01.12.2007

Besoin de temps, par Paul-Henri du Limbert

Lu sur lefigaro.fr

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Les mesures en faveur du pouvoir d’achat ? Les Français ne demandent qu’à y croire, et c’est déjà bien. Le «vieux pays» en a tant vu qu’on aurait pu l’imaginer indifférent, voire ironique, face aux mesures que lui a proposées jeudi Nicolas Sarkozy. Dans le registre du «demain sera plus beau qu’aujourd’hui», les Français ont déjà donné, et, pour les convaincre, il n’est pas conseillé de faire dans la facilité. «Changer la vie», c’est de l’histoire très ancienne.

Il reste que si, selon l’institut OpinionWay, l’opinion approuve chacune des mesures présentées, elle balance lorsqu’on lui demande si toutes réunies permettront d’améliorer le pouvoir d’achat. Un Français sur deux n’en est pas convaincu. En clair, l’opinion publique a un a priori positif, mais elle attend des résultats concrets. Qui, chacun en est conscient, ne se manifesteront pas avant plusieurs mois.

Cela dit, que l’opinion approuve, par exemple, l’idée d’une suppression négociée des 35 heures est en soi une petite révolution copernicienne. C’est comme si les Français refermaient définitivement la page des années Jospin, époque étrange et sans imagination où l’on se disait qu’il fallait partager le travail puisque, paraît-il, il n’y en avait plus.

Avec dix années de recul, les Français ont compris que la fameuse RTT a fait le bonheur de quelques-uns, souvent les plus aisés, et le malheur de beaucoup, toujours les plus pauvres. L’«acquis social» n’était pas social, il n’y a pas de honte à s’en débarrasser.

L’autre fait marquant, c’est que si le chef de l’État promet une relance du pouvoir d’achat, il s’interdit d’ouvrir grandes les vannes de la dépense publique. C’est aussi nouveau. La tentation du déficit, la ­quasi-indifférence des pouvoirs publics face à la dette galopante n’est plus de mise.

La rupture ne se fait pas en un jour

Certes, contrairement à François Fillon, on ne fera pas dire à Nicolas Sarkozy que «l’État est en faillite». Mais ce n’est pas parce qu’on ne nomme pas une réalité qu’elle n’existe pas. Depuis le temps que l’on serine qu’un peu de politique keynésienne ne fait pas de mal, on a fini par s’apercevoir qu’elle ne fait jamais de bien. Au contraire. On a fait le tour de cet euphorisant qui distille son poison lentement, mais sûrement. C’est le remboursement de la dette qui entraîne tout vers le bas et rogne chaque jour un peu plus les marges de manœuvre du pays. C’est avec cette politique-là que la France a réussi l’exploit d’être tout à la fois en Europe l’un des pays les plus endettés et l’un de ceux où les prélèvements sont les plus lourds.

Le président a besoin de temps. La rupture ne se fait pas en un jour, mais plutôt en cinq ans. Avec le danger qu’une conjoncture économique morose ne vienne compliquer un peu plus son pari. Mais au moins, les Français sont désormais parfaitement conscients des règles du jeu.

Ce n’est pas «de la sueur, du sang et des larmes», ce ne sont pas non plus les délices de Capoue. C’est une voie médiane, qui a le mérite de la cohérence et dont la vocation est de changer les mentalités. Si l’on en juge par l’approbation de l’opinion aux mesures Sarkozy, on peut se dire que les mentalités ont déjà commencé à changer. Les Français ne croient plus aux vieilles recettes et semblent disposés à croire aux nouvelles.

30.11.2007

NICOLAS SARKOZY ET LE POUVOIR D'ACHAT

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Record d'audience hier soir pour l'intervention de Nicolas Sarkozy à propos du pouvoir d'achat : 19 millions de téléspectateurs, annonce lefigaro.fr. Un score à la hauteur de l'attente des français dans ce domaine.

Les propositions du Président peuvent être regroupées dans quatre ensembles distincts, ainsi que le font lesechos.fr, dont je trouve le compte-rendu à la fois succinct et clair :

- Déblocage exceptionnel de la participation :

Le chef de l'Etat a annoncé le déblocage exceptionnel de la participation dans la limite de 10.000 euros par salarié. La mesure sera temporaire et les montants ne seraient pas imposés. En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, avait autorisé un déblocage exceptionnel. Les partenaires sociaux ne devraient pas être favorables à cette mesure. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, qui n'ont pas l'obligation de verser de la participation, les chefs d'entreprise pourront verser une prime, qui sera alors exonérée de charges sociales. 

