03.10.2008
Le NO COMMENT du jour

Ce vendredi 3 octobre 2008, à 8 h 26, 4721 lecteurs du Nouvel Observateur s'étaient exprimés sur la page d'accueil de son site quant à l'affirmation suivante : "Jean-Marc Rouillan ne regrette pas l'assassinat du PDG de Renault." Quatre réactions leur étaient proposées :
- Il doit s'excuser
- Il doit quitter la LCR
- Il doit retourner en prison
- C'est son droit
37,33 % des lecteurs du Nouvel Observateur ont jugé que "c'est son droit".
08:33 Publié dans Extrême Gauche | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : rouillan, nouvel observateur
20.11.2007
Le corporatisme saisi par le gauchisme, par Alain-Gérard Slama
Il y a quelques jours, François Hollande figurait une complaisance toute nouvelle avec l'extrême gauche - lui qui quelques mois auparavant disait ne plus croire au Grand Soir.
Dans la foulée de cette décision lourde de sens, voici une analyse d'une clarté exemplaire, je trouve, d'Alain-Gérard Slama, lue sur lefigaro.fr.
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Décidément, en ce point des grèves que l’on espère culminant, tout confirme que nous ne sommes pas en 1995. L’agitation de la rue contre le gouvernement Juppé avait été soutenue par les classes moyennes et exploitée par le PS. En novembre 2007, l’impopularité des grèves est générale, et le PS, qui ne cesse d’attendre son heure, est d’un silence assourdissant. En revanche, nous voyons la base s’obstiner à poursuivre le conflit, et l’extrême gauche se durcir. Ce peut être un baroud d’honneur, avant la reconnaissance par chacun de son intérêt bien compris. Mais ce peut être aussi un degré de plus dans l’escalade des tensions qui menace le modèle politique social français – de loin le plus fortement fragilisé en Europe, il ne faut pas se lasser de le redire, par le choc de la mondialisation.
Cette dernière hypothèse doit être prise au sérieux, dans la mesure où l’exploitation de cette situation par l’extrême gauche pourrait se révéler, à terme, beaucoup plus difficile à maîtriser que ne le fut l’opposition communiste sous la Ve République. En 1995, la prise en charge des mouvements protestataires avait transformé un rejet qui était, au départ, d’ordre idéologique en un phénomène sociologique. Il se pourrait que nous assistions aujourd’hui à un processus symétrique : la transformation d’une revendication sociologique en une contestation idéologique, exploitée par les mouvements gauchistes.
La crise de 1995 avait rendu manifestes en France la montée et la solidarité d’un corporatisme de type nouveau, consistant dans l’agrégation d’égoïsmes professionnels, ethniques et identitaires. Loin d’être révolutionnaire, cet individualisme tribal, en quête de reconnaissance et d’assistance, a condamné le pays à la prévention généralisée et à l’immobilisme. Il était conservateur d’un modèle social épuisé, voire réactionnaire. Ce processus a trouvé en partie son remède dans la prise de conscience par l’opinion de la gravité de la crise, et des réformes rendues nécessaires par la contrainte économique extérieure et par la faillite des comptes de l’État-providence. En évinçant Ségolène Royal pour cause d’irréalisme, l’élection présidentielle du printemps 2007 a confirmé l’ampleur de ce réveil, en même temps qu’elle ouvrait la perspective d’une alternance droite-gauche tempérée et régulée par les centres, alors qu’elle avait été auparavant entravée par les extrêmes.
Restait cependant une inconnue : le poids réel de l’extrême gauche, laminée par ses divisions, et par le souci du vote utile après la leçon de la présidentielle de 2002. Les élections législatives de juin ont permis d’évaluer le vote d’extrême gauche – PCF compris – à un étiage de 11 %, mais avec 40 % d’abstentions. La principale incertitude portait, et porte encore, sur la capacité des courants trotskistes – au nombre de trois ! –, des altermondialistes et des communistes à réaliser le rêve du chef de la LCR, M. Besancenot : ce dernier, fort de ses 4 % de voix au premier tour de la présidentielle, vise à rassembler à gauche de la gauche une formation comparable, voire supérieure à ce que fut le Front national dans ses beaux jours. En cas d’échec de la politique économique du gouvernement, et compte tenu de l’antilibéralisme quasi instinctif diffus dans l’opinion française, ce mouvement pourrait espérer se renforcer d’une partie des mécontents, et les entraîner dans sa haine du capitaliste et du bourgeois, de la même façon que le Front national a exploité le fond de xénophobie qui germe au cœur de toute frustration sociale.
