat probable - et contesté - à Neuilly.

Bonne lecture.

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"Le mandat de rupture donné par les Français à M. Sarkozy est pour l'instant bien rempli "

par Nicolas Baverez, énarque, historien et avocat

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Quel bilan faites-vous des premiers mois de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ?

Dresser un bilan au bout de cinq mois est difficile. Mais à regarder les grands domaines de l'action du président et de son gouvernement, force est de constater que le mandat de rupture donné par les Français à M. Sarkozy est pour l'instant bien rempli. Sur l'Europe, un premier résultat tangible a été obtenu avec l'accord sur le traité simplifié.

La France est entrée dans une phase de changement intensif, visible dans le domaine économique comme en politique internationale, qu'il s'agisse de nos relations avec les Etats-Unis ou avec l'OTAN, de notre position face à l'Iran ou du respect des droits de l'homme, notamment au Darfour.

Que vous inspire la concentration des pouvoirs entre les mains du président ?

M. Sarkozy n'a pas créé cette situation, il en a hérité de Jacques Chirac et Lionel Jospin. L'hyperprésidentialisation du régime est l'enfant monstrueux de la cohabitation, avec le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral, c'est-à-dire l'enchaînement présidentielle-législatives.

Une réflexion est engagée sur la restauration de contre-pouvoirs avec le comité Balladur, qui devra notamment faire des propositions sur le contrôle des pouvoirs du président - en matière de nominations -, la réhabilitation du Parlement, la transformation de la justice en pouvoir à part entière. Tout me semble pour l'instant ouvert.

On le voit bien : il s'agit d'un nouveau 1958. M. Sarkozy a entrepris de repositionner la France dans la mondialisation, de moderniser son modèle économique et social, de lui donner un nouvel équilibre institutionnel et de redéfinir sa posture stratégique, comme le fit le général de Gaulle au début de la Ve République. La référence à 1958 vaut aussi pour le style et la méthode, à savoir une relation directe entre le président et les Français qui écrase tout ce qui est entre les deux : gouvernement, Parlement, corps intermédiaires, partis politiques.

Est-ce à cette aune que vous analysez les relations entre MM. Sarkozy et Fillon ?

Je pense qu'il n'y a pas de rivalité ou de divergence stratégique au sommet de l'Etat. En revanche, François Fillon a une sensibilité propre sur certains sujets, dont la relation aux Etats-Unis et à l'OTAN, ou les finances publiques. C'est lui qui a rendu les arbitrages budgétaires et qui s'est colleté en direct la dérive des comptes publics. Il a eu raison, d'un point de vue comptable, de parler de faillite.

Les vraies tensions ne sont pas entre le président et lui. Elles découlent du type de modernisation qui a été engagée et de son rythme, les politiques structurelles ne produisant pas de résultats à court terme. La France, historiquement, s'est modernisée par à-coups et par le haut. Cette méthode de changement pose des problèmes de calendrier, de démocratie - peut-on faire bouger un pays démocratique principalement à partir du haut ? - et débouche immanquablement sur un dilemme entre la popularité et les réformes.

Aujourd'hui, à l'Elysée, deux visions de l'économie entrent en concurrence : l'une donnerait volontiers la priorité à l'assainissement des finances publiques, l'autre souhaiterait conforter l'Etat dans son rôle historique de moteur du changement économique et social. Il faudra choisir. Une stratégie de changement est toujours à hauts risques et on ne peut pas conduire deux politiques à la fois.

Peut-on continuer à réformer en période de retournement conjoncturel ?

La droite joue de malchance. Une fois de plus, elle arrive au pouvoir avec la récession, comme en 1986, en 1993 ou en 2002. Mais ce peut être une chance. Pour la conduite du changement d'abord : les Français savent que la crise actuelle est sérieuse et ils ont d'abord élu Nicolas Sarkozy pour réaliser les réformes qui, depuis vingt-cinq ans, n'ont pas été menées.