- Paiement des jours de RTT non pris :

Nicolas Sarkozy a annoncé la possibilité, pour les salariés disposant de jours de RTT, de négocier directement avec leur employeur, probablement à compter du 1er janvier 2008, le paiement de ces journées. Cela constitue un changement majeur, de telles mesures étant en général soumises à un accord collectif d'entreprise. Le paiement par les employeurs des jours de congé ou de RTT stockés sur un compte épargne temps (CET), assorti d'une exonération totale de charges salariales et patronales, pourrait également être ouvert. Cette nouvelle « niche » inciterait les entreprises à un versement d'argent auquel elles rechignent souvent. Pour les fonctionnaires, les heures supplémentaires seraient payées, « comme dans le privé », 125 % des heures normales et la monétisation des RTT serait également possible. Nicolas Sarkozy souhaite aussi une négociation pour régler le stock d'heures supplémentaires.

 - Indexation des loyers sur l'inflation et suppression de la caution :

La révision annuelle du loyer en cours de bail dans le parc privé sera désormais indexée sur l'indice des prix à la consommation et non plus sur l'indice de référence des loyers (IRL), composé, lui, à 60 % de l'indice des prix à la consommation, à 20 % de l'indice du coût de la construction (ICC) et à 20 % de l'indice des prix des travaux d'entretien et d'amélioration du logement. C'est une deuxième étape après la mise en place, depuis le 1er janvier 2006, de l'IRL, dont la vocation était, déjà, d'amortir les hausses de loyer, jusqu'alors indexées sur le seul ICC. Au deuxième trimestre de cette année, l'IRL a révisé les loyers de + 2,76 %, contre + 5,05 % selon l'indice du coût de la construction. Pour les quelque 6,5 millions de locataires du parc privé, l'économie avoisinerait actuellement 150 euros par an pour un loyer mensuel de 1.000 euros. Les propriétaires, en revanche, pourraient protester contre la perte de rentabilité de leur investissement. Nicolas Sarkozy veut aussi limiter le dépôt de garantie, lors de la location d'un logement, à un mois de loyer, et supprimer la caution en créant un système de mutualisation public. Ces mesures entreraient en vigueur dès le début 2008. 

- Dérogation aux 35 heures contre des augmentations de salaires :

Les entreprises pourront déroger aux accords de branche sur les 35 heures à condition d'octroyer des augmentations de salaires et sous réserve d'accord majoritaire. Dans les branches où il n'y aurait pas de négociations salariales, les allégements de charges seraient remis en cause.

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Pour commenter ces mesures et la prestation télévisuelle de Nicolas Sarkozy, je vous renvoie à l'édito de Nicolas Barré ce jour dans lefigaro.fr intitulé "Réformes, Acte II", dont voici la retranscription intégrale :

Avec Nicolas Sarkozy, une réforme en cache toujours une autre. Après avoir mis celle des régimes spéciaux de retraite sur de bons rails, il s’est attaqué hier à un autre tabou français, et pas des moindres, en annonçant la fin des 35 heures.

Loin de marquer une pause dans le rythme de son action, le président de la République a ainsi choisi au contraire de traiter pratiquement de front les deux dossiers sociaux les plus symboliques d’un modèle social français à bout de souffle depuis une génération. Deux dossiers qui, en quelque sorte, conditionnent tous les autres tant ils concentrent de passion.

Ainsi, l’acte II des réformes économiques et sociales est lancé. Aux partenaires sociaux qu’il recevra à l’Élysée à la mi-décembre, il ne propose rien moins que de fixer l’agenda social de l’année prochaine. Il sature le calendrier de rendez-vous lourds pour parler d’allégements de charges, de travail le dimanche, de retraite, de formation professionnelle, de contrat de travail, de représentativité des syndicats et l’on en passe. Parler, mais surtout agir, c’est-à-dire fixer les principes des réformes, tracer les lignes rouges, négocier le reste et légiférer si les acteurs sociaux ne parviennent pas à se mettre d’accord.