Telle est la tactique testée en ce moment par l’extrême gauche. Celle-ci vise, en multipliant les blocages, à créer un climat de guerre civile, à la faveur duquel elle espère détourner au bénéfice de son objectif révolutionnaire les corporatismes qui paralysent le pays : titulaires de régimes spéciaux acharnés à protéger leur contrat, étudiants inquiets devant toute perspective de réforme, mal-logés et sans-logis impatients devant les lenteurs du plan Borloo.
Le principal danger qui guette la société française serait le détournement du néocorporatisme apparu en 1995, au bénéfice d’un gauchisme, dont l’idéologie, savamment banalisée, s’est emparée des sciences sociales, d’une partie de l’intelligentsia et des médias, depuis la chute du communisme, à la fin des années 1980. Tout le problème qui se pose au gouvernement est de dissocier le corporatisme et le gauchisme l’un de l’autre, et, pour cela, d’éviter le plus possible le choc frontal. Margaret Thatcher, dira-t-on, n’a pas eu peur d’une montée aux extrêmes. Mais elle est parvenue au pouvoir alors que son pays était au fond du gouffre ; l’ultrasocialisme de Tony Benn, l’idéologue du gouvernement travailliste Callaghan, était totalement discrédité, et elle avait à affronter des syndicats forts.
Dans la situation française actuelle, l’opposition radicale vient moins des syndicats que de leurs bases les plus radicales manipulées par l’extrême gauche. Malgré l’impopularité de la grève, le risque de blocage par ces bases est si lourd qu’il inquiète la CGT elle-même : son secrétaire général, Bernard Thibaud, ancien cheminot, se heurte de la part de SUD-rail à une opposition d’une violence qui donne la mesure du péril. Rarement virage aura été plus difficile à prendre. À sa sortie, la réforme des règles de la représentativité syndicale et le secret des votes de fin de grève seront à instaurer d’urgence.
12:35 Publié dans Extrême Gauche, Syndicats | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alain gerard slama, extreme gauche, syndicats, greves
18.11.2007
LA REPUBLIQUE ? FACULTATIVE, POUR FRANÇOIS HOLLANDE
Sur RTL, où il était ce 18/11 l'invité de Jean-Michel Aphatie pour son Grand Jury hebdomadaire, François Hollande fut amené à s'expliquer à propos d'éventuelles alliances avec le parti trotkyste d'Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière. Sans se démonter, François Hollande expliqua alors tranquillement (1) qu'il n'excluait pas cette éventualité, à la condition formelle - et apparemment déjà remplie, si l'on considère son agrément tacite - de l'acceptation des 3 critères sélectifs d'alliance qu'il avait définis :
- l'acceptation du programme,
- l'acceptation des "amis" du PS,
- l'opposition à Nicolas Sarkozy.
Fort bien. Rappelons toutefois un fait pour lui insignifiant, à savoir qu'à aucun moment Arlette Laguiller n'a donné d'inflexion républicaine à son parti, allant même jusqu'à citer le marxisme, le communisme et le trotskysme, pour dire : "On n’est pas prêt du tout à renier tout cela".
Le Parti Socialiste, qui a passé 6 des 9 derniers mois à accuser Nicolas Sarkozy de se compromettre avec le Front National - quand bien même celui-ci restait son plus virulent opposant - accepte aujourd'hui l'éventualité d'une alliance avec l'extrême-gauche, celle pour qui Chavez n'est qu'un réformiste modéré, et Mao un faible qui n'a pas su aller jusqu'au bout de son ambition.
Le Parti Socialiste, croyait-on, avait touché le fond : que nenni, nous sous-estimâmes ses ressources en la matière, visiblement. En guise de punition, nous sommes désormais condamnés à suivre sa plongée dans les abysses de la politique. Je propose en conséquence, pour faciliter notre parcours forcé, de renommer la rue de Solférino "Nautilus", et François Hollande "Capitaine Némo", et ce en hommage contraint à un Jules Verne qui, en son temps, croyait au progrès de l'âme humaine et en sa capacité à prendre les leçons de l'Histoire. Qu'il repose malgré tout en paix.
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(1) Pour ceux qui désirent écouter ce passage en postcast, cela se trouve tout à la fin du Grand Jury, aux alentours de 19h25.