Pour le quinquennat ensuite : mieux vaut débuter avec la récession - et nous allons connaître dix-huit mois à deux ans de turbulences fortes - et bénéficier, à partir de 2010, à la fois du résultat des réformes et du redémarrage de l'économie mondiale. C'est tout à fait inattendu, mais à l'aune du nouvel environnement international et de la crise financière de l'été, les choix de M. Sarkozy sur le volet pouvoir d'achat du "paquet fiscal" et l'effort somme toute limité en matière de maîtrise de la dépense publique vont peut-être avoir un effet bénéfique de soutien de la demande.

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Matignon-bis à l'Elysée

Par Christophe Jakubyszyn

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Ils sont onze à se retrouver, chaque matin à 8 heures et demi, dans le bureau de Nicolas Sarkozy. A ceux-là, le président de la République a dit, au début du quinquennat, qu'il les voulait tous les jours à ses côtés. Depuis le 16 mai, ils font donc partie du premier cercle, au grand dam de ceux qui en ont été exclus : "les autres, Nicolas Sarkozy ne les a pas choisi ", tranche l'un des onze élus. " Je ne choisis pas les collaborateurs de mes collaborateurs", a tranché le Président.

La garde rapprochée Claude Guéant, 61 ans, secrétaire général de la présidence de la République, et Henri Guaino, 50 ans, conseiller spécial, sont les deux piliers de l'équipe élyséenne. Physiquement et symboliquement, ils "encadrent" le chef de l'Etat : le secrétaire général dans le salon vert, le conseiller spécial dans le bureau d'angle. "Guaino-Guéant, c'est la tête et les jambes", résume un collaborateur de l'Elysée. Sans doute un peu rapidement : si l'intellectuel et économiste Henri Guaino – plume de la seconde phase de la campagne présidentielle – continue d'écrire les discours de Nicolas Sarkozy et l'aide à construire sa colonne vertébrale idéologique, il n'est pas le seul. Et si le préfet Claude Guéant fait effectivement tourner la machine de l'Etat, son statut de "premier des fidèles" l'autorise à donner son avis sur tous les sujets.

Catherine Pégard, ancienne journaliste du Point, devenue conseillère du chef de l'Etat, a aussi pris une place à part dans le Saint des saints élyséen : outre qu'elle occupe un petit bureau, juste à côté du Salon doré (le bureau présidentiel), au premier étage, elle est aussi une intime du couple Sarkozy. Nicolas Sarkozy l'a choisie comme "punching-ball médiatique" affirme un proche. "Elle est l'une des seules à pouvoir dîner en tête-à-tête avec le Président, et à aller se promener le lendemain au musée Rodin avec Cécilia Sarkozy", ajoute-t-il.

Les grosses têtes

Emmanuelle Mignon, 39 ans, major de l'ENA, directrice du cabinet, a dû se replier dans l'une des ailes du palais de l'Elysée pour laisser la place aux trois premiers. Mais elle prend place autour de la table le matin. Tout comme François Pérol, secrétaire général adjoint, que Nicolas Sarkozy a connu à Bercy, lorsqu'il était ministre des Finances, et Jean-David Levitte, l'ancien ambassadeur de France à Washington, dont le Président a fait son conseiller diplomatique et sherpa (qui prépare et organise les sommets internationaux).

David Martinon (1), 36 ans, énarque, ancien conseiller diplomatique du candidat, a, lui, été propulsé porte-parole de l'Elysée, et est à ce titre l'un des plus médiatisés des "onze". C'est l'étoile montante de la Sarkozie : il vient d'être investi par Nicolas Sarkozy en personne comme son successeur à la mairie de Neuilly.

Le tour de table se boucle enfin avec Cédric Goubet, un proche de Claude Guéant, promu chef de cabinet, l'économiste Raymond Soubie, nommé conseiller social, Jérôme Peyrat, conseiller pour le Parlement (tout en ayant conservé sa fonction de directeur général de l'UMP), et Patrick Ouart, le conseiller à la justice.