Quand d’autres auraient choisi de donner du temps au temps, il répond en substance que les réformes ont déjà trop attendu. On attendait le président de la République sur les gestes qu’il aurait pu faire pour doper immédiatement le pouvoir d’achat, il n’en a rien été. La ligne Fillon, celle d’une gestion rigoureuse de nos finances publiques, l’a heureusement emporté : « Il n’y a pas d’argent dans les caisses. »

Il a résisté à la tentation classique « d’ouvrir les vannes », péché français récurrent qui a plongé notre pays dans la situation que l’on connaît : trop de déficit, trop de dette, trop de dépenses publiques. Et, au bout du compte, pas assez de croissance. Les Français ne sont pas dupes : ce n’est pas en procédant à plus de redistribution – la France est déjà championne en la matière – que l’on résoudra durablement quoi que ce soit. Il est donc clair qu’il faut aller chercher ailleurs que dans des marges de manœuvre inexistantes les leviers de l’accroissement du pouvoir d’achat. Ailleurs, c’est-à-dire dans la libération de l’économie, dans le renforcement de la concurrence et, surtout, dans la sortie des 35 heures.

En parlant de revalorisation du travail plus que de pouvoir d’achat, piège dans lequel il s’était laissé enfermer, le chef de l’État a renoué avec la rhétorique qui lui avait réussi pendant la campagne électorale. Certes, il reconnaît qu’il y a « un problème de pouvoir d’achat ». Certes, il verse facilement dans le volontarisme – c’est sa tendance naturelle – en se faisant fort d’obtenir des baisses de prix dans les grands magasins.

Mais le cœur du message est ailleurs : sans croissance, c’est-à-dire sans quantité de travail supplémentaire dans l’économie, il est illusoire de prétendre augmenter le pouvoir d’achat. Les 35 heures avaient bridé l’évolution des salaires dans notre pays depuis la fin des années 1990, leur remise en question doit permettre de sortir d’une logique malthusienne du travail et des revenus. C’est un pari sur le travail et la croissance.

Nicolas Barré

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Et puisqu'il est ici question à la fois de finances et de Nicolas Sarkozy et que j'ai l'esprit mutin, au risque de mettre à mal la réputation de ce blog, je ne peux m'empêcher de vous livrer la dernière blague anti-sarkozyste rencontrée au détour d'un commentaire du blog de Christophe Barbier. J'avoue sans peine qu'elle m'a fait bien rire - d'autant que je ne crois pas une seconde au caractère plausible de la chute. Mais pour une fois, les détracteurs du Président se sont donnés du mal, et franchement, cela change.

La scène se passe dans une école française, aux Etats-Unis. L'institutrice présente à la classe un nouvel élève : Sakiro Suzuki. Le cours commence. L'institutrice :

- Bon, voyons qui maîtrise l'histoire de la culture franco-américaine. Qui a dit : "donnez moi la liberté ou la mort" ?

Pas un murmure dans la salle. Suzuki lève la main :

- Patrick Henry, 1775, à Philadelphie.

L'institutrice :

- Très bien Suzuki ! Et qui a dit : "l'état est le peuple, le peuple ne peut pas sombrer" ?

Suzuki lève la main :

- Abraham Lincoln, 1863, à Washington.

L'institutrice :

Excellent Suzuki ! Maintenant, qui a dit "Je vous ai compris" ?

Suzuki lève la main et dit :

- Charles de Gaulle !

L'institutrice regarde les élèves et dit :

- Honte à vous ! Suzuki est japonais et il connaît l'histoire française et américaine mieux que vous !

On entend alors une petite voix au fond de la classe :

- Allez tous vous faire f ..., connards de japonais !

- Qui a dit ça ? s'insurge l'institutrice.

Suzuki lève la main et sans attendre dit :

- Général Mc Arthur 1942 au canal de Panama, et Lee Iacocca en 1982 lors de l'assemblée générale de Général Motors.

Dans la classe plongée dans le silence, on entend un discret :

- Y'm'fait vomir ...

L'institutrice hurle :

- Qui a dit ça ?

Et Suzuki répond :

- Dominique de Villepin au Ministre de l'Intérieur pendant un dîner officiel à Paris en 2006.

