23.11.2007
« Regardez les jeunes gens… », par Louis Aragon
- Regardez les jeunes gens avec ce qu’ils traînent
- La superstition qui s’attache à leurs pas
- Comme une branche morte et comme à la carène
- D’un bateau démâté le chant de la sirène
- Contre quoi rien ne sert boussole ni compas
- Regardez ces jeunes gens Qu’est-ce qui les pousse
- Comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds
- Ils n’avaient après tout de neuf que la frimousse
- Eux qui faisaient tantôt les farauds ils vont tous
- Où les songes d’enfance à la fin se défont
- Bon Dieu regardez-vous petits dans les miroirs
- Vous avez le cheveu désordre et l’œil perdu
- Vous êtes prêts à tout obéir tuer croire
- Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs
- On vous solde à la pelle et c’est fort bien vendu
- Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte
- De matériel courant de brique bon marché
- Avec vous pas besoin d’y aller de main morte
- Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent
- Et vos rêves les loups n’en font qu’une bouchée
- Quand je pense à ce qu’ils disaient avant l’épreuve
- La superbe l’éclat le refus claironné
- Cette candeur de feu cette exigence neuve
- Pile ou face à tout bout de champ qu’il vente ou pleuve
- Pour un oui pour un nom toute la destinée
- Et puis je les rencontre après les ans d’orage
- Dans cette face éteinte où flambe le défi
- Qu’ont-ils feint qu’ont-ils fui quels affronts quels outrages
- Pour tomber dans quel gouffre et subir quel naufrage
- Quelle faim leur a fait cette biographie
Louis Aragon (1897-1982), Le Roman Inachevé, 1956
11:40 Publié dans Education, Poésie, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : aragon, jeunes gens, roman inacheve
22.11.2007
L’histoire impossible de la modernisation de nos universités, par Flamant Rose
De 1986…à nos jours, ou l’histoire impossible de la modernisation de nos universités
On sait que la vigueur de l’économie française des années futures dépend essentiellement de l’ampleur et de la qualité de l’effort de formation et de recherche qui sera entrepris. L’existence même de notre économie va dépendre de notre capacité d’innovation. Au RPR nous disions déjà cela il y a vingt ans dans un document que nous avions rendu public, « libre et responsable ». Le problème est toujours d’actualité puisque rien n’a changé depuis les mouvements étudiants de 1986 consécutifs au projet de loi Devaquet qui voulait déjà donnait l’autonomie aux universités. A l’époque les quatre leaders étaient :
- Julien Dray, ancien vice président de l’UNEF-ID créateur de la gauche socialiste. Il est un proche de Jean Luc Mélenchon.
- Philippe Darriulat, ancien président de l’UNEF-ID, aujourd’hui au parti socialiste courant NPS et collaborateur de Henri Emmanuelli dont il est un ancien directeur de cabinet.
- Isabelle Thomas, ancienne vice présidente de l’UNEF-ID, conseiller de François Mitterrand et aujourd’hui cadre du parti socialiste. Elle a été dans tous les divers courants du PS. Aujourd’hui au NPS.
- David Assouline, ancien porte parole de la coordination étudiante en 1986. Sa carrière politique commence à l’extrême gauche. Il est aujourd’hui sénateur du PS courant NPS.
Aujourd’hui les problèmes sont les mêmes qu’à l’époque. En effet, il n’est pas d’économie moderne sans société moderne et l’innovation technologique sera de peu d’effet si elle ne s’accompagne pas d’une révolution des mentalités, d’une adaptation progressive des hommes et des femmes aux données culturelles, aux logiques intellectuelles et aux méthodes de travail de demain. Autant que les prouesses de quelques uns dans les secteurs de pointe, c’est la formation réussie de tous qui, déterminera notre avenir.