Un gouvernement parallèle

Le "Onze du Président" apparaît comme un véritable mini-gouvernement. Ces très proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy sont en effet à la tête d'un cabinet élargi d'une quarantaine de conseillers, qui préparent les notes et les projets pour le Président. L'organisation du cabinet, avec un pôle économique piloté par François Pérol, assisté de quatre inspecteurs des finances, un pôle social, supervisé par Raymond Soubie, et une cellule diplomatique encadrée par Jean-David Levitte, renforce l'image de "gouvernement parallèle" comme l'appelle un ministre "officiel". Qui soupire : "Sarkozy fonctionne dans la mise en concurrence permanente. Il a doublé ses ministres par ses propres collaborateurs; il a doublé son premier ministre par Claude Guéant et Henri Guaino".

A Matignon, justement, François Fillon s'agace de l'influence d'Henri Guaino, qu'il soupçonne de freiner l'ardeur réformatrice du Président et de pousser à une politique budgétaire laxiste – d'où la sortie du Premier ministre sur la France "en faillite". François Fillon se méfie aussi de la montée en puissance de Claude Guéant qui, autorisé par le président de la République à s'exprimer de plus en plus souvent dans les médias, s'installe dans la position du rival qui pourrait, un jour, lui succéder. L'homme de confiance du chef de l'Etat installé à Matignon : la présidentialisation en cours de la Ve République serait alors parachevée.

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(1) Difficile de parler de David Martinon sans entrer dans l'intimité de sa relation avec le Président, et même le couple présidentiel. A 36 ans, le porte-parole de l'Elysée détient un privilège rare : il fait partie de "la famille". Comme Rachida Dati, il est de ces très proches qui font le lien entre Cécilia et Nicolas Sarkozy, qui ont la confiance des deux. L'épouse du chef de l'Etat devait être le témoin du mariage de David Martinon, finalement reporté.

En 1990, à 19 ans, il rencontre Nicolas Sarkozy. "C'est une drogue dure avec accoutumance immédiate", dit-il quinze ans plus tard. Lors des "états généraux de l'opposition", co-organisés par Alain Madelin et Nicolas Sarkozy, le futur porte-parole de l'Elysée hésite encore. Il tranche peu après : "j'ai compris que Madelin n'aurait jamais le pouvoir, et Sarkozy m'a guéri de mon libéralisme théocratique".

Diplômé de Sciences-Po, David Martinon prend le chemin de la communication politique dans le privé, avant de mettre à profit son expérience au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense en 1995. Retourné à l'école, sur les bancs de l'ENA, il en sort diplomate, en 1998, adjoint au porte-parole du Quai d'Orsay, alors dirigé par le socialiste Hubert Védrine. Mais il continue de travailler, officieusement, pour Nicolas Sarkozy. En 2002, ce dernier appelle le jeune homme à ses côtés au ministère de l'Intérieur, en tant que conseiller diplomatique. David Martinon ne quittera plus son mentor.

Sa neutralité et sa bienveillance lors de la séparation momentanée du couple Sarkozy, en 2005, renforce les liens de confiance. Cécilia Sarkozy poussera la nomination de David Martinon comme chef de cabinet de la campagne présidentielle. Après l'élection, il est nommé porte-parole de l'Elysée, un rôle inédit en France, qu'il met en scène à l'américaine – communiqués quotidiens et point presse hebdomadaire – et qui en fait, plus que jamais, la voix de son maître.

02.10.2007

KOUCHNER ET LE RWANDA

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Un entretien (d)étonnant entre Jean-Pierre Elkabbach et Bernard Kouchner ce matin sur Europe 1. Vous pouvez le retrouver en vidéo ici.

Kouchner, apprend-on, était rentré de Rome vers 3 h du matin, ce qui explique peut être sa véhémence ponctuelle, dont il s'est poliment excusé par ailleurs : je ne suis pas sûr qu'il avait à le faire.

L'entretien porte dans un premier temps sur les questions internationales du moment : la Birmanie, la Russie, etc. Cela donne à Bernard Kouchner l'occasion de s'expliquer sur les nombreuses critiques à son sujet, notamment celles ayant trait au fameux rapport Total concernant la Birmanie.