Un des élèves se lève alors et crie :

- Pomp'moi l'gland !!!

Et Suzuki, sans sourciller :

- Bill Clinton à Monica Lewinsky en 1997 dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington.

Un autre élève lui hurle alors :

- Suzuki, espèce de merde !

Et Suzuki :

- Valentino Rossi, 2002 lors du Grand Prix moto en Afrique du Sud.

La salle tombe littéralement dans l'hystérie, l'institutrice perd connaissance, la porte s'ouvre et le directeur de l'école apparaît :

- Merde, je n'ai encore jamais vu un bordel pareil !

Et Suzuki :

- Jean-Claude Junker à Bruxelles en examinant les finances de la France sous Sarkozy.

19.11.2007

Discours de Steve Jobs aux étudiants de Stanford, le 12 juin 2005

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Challenges a décidé de mettre Steve Jobs en couverture de son n° 100. La rédaction s'en explique ainsi :

D’abord il y a eu l’idée. Fêter le centième numéro de notre hebdo en déclinant 100 mythes de ces 25 dernières années, puisque Challenges est né à l’automne 1982. Et puis il y a eu la sélection : décliner ces mythes en dix chapitres, choisir à chaque fois les dix évènements, dix patrons, dix villes, dix pubs… cultes qui ont jalonné ce quart de siècle. Et c’est là que Steve Jobs s’est imposé.

Sans que nous l’ayons programmé, Apple apparaissait partout : pour ses produits d’abord - plutôt trois fois qu’une, avec le Macintosh, l’iPod et le tout prochain iPhone ; pour sa pub Think different aussi, qui a marqué toute une génération ; pour son patron évidemment dont le discours de juin 2005 aux étudiants de Stanford est LE texte à lire et à faire lire au moment d’entrer dans la vie (voir ci-dessous) ; et pour son incroyable retour il y a dix ans à la tête de l’entreprise qu’il avait fondée en 1976, et qui l’avait chassé en 1985.

Pour ma part, sans être un inconditionnel de Steve Jobs - que je connaissais surtout pour "l'ensemble de son oeuvre", à dire vrai - j'apprécie ici l'authenticité de son regard rétrospectif. Et puis je savoure de plus en plus la mise en perspective des tranches de vie. Ce doit être l'âge. J'entendais l'autre jour Gonzague Saint Bris sur Europe 1 dire que l'on devrait lire des romans jusqu'à 30 ans, puis ensuite seulement des autobiographies. Il y a du vrai là-dedans... même si celui qui m'empêchera de lire des romans n'est pas né.

Quoi qu'il en soit, je trouve qu'il y a toujours quelque chose à dégager d'une vie que conte son personnage principal, que ce soit par la négative, s'il s'abuse lui-même de façon évidente, ou au contraire par la faculté qu'il a en à avoir retenu les leçons. Au travers des trois expériences qui jalonnent ici son discours - la naissance, le succès et l'échec, qu'il confond étrangement, et la mort - c'est une silhouette encore malléable de la condition humaine qu'y dessine Steve Jobs. On peut alors s'identifier à son esquisse, l'admirer, la mépriser, la rejeter même... mais il me semble que l'on en tire toujours quelque chose.

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Discours de Steve Jobs aux étudiants de Stanford, le 12 juin 2005

« C'est un honneur de me trouver parmi vous aujourd'hui et d'assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n'ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n'ai même jamais été témoin d'une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd'hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C'est tout. Rien d'extraordinaire. Juste trois expériences.

La première concerne les incidences imprévues. J'ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j'y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n'ai-je pas poursuivi ?

Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu'ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d'attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit : « Nous avons un petit garçon qui n'était pas prévu. Le voulez-vous ? » Ils répondirent : « Bien sûr. » Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n'avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n'avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d'adoption et ne s'y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j'irais à l'université.

Dix-sept ans plus tard, j'entrais donc à l'université. Mais j'avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n'en voyais toujours pas la justification. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n'imaginais pas comment l'université pouvait m'aider à trouver ma voie. J'étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c'est un des meilleurs choix que j'aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j'abandonnais les matières obligatoires qui m'ennuyaient pour suivre les cours qui m'intéressaient.