Le système éducatif est bien loin de donner aux jeunes une formation adaptée à ce que les employeurs d’aujourd’hui et plus encore de demain attendent et attendront d’eux. Il y a à l’intérieur de nos universités une tradition à la fois platonicienne et marxisante, idéaliste et critique, de méfiance à l’égard de tout ce qui touche à la production capitaliste. Il y a surtout l’incroyable rigidité bureaucratique d’un système centralisé et clos sur lui même, incapable de répondre avec souplesse et diversité aux attentes et aux besoins variés d’une économie durement exposée.
La recherche connaît des problèmes qui, pour être distincts, n’en ont pas moins une profonde parenté avec ceux de l’éducation. La aussi on constate une organisation rigide et centralisée, des garanties statutaires stérilisantes, des établissements universitaires paralysés par les textes dans leurs efforts pour mettre leurs capacités de recherche au service de l’appareil productif. Orgueil des sociétés libérales, américaine ou allemandes, où les fondations autonomes et les instituts libres n’occupent qu’une place marginale dans l’activité nationale de recherche.
De ces contre-performances, nous sommes en réalité tous responsables. Le discours idéologique de la gauche et la ténacité des syndicats de l’éducation nationale, ainsi que l’UNEF ont, à coup sûr, fortement contribué à la naissance et au développement de cette formidable contre-société dédaigneuse des attentes réelles de la société et soustraite par un centralisme bureaucratique poussé jusqu’à l’extrême aux contraintes et aux pesanteurs de la société réelle.
Le discours éducatif de la gauche, tel qu’il avait été initialement formulé à la libération par le plan Langevin-Wallon, n’était sérieusement contesté par personne. Nulle part on ne mettait en doute la légitimité de la centralisation administrative et de l’uniformisation des établissements. Nulle part on ne contestait les vertus présumées de l’allongement indéfini de la scolarité et du refus de toute sélection, à quelque niveau que ce soit de l’enseignement secondaire voire supérieur.
Pendant plusieurs décennies jusqu’au milieu des années 80, la réduction et l’accumulation des moyens ont été, tous partis confondus, les maîtres mots du discours sur le système éducatif . Ce fut à coup sûr une erreur de ne pas voir que la modernisation du système exigeait une très large diffusion des responsabilités, une vigoureuses décentralisation des moyens, une diversification acceptée des programmes et des méthodes. Cette erreur a conduit à de telles aberrations que la seule sélection admise est celle de la lassitude et de l’abandon. Il aurait fallu déjà en 1986 et plus encore aujourd’hui reconnaître que les systèmes de formation les plus performants sont les plus décentralisés et les plus diversifiés.
En 1986, nous avons été faibles face à un discours dominant dont on mesure maintenant la tragique irréalité. Les derniers à pouvoir nous en faire grief sont ceux là mêmes qui ont mis à profit cette faiblesse pour assurer le règne de leurs idées fausses et de leurs mauvais principes. Aujourd’hui il faut être fort, non point pour imposer une énième et utopique réforme des filières, des cycles et de la pédagogie, mais pour modifier en profondeur les règles d’un jeu administratif aujourd’hui biseauté, et pour rendre au système éducatif, comme au système de recherche, la souplesse, la diversité, le sens des responsabilités et la capacité d’adaptation indispensables au maintien de la France dans le camp réduit des nations qui maîtriseront les techniques et les productions d’avenir.
Enfin ayons toujours à l’esprit que finalement le dernier mot revient à ceux dont on ne parle pas : Les entreprises et les recruteurs. Eux connaissent les valeurs et les spécificités de nos universités. Pas besoin de leur faire un dessin.
Flamant Rose
07:55 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : flamant rose, reforme, universites, entreprises
14.11.2007
SENILES
"Séniles", c'est le mot qu'a employé Alain Finkielkraut pour qualifier le mouvement étudiant de blocage des universités. Il a aussi prononcé le mot "gâteux", que je savoure, ainsi que l'expression "militantisme pour la clochardisation des universités". Ah, que ces mots sont doux après une journée à écouter le ronronnement poisseux du politiquement correct médiatique...