Puis la conversation, par le biais d'Elkabbach, glisse vers le Rwanda (1). Et là, Kouchner explose face aux approximations d'analyse. Comme il le dira lui-même, cela fait 8 ans qu'il se tait à ce sujet, hanté par des images de membres et de têtes d'enfants découpées, de peur d'être une nouvelle fois confronté aux sarcasmes ou à l'indifférence. Alors il parle, des erreurs d'appréciation de Mitterrand, des regrets de Clinton, exprimés dans son dernier livre sur le point de sortir, du vrai rôle de la France, qui est responsable d'erreurs politiques, mais en aucun cas du génocide (je cite de mémoire).

Je vais vous faire une confidence, sous le coup de l'émotion : j'aime Kouchner. J'aime l'idée qu'un homme devant défendre la position de la France à l'étranger - aux côtés du Président de la République, bien sûr - soit capable de taper du poing sur la table en plein milieu d'un entretien, juste parce qu'il porte dans ses tripes la douleur des drames auxquels il assiste. La diplomatie ne peut se limiter à cet aspect des choses, bien sûr : mais le perdre de vue reviendrait à transformer nos ministres en mercenaires.

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(1) aux alentours de la 8ème min de l'entretien.

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A lire sur la question (entre autres) :

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A voir ABSOLUMENT :

  • Cette vidéo d'Annick Kayitesi, explicant son parcours
  • Ce sujet de France 2, toujours sur Annick
  • Pour ceux qui ont du temps, l'émission Ripostes sur le Rwanda

20.09.2007

Sarkozy, Kouchner et l'Iran nucléaire, par Natalie Nougayrède

Tout en ayant toujours été conscient de la qualité des analyses du Monde en matière de politique internationale, je suis assez impressionné par celles que je lis ces derniers jours. Notamment celle-ci, de Natalie Nougayrède, trouvée donc sur lemonde.fr.

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L'entrée en jeu de Nicolas Sarkozy dans la crise du nucléaire iranien a donné lieu à un changement de rhétorique. Le langage diffère de celui qu'employait Jacques Chirac, mais l'objectif reste le même : prévenir la déflagration régionale que pourraient entraîner des frappes militaires américaines ou israéliennes sur l'Iran.

M. Sarkozy n'a pas, à l'égard de l'Iran des mollahs, le même bagage psychologique que M. Chirac. Ce dernier était très à l'écoute des milieux sunnites libanais, et gardait un souvenir aigu de la crise des otages français au Liban dans les années 1980, lorsqu'il était premier ministre, ainsi que des attentats perpétrés en France par des groupuscules terroristes téléguidés de Téhéran. La France et l'Iran se livraient alors une sourde guerre secrète, avec des contentieux comme le soutien militaire français à l'Irak de Saddam Hussein ou l'affaire du remboursement du prêt Eurodif.

M. Chirac a souvent exprimé en privé - notamment lors d'un dîner avec George Bush, en février 2005 - une profonde méfiance à l'encontre du régime iranien et des chiites, jugés prompts à la dissimulation et la tromperie. A partir de l'été 2006, quand la guerre a éclaté entre Israël et le Hezbollah au Liban, suivie du déploiement d'un contingent français au sein de la Finul dans le sud du pays, il avait multiplié les appels au dialogue avec l'Iran, soucieux de neutraliser sa capacité de nuisance dans la région.

M. Chirac tentait alors une diplomatie secrète, envisageant, en janvier de cette année, l'envoi d'un émissaire de haut rang à Téhéran, initiative qui n'inspira pas confiance à Washington. Le même mois, alors que les Etats-Unis venaient de déployer des porte-avions dans le Golfe, M. Chirac minimisait, devant des journalistes, le danger d'une bombe nucléaire iranienne, expliquant en substance que la dissuasion fonctionnerait. L'Elysée s'efforça de recadrer ses propos, mais le message s'était brouillé. Il flottait dans l'air une certaine résignation à l'idée que l'Iran, au bout du compte, aurait la bombe.

Le paradoxe est qu'en coulisses, l