Tout n'était pas rose. Je n'avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m'offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l'avenir. Laissez-moi vous donner un exemple : le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n'avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m'inscrire en classe de calligraphie. C'est ainsi que j'appris tout ce qui concernait l'empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d'une typographie. C'était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J'étais fasciné.

Rien de tout cela n'était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l'incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d'une typographie élégante. Si je n'avais pas suivi ces cours à l'université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s'est borné à copier le Mac, il est probable qu'aucun ordinateur personnel n'en disposerait. Si je n'avais pas laissé tomber mes études à l'université, je n'aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n'auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j'étais à l'université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

On ne peut prévoir l'incidence qu'auront certains événements dans le futur ; c'est après coup seulement qu'apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu'ils joueront un rôle dans votre avenir. L'essentiel est de croire en quelque chose - votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

Ma deuxième histoire concerne la passion et l'échec. J'ai eu la chance d'aimer très tôt ce que je faisais. J'avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d'Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d'affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d'avoir 30 ans.

C'est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d'une société que vous avez créée ? C'est bien simple, Apple ayant pris de l'importance, nous avons engagé quelqu'un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l'entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d'administration s'est rangé de son côté. C'est ainsi qu'à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d'être de ma vie n'existait plus. J'étais en miettes.

Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J'avais l'impression d'avoir trahi la génération qui m'avait précédé - d'avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C'était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j'ai peu à peu compris une chose - j'aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m'était arrivé chez Apple n'y changeait rien. J'avais été éconduit, mais j'étais toujours amoureux. J'ai alors décidé de repartir de zéro.

Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d'Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l'une des périodes les plus créatives de ma vie.

Pendant les cinq années qui suivirent, j'ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d'une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d'animation en trois dimensions, Toy Story, est aujourd'hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd'hui la clé de la renaissance d'Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.

Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c'est mon amour pour ce que je faisais qui m'a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l'on aime et qui l'on aime. Le travail occupe une grande partie de l'existence, et la seule manière d'être pleinement satisfait est d'apprécier ce que l'on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C'est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s'améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu'à ce que vous trouviez.

Ma troisième histoire concerne la mort. A l'âge de 17 ans, j'ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s'il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m'est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant : « Si aujourd'hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j'aimerais faire ce que je vais faire tout à l'heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j'ai besoin de changement.

Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j'ai découvert de plus efficace pour m'aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout - tout ce que l'on attend de l'extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l'échec - s'efface devant la mort, ne laissant que l'essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d'éviter le piège qui consiste à croire que l'on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.

Il y a un an environ, on découvrait que j'avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j'étais atteint d'une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu'était le pancréas. Les médecins m'annoncèrent que c'était un cancer probablement incurable, et que j'en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.

J'ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m'a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l'estomac et l'intestin. J'étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m'a raconté qu'en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j'avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m'a opéré et je vais bien.

Ce fut mon seul contact avec la mort, et j'espère qu'il le restera pendant encore quelques dizaines d'années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n'était pour moi qu'un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n'ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n'y a jamais échappé. Et c'est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C'est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l'ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l'ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d'être aussi dramatique, mais c'est la vérité.

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n'est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d'autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L'un et l'autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog, l'une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d'ici, à Menlo Park, et il l'avait marquée de sa veine poétique. C'était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l'édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C'était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d'idées épatantes.

Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog. Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C'était au milieu des années 1970, et j'avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d'une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l'auto-stop si vous avez l'esprit d'aventure. Dessous, on lisait : « Soyez insatiables. Soyez fous. » C'était leur message d'adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C'est le vœu que j'ai toujours formé pour moi. Et aujourd'hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d'une nouvelle vie, c'est ce que je vous souhaite. Soyez insatiables. Soyez fous.

Merci à tous.»

25.10.2007

La loi de l'offre et de la demande, par Flamant Rose

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L'actualité, notamment celle qui concerne les premières propositions de la commission présidée par Jacques Attali (et leur lot de polémiques) donnent l'occasion de s'interroger plus précisément sur le cadre dans lequel elles sont censées s'inscrire positivement. C'est ce qu'a fait Flamant Rose, une nouvelle fois avec une clarté pour laquelle je le remercie.