J'aime beaucoup Finkielkraut, sa pensée, ses analyses, mais aussi la finesse de leur forme, quand bien même ce sont souvent de lourdes charges. Et en écrivant ces mots, je me rends compte que je ne le publie pas assez.
Sur ce, place aux images et au son :
09:05 Publié dans Education, Société, Syndicats | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alain finkielkraut, greves, etudiants, universites, seniles
10.09.2007
Rendons l’école aux français, par Flamant Rose
Dans la foulée de la lettre de Nicolas Sarkozy aux enseignants, et après avoir publié l'analyse de Guenièvre, voici une autre participation de Flamant Rose à la vie de ce blog sur le thème de l'éducation, pour laquelle je le remercie.
Lorsque j’étais au RPR, en vue des élections législatives de 1986 nous avions préparé un programme : RPR-projet pour la France. Concernant l’éducation nationale nous sommes partis d’un constat, pour dégager des conclusions. Elles me paraissent plus que jamais d’actualité.
Le constat
Aujourd’hui, le système de l’EN est en crise ouverte et ne parvient plus à remplir la triple mission qui est la sienne :
- Transmettre aux générations nouvelles le patrimoine des connaissances accumulées par l’humanité
- Préparer l’insertion professionnelle des jeunes
- Réduire les inégalités socioculturelles
Sur chacun de ces trois points, les dysfonctionnements sont criants. L’anaphalbétisme, pudiquement requalifié illettrisme, affecte encore des milliers de jeunes. Dix années de scolarité obligatoire aboutissent à mettre tous les ans sur le marché du travail des milliers de jeunes dépourvus de toute formation professionnelle sérieuse.
Donc trois missions, trois échecs. Ce n’est pas faire injure à l’école publique que d’en dresser le constat et que de dénoncer les effets ravageurs d’un phénomène bureaucratique poussé jusqu’aux limites de l’absurde. Car c’est bien de l’ignorance de l’idée même d’une obligation de résultat ou d’un contrôle par l’usager que vient tout le mal. La machine à éduquer n’échappe pas au sort ordinaire des grandes organisations : le centralisme y dilue les responsabilités sans réduire les inégalités.
Le temps est venu de libérer le système de formation et de lui rendre souplesse et diversité. Pour cela cinq libertés nouvelles doivent être à cet effet reconnues aux différents partenaires de l’acte éducatif.
1. La libération des programmes et des méthodes pédagogiques
L’explosion des savoirs et le foisonnement des doctrines pédagogiques ont sonné le glas du despotisme éclairé en matière éducative. Si l’on excepte l’enseignement élémentaire, centré sur l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul ainsi que sur la découverte de notre environnement géographique et historique, l’état a perdu les moyens de définir lui même « l’offre scolaire » qui doit être proposée par chaque établissement. C’est à ceux-ci agissant dans un cadre concurrentiel arbitré par les familles, que doit revenir le soin de concevoir le projet éducatif et de déterminer le contenu des prestations scolaires offertes aux usagers. Cette autonomie est particulièrement nécessaire dans le domaine professionnel et technique. Pour être efficace, celle-ci doit pouvoir s’adapter en permanence aux besoins diversifiés des entreprises et à leur évolution technique. Il ne saurait y avoir de concurrence sans autonomie, ni d’autonomie sans droit à la différence.
2. le libre choix de l’école par les familles
Rien ne justifie dans une société moderne hautement développée que le pouvoir de choisir l’école d’un enfant soit retiré aux familles. La « sectorisation » est à la fois attentatoire aux libertés et administrativement déresponsabilisante. Parce qu’elle garantit à chaque établissement une sorte de clientèle captive d’enfants attachés à leur secteur, elle constitue un puissant facteur d’uniformisation bureaucratique de l’offre scolaire. Proscrire la sectorisation, c’est donc à la fois accorder une liberté nouvelle aux familles ainsi qu’aux établissements et soumettre l’école à la loi salutaire de l’émulation.
3. La décentralisation de la gestion budgétaire
Il existe, sur le plan budgétaire, deux modes de gestions contrastés du système éducatif : Le premier, en vigueur dans l’enseignement public, repose sur le principe d’une participation administrative, autoritaire et centralisée des moyens mis à la disposition des établissements. Le second caractérise les établissements privés et fait de la « demande des familles », matérialisée par le nombre d’élèves inscrits et effectivement présents dans l’établissement, le critère exclusif de l’allocation des moyens : prise en charge des maîtres en fonction de normes nationales d’encadrement et versement d’un forfait d’externat par élève. Présenté comme un odieux privilège de l’école libre, ce mécanisme budgétaire à l’évidence insolite et dérogatoire, n’a en fait qu’un seul tort, celui de contrarier par sa souplesse et sa légèreté les logiques de pouvoirs des syndicats d’enseignants.
4 . L’affectation personnalisée des professeurs
Le « mouvement » administratif par lequel les enseignants de l’école publique sont par centaines affectés d’autorité à leur poste est frustrant à la fois pour eux mêmes mais aussi pour les chefs d’établissement qui n’ont aucune part au recrutement des enseignants. Réputé égalisateur sous prétexte qu’il est impersonnel et cogéré syndicalement, le « mouvement », tel qu’il est aujourd’hui conçu, entretient en fait la pire des inégalités. Par le jeu combiné de la disparité des postes à pouvoir et des privilèges de l’ancienneté, il aboutit à concentrer sur les zones les plus critiques des personnels sans expérience et peu stables. Le contraire même de ce qu’exigerait l’objectif de réduction des inégalités dont se réclament les partisans du système actuel.
5. Le droit à l’information des usagers
Aucun marché ne peut jouer son rôle s’il ignore la vertu de la transparence. La concurrence entre les établissements, le libre choix des familles ne tireront vers le haut l’ensemble du système éducatif qu’à la condition de faire de l’usager un partenaire bien informé des réalités et parfaitement conscient des enjeux qui s’attachent à sa décision
Telles sont les grandes lignes de la révolution libérale dans laquelle l’opposition à l’union de la gauche souhaitait se reconnaître. Lionel Jospin, Claude Allégre pour la gauche, Alain Devaquet, Luc Ferry pour la droite républicaine n’ont pas résisté aux syndicats de l’EN, un autre n’a même pas essayé. Les problèmes sont toujours posés, mais toujours pas résolus ; espérons que Nicolas Sarkozy avec les ministres concernés saura aller au bout de ce pourquoi il a été élu : faire bouger les choses.
Aussi, lorsque je lis que 70% des français sont contents de l’école publique alors même que des milliers de jeunes entrent en 6ème sans savoir lire, écrire ou calculer je me dis qu'après tout, c’est peut être moi qui suis déphasé. Je me souviens que pour entrer en 6ème, il fallait faire moins de 5 fautes à la dictée (accents inclus). Nous savions de fait tous lire, écrire, compter, et placer la plupart des capitales au bon endroit. Et pourtant, nous étions nous aussi entre 25 et 30 par classe.
Flamant Rose
21:00 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : flamant rose, ecole, education nationale
LA LETTRE DE NICOLAS SARKOZY AUX ENSEIGNANTS
Sur le blog de Christophe Barbier, une amie et co-blogueuse enseignante, Guenièvre, s'est exprimée à propos de la lettre que Nicolas Sarkozy a envoyée aux enseignants de la République. Je reproduis ci-dessous son analyse - sans son autorisation, j'espère qu'elle me pardonnera - partant du principe que rien ne remplace un regard autorisé sur la question. Or j'apprécie particulièrement la clarté de celui de Guenièvre.
Je viens de lire la « lettre aux enseignants » de Nicolas Sarkozy. « Grands principes et clichés » lit-on dans Libération. Et, bien sûr , levée de bouclier chez les syndicats. Ces réactions négatives sont désolantes, cette critique systématique est non seulement puérile mais elle est lassante et contre-productive.
J’ai trouvé ce texte très beau, loin de toute idéologie, mesuré, équilibré. Et puis, « les grands principes » il est nécessaire de les réaffirmer parfois.
On accuse Nicolas Sarkozy de vouloir cacher par un texte lyrique une « logique comptable » à savoir une diminution du nombre de fonctionnaires. Et pourquoi l’intérêt des élèves devrait-il toujours être en opposition avec une logique comptable ?
Je suis en accord avec le fait que les élèves ont beaucoup trop d’heures de cours. A l’école primaire et au collège (au moins pendant les deux premières années) on devrait mettre l’accent sur les apprentissages fondamentaux (français et maths) et ne pas les surcharger avec trop de connaissances que, de toute façon, ils n’assimilent pas. Est-ce nécessaire de faire de la techno en arrivant au collège ?
La diminution des horaires des élèves permettrait bien sûr au gouvernement de réduire à l’avenir les postes d’enseignants. Ca fera grincer des dents, ça hurlera mais je ne vois pas comment, honnêtement, on peut justifier que des enfants aient un emploi du temps aussi chargé alors qu’ils ne maîtrisent pas leur langue. On sait bien que ces difficultés se répercutent dans toutes les matières et qu’ils vont ainsi d’échec en échec.
Par contre on peut très bien augmenter les horaires de français. En 1972, un élève de 6ème avait 6 heures de cours de français : 3 heures classe entière et 3 heures en demi groupe. Le professeur, lui, avait donc 9 heures de français en 6ème. Il bouclait son service avec 2 classes ! Aujourd’hui l'élève de 6ème n’a plus que 4 h 30 de cours de français. Calculez combien d’heures de cours de français un élève a perdu en une année. Tenez, je donne une idée : rétablissez une heure de français en plus en 6ème et supprimez l’heure de « vie de classe » (il est interdit de faire cours pendant cette heure-là !), les problèmes de la classe pouvant bien être soulevés dans un autre cadre plus informel.
Autre piste pour diminuer le nombre de profs : rallonger l’horaire des enseignants - objet de la chronique de F. d’Orcival dans le Figaro magazine. S’il va dans cette direction, je crois que le gouvernement fera fausse route et qu’il se cassera les dents. Que ceux qui pensent que les profs ne travaillent pas suffisamment viennent faire un stage de 8 jours dans un collège. Ils y verront combien on doit dépenser d’énergie pour « tenir » une classe pendant une heure. Tant qu’on n’aura pas rétabli « l’école du respect » (et ça prendra du temps!) il sera difficile de demander aux enseignants de faire d’avantage d’heures de cours. Ou alors il faut s’attendre à avoir de plus en plus de congés maladie ce qui n’est pas, je pense, le but recherché.
La lettre de Nicolas Sarkozy est trop longue pour que je la publie intégralement, mais en voici un extrait :
Je souhaite faire de la revalorisation du métier d'enseignant l'une des priorités de mon quinquennat parce qu'elle est le corollaire de la rénovation de l'école et de la refondation de notre éducation. Mais vous devez, vous le professeur, l'enseignant, comme les parents, vous montrer exemplaire. Exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre esprit de justice, par votre implication. Exemplaire aussi par votre capacité à faire prévaloir l'autorité du maître, par votre souci de récompenser le mérite et de sanctionner la faute.
Dans l'école que j'appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d'heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l'autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux. Mais ce sera la conséquence de la réforme de l'école et non le but de celle-ci. Et, je m'y engage, les moyens qui seront ainsi dégagés seront réinvestis dans l'éducation et dans la revalorisation des carrières. Il s'agit d'être plus efficace, non de rationner. Et il s'agit d'être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre économie dispose d'une main d'œuvre bien formée, mais aussi, et peut être surtout, pour que nos enfants soient porteurs de valeurs de civilisation, pour qu'une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux.
_______________
Dans la continuité du billet de Flamant Rose sur l'autisme, en recueillant des infos sur le site de l'Elysée à propos de la lettre ci-dessus évoquée, je suis tombé sur cette annonce :
Audience de Mme Sandrine BONNAIRE, artiste engagée au service de la cause de l'autisme.
10:25 Publié dans Autisme, Education | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lettre, nicolas sarkozy, enseignants, sandrine bonnaire, autisme
23.01.2007
Recherche et Enseignement Supérieur : Débat François Fillon & Claude Allègre
A tous ceux qui décident que le fait de ne pas partager les mêmes rangs à l'Assemblée Nationale, ou de ne pas être du même parti, empêche d'avancer ensemble dans le sens de la France et de son rayonnement, je propose la lecture de ce débat constructif, organisé par L'Express. Notons au passage qu'il est plus rassurant de voir des experts de droite et de gauche s'entendre sur une politique à long terme plutôt que d'attendre le salut de débats amateurs et démagogiques.
" - La France est-elle en train de perdre la bataille de l’intelligence ?
François Fillon : Non, mais elle n’est pas en train de la gagner. J’ai beaucoup apprécié le livre de Claude Allègre (Vous avez dit matière grise, Plon). Son appréciation de notre système d’enseignement supérieur est honnête et rigoureuse, il en décrit les qualités tout en ayant un regard sans concession sur ses faiblesses. A partir de cet ouvrage, nous pourrions construire une sorte de pacte entre la droite et la gauche, sur une durée de dix ans, pour redonner à l’université et à la recherche les moyens dont elles ont besoin. La gauche a commis des erreurs sérieuses avec la loi Savary [loi sur l’enseignement supérieur de 1984], la droite a fait supporter à l’université des économies dont elle aurait dû être exonérée.
Claude Allègre : Il faut tirer la sonnette d’alarme sur un point : des élèves parmi les plus brillants ne veulent plus être
professeurs d’université en France _ c’est également vrai en Allemagne, en Italie ou aux Pays-Bas. Ils partent massivement aux Etats-Unis. Certains font leur thèse en France, mais partent ensuite là-bas, ce qui signifie que la France finance des formations dont elle ne tire pas bénéfice. Nous devons donc payer davantage les enseignants du supérieur. Est-il normal qu’après 12 ans d’études, dont deux aux Etats-Unis, ils ne gagnent que 1 500 euros par mois ? Cela conduit d’ailleurs à une féminisation du métier _ excusez ce raisonnement politiquement incorrect _ car les femmes se contentent plus facilement de ces faibles rémunérations. La deuxième cause de cet exil est philosophique : en France, se développe une méfiance vis-à-vis de la science dont le refus des OGM est le symbole. Les Australiens cultivent des vignes sans pesticide, et je parie que, bientôt, les Américains n’achèteront que du vin issu de ces plants. Nous devons combattre le sentiment anti-science !
F. F. : Claude Allègre ne propose pas de solutions irréalistes comme l’augmentation drastique des droits d’inscription qui n’est pas praticable dans un pays comme la France. Il faut que nos universités soient plus libres dans leur gestion, leur organisation, leur pédagogie, leur stratégie. Il faut pour cela un vrai patron aux universités, avec un salaire à la hauteur et un rôle qui n’en fasse pas l’otage de certains groupes de pression : il ne doit pas être le représentant des seuls professeurs, mais aussi celui du monde de la recherche, de l’économie…
C. A. : Du monde politique, syndical aussi ! L’université n’est pas la propriété des professeurs, il faut une citoyenneté dans l’université. Et de la diversité : avec les universités nouvelles, j’ai voulu en créer, mais, ultérieurement, l’égalitarisme français a ressurgi et a tout uniformisé.
F. F. : Je trouvais votre projet très intéressant. En 1993, j’ai aussi joué la carte de l’expérimentation, mais le Conseil constitutionnel m’a censuré.
C. A. : La diversité doit être partout. Les professeurs n’ont pas à avoir le même nombre d’heures de cours, le même salaire, selon la discipline qu’ils enseignent. Et sortons du débat théologique entre partisans d’ un enseignement entièrement consacré à la culture générale d’un côté, à la professionnalisation de l’autre : il faut les deux, tout simplement.
F. F. : Les lycéens doivent avoir la possibilité d’effectuer un choix plus serein. En janvier, un élève de terminale dirait son choix et serait informé des possibilités professionnelles de la filière qu’il vise. Il recevrait aussi une formation personnelle l’aidant à s’orienter vers ce parcours. L’autre idée _ Claude Allègre l’a proposée _ c’est de rendre la première année universitaire plus générale qu’aujourd’hui. Il est impossible de revenir sur le bac comme clef d’entrée à l’université, c’est un « monument » de la culture française. Mais il faut organiser la première année universitaire autrement, pour que l’orientation se décide à la fin et non au début de cette année-là.
C. A. : Cela s’appelle casser les « tuyaux d’orgue » : aujourd’hui, en lettres, vous devez choisir une discipline très étroite et vous ne pouvez plus la quitter ! Nous devons aussi répondre à la démotivation des élèves. D’où la nécessité d’éviter une spécialisation précoce. L’université française pourrait rapidement être remise sur les rails car elle a de vrais atouts. Mais elle peut aussi chuter. Nous sommes à la croisée des chemins.
F. F. : Parvenir à un pacte de non agression droite-gauche sur un sujet que tout le monde dit prioritaire, ce serait très important. Car tout changement, même en douceur, suscitera des réactions.
C. A. : Je suis d’accord. J’ai lu le livre de François Fillon (La France peut supporter la vérité, Albin Michel) avec beaucoup d’intérêt. Sa réforme des retraites est courageuse, même si elle n’est qu’une étape. J’approuve notamment sa volonté d’assurer aux ministres une pérennité.
F. F. : La France a compté 26 gouvernements depuis 1978, l’Allemagne 9, la Grande-Bretagne 7. Cette instabilité explique le manque de confiance global et, en particulier, celui des syndicats. Ces derniers ne peuvent pas se comporter de manière responsable avec des gouvernements qui, à la première occasion, lâchent ceux d’entre eux qui acceptent de négocier, les plaçant ainsi dans des situations impossibles face à leurs troupes. Cela dit, je ne suis pas centriste et je ne crois pas au consensus dans tous les domaines, mais sortons de la guerre civile.
C. A. : Le consensus existe sur l’analyse d’un certain nombre de sujets, et l’apaisement de notre démocratie serait salutaire sans pour autant confondre la droite et la gauche.
F. F. : Si sur un sujet crucial comme l’enseignement supérieur, où nous voulons éviter de sacrifier des générations, nous parvenons à un accord, alors nous ferons évoluer les mœurs politiques.
C. A. : L’un et l’autre avons montré que nous pouvions réformer. J’ai fait la loi sur l’innovation, la professionnalisation des cursus, la contractualisation avec les universités, la déconcentration du mouvement professeurs du secondaire et, bien sûr, le LMD [licence master doctorat].
F. F. : Cette dernière réforme était remarquable.
C. A. : Celle des retraites était courageuse !
F. F. : Dans l’évolution institutionnelle que je préconise, il faut aussi que le président s’engage sur les réformes plutôt que de rester en retrait pour ne pas subir l’impopularité de certaines mesures.
C. A. : Entre nous, celui qui a tué les institutions de la Ve République, c’est Mitterrand avec la cohabitation…
F. F. : Et la droite, en acceptant d’aller gouverner avec lui !
F. F. : On a besoin de syndicats forts, ce qui passe par des élections de représentativité
C. A. : Le dialogue social n’existe plus quand on déclenche une grève immédiatement, pour obtenir plus, comme le font les syndicats de fonctionnaires ; leur poids est trop important au sein des confédérations par rapport aux syndicats du privé : c’est donc là qu’il faut faire un effort de syndicalisation pour restaurer le dialogue social.
F. F. : On en revient à la nécessité pour les ministres de durer, ce qui renforcera leur crédibilité et leur autorité face aux syndicats."
Propos recueillis par Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet
Source : Blog de François Fillon http://www.blog-fillon.com/
09:15 Publié dans Education, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : claude allegre, enseignement, recherche
18.01.2007
L'école républicaine et l'ascenseur social
Face aux problèmes incessants et de plus en plus désespérants que rencontre l'Education Nationale, la tentation
apparaît une fois de plus de toiser les enseignants d'un regard interrogateur et éloquent. Or le problème de l'enseignement proprement dit n'est pas assimilable à celui de l'école en tant qu'institution : vous pourrez former chaque enseignant pendant des années, il n'apprendra rien de plus à un élève qui a décidé de ne pas apprendre en toute impunité, ou à une classe gangrénée par des problèmes de discipline.
Ce qui manque, c'est l'envie d'apprendre. Cette envie n'a jamais été flagrante depuis que l'école existe, mais tout au moins était-il possible pour ceux qui percevaient l'enjeu de l'école de travailler malgré tout, car les éléments perturbateurs étaient réduits au silence. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et selon sa glorieuse habitude, la gauche continue à reporter la responsabilité sur le milieu social, les enseignants et leur formation, afin de n'avoir pas à accepter le problème de la responsabilité individuelle de l'élève et de l'autorité.
Si l'école républicaine est en panne, ce n'est pas la faute de l'école, ni celle du système, qui continuent à offrir à chacun la possibilité de s'instruire et de s'intégrer dans la société. A d'autres époques, l'école a joué d'autres rôles, formé d'autres savants et lettrés, avec nettement moins de moyens pédagogiques et financiers. Pourquoi? Parce que les élèves désiraient saisir cette main tendue, et la percevaient comme une chance, une opportunité, et non un dû que l'on pouvait mépriser. Les enseignants d'alors étaient pourtant parfois moins pédagogues. Mais ils gardaient pour la plupart une vraie foi en leur mission, parce qu'elle brillait encore au sein de la société. C'est le statut même de l'école qui est désormais méprisé, c'est sa nature républicaine qui n'est plus respectée.![]()
Alors ceci a l'air d'une douce nostalgie. Ce n'est pas le cas, c'est un pragmatisme immédiat, vérifiable aisément par les chiffres du privé et du parascolaire à l'heure qu'il est. Les parents et élèves vont-ils y chercher d'autres méthodes? Non, ils vont chercher un encadrement digne de ce nom. L'élève y entre dans une autre galaxie, où s'il ne travaille pas, il perd sa légitimité. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, vu que c'est le fondement même de notre société, cela fonctionne.
Les enseignants sont-ils pour autant immaculés? Non, Loin de là. Certains reprennent chaque année le même cours depuis leur première année d'enseignement, et cela paraît impensable dans un monde en mutation constante. Mais encore une fois, ce n'est pas cela qui est responsable de la faillite de l'école.
Il n'y aura plus d'ascenseur social républicain digne de ce nom tant que lorsque certains en coupent les câbles, d'autres
s'exclament en souriant: "tiens! il faudrait mettre des câbles plus solides!", pour s'en prendre ensuite à ceux qui appuient sur les boutons.
10:30 Publié dans Education, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ecole, education nationale, ascenseur social