20:48 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois hollande, parti socialiste, alliance, lutte ouvriere, extreme gauche, arlette laguillier, saint brieuc
05.11.2007
L’IRRESISTIBLE ASCENSION D’OLIVIER BESANCENOT
Le tournant politique dont on ne parlait jusqu’à présent qu’au conditionnel est en train de se négocier tranquillement sous nos yeux : face à l’incapacité du Parti Socialiste à se réformer, l’extrême gauche, avant tout par le biais d’Olivier Besancenot, leader de la LCR, déploie lentement mais sûrement une stratégie de rassemblement qui ne devrait pas tarder à porter ses fruits. Dont le premier devrait être l’accélération de la chute socialiste.
Le Monde fait le point sur cet état de fait : Olivier Besancenot rejoint désormais, en termes de popularité, les leaders du PS, au point de rattraper Ségolène Royal :
« Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, s'installe en leader de la gauche de contestation. Au point de faire jeu égal - en termes de popularité - avec Ségolène Royal. En obtenant 4,08 % à l'élection présidentielle, M. Besancenot avait devancé ses rivaux de la gauche radicale, Marie-George Buffet (PCF) et José Bové. Il vient concurrencer les leaders du Parti socialiste dans un sondage BVA-Orange, réalisé du 18 au 20 octobre auprès de 1 078 personnes, et publié dans L'Express du 25 octobre : 40 % des personnes interrogées "souhaitent qu'il ait davantage d'influence dans la vie politique française" (Le Monde du 27 octobre). En un mois, M. Besancenot a gagné trois points d'opinions favorables. Mme Royal en a perdu deux.»
Ce nouvel élan de popularité intervient au moment même où la jonction est peut être imminente entre les partis d’extrême gauche, Lutte Ouvrière d’Arlette Laguiller envisageant pour la première fois sans animosité manifeste cette éventualité, rappelle (toujours) le Monde – dans un autre article :
« Lorsque, fin juillet, le porte-parole de la LCR annonce son projet, Mme Laguiller ne réagit pas. Un mois plus tard, alors que M. Besancenot renouvelle son appel, changement d'attitude : Mme Laguiller explique au JDD. fr que son organisation porte "un regard sympathique et attentif sur la LCR et sur Olivier Besancenot". Ajoutant : "On attend de voir." Aujourd'hui, la direction de LO assure accueillir de manière "favorable" la proposition de la LCR. Expliquant partager son souci de s'élargir, les dirigeants disent que la "Ligue" "a raison de le tenter". " Il y a des moments qui peuvent sembler favorables", souligne George Kaldy, membre de la direction. […] Contacts avec le PCF dans certaines villes, discussions avec la LCR dans d'autres, le congrès début décembre tranchera. D'ici là, le 14 novembre, les deux organisations doivent se rencontrer. »
Et pendant ce temps, au PS ? Eh bien on fait ce que l’on sait le mieux faire, du fait de l’expérience, et qui reste pour autant le moins efficace, au vu de la même expérience : on tente de masquer les divisions. Le sujet concerné ? La ratification du TCE. D’après – encore – Le Monde,
« Dans leur majorité, les partisans du traité de 2005 le sont également en 2007. François Hollande s'est personnellement prononcé en faveur du oui même s'il "déplore" une ratification par voie parlementaire. […] Alors qu'un projet de consultation des citoyens était inscrit au programme de Ségolène Royal pour l'élection présidentielle, l'ancienne candidate socialiste jugeait, pour sa part, dans Libération, que "la question de la procédure d'adoption, référendaire ou parlementaire, n'est plus une question de principe. Ce traité, même imparfait, peut remettre l'Europe en marche" , insiste-t-elle. Côté "nonistes", seul Jean-Luc Mélenchon affiche sur son blog une franche hostilité au nouveau traité. Vincent Peillon fervent défenseur du non en 2005 a changé de position. "Je crois que la bonne solution, et je le dis en tant que partisan du non, c'est de dire oui, aux conditions du oui socialiste, qui n'est pas le même que le oui de Sarkozy", a-t-il déclaré au site de 20minutes.fr. Laurent Fabius a quant à lui reconnu qu'il y avait "un certain nombre d'avancées, par exemple la création d'un président, d'un haut représentant des affaires étrangères", critiquant toutefois qu'il n'y ait "rien pour débloquer la situation sociale et fiscale de l'Europe". »