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ed2c0c7d8727716b2494aad0b6b672f4.jpgPour la plupart d’entre nous, le théorème de l’offre et de la demande paraît évident. Si un produit est en surabondance lors de sa pleine saison, le prix de ce produit aura tendance à baisser, si au contraire pour quelque raison que ce soit (à la suite d’intempéries, par exemple) ce produit vient à manquer, son prix sera en hausse. En clair on peut traduire ces phénomènes par le théorème suivant : si la quantité sur le marché d’un bien ou d’un produit est supérieure à la demande, le prix baisse. Si au contraire la quantité de ce bien ou de ce produit a une demande supérieure à l’offre, son prix augmentera. Cela paraît tellement évident que l’on est en droit de se demander pourquoi il y a des économistes et à quoi sert une analyse économique.

C’est je crois cette apparente simplicité qui fait dire à des internautes probablement géniaux tout et n’importe quoi. Cela vient du fait que ces économistes professionnels réputés et compétents ont un raisonnement qui peut dérouter les profanes que nous sommes. Effectivement lorsqu’on écoute Elie Cohen ou Jacques Marseille, qui font partie de nos brillants économistes, on a l’impression qu’ils s’adressent à des gens de métiers plutôt qu’à des téléspectateurs en attente de compréhension. En effet, lors des émissions auxquelles ils participent, ils nous expliquent comment fonctionne l’économie réelle du marché alors que, me semble t-il, ils devraient expliquer la façon dont devrait fonctionner une idéale économie de marché. Il faut entendre par économie réelle le marché tel qu’il existe en pratique et l’idéale économie telle qu‘il devrait être dans l’absolu.

  • Loi de l’offre, loi de la demande

Aujourd’hui ce terme de « loi »  a une consonance démodée, aussi les économistes préfèrent-ils le terme de « théorème ». Il y a une raison simple à cela, c’est qu’une « loi » est une relation universelle qui se doit d’être vérifiée par des événements dont la déduction provient de conditions initialement testées. On préfère donc le terme de théorème. 

Il existe malgré tout des lois. Paul Anthony Samuelson, prix Nobel d’économie en 1970 a ainsi démontré après des années d’expérience que les lois économiques sont perfides dans la vie économique. Il est l’auteur de travaux importants sur l’inflation et la déflation.

Un exemple : un homme, une femme peuvent se rencontrer et par la suite former un couple. Ce couple connaîtra des hauts et des bas, des excès de fièvre, puis le ronronnement. En économie il y a l’offre, la demande et ce couple va par exemple se rencontrer le samedi matin sur le marché. Y aura t-il, plus tard, excès de fièvre (hausse des prix) ? Y aura t-il ronronnement ?

  • La demande

En tant que provençal j’aime la bouillabaisse. Je me rends chez le poissonnier. Ma demande va être fonction de 3 critères : mes goûts (choix des poissons), mon revenu (salaire et allocations) et le prix du poisson. Si mes goûts (les poissons) et mes revenus ne varient pas, alors la quantité et la composition des poissons ne dépendront que de la variation de leurs prix. Selon la variation des prix à la hausse ou à la baisse, je mettrai plus ou moins de poissons en nombre et en qualité et ma bouillabaisse sera plus ou moins bonne. La relation entre ces 3 critères et ainsi appelée une « fonction de demande individuelle ».

Si je me nourris essentiellement de maïs parce que c’est le produit le moins cher et que l’utilisation de ce maïs dans la fabrication des bio-carburants  rende ce produit plus cher, je vais m’appauvrir un peu plus. Non seulement mon pouvoir d’achat va baisser mais je vais être obligé d’ augmenter ma consommation de maïs au détriment d’autres aliments car ce produit de base dans mon alimentation sera toujours le moins cher.

  • L’offre

Celui qui offre c‘est celui qui produit. Je suis producteur de tomates. Le prix de mes tomates sera fonction de mon coût unitaire de production et de mon prix de vente. Le coût unitaire de production sera composé de différentes variables : le prix des matières premières, le prix de la main d’œuvre, etc.Si le prix de ces variables est gelé, ne restera alors qu’un seul facteur susceptible de faire varier les coûts : le rendement. Si je veux augmenter ma production je dois procéder à ce que l’on appelle « une combinaison des variables » heures de travail, matières premières, modernisation par création d’une ou plusieurs serres, production intensive etc. 

  • La rencