30.09.2008
ON A EVITE LE CRASH... AERIEN

Lundi matin, la France aurait pu se réveiller sans Premier ministre. L'avion de ce dernier n'est en effet pas passé très loin dimanche de la collision aérienne, ainsi que le relate lefigaro.fr :
" Pour éviter un monomoteur Cessna 172 civil, le Falcon 900 militaire transportant le premier ministre François Fillon a dû effectuer une manœuvre d'évitement dimanche soir à 17h40 peu avant d'atterrir à Villacoublay (Yvelines), aérodrome militaire où sont basés les aéronefs ministériels. Une augmentation de la poussée des réacteurs a été nécessaire, ce qui s'est traduit par une sensation d'accélération par les huit passagers déjà attachés en vue de l'atterrissage - à l'intérieur du triréacteur.
Celui-ci avait décollé d'Angers à 17h10, était en descente pour atterrir face à l'Est sur la piste de Villacoublay. Cette trajectoire d'approche finale passe sensiblement au-dessus de l'aérodrome de loisirs et d'affaires de Toussus-le-Noble. Des zones réservées permettent d'éviter que les trafics des deux plateformes ne se mélangent. Tout se passe bien, sauf quand un Cessna 172, égaré selon son pilote, ne respecte pas l'altitude imposée (1 500 pieds, environ 500 mètres) et traverse donc un espace qui lui interdit, dit de «classe A». Les deux avions sont passés à 60 mètres l'un de l'autre, selon les témoignages recueillis par la gendarmerie. "
Hourra. Autrement dit, si un papillon avait cligné de l'oeil à ce moment là, François Fillon ne serait plus : que sont en effet 60 mètres pour deux avions lancés l'un vers l'autre à pleine vitesse ? A 17 h 40 ce 28 septembre 2008, la vie du Premier ministre français ne tint plus qu'à un fil de soie, que la Parque renonça à sectionner au dernier moment. Ah, fragile condition humaine, destin impénétrable...
Mais au-delà de la réflexion métaphysique indispensable aux longues matinées d'automne et aux poses rodiniennes, l'anecdote prend un sens particulier à l'éclairage du contexte économico-financier actuel : s'il est un brin poète, François Fillon n'a pas pu passer à côté de l'analogie. L'homme qui dût sa survie physique à une manoeuvre désespérée pour éviter le crash aérien est en effet aussi celui qui a la lourde charge de permettre à la France de ne point s'écraser contre le spectre grossissant du crack boursier, alors même que les réacteurs de l'économie sont déjà en mode veille. Hourra bis.
Après un réveil poussif, les observateurs de la vie économique commencent d'ailleurs à se bousculer pour expliquer à qui veut l'entendre qu'eux seuls - chacun d'entre eux en particulier - avai(en)t prévu le désastre sous sa forme actuelle. Le syndrôme de Cassandre se répand ainsi comme une épidémie rétroactive dans un système médiatique qui soigne plus que jamais les angoisses citoyennes par l'administration de logorrhées cycliques. Hourra ter.
Laissons percer du sein de ce brouhaha jargonneux la voix plus mesurée - mais non moins dramatique - d'Alain Juppé, ce matin sur son blog :
" Nous sommes tous secoués par l'ampleur, la brutalité, la complexité de la ou des crises qui secouent la planète.
Qui a vu venir le coup?
[...] Soyons francs. Au delà des déclarations de principe, personne n'a vraiment compris, anticipé, agi. Encore aujourd'hui, personne ne sait vraiment où tout cela va s'arrêter.
La première qualité de nos dirigeants dans la tourmente, c'est le sang-froid. Ils n'en manquent pas.
C'est aussi la capacité de voir à long terme et de dire la vérité aux peuples.
La vérité, c'est que nous sommes en train de vivre une révolution radicale. "
Hip hip hip...
12:24 Publié dans François Fillon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, collision, avion, crise financiere
11.10.2007
LA REPONSE DE FILLON
Souvenez-vous, c'était le 6 octobre dernier. François Fillon, Premier Ministre en place, déclenchait la polémique, en prononçant les mots suivants :
« C’est la loi sur l’immigration - cette loi dont les polémiques ont grossi jusqu’au ridicule un détail, en masquant l’essentiel : qu’elle rendait à la France le droit de choisir son immigration ; qu’elle renforçait la qualité des contrôles ; qu’elle instaurait une politique d’intégration véritable, fondée sur notre langue, sur notre culture, sur notre histoire, sur le respect d’une identité nationale dont nous n’avons pas à rougir ! ».
Alors bien sûr... il avait dit "détail". Comme avant lui Le Pen l'avait fait, à propos des chambres à gaz. Notez aussi que dans l'extrait de l'interview où Le Pen nie à demi-mot l'existence des chambres à gaz, il emploie aussi le mot "vérité" - je le cite :
"Voulez-vous me dire que c'est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire?"
Or justement, comment s'intitulait le livre de François Fillon, ainsi que l'affiche encore son blog? La France peut supporter la vérité. Ne dites pas qu'on ne vous avait pas prévenu.
Toujours est-il que malgré les circonstances, qui plaident lourdement en sa défaveur, François Fillon a choisi de répondre. C'était hier soir. Et, ma foi, c'est que du bonheur. Donc je vous le livre en entier, jusqu'à la dernière goutte. Tût tût tût, pas de "mais" : vous lirez tout, pas le choix. On est sur un blog de droite, quand même, si je ne vous force pas un peu la main de temps en temps je vais passer pour un centriste tolérant. Allez, allez, pas d'histoire.
« Je vois renaître les habituels serviteurs de la pensée unique, les traditionnels gardiens du politiquement correct. Ils se sont fait entendre ce week-end au détour d’un discours que j’ai prononcé. Alors que j’évoquais l’ensemble de la politique d’immigration choisie que recouvre le projet de loi de Brice Hortefeux, j’ai eu « l’inconvenance suprême» d’user du mot « détail » pour qualifier l’amendement de Thierry Mariani.
Que n’avais-je dit ? Utiliser le mot « détail » : « quel dérapage », « quelle horreur », « quelle atteinte insupportable à la démocratie… ». Qu’une partie de la gauche et du microcosme s’empressent de faire un parallèle avec Mr Le Pen, révèle le vide de l’opposition et le conformisme d’une partie des observateurs politiques.
Ce parallèle n’est pas seulement ridicule, il est honteux. Placer au même niveau un test ADN volontaire et encadré par un juge et les chambres à gaz est déshonorant. C’est une injure pour ceux qui ont connu les camps de la mort et c’est une injure à l’intelligence.
Libre à la gauche d’être hostile à notre projet de loi. En revanche, je récuse cette culture de l’intimidation. Je récuse ces amalgames déplacés. Je dénonce la « police des mots » dont parlait déjà Orwell, qui prétend savoir ce qu’il faut dire, quant il faut le dire et comment il faut le dire ! Je ne crois pas que la gauche qui a assisté passivement à la montée de l’extrême droite dans les années 80 et qui a provoqué le 21 avril 2002 puisse vraiment donner des leçons.
Oui, mes amis, je dénonce ce politiquement correct qui interdit de parler lucidement d’immigration sans être soupçonné de xénophobie.
Qui interdit de parler de sécurité sans être soupçonné d’être liberticide.
Ce politiquement correct qui interdit de parler de revalorisation du travail sans être soupçonné de « faire le jeu des patrons» contre les salariés.
Qui interdit d’être à la fois libéral et social.
Qui interdit de baisser les impôts sans être suspecté de « servir les intérêts du grand capital ».
Qui interdit de parler de l’identité de la France sans être accusé de nationalisme.
Qui interdit à des personnalités de droite et de gauche de travailler ensemble sans être accusés de haute trahison.
Les Français en ont assez de toutes ces caricatures qui les étouffent. Assez de ces affrontements fondés sur des postures et des clichés qui donnent au débat public des allures de guerre civile. Notre démocratie mérite mieux que cela et le peuple Français exige mieux que cela ».
Tiens, au fait, en passant... la gauche qui reprochait allègrement à François Fillon d'être invisible il y a quelques semaines le place aujourd'hui sous le feu des projecteurs, grâce à cette polémique. Sans réfléchir, comme d'habitude. Alors moi, je dis ça, je dis rien, mais si j'étais François Hollande, je limogerais illico mon staff de stratégie politique. Et si j'étais militant socialiste, je limogerais illico François Hollande. Ce n'est pas si dur, demandez à Ségolène...
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Rajout de 13h30 : Je ne croyais pas si bien dire, dans ma conclusion... Ségolène aime toujours donner de gentils conseils aux copines.
09:30 Publié dans François Fillon | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, détail, réponse, le pen, chambres à gaz
17.09.2007
C'est en se montrant vigilant sur les réformes que Fillon justifiera son rôle à Matignon, par Guillaume Tabard
Lu sur lefigaro.fr
« Enfin les ennuis commencent ! » La célèbre exclamation de Léon Blum lors de l'installation du gouvernement du Front populaire vaut aujourd'hui pour Nicolas Sarkozy et François Fillon.
Premières turbulences (d'ailleurs contradictoires) dans les sondages, réglages en public sur la communication gouvernementale, agacements franco-allemands et, surtout, assombrissement de la conjoncture économique : l'automne s'annonce moins euphorique que l'été.
Pourtant, le premier risque, une fin de l'état de grâce, est, pour l'instant, un trompe-l'oeil. Si le tandem Sarkozy-Fillon a perdu des points dans le baromètre Ifop-Paris Match, il en a regagné dans l'enquête Ipsos-Le Point. Avec respectivement 62 % et 64 % pour le chef de l'État, et 53 % pour le premier ministre, le couple exécutif garde une popularité qui reste plus qu'enviable, que le tandem Chirac-Juppé, par exemple, aurait appréciée en septembre 1995.
Politiquement, les fondamentaux restent également solides. Face à un PS sans projet et un MoDem sans troupes, la majorité garde la main. Les universités d'été de La Rochelle ont montré que les socialistes commençaient d'effectuer un virage idéologique sur des questions aussi symboliques que les retraites ou l'immigration. Mais le travail de refondation sera long et le PS semble parti pour une longue guerre de leadership opposant François Hollande, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.
François Bayrou, de son côté, aborde la rentrée avec une popularité, conquise durant la campagne présidentielle, intacte (71 % pour Ifop, 57 % pour Ipsos). Le patron du MoDem n'a rien perdu de son assurance. Mais ses troupes restent plus clairsemées que jamais et la perspective des municipales lui pose le casse-tête des alliances qu'il ne lui sera pas facile de démêler.
En tant que parti, l'UMP est pour l'heure muette, ou presque. La réforme de ses statuts n'étant toujours pas ratifiée, le parti majoritaire n'est pas encore redevenu le lieu de débat qu'il était devenu lorsqu'Alain Juppé d'abord (sur les retraites ou l'assurance-maladie), puis Nicolas Sarkozy (avec les conventions thématiques) le présidaient.
Faute d'un choc entre les grands courants de la vie politique, le débat se concentre de manière quasi exclusive sur la vie gouvernementale.
Depuis le mois de juillet, l'hyperprésidence de Nicolas Sarkozy est donc au centre de tous les commentaires. Ses confidences, réelles ou supposées, distillées sur l'action de certains de ses ministres ; sa remarque, publique, à l'intention de François Fillon, sur la nécessité d'« un peu de méthode » pour aborder les réformes. Tout cela alimente les interrogations sur la solidité et la solidarité de l'attelage gouvernemental.
Mais si l'omniprésence du chef de l'État est une nouveauté, elle n'est plus objet de débat. Chacun a bien compris et intégré que l'Élysée était désormais le centre de décision.
La vraie question est celle du rythme et de la nature des réformes. L'été fut le temps des réformes « gratifiantes », selon la formule employée en son temps par Jean-Pierre Raffarin : la déduction des intérêts d'emprunts, favorable aux particuliers, la défiscalisation des heures supplémentaires, attendue par les entreprises et les salariés, la réforme de la gouvernance des universités, sur laquelle un relatif consensus s'est réalisé.
Avec la réforme des régimes spéciaux, bientôt celles du contrat de travail, de la carte judiciaire, du financement de l'assurance-maladie ou encore l'allégement de l'État et la levée des freins à la croissance, voici venu le temps des réformes exigeantes, celles qui, même si elles sont plébiscitées dans les sondages, provoqueront des tensions parce qu'elles remettront en cause des situations acquises et des corporatismes.
Dans l'affirmation, dimanche, par François Fillon qu'il n'attendait plus que le « feu vert » du chef de l'État pour engager les négociations des régimes spéciaux, l'essentiel n'est pas l'agacement provoqué à l'Élysée, mais le soutien massif à cette réforme que sa majorité lui a confirmé mardi. François Fillon en a pris son parti : Matignon n'est pas le lieu où l'on peut chercher à exister face au président.
Son rôle est d'être le gardien des engagements de la campagne. Sa mission est de veiller à garder le cap réformateur, lorsque le temps se gâtera. Quels que soient les commentaires qu'il devra alors subir. Comme le dit Brice Hortefeux, le ministre de l'Identité nationale, « mieux vaut des réformes qui avancent que des bruits qui courent ».
Avec la reprise de la session parlementaire, le premier ministre pourra asseoir cette exigence sur son statut de chef de la majorité. Alors que Nicolas Sarkozy est actuellement en première ligne sur tous les sujets, c'est paradoxalement en retrouvant un rôle de fusible que François Fillon sera en première ligne.
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Autre son de cloche sur la question : celui de Patrick Jarreau.
05:00 Publié dans François Fillon, Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, reformes
16.09.2007
Le sondage qui conforte Fillon, par Renaud Dély
Lu sur leparisien.fr
Selon notre enquête CSA - « le Parisien » - « Aujourd'hui en France » - i>télé, plus de deux tiers des Français plébiscitent la réforme des régimes spéciaux de retraite annoncée par le Premier ministre.
Voilà un chiffre qui va mettre du baume au coeur de François Fillon. Après s'être pris un coup de règle sur les doigts de la part de son supérieur de l'Elysée, le chef du gouvernement se voit réconforté par l'opinion. Selon notre sondage CSA - « le Parisien » - « Aujourd'hui en France » - i>télé, 68 % des Français sont favorables à la réforme des régimes spéciaux de retraite, qu'il a annoncée dimanche. Depuis notre dernière enquête sur le même sujet, en septembre 2006, ce taux d'approbation progresse de neuf points.
Cette hausse est plus forte parmi les salariés du public (+ 9 points) que chez ceux qui relèvent du secteur privé (+ 5 points), comme si les premiers se montraient particulièrement sensibles à l'argumentaire du chef du gouvernement. Celui-ci justifie cette réforme par « l'équité » consistant à aligner la durée de cotisations des régimes spéciaux sur celle de la fonction publique.
Les sympathisants de gauche approuvent
Si le duo exécutif est d'accord sur le fond de ce dossier, Nicolas Sarkozy n'a guère apprécié la méthode de son « collaborateur », comme il dit, de Matignon. Fillon l'avait mis au pied du mur en appelant de ses voeux un « signal » rapide de l'Elysée pour valider un projet à ses yeux « bouclé ». Cette précipitation lui a valu un avertissement du chef de l'Etat. Mardi, à Rennes, Sarkozy avait asséné : « Un peu de méthode ne nuit pas à la résolution d'un problème. » Au vu de ce sondage, celle du chef du gouvernement n'a pas, pour l'heure, causé de grands dommages. Près de douze ans après les grèves de décembre 1995, les esprits ont évolué. Il existe même une majorité de sympathisants de gauche (53 %) pour approuver une perspective plébiscitée par les électeurs UMP à hauteur de... 92 % !
La marge de manoeuvre des syndicats semble fort étroite, tandis que les socialistes sont encore loin de parler d'une seule voix. Au même titre que l'instauration d'un service minimum dans les transports, la suppression des régimes spéciaux apparaît comme un dessein emblématique des valeurs de cette « droite décomplexée » sur lesquelles Sarkozy a bâti son succès électoral. Jean-Daniel Lévy, directeur adjoint de l'institut CSA, met toutefois le gouvernement en garde contre un danger : s'il se focalise sur les seuls régimes spéciaux, « les Français pourraient avoir du mal à comprendre qu'on leur demande l'année prochaine de nouveaux sacrifices pour consolider le système par répartition » lors du rendez-vous prévu par la loi Fillon sur les retraites de 2003.
Massif, l'acquiescement de l'opinion ne vire pas au fol enthousiasme. Seuls 27%des Français sont « très favorables » à la suppression des régimes spéciaux de retraites, tandis que 41 % se contentent d'y être « plutôt favorables ». Nicolas Sarkozy aime à se nourrir d'une batterie de sondages avant d'annoncer ses choix. Le voilà armé avant de dévoiler ses intentions mardi lors d'un rendez-vous avec les journalistes.
08:35 Publié dans François Fillon, Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, regimes speciaux, retraites, sondage, renaud dely
14.09.2007
La France peut faire aussi bien que l’Allemagne, par François Fillon
Lu sur lefigaro.fr
Pourquoi l’Allemagne est-elle pour la France un partenaire incontournable ? Parce que nos intérêts sont communs. Plus que jamais, nous avons tout à gagner à unir nos efforts. Ce qui n’exclut pas, en toute amitié, un dialogue sans artifices et sans tabous. Les quelques malentendus ou préjugés qui apparaissent parfois entre nos deux pays ne sont rien en regard de la fécondité de leurs partenariats.
C’est le message du président de la République. Ce sera mon message aujourd’hui même, aux rencontres d’Évian, devant les dirigeants de grandes entreprises françaises et allemandes.
L’Allemagne va mieux. Elle tire aujourd’hui profit de courageuses réformes menées depuis 2000, notamment celle du marché du travail. Sa croissance est bonne, son chômage baisse, ses déficits se résorbent. Ces résultats créent un vrai défi pour la France. Pourquoi ne ferions-nous pas aussi bien ?
Avec Nicolas Sarkozy, notre objectif est clair : faire preuve d’efficacité réformatrice. Le gouvernement a déjà adopté un train de mesures d’une densité inégalée. Nous avons libéré le travail au-delà des 35 heures. Redonné la priorité à l’investissement. Enclenché la réforme de l’université et accordé un soutien exceptionnel à la recherche privée. Nous réfléchissons à une réforme profonde de l’État et de nos prélèvements obligatoires. Nous allons améliorer le fonctionnement du marché du travail, en concertation avec les partenaires sociaux. Nous préparons une loi de modernisation de l’économie. Nous allons développer la concurrence et valoriser le goût d’entreprendre, pour libérer la croissance.
L’enjeu dépasse le court terme. Comme l’a fait l’Allemagne ces dernières années, nous devons voir plus loin, viser plus haut. Il ne s’agit pas du résultat conjoncturel à la fin de l’année 2007. Il s’agit de la situation structurelle du pays, à l’issue des réformes de fond que nous aurons menées pendant cinq ans et que nous ne faisons qu’entamer. Il faut le faire sans dégrader nos finances publiques et en respectant nos engagements européens. Ce n’est pas un objectif étroitement comptable mais une nécessité vitale pour notre prospérité et l’avenir de nos enfants.
Une Allemagne rénovée, une France réformée : voilà l’une des clés de la relance du projet européen. Plusieurs défis nous sont lancés, que nous relèverons ensemble.
Premier défi, l’Europe de demain. Nos deux pays doivent réfléchir ensemble à ses missions, à ses politiques futures, à son organisation, à son fonctionnement démocratique, à ses frontières.
Deuxième défi, la mondialisation. Les liens économiques et industriels étroits que nos deux pays ont noués depuis des décennies les protègent et les renforcent dans la mondialisation. Mais il faut aller plus loin. Transparence des marchés financiers, fonds spéculatifs, fonds souverains, compétitivité de nos entreprises, pratiques commerciales déloyales, accès des PME aux marchés publics, propriété intellectuelle, dumping monétaire : dans tous ces domaines, la France et l’Allemagne veulent coopérer pour être plus influentes, plus efficaces. C’est ce qu’ont exprimé avec force Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lors de leur rencontre informelle de lundi dernier et dans leur lettre conjointe au président du Conseil européen, José Socrates.
Troisième défi, le changement climatique. C’est l’un des thèmes principaux du « Grenelle de l’environnement ». Nos deux pays doivent unir leurs efforts pour amener les États-Unis et les grands pays émergents à participer pleinement au dispositif qui succédera au protocole de Kyoto. L’environnement sera l’une des priorités de la présidence française de l’Union, comme il a été l’une des priorités de la présidence allemande.
Quatrième défi, l’énergie. La France et l’Allemagne agissent de concert pour un marché garantissant la sécurité d’approvisionnement. Nous voulons pour nos entreprises et nos concitoyens une énergie à la fois compétitive et respectueuse de l’environnement.
Cinquième défi, l’espace. Nous coopérons avec succès depuis plus de trente ans. Des avancées considérables ont été obtenues dans le cadre des programmes de l’Agence spatiale européenne : étude et exploration de l’espace, innovations technologiques d’excellence, accès à l’espace, nouvelles applications pour les citoyens. France et Allemagne veulent construire ensemble une industrie spatiale européenne compétitive. Elles entendent confirmer les résultats prometteurs obtenus dans le déploiement du système Galileo.
Nos deux nations sont comme deux sœurs que le temps ne cesse de rapprocher. À deux, elles sont plus fortes. Ensemble, elles feront encore beaucoup, pour elles-mêmes et pour l’Europe.
05:00 Publié dans François Fillon, Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, france, allemagne
12.09.2007
UN PEU DE METHODE...
Bon.
Je vais vous confier un secret très mal gardé : je suis sarkozyste. Et pas à moitié.
Ce que j'aime chez Sarkozy ? Tout, ou presque : son volontarisme, sa force de frappe rhétorique, ses divers bilans, sa vision du monde, la cohérence de sa politique, même certaines de ses maladresses... tout, je vous dis.
Je vais même vous dire mieux : depuis que j'ai mis le nez dans Libre en 2002, année de mon coup de foudre, il ne m'a jamais déçu : c'est dire si le couple politique que nous formons à l'insu de son plein gré fonctionne bien.
Enfin, quand je dis "jamais déçu"... je devrais désormais rajouter : "jusqu'au 11 septembre 2007". C'est la date où, devant un parterre d'agriculteurs, Nicolas Sarkozy s'est écrié, dans une allusion peu discrète à la prise de position de François Fillon concernant la réforme des régimes spéciaux de retraites, un sourire entendu au coin des lèvres :
« Un peu de méthode ne nuit pas quand on cherche une solution à un problème. »
François Fillon. Le lieutenant modèle, qui accepte en silence les brimades et les moqueries pour demeurer à la place qui est la sienne, celle de la coordination d'une seule politique, le programme sarkozyste. Le Premier Ministre exemplaire, qui reste sans sourciller dans l'ombre permanente du Président... et parfois du secrétaire général de l'Elysée.
Hé bien voilà, c'est dit, je ne suis pas d'accord. J'ai assez soutenu Nicolas Sarkozy pour pouvoir dire, une fois tous les cinq ans, que je ne suis pas d'accord avec lui. Et ce sans que cela ne remette en cause d'aucune façon la solidité éprouvée de mes convictions.
Comme la plupart des gens je pense, lorsque j'ai un désaccord à régler avec l'un de mes proches ou de mes collaborateurs, et que son image publique est en cause (donc par extension celle d'une cohésion d'équipe possible), c'est entre quatre yeux que se passe l'explication, au moins la première fois en tout cas. C'est le moindre des respects que pourrait attendre François Fillon en retour de sa loyauté, à mon sens.
Certes, sa déclaration aurait pu demander plus de concertation préalable. Certes, cela manquait de préliminaires. Certes, il avait peut être besoin d'être entretenu quant au caractère prétendu brutal - par certains, dont je ne suis pas - de cette annonce, et du problème qu'elle pouvait poser. Mais, cher Président, n'y avait-il pas une autre façon de procéder? Car ainsi que vous le dites vous-même,
« Un peu de méthode ne nuit pas quand on cherche une solution à un problème. »
09:50 Publié dans François Fillon, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : un peu de methode, françois fillon, nicolas sarkozy
11.09.2007
LA LUTTE FINALE
Voilà, nous y sommes. D'ici 10 jours, nous saurons si la rupture sarkozyste est, comme le prétendent certains, un feu de paille médiatique, ou bien si elle inaugure une autre organisation de la société et de ses rapports de force. En mai 2007 déjà Drieu Godefridi écrivait ceci :
"La vraie question, dès lors, n'est pas de savoir si la confrontation entre l'administration Sarkozy et les syndicats aura bien lieu. La question est de savoir quelle sera la réforme - ou le prétexte - qui jettera cent mille personnes dans la rue. Et comment la confrontation se dénouera. Qu'il cède, et M. Sarkozy ne sera, au bilan, qu'un autre Chirac. Qu'il maintienne, et il entrera tout droit au Panthéon des hommes d'Etat."
Il faut dire que dès le 10 mai - 4 jours après le 2nd tour de la présidentielle, excusez du peu - Bernard Thibault de la CGT avait annoncé la couleur. En réponse tardive à un Sarkozy qui avait dit, dans une émission de télévision,
"Quoi que dise monsieur Thibault [...], si les Français devaient me faire confiance, et que dans mon programme je dis : "il faut une loi sur le service minimum dans les transports parce qu’il n’y a aucune raison que les usagers du service public soient pris en otage de questions qui ne sont pas les leurs", [...] je ne vois pas au nom de quoi monsieur Thibault devrait dire : "les élections ça compte pas, seule compte la revendication". [...] On discutera, on négociera, mais si les Français me choisissent, il y a des décisions, [...] il faudra les prendre."
Thibault répondait ceci :
"une élection présidentielle ne résout pas tout. Jacques Chirac a été élu avec 52 % des voix en mai 1995, cela n'a pas empêché un conflit long, fin 1995. Jean-Pierre Raffarin était un premier ministre légitime et il s'est heurté à un conflit important sur la réforme des retraites en 2003. Dominique de Villepin a aussi pu considérer que le taux de syndicalisation n'était "que de 8 %", cela n'a pas empêché, en 2006, un conflit lourd sur le contrat première embauche."
Bref, la confrontation s'annonçait comme inévitable. Sarkozy voulait changer la France, les syndicats voulaient garder leurs prérogatives. Leur ambition s'est heurtée à un premier écueil : la popularité de Sarkozy, qui ne faiblit pas assez vite pour qu'un mouvement d'annexion de la rue soit envisageable. C'est ce que rappelle Charles Jaigu :
"François Mitterrand, en 1981, passe d'une cote de confiance de 74 % en juin, à 62 % en septembre. Jacques Chirac perd dix points entre juin et septembre 1995 (de 64 % à 54 %). Nicolas Sarkozy est le seul, avec François Mitterrand, en 1988, à se maintenir au même étiage entre juin et septembre. « Pour les Français, la relation avec Nicolas Sarkozy s'est construite depuis 2002. L'omniprésence sur le terrain, le volontarisme sur tous les dossiers, l'accessibilité, le président de la République ressemble au ministre de l'Intérieur qu'il fut, et cela lui donne une grande solidité dans l'opinion. Depuis cinq ans, sa courbe offre une grande résistance au temps », note Pierre Giaccometi, directeur général d'Ipsos."
Pour tenter de conjurer cet état de fait, Thibault sort le grand jeu, et essaye, dans son costume d'oiseau de mauvaise augure, de produire le battement d'aile responsable de l'ouragan social qu'il attend. En vain.
Mais depuis le 9 septembre, il est au pied du mur. C'est François Fillon qui, chez Laurence Ferrari, a pris la main, calmement mais fermement. Selon lui, la réforme sur les régimes spéciaux de retraite est "prête" et le gouvernement "attend le signal du président de la République" pour "entamer les négociations avec les partenaires sociaux". "Cette réforme [...] est simple à faire, il s'agit d'aligner les régimes spéciaux sur celui de la fonction publique", a-t-il estimé, indiquant qu'elle sera réalisée soit par une loi, soit par un décret."Ca ne veut pas dire pour autant qu'il n'y aura pas un débat au Parlement pour que cette réforme soit faite dans la transparence et la concertation", a-t-il précisé.
Les réactions des syndicats ne se sont pas faites attendre. Il est d'ailleurs assez révélateur que celles de Besancenot et de Sud Rail s'expriment au travers du même terme de "déclaration de guerre". Pour le leader de la LCR en effet,
"C'est une déclaration de guerre de la part de Fillon, il le sait, d'ailleurs on l'attendait. [...] Elle vient un petit peu plus vite que prévu car il y a des difficultés économiques qui se profilent en cascade pour le gouvernement. [...] A la rentree sociale, il s'agit de répondre présent, dans la rue, dans les mobilisations[...] Dès qu'on touche aux acquis sociaux arrachés par nos anciens ça peut très, très rapidement se transformer en bordel dans le pays. [...] Le seul adversaire de taille qui se dresse face à la droite, face au Medef, c'est l'histoire sociale de ce pays".
Dans le même temps, Christian Mahieux de Sud Rail déclare :
« Nous considérons que la déclaration de M. Fillon est une déclaration de guerre. Le gouvernement veut casser les régimes spéciaux dès 2007 pour être plus fort lorsqu'il s'attaquera aux retraites de tous en 2008 ».
Les forces en présence sont donc désormais rassemblées. Tout est prêt pour la confrontation, mais personne ne sait quelle forme elle prendra, tant la situation est, malgré les apparences, inédite : Sarkozy va-t-il passer en force, mettant en avant sa popularité et ses 53% de soutien à son programme? Les syndicats oseront-ils réitérer une méthode d'intimidation devenue curieusement anachronique depuis 4 mois? Assisterons-nous à un combat de judo, chacun se servant de la force gaspillée de l'adversaire, ou à un match de boxe, dont l'issue sera le KO de l'une des parties?
Les syndicats semblent en tout cas mal en point avant même le début du conflit. Outre la popularité de Sarkozy évoquée plus haut, ils doivent compter avec deux éléments qui leur sont défavorables. Le premier est le soutien de l'opinion publique à cette réforme en particulier. Ainsi que l'écrit Le Monde,
"Le gouvernement compte, contrairement à la tentative avortée d'Alain Juppé en 1995, sur un soutien de l'opinion publique. Il s'appuie sur plusieurs sondages publiés pendant la campagne électorale et sur plusieurs enquêtes privées, réalisées depuis. En mars, dans un sondage IFOP, les Français avait placé la réforme des régimes spéciaux en tête des mesures prioritaires pour préserver les retraites (49 %), devant le développement de l'épargne par capitalisation (32 %) et l'augmentation des années de cotisation (16 %). Au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, dans un sondage CSA pour Le Parisien, 56 % des Français disaient souhaiter la mise en oeuvre "rapide" de la réforme des régimes spéciaux de retraites."
Le second est la perte d'un soutien non négligeable, celui d'une partie du PS. Il y a quelques jours, François Hollande tournait la page du Grand Soir. De plus, ainsi que le rappelle L'Express (merci Tim), Montebourg avait déjà préconisé la suppression des régimes spéciaux dans son discours de rentrée, à Frangy. Le 10 septembre, sur RTL, Manuel Valls n'a pour sa part pas hésité une seconde :
"Il faut dire la vérité aux Français. Il faut être clair. Et donc, les socialistes doivent le dire aussi : il faudra aligner les régimes spéciaux sur le régime général, c'est une question d'abord d'équité. Nous l'avons beaucoup entendu pendant la campagne électorale ; et puis c'est aussi une question financière parce que nous savons que, demain, il y aura pour ces régimes beaucoup plus d'inactifs, beaucoup plus de retraités que d'actifs. Et donc, il y aura un grave problème financier qui se posera."
Nul ne sait ce qui se passera demain. Mais si conflit social il y a, il risque fort de marquer un bouleversement profond et un virage sans précédent dans l'organisation sociale du pays.
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Cet article a été publié sur Agoravox.
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Rajout du 12/09/07 : A lire absolument sur la question, le billet du jour de Rose Noire.
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21.08.2007
François Fillon ne veut "aucune mesure de durcissement du crédit"
Lu sur lemonde.fr
Quel effet aura la crise financière sur l'économie française ?
C'est une crise qui part des Etats-Unis mais qui a un impact mondial, compte tenu des interactions du système financier. Jusqu'à présent, elle a été plutôt bien gérée par les autorités de régulation, en premier lieu la Federal Reserve américaine et la Banque centrale européenne, et il semble qu'elles soient parvenues à enrayer les baisses. Mais il peut y avoir d'autres turbulences.
Il ne faut pas que cette crise provoque un doute sur nos capacités de croissance. Concrètement, deux menaces doivent être écartées. D'abord sur le financement des PME. Je réunirai avec la ministre de l'économie, la semaine prochaine, les responsables des banques pour veiller à ce que les petites entreprises ne soient pas pénalisées par les risques inconsidérés pris par le système financier. Les banques ne doivent prendre aucune mesure de durcissement du crédit.
Ensuite, deuxième menace, celle des écarts monétaires. J'attends à ce sujet les futures décisions de la BCE, en soulignant combien l'inflation est à un niveau particulièrement bas en Europe.
Le président de la République a demandé une discussion au G7 sur la transparence financière. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cette crise a montré qu'il y avait besoin de plus de transparence sur les risques encourus par les investisseurs et sur l'exposition des institutions financières à ces risques. C'est pourquoi Nicolas Sarkozy a écrit à ce sujet à Angela Merkel, qui préside le G7. Il faut la transparence dans l'information sur les risques pris par les différents acteurs. Dans cette crise, des risques sont pris par des institutions américaines et sont assumés par des banques françaises ou européennes sans qu'à aucun moment leurs actionnaires comme leurs partenaires ne soient informés précisément de leur teneur.
Concrètement, il faut que les agences de notation soient soumises à des règles plus strictes. Et, plus globalement, que le système financier soit soumis à des obligations de transparence plus sévères. Sans transparence, pas de confiance, et donc pas d'efficacité.
La croissance française a nettement ralenti au deuxième trimestre. Elle est inférieure aux prévisions. Qu'allez-vous faire pour la relancer ?
Que la croissance soit insuffisante en France, c'était le constat de base de tout notre programme économique et social ! Les chiffres du deuxième trimestre ne font que confirmer notre diagnostic : cette faiblesse est due à une insuffisance de compétitivité des entreprises françaises. C'est pourquoi le premier élément de relance a été la libération du travail : les heures supplémentaires seront défiscalisées et exonérées de charges dès le mois d'octobre.
Deuxièmement, dès juin, nous avons demandé aux partenaires sociaux d'engager des négociations sur la modernisation du marché du travail et la sécurisation des parcours professionnels. C'est le débat sur le contrat de travail, sur la fusion ANPE-Unedic. On attend les résultats de leurs discussions, et des décisions seront prises avant la fin de l'année.
Ensuite, il y aura les décisions sur le financement des PME, puis sur l'innovation. Dans les prochains jours, nous annoncerons une réforme radicale du crédit impôt recherche pour que 100 % des dépenses de recherche soient prises en compte. Parallèlement, on va créer le statut de "jeune entreprise universitaire", fusionner [les agences d'aides aux entreprises] Oseo et A2I, et, enfin, ratifier l'accord de Londres sur les brevets.
Les mauvaises nouvelles économiques de l'été ne modifient-elles pas vos priorités ?
Globalement, les fondamentaux de l'économie française sont bons : la consommation tient bien, l'inflation est basse, le moral des entreprises et des ménages est très bon. Selon les sondages, le niveau d'appréciation de notre politique par les Français est élevé.
Notre faiblesse, c'est la compétitivité, l'investissement et le niveau de l'euro, qui handicape davantage nos types d'activité que ceux de nos voisins allemands. D'où notre programme. Il est lourd, il demande parfois des négociations sociales qui prennent du temps.
Mais le calendrier de travail qui sera précisé, vendredi, au conseil des ministres, comprendra les réformes structurelles nécessaires pour améliorer la compétitivité. Les franchises de santé, la fusion ANPE-Unedic, les retraites : tous ces sujets sont désormais en phase active. S'y ajouteront les mesures issues de la révision générale des politiques publiques, et celles du rapport demandé à Jacques Attali sur la levée des obstacles qui engourdissent la croissance.
Concernant la défiscalisation des emprunts immobiliers, le Conseil constitutionnel a limité sa portée à l'après-6 mai, contrairement à la promesse de M. Sarkozy. Comment surmonter cet obstacle ?
C'est un engagement de la campagne et je reste convaincu que la crise de confiance des Français envers la politique exige, tout en respectant la décision du Conseil constitutionnel, d'y être le plus fidèle possible. La portée de la mesure sera limitée à l'après-6 mai, on ne peut faire autrement mais, dès vendredi, Mme Lagarde proposera un dispositif complémentaire qui élargira les incitations pour les acquéreurs d'un logement. Elles seront d'un coût équivalent.
En renonçant à contourner la censure du Conseil constitutionnel, vous vous exposez aux reproches des "promesses non tenues"…
Ce n'est pas de notre fait. C'est le Conseil constitutionnel qui nous l'interdit. Si je devais faire le bilan de ces cent jours, je n'ai pas à rougir. En trois mois, mon gouvernement a fait voter une loi sur le service minimum, une sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat comprenant notamment la défiscalisation des heures supplémentaires et des successions, deux textes sur la récidive, la réforme de l'université… sans oublier une réforme de l'immigration qui sera discutée à l'ouverture de la session parlementaire le 18 septembre. En termes d'engagements tenus, je suis prêt à soutenir la comparaison avec bien des gouvernements.
L'assombrissement du paysage économique et les critiques de la gauche vous font-il craindre une rentrée sociale plus dure que prévue ?
Ce que les Français attendent de nous, c'est que nous tenions nos engagements. C'est ce que nous allons faire. L'empressement du premier secrétaire du Parti socialiste à attaquer la politique gouvernementale est davantage lié aux objectifs internes du PS qu'à un jugement de fond.
En expliquant que les projets du gouvernement n'ont aucun impact sur la croissance – alors même qu'ils n'étaient pas encore entrés en vigueur –, M. Hollande n'a pas fait preuve d'une grande rigueur d'analyse. Je ne sens pas les Français prêts à entendre ce discours.
La réduction prévisible de la croissance pose un problème pour le budget, calculé sur une base de croissance de 2,25% en 2007 et 2,5% pour 2008. Est-ce que vous allez devoir prendre des mesures d'austérité supplémentaires ?
L'objectif de 2,25% reste un objectif atteignable en 2007 et celui de 2,5% l'est pour 2008 avec les mesures qui vont prendre effet à l'automne. On ne peut pas gouverner une économie complexe comme l'économie française en ayant les yeux rivés sur des statistiques trimestrielles qui sont souvent révisées à la hausse ou à la baisse par leurs propres auteurs.
Vous insistez sur le moral. Est-ce que les troubles financiers de l'été, les mauvais chiffres d'emploi et de croissance ne risquent pas de mettre en cause vos calculs en suscitant des inquiétudes, et de compliquer les négociations attendues à la rentrée avec les syndicats ?
Les chefs d'entreprise que nous consultons ces derniers jours sont très optimistes. Je vois un énorme décalage entre une certaine morosité des commentaires et la réalité du moral des entreprises et des ménages français. Ce n'est pas un élément suffisant pour résoudre nos problèmes économiques, mais ça l'est pour espérer une croissance plus forte pour les deux derniers trimestres.
Vous estimez être sur la même longueur d'onde que la chancelière Angela Merkel face aux tensions de ces dernières semaines sur les marchés, mais elle s'est néanmoins opposée à la demande du président Sarkozy d'un sommet extraordinaire des pays du G7 ?
C'est une différence d'appréciation sur la méthode. Mme Merkel a elle-même évoqué la question de la transparence des marchés financiers à l'occasion de la dernière réunion du G7. Les contacts que nous avons pu avoir avec le gouvernement allemand montrent qu'on a une parfaite identité de vue sur l'objectif, comme avec d'autres dirigeants européens.
J'ai profité de mes vacances pour évoquer cette question avec Romano Prodi. La chancelière estime qu'il n'est pas nécessaire de réunir le G7, ce que Nicolas Sarkozy n'a d'ailleurs pas demandé lui-même. L'important, pour nous, c'est qu'on engage le travail. Personne n'a émis de doute sur le bien-fondé des réformes proposées par Nicolas Sarkozy.
Sauf les Anglo-Saxons. Or, c'est chez eux qu'il y a les problèmes. Comment exiger qu'ils prennent des mesures ?
C'est aux Etats-Unis que la situation est la plus difficile. Il faudra s'employer à les convaincre.
Le refus de convoquer le G7 s'ajoute aux tensions sur EADS, aux critiques de la politique budgétaire française, aux déclarations françaises sur la BCE. Cela fait beaucoup de divergencesavec Berlin ?
Avant, on évacuait les sujets qui fâchent, aujourd'hui, on en discute. Cela rend les choses plus explicites, mais cela permet de trouver des solutions. On a trouvé pour EADS des solutions qu'on n'avait pas pu trouver auparavant. Les discussions sont animées mais elles débouchent sur des accords, des avancées, même si ces avancées sont le fruit de compromis.
Est-ce que ces incertitudes financières ne vont pas renforcer les inquiétudes des Européens sur votre capacité à tenir l'engagement de la France de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2010 ?
On a pris l'engagement de tout entreprendre pour tenir l'équilibre à l'horizon fixé et on fera tout pour y arriver.
Est-ce qu'on pourra sérieusement commencer la discussion sur la gouvernance économique tant qu'on n'aura pas résolu ce problème ?
On doit pouvoir conduire les deux en même temps. Certains aspects de la situation des finances publiques françaises, qui sont les principaux, sont de notre responsabilité. Ils tiennent à notre incapacité à engager les réformes structurelles dont nous avons besoin. Mais d'autres tiennent à une croissance européenne insuffisante.
Nous avons le devoir de faire notre partie du travail sur la santé, les régimes de retraite, l'efficacité des politiques publiques, sur les effectifs de la fonction publique. C'est notre responsabilité. Nous l'assumons. Simplement, nous sommes à un moment où il faut tout faire en même temps, parce qu'il y a eu beaucoup de retard de pris.
L'Allemagne a eu la chance de disposer d'un consensus politique et social plus grand. Nous ne l'avons pas et c'est une vraie difficulté. Elle nous oblige à avancer de façon plus heurtée, avec des résistances plus fortes.
J'attends beaucoup des négociations sociales qui sont engagées. Le fait que les partenaires sociaux soient vraiment engagés dans la négociation sur la modernisation du marché du travail et la sécurisation des parcours professionnels est déjà très encourageant.
Vous avez marqué vos débuts dans la fonction par une sorte d'"absence médiatique". Allez-vous changer ?
Je n'ai pas l'intention de modifier mon mode de fonctionnement, même si la rentrée parlementaire va nous faire revenir à une situation normale, d'un Parlement qui siège en session ordinaire, ce qui n'était pas arrivé depuis six mois. Je l'ai dit et le répète : le président de la République porte la politique, et moi je la mets en œuvre. Je ne suis pas engagé dans une compétition médiatique avec lui.
Cela se traduit d'une manière très simple. Lundi, il y a eu trois réunions ministérielles à l'Elysée. Chacune des trois a été préparée la veille à Matignon par moi-même. Ma responsabilité, c'est de préparer, mettre en œuvre et coordonner les décisions du président de la République. Je ne m'inscris pas dans le schéma d'une dualité du pouvoir, que j'ai par ailleurs suffisamment critiquée par le passé.
Les vacances américaines de Nicolas Sarkozy n'ont-elles pas été trop luxueuses pour un chef d'Etat ?
Dans ce qu'on appelle "l'exception française", ce qui était positif, c'était l'attitude de la presse à l'égard de la vie privée des politiques. Cette exception mérite d'être défendue. Les vacances du président de la République, c'est sa vie privée, comme les vôtres ou les miennes.
Les Français ont le droit de savoir qui paye les vacances du président…
N'importe qui a le droit d'être invité par ses amis.
Propos recueillis par Henri de Bresson, Eric Le Boucher et Philippe Ridet
12:10 Publié dans François Fillon, Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, entretien, le monde, economie, croissance
05.06.2007
La gauche attendait le retour du passé, et c’est l’avenir qui déboule, par François FILLON
François Fillon
Premier ministre
Réunion publique – Lyon
Lundi 4 juin 2007
Il faut, mes chers amis, rompre pour réinventer ; pour faire un sort à cette société figée, où toutes les voies sont en cul-de-sac ; où l’immobilisme économique et social désespère le peuple ; où les classes moyennes s’interrogent avec inquiétude sur l’avenir de leurs enfants; où tous ceux qui réussissent hésitent à céder aux sirènes de l’expatriation.
Il faut rompre, pour rejeter l’imposture morale de cette gauche qui joue à colin-maillard avec l’histoire.
La gauche des grandes âmes sèches, qui pratique la justice sociale comme on offre un caramel mou - du bout des doigts, à la sortie des kermesses dominicales.
Celle qui n’ose plus aimer la France.
Celle qui considère comme déplacé d’en être fier.
Celle qui prêche le statu quo quand tous les Français disent : nous voulons autre chose, nous avons faim de réussir !
[...] Non, la politique ne consiste pas à tout lisser, à tout accepter, à tout admettre ; à considérer que tout se vaut ; à prétendre que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».
Non, la politique ne consiste pas à chercher des excuses au délinquant, jusqu’à confondre sa cause avec celle de la victime.
Non, la politique n’est pas l’art de passer sous silence les mérites des uns et d’excuser l’indolence des autres, pour entretenir une équité de façade, un consensus flou et mou.
Fini, ces mystifications par lesquelles la gauche des grands sentiments dressait en sous-main le travailleur contre son patron, le justiciable contre la Justice et le Français contre la France !
Vous avez voté Sarkozy pour que cela cesse, et cela va donc cesser.
[...] Le 6 mai, nous avons pris à contre-pied une gauche fatiguée, dépassée, bardée de certitudes et de préjugés, une gauche qui se faisait par avance une joie de nous caricaturer, de nous diaboliser.
Une gauche espérant et attendant une droite autoritaire et dogmatique, une droite partisane et hautaine telle qu’on apprend à la reconnaître dans les manuels du parfait militant…
Et bien non ! C’est une nouvelle vague qui arrive aux responsabilités.
Une nouvelle vague bien décidée à changer la façon de penser et d’agir.
Une nouvelle vague déterminée à réécrire les scénarios politiques les plus usés, les dialogues les plus stéréotypés.
Une nouvelle vague résolue à changer le film en noir et blanc auquel la gauche tenait tant.
Une nouvelle vague qui ne craint pas de bousculer les tabous et d’enjamber les barrières partisanes qui ralentissent et divisent la France.
Mes chers amis, la gauche attendait le retour du passé, et c’est l’avenir qui déboule.
11:25 Publié dans François Fillon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : discours, lyon, françois fillon, gauche
17.05.2007
François FILLON, l'ambitieux tranquille, par Raphaëlle BACQUE (Le Monde)
Il y a deux ans, François Fillon est parti s'installer… 10, Downing Street. Deux jours d'observation dans le temple des premiers ministres britanniques, à Londres, au cœur de l'équipe de Tony Blair. "Sarkozy m'avait présenté Blair. J'ai eu envie de voir comment fonctionnait son cabinet", explique-t-il tranquillement.
Qu'a-t-il donc appris des politiques anglais ?"Ce n'était pas seulement beaucoup plus simple et informel que dans nos gouvernements français. Il y avait aussi une extraordinaire parité entre les technocrates classiques et les concepteurs de la politique, souvent des universitaires brillants. Je me suis dit qu'il faudrait parvenir à cela en France…" Lorsque Nicolas Sarkozy lui a parlé sérieusement, en janvier, de le nommer premier ministre s'il l'emportait à la présidentielle, les deux hommes se sont donc fait un serment mutuel :"Nous voulions absolument arriver prêts", sourit François Fillon.
Tous deux gardaient en tête le gouvernement Balladur – où ils se sont vraiment connus –, art très abouti de composition politique et de management des hommes. Ils gardaient aussi en tête ses contre-modèles : tous ces premiers ministres, bien plus nombreux qu'on ne le pense sous la Ve République, nommés presque par surprise, obligés de choisir une équipe à la hâte et de s'improviser un programme de gouvernement. Ils ont donc imaginé ensemble la recomposition des ministères. Décidé des hommes et des femmes qui seraient adoubés. Tenté de pourfendre les traditions administratives et les monopoles des grands corps de l'Etat."Si on ne saisit pas cette occasion, ce sera un crime", soupire Fillon.
Bien sûr, dans le duo qui s'annonce, François Fillon sait bien quelle est sa place. Avec un Nicolas Sarkozy hyperactif et dominateur, la lumière ira forcément vers l'Elysée. Mais les deux hommes ont quasiment le même âge, 52 ans pour le président, 53 pour son premier ministre, des personnalités assez complémentaires, et ils se sont suffisamment heurtés dans le passé pour connaître désormais clairement la base de leur association. La droite a fait campagne sur le slogan de"la rupture tranquille" ? "La rupture, c'est Nicolas; la tranquillité, c'est François", résume le député UMP Dominique Paillé.
"La tranquillité" parle en effet d'une voix égale. Jamais de colère. Un visage juvénile et sans aspérité. Une chevelure abondante, longtemps aile de corbeau. Un léger sourire au coin des lèvres. Un peu trop lisse en apparence, quand Sarkozy est tout en éclats."Qu'il soit enchanté ou mécontent, l'oscillation est très peu perceptible, vue de l'extérieur", reconnaît Jérôme Paolini, ami et conseilleur de vingt ans. Sur les circuits des 24 Heures du Mans, dans sa circonscription, on le voit pourtant, depuis des années, piloter des bolides – Ferrari 250 GT (de 1956), Alpine A220 (1974) – imperturbable et concentré. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose, lui qui monta, il y a huit ans, avec lui et ressortit, après quelques tours de piste, chancelant et pâle d'émotion. Fillon est donc un flegmatique, amateur de sensations fortes.
C'est un provincial, aussi, et cela a son importance, puisque le président a toujours vécu entre Paris et Neuilly. Fils d'un notaire de la Sarthe et d'une professeure d'anglais reconvertie en professeure d'histoire à l'université, il n'a jamais vraiment quitté ces paysages, tellement français, qui virent s'affronter les chouans aux révolutionnaires. Dans sa circonscription, les électeurs les plus influents sont les abbés de Solesmes. Et il ne raterait pas pour un empire ces journées où, à l'invitation du Père Abbé Philippe Dupont, les moines accueillent un ou deux notables, le convient à déjeuner au réfectoire en silence, pendant qu'un religieux lit un texte sacré avant de discuter, en tout petit groupe… politique.
Il n'a jamais travaillé dans le privé, mais assure avoir "acquis une culture économique" en se frottant comme élu aux entreprises. "Je me souviens encore de cet abattoir qui avait fait faillite à Sablé, que j'ai dû gérer au nom de la ville, dès ma première élection comme maire. J'avais 27 ans." Fillon ne le cache pas, il n'avait pas la vocation d'élu et se voyait plutôt journaliste. La famille est gaulliste pourtant, et le père, Michel Fillon, très anti-anglais, alimenté dans sa rancœur par les récits tragiques de Fachoda et Mers el-Kébir. Voilà donc le jeune François, élève chez les jésuites, poster de De Gaulle au mur de sa chambre, et dédaignant de traverser la Manche quand c'est le premier voyage de la plupart des petits Français.
Pour assouvir sa curiosité de journaliste en herbe, il devient assistant parlementaire de l'homme politique dominant de la région, Joël Le Theule, homosexuel et fin manœuvrier. "Le Theule était haï de Chirac, assure Fillon, autant pour ses penchants que parce qu'il le soupçonnait d'avoir prêté la main dans l'affaire Markovic, qui déstabilisa Pompidou." Voilà donc Fillon lancé. Il suit Le Theule au ministère des transports en 1978, puis à la défense en 1980, et se lance en politique sous ce double parrainage gaulliste et… antichiraquien. Il découvre les îles Britanniques aussi. Avec l'un de ses frères, ophtalmologue au Mans, il a rencontré deux jeunes sœurs galloises. Double mariage. La reine mère, qui visitera des années plus tard la Sarthe, saluera tout spécialement cette"very charming story".
Avec son épouse Pénélope, Fillon découvre enfin l'Angleterre. Celle de Thatcher, puis celle de Blair."J'ai vu les services publics sombrer dans la misère, puis je les ai vus se redresser", raconte-t-il. Il voit aussi la droite et, bien plus tard, les travaillistes, gagner les élections du fait de leur domination sur les idées. Ce sera son credo."Dans presque tous ses discours, note en souriant son amie et voisine de circonscription, Roselyne Bachelot, il le redit : il n'y a pas de victoire politique sans victoire idéologique." Il croit avoir trouvé, dans ces premières années où il se lance à l'assaut de la députation, son maître en la matière : Philippe Séguin.
Séguin est alors une personnalité hors du commun dans les rangs du RPR. Voix magnifique de basse, charisme évident, érudition et hauteur de vue. C'est aussi un caractère impossible. Des colères folles, des engouements soudains, des bouderies inattendues. Et une haine profonde pour Alain Juppé, justement le plus fidèle des chiraquiens. François Fillon, dans son sillage, apprend ce qu'est le combat des idées. Avec les rénovateurs en 1989, contre la direction du RPR en 1990, contre la monnaie unique et le traité de Maastricht en 1992. C'est aussi au titre des amis de Philippe Séguin qu'il entre dans le gouvernement d'Edouard Balladur, en 1993 : ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il pensait jusque-là que seuls les "gaullistes sociaux" du RPR cultivaient les idées. Il découvre que le libéral Balladur s'applique lui aussi à donner un corpus idéologique à un Chirac qui ne pense qu'au combat politique.
Fillon et Balladur devraient être en désaccord politique. Ils se découvrent. Balladur, surtout, séduit Fillon. "Edouard" est passé maître dans cet art. Il emmène donc son jeune ministre dans des balades parisiennes où l'on disserte indéfiniment d'histoire et de politique en fumant le cigare. Fillon est une proie de choix pour le premier ministre. Son mentor Séguin n'est-il pas déjà l'adversaire le plus cinglant de Balladur, dont il qualifie la politique de "Munich social" ? Avec Sarkozy, les relations sont plus brutales. Le ministre du budget se montre dur dans les négociations avec ses pairs. Balladurien de choc, il est menaçant pour tous ceux qui ne choisissent pas assez vite. Fillon choisit, donc. Il soutiendra Balladur, tout en continuant à voir Séguin. De cette association-là, cette"infidélité" disent ses adversaires, Fillon va faire une combinaison intellectuelle. Il sera social-libéral."Plus libéral que Séguin, reconnaît-il, parce que je suis vraiment convaincu que la compétitivité génère la richesse. Plus social que les libéraux, parce que je pense que l'on ne peut laisser de côté les plus faibles."
Sur le plan politique, il est sans illusion. Dès le premier jour de campagne, il a compris que Balladur ne l'emporterait pas, qu'il n'est pas assez chaleureux, à l'aise, populaire en un mot. Mais, en ayant gardé l'amitié de Séguin, il a aussi gardé son viatique pour l'après-1995. Chirac à l'Elysée, Fillon est l'un des rares balladuriens sauvés. Rattrapé par Séguin, le voilà ministre de la poste et des télécommunications en 1995. Il y mène la privatisation des télécoms et découvre Internet, les nouvelles technologies, en un mot la modernité.
La dissolution de 1997 le cueille à froid. Et le jette à nouveau dans le camp des anti-chiraquiens, porte-parole de Philippe Séguin, qui vient de reprendre à un Alain Juppé exsangue le RPR, en association avec Nicolas Sarkozy. L'attelage tente de s'autonomiser de Jacques Chirac. Cela pourrait marcher. Cela échoue. Philippe Séguin démissionne avec fracas, laissant parti, amis, alliés en déshérence. Ce jour-là, au conseil régional des Pays de la Loire, qu'il préside, François Fillon fait passer un petit mot à Roselyne Bachelot :"Le RPR est fichu." Il n'est pas loin de penser que sa carrière nationale l'est aussi.
Désormais, il va s'émanciper de Philippe Séguin. Sarkozy, qui l'a bien compris, l'invite à dîner un soir à La Baule, avec Pénélope et Cécilia. "Il faut qu'on fasse équipe pour le RPR", propose Sarkozy. Fillon ne dit rien… mais part à la bataille de la présidence du parti gaulliste pour son propre compte. Contre Sarkozy, donc. Mais surtout contre la volonté du président de la République, qui veut réinstaller l'un des siens à la tête du RPR. "Je ne vais pas gagner, mais je marquerai des points pour l'après", a-t-il dit d'emblée à ses amis. Il n'a pas tort. Il perd contre Michèle Alliot-Marie, mais, avec 25 % des voix, il compte enfin.
De l'Elysée, Jérôme Monod, qui se targue d'alimenter en idées Jacques Chirac, le reçoit et lui demande de travailler sur le programme de Chirac dans la perspective de 2002. Plus personne ne sait plus bien où le situer. Anti-chiraquien ou concepteur de son programme? Gaulliste social ou libéral ? Fidèle ou opportuniste ? Avec Sarkozy, les relations sont tout aussi compliquées. Ils disent des choses épouvantables l'un de l'autre, mais rigolent ensemble dans les couloirs.
Lorsqu'il devient ministre des affaires sociales, en 2002, Fillon a pourtant une idée assez claire de la réforme des retraites que la droite doit accomplir. Il aurait pourtant voulu la défense. Mais le président insiste : il a besoin de son image de gaulliste social dans ce ministère sensible. Fillon reçoit donc les syndicats un à un pour leur expliquer ce qui doit être la grande affaire du second mandat de Chirac."Ils étaient tous encore ébranlés par le 21 avril 2002", se souvient Igor Mitrovanoff, "plume" de Fillon depuis quinze ans.
Marc Blondel, leader de FO, le prévient pourtant :"Vous vous souvenez du nombre de Français que nous avons fait descendre dans la rue en décembre 1995 ? " Le ministre rétorque : "La France est dans un zapping électoral permanent. 26 gouvernements depuis 1978 quand l'Allemagne en a connu 9 et la Grande-Bretagne 7. Donc, nous savons ce qui nous attend quoi qu'il arrive. Nous n'avons plus rien à perdre." Il lance sa réforme. Se plaint discrètement d'être freiné par un Chirac terrifié à l'idée de déclencher des grèves. Est remercié… en étant déplacé au ministère de l'éducation. Mission : réformer le baccalauréat. Il s'y plonge. Aux premières manifestations, Chirac retire la réforme. Lorsque Dominique de Villepin devient premier ministre, en 2005, il est carrément remercié."Ils ont fait de moi le directeur de campagne de Sarkozy", dit-il alors avec amertume.
Depuis, il n'a jamais cessé d'expliquer à propos de sa nouvelle alliance :"Je veux muscler son hémisphère gauche." C'est à Fillon que Sarkozy a notamment confié, au printemps 2006, l'organisation des conventions thématiques de l'UMP puis l'élaboration de son projet législatif. C'est Fillon qui a évoqué le premier dans la presse la future réforme des régimes spéciaux des retraites. Fillon qui s'est rendu incontournable.
Il n'ignore pas qu'il va aborder l'enfer, à Matignon. Il a déjà tout prévu. Il habitera sur place pour voir encore ses cinq enfants, dont un petit dernier de cinq ans. "Je sais tout ce qui m'attend, dit-il. L'impopularité quasi inévitable, la lourdeur de la tâche, les journées impossibles." Il les attend avec flegme en affirmant sans sourciller :"Je n'ai pas peur." Et commande tranquillement un thé.
17/05/07
11:40 Publié dans François Fillon, Portrait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : raphaelle bacque, françois fillon, le monde