Dans ce contexte, quelle solution adopter à moyen terme pour sauver le PS d'une agonie longue et douloureuse ? Ce n'est pas que cette idée me traumatise, c'est juste que tout cela se déroule sous les caméras, et qu'il y a des enfants qui regardent... Faut-il donc à nouveau envisager la sempiternelle « modernisation », sans cesse évoquée et jamais amorcée, pour une transition en douceur vers le XXIème ? En d’autres temps, j’aurais applaudi à cette annonce virtuelle, par souci de l'existence d'une opposition digne de ce nom. Seulement, il semblerait que les peuples de gauche européens ne soient pas forcément sensibles à cette démarche, ainsi que le rappelle Pierre Bocev, correspondant du Figaro à Berlin, à propos du SPD :
« Hors d'Allemagne, on ne peut que se frotter les yeux. Les réformes prennent, le chômage est en baisse constante depuis 19 mois et l'économie se porte à merveille. Partenaire junior de la « grande coalition » d'Angela Merkel, le SPD pourrait s'en prévaloir, lui qui a été à l'origine du grand chambardement douloureux, le 14 mars 2003 quand Gerhard Schröder a lancé son « Agenda-2010 » avant d'être emporté par la lame de fond du mécontentement aux législatives de 2005. Le parti social-démocrate, au contraire, renie cet héritage potentiellement prometteur. Son congrès, il y a une semaine à Hambourg, a amorcé un virage à gauche qui revient en partie sur les réformes et traduit un retour au credo social traditionnel et douillet. Il est vrai que l'opinion publique, à en juger par une noria de sondages unanimes, n'a en rien honoré le courage réformiste du SPD. Cette semaine encore, le magazine Stern le situe à 26 % des intentions de vote, à 13 points de la CDU/CSU de la chancelière. Et cela fait deux ans que cela dure. Autant dire que le label modernisateur n'a pas réussi au SPD. »
Dans le même édito, Pierre Bocev parle d’une « prise en tenaille du SPD », du fait – quelle coïncidence – de la création d’un nouveau parti unitaire à sa gauche :
« Sur sa gauche, les laissés-pour-compte des réformes à l'Ouest, dans l'ancienne RFA, et les néocommunistes héritiers du parti unique de l'ex-RDA ont convolé pour créer Die Linke, prête à promettre tout et n'importe quoi. »
La crise du SPD, suivie de son revirement conservateur, montre au grand jour le décalage existant entre certains partis de gauche européens et leurs électeurs. Les leaders politiques se rendent compte que les réformes sont indispensables, que certaines de leurs positions idéologiques et économiques sont dépassées, et ce depuis le premier coup de marteau sur le Mur de Berlin. Cependant, leurs électeurs, gavés par leurs soins de cette même idéologie depuis des décennies, n'entendent pas la régurgiter si vite. Et ce même s'il faut creuser le sable plus profond pour y plonger sa tête.
Il serait donc temps que François Hollande s’en aperçoive : la méthode Couet, qui a fait les beaux jours de la gauche durant la seconde moitié du XXème siècle, n’est désormais plus un socle politique solide… celui-ci s’étant évaporé avec les frontières nationales. Le reflet allemand est aujourd'hui la prédiction inexorable de l'avenir socialiste français, si le parti du même nom fait l'économie d'une refondation structurelle profonde et pragmatique.
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Ce billet a été publié sur AgoraVox et sur Yahoo! Actualités.
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Rajout du 06/11 :
Voici le commentaire que Sylvain Reboul a laissé sur AgoraVox suite au billet ci-dessus. Il m'apparaît d'une clarté très appréciable quant à la situation du SPD en Allemagne, où il réside lui-même.
Sylvain Reboul est professeur honoraire de philosophie, ainsi que membre du bureau et animateur de la Société Angevine de Philosophie ; enfin, il est créateur du site de philosophie: "Le rasoir philosophique". Vous trouverez l'ensemble des billets qu'il a lui-même publié sur AVox ici.
Les choses évoluent très vite: le SPD amorce un virage social-démocrate plus prononcé pour faire échec à la gauche de la gauche (Die Linke) tout en continuant à participer au gouvernement avec les centristes de droite et de gauche (et oui ceux-ci existent aussi dans la CDU) de la CDU/CSU.
Même le CDU vire plus à gauche que son discours électoral traditionnel le laissait supposer ; mais de fait c’est un parti social-démocratie, pardon chrétien-social, plus à droite, en théorie donc, mais pas forcément en pratique gouvernementale.
La commission de conciliation en cours entre ces deux partis au gouvernement avance à grand pas dans un sens plus favorable aux revendications (soutien aux chômeurs, soutien aux famille, salaire minimal et même privatisation de la poste etc..)
Ce qu’il faut comprendre dans le jeu politique allemand c’est que la bonne santé de son économie s’est faite au prix du sacrifice plus ou moins consentant des saliariés et surtout des syndicats qui, je le rappelle, ont accepté apparemment avec quelques réticences, un gel, voire une diminution des salaires, et un allongement du temps de travail et des annuités ouvrant droit à la retraite à taux plein.
Mais, et cela est une grande différence avec la France, la plupart des forces politiques et des médias , y compris à droite (ex : Die Bild Zeitung), exigent maintenant que les revenus florissants des entreprises soit redistribués aux salariés pour garantir la paix sociale menacée par l’aggravation des inégalités.
Ce qui vérifie ce que quiconque vit en Allemagne peut constater, surtout s’il vient de France : cette société est sociale-démocrate, hors tout considération de la couleur des partis politiques au gouvernement. Elle est consensuelle, y compris au travers de conflits qui sont régulés à tous les niveaux à commencer par celui des entreprises via la cogestion (à savoir la présence des salariés dans les instances de direction des entreprises), celui des lander et du gouvernement fédéral, des banques semi-publiques et des entreprises qu’elles soutiennent directement.
En cela l’Allemagne a des leçons de sagesse politique et démocratique à nous donner.
07:50 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : olivier besancenot, extreme gauche, LCR, LO, arlette laguiller, SPD, parti socialiste
01.09.2007
LE PS ET LE "GRAND SOIR"
Il y a quelques jours, je m'interrogeais sur le retentissement que pourrait avoir à moyen terme la décision d'Olivier Besancenot de fonder un grand parti unifié à la gauche de la gauche : ma question était de savoir quel espace politique resterait alors à un PS prisonnier de ses vieux démons, peinant à se moderniser, et désormais incapable de s'étendre, que ce soit vers le centre du fait du MoDem, ou vers sa gauche du fait des toutes récentes velléités fédératrices de Besancenot.
Or il semblerait que François Hollande ait finalement lui aussi senti, avec 12 ans de retard toutefois, la nécessité de clarifier la position idéologique du PS. Ceci eut lieu ce vendredi 31 août 2007 à l'université d'été du PS à La Rochelle :
"On va pas raconter des histoires, on ne va pas raconter qu'à l'horizon des cinq ans ou des dix ans [...] on va en terminer avec le capitalisme. [...] C'est fini le grand soir [...] Nous, on est là pour la réforme, la réforme exigeante, la transformation de la vie quotidienne. Cela prend du temps : nous, on est là sur un long chemin, on vient de loin et on ira loin ensemble."
Auparavant, lors d'un atelier nommé à juste titre "le socialisme et le marché", Henri Emmanuelli, glorieux noniste en 2005, avait lui aussi ironisé, l'auréole capitaliste fraîchement astiquée au-dessus de la tête, sur le fait que le PS puisse remettre en cause l'économie de marché :
"Pour celles et ceux qui ne s'en seraient pas encore aperçus, il y a longtemps que nous avons accepté l'économie de marché et, dans l'ensemble, nous l'avons plutôt bien gérée. [...] Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, à un parti dont est issu le directeur général de l'OMC (Pascal Lamy) et demain peut-être celui du FMI (Dominique Strauss-Kahn) d'accepter "enfin" l'économie de marché?"
Certes, cet éclaicissement outré vient quelques 18 ans après la chute du mur de Berlin, ce qui suffirait à en assurer le ridicule absolu, ainsi que le pressent confusément Henri Emmanuelli. Mais ne nous méprenons pas : il s'agit malgré tout d'un moment historique dans l'histoire du PS, et donc dans celle du paysage politique français.
En effet, accepter l'économie de marché comme étant une norme, cela revient à légitimer le fonctionnement capitaliste de la société, et donc le moteur naturel qu'en est la production de richesses. Or il n'y a pas si longtemps, quelques mois à peine, un certain François Hollande s'exclamait face à Michèle Alliot-Marie, sur un plateau de télévision : "Je n'aime pas les riches, j'en conviens". Comment donc concilier la haine des richesses et l'adoption définitive d'une économie de marché? Comment reconnaître à un fleuve le sens de son courant tout en refusant de le prendre en compte lorsqu'on est amené à y voguer dessus?
Mais c'est certainement au niveau électoral que ce "grand soir capitaliste" va poser le plus de problème. L' "involution" du PS, telle que la nommait Bernard Kouchner, est toujours fortement ancrée au sein d'un pan conséquent de la société française, fière de son socialisme anti-riche basé sur l'étonnant paradoxe qu'il faudrait enrichir les pauvres au nom d'un rejet de la richesse. Il n'y avait qu'à lire ce vendredi 31 août l'édito de Dominique Dhombres dans le Monde, à propos de la venue de Sarkozy à l'université d'été du MEDEF :
"Le président de la République procédait à une sorte d'exorcisme public destiné à montrer à la nation qu'il n'y avait pas meilleurs gens que tous ces patrons. N'ayez pas peur, leur disait-il. C'est excellent de gagner de l'argent. C'est mieux encore de faire fortune. Sortez vos Rolex, vous les avez bien méritées ! Que ceux qui ont un yacht lèvent le doigt !"
C'est ainsi que l'on apprend qu'en France, les chefs d'entreprises sont de purs salauds sortis la veille d'un roman de Zola ou de Hugo. Thénardier du XXIème siècle, le patron français passe son temps dans son yacht à astiquer sa Rolex entre deux coups de fil au nouveau Président, une secrétaire sur chaque genoux, pendant que les enfants de ses ouvriers, déguenillés, cirent ses chaussures en cuir de crocodile sur le pont, plus loin, en échange de la promesse évasive d'un quignon de pain rassis. Quelle misère.
Mais tout a basculé. Il est temps de se séparer de l'attirail communiste, maintenant qu'il ne fait plus recette - pensez donc ! 1,93% aux dernières présidentielles ! Il faudra de fait apprendre dans la douleur à Dominique Dhombres et à ses supporters que c'est fini, les contribuables les plus généreux, ceux qui supportent par leurs impôts le système social français, ne sont plus des citoyens hérétiques. Le fiel bavé durant des décennies, il faudra le ravaler, goutte par goutte, sous peine de manquer à la nouvelle cohérence d'un PS le dos au mur.
Certains s'y colleront. D'autres auront plus de mal. La souplesse des adducteurs, remarquable chez Hollande quand il s'agit de faire le grand écart idéologique, est nettement moins prononcée chez d'autres : ce n'est pas parce qu'on est à gauche que l'on n'a pas de conviction. Ceux qui relèvent de cette dernière catégorie pourraient soudainement trouver beaucoup plus d'attrait à Besancenot que ce qu'il n'en avait jusqu'à présent.
Le PS marche sur un fil, lui qui n'est pas parvenu à se maintenir sur une autoroute lors de la dernière campagne présidentielle. Qui sera le balancier salvateur?
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Rajout de 11:30 : Sur le même sujet, lire aussi Koztoujours.
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Rajout du 03/09/07 : Lu à l'instant l'édito d' André Grjebine dans Le Figaro, "La gauche peut-elle enfin sortir de la langue de bois ?", dont voici la conclusion :
"La définition d'un véritable projet réformiste a toujours buté en France sur le mélange de cynisme et de mauvaise conscience qui déterminait le comportement des socialistes à l'égard de l'extrême gauche. Cynisme, quand il s'agissait d'élaborer un programme ayant pour principal objectif de séduire les communistes, considérés comme un allié nécessaire pour accéder au pouvoir. Mais également mauvaise conscience par rapport à une extrême gauche perçue comme plus révolutionnaire, plus à gauche - et donc meilleure -, alors qu'en prônant l'impossible celle-ci a toujours empêché les réformes mises en oeuvre dans les pays sociaux-démocrates.
Il est vraisemblable qu'une telle mutation entraînera une recomposition de l'échiquier politique français.
Elle modifiera des frontières qui ne tiennent plus qu'à des habitudes et fera découvrir que certaines alliances sont contre nature et que bon nombre de personnes se sont trompées de camp.
Il n'est pas exclu que cette clarification provoque une cassure d'un PS qui réunit aujourd'hui des réformistes conséquents et d'autres qui ne parviennent pas à sortir d'un manichéisme hérité de leur passé marxiste. Il est probable que le sauvetage d'une gauche moribonde est à ce prix."
00:00 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, grand soir, françois hollande, la rochelle
24.08.2007
L'AMORCE D'UN NOUVEAU TOURNANT DANS LA VIE POLITIQUE FRANCAISE ?
Le séisme politique des années 2000 résulta en France de l'émergence d'une nouvelle droite, que les commentateurs de tous bords aiment à décrire comme décomplexée : il faut entendre par là que cette droite assume alors, pour la première fois depuis longtemps, la mise en avant sans concession des valeurs républicaines essentielles. Comme cela avait été le cas pour la gauche dans les années 70 avec François Mitterrand, cette nouvelle force s'est construite autour d'un homme, Nicolas Sarkozy. L'apogée de son ascension irrésistible a bien entendu été son élection récente aux présidentielles, dont les conséquences dûes à son souci constant de rupture n'ont pas fini de déstabiliser et d'agacer une partie des commentateurs et acteurs politiques.
Cette élection a elle aussi été synonyme de bouleversements : elle a vu tout d'abord un recul significatif du Front National, dont beaucoup ont oublié, étrangement, de se réjouir ; elle a permis ensuite la tentative d'affirmation d'un centre qui se voulait autonome, et qui en tant que tel séduisit les électeurs... jusqu'à ce qu'il s'allie plus ou moins explicitement au PS, ce qui se confirmera nécessairement lors des prochaines municipales ; enfin, elle a amené le PS au bord de l'implosion, apparaissant plus que jamais enferré dans les luttes d'appareils et de personnes, désemparé face à la politique d'ouverture de Sarkozy et au plébiscite qu'elle rencontre, et définitivement englué dans l'attentisme mortel que lui a inoculé Hollande à la sortie de l'élection perdue de 1995, qui tel un prêtre égyptien embaumeur a pris le soin extrême durant ces années de préserver son parti de l'influence conjoncturelle.
C'est dans ces conditions, alors que suite à la défection apparente de DSK dans la course socialiste les forces restant en présence pensaient pouvoir tranquillement préparer le congrès de 2008, qu'Olivier Besancenot vient fort à propos ébranler le sol socialiste. Fort de ses 4,08% aux dernières présidentielles, le voilà qui est prêt à dissoudre son propre parti, la LCR, pour mettre au point une force de gauche - d'extrême gauche serait plus exact - susceptible de faire entendre en France une alter-voix : "La Ligue communiste révolutionnaire doit désormais être dépassée et tourner une page sans renier son héritage", déclare en effet le chef de file de la LCR dans une interview au Parisien de vendredi. "Nous voulons rassembler tous les anticapitalistes et tous les partisans d'un changement de société dans une nouvelle formation", qui ne sera pas "un énième cartel d'organisations mais une opportunité pour la gauche radicale d'écrire une nouvelle page de son histoire". Toujours bon à savoir, cette nouvelle force ne négociera "aucun accord parlementaire ou gouvernemental avec un parti social-libéral".
Cette entrée en lice tonitruante de Besancenot pourrait bien avoir des conséquences énormes sur la rénovation fastidieuse du PS, dont l'aile gauche piaffe déjà d'impatience, et ce depuis plusieurs mois. Le PS peine à se trouver un leader à même de concurrencer le charisme de Sarkozy et sa capacité à surprendre, c'était évident ; mais c'était un "simple" problème de personnalité, à la rigueur. Désormais, il lui faudra non seulement un chef de file charismatique, mais aussi un penseur politique, capable d'affirmer avec autorité au sein d'un projet inédit une ligne synthétique et fédératrice. Le PS n'a plus droit à l'erreur : sa survie est désormais en jeu.
Face à une droite ouverte et plus solide que jamais, collée à un MoDem bien encombrant, le PS cherchait dans la douleur un moyen d'apparaître encore comme un parti de gauche crédible. A compter d'aujourd'hui, sa marge de manoeuvre se réduit à un trou de souris, du fait de la détermination nouvelle de Besancenot à rendre au mot "gauche" sa portée contestataire absolue. Si le PS ne devient pas très vite un parti social-démocrate moderne, c'est dans les livres d'histoire qu'il terminera sa course piteuse.
Cet article a aussi été publié sur Agoravox.
10:55 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : olivier besancenot, gauche, parti socialiste, renovation, modem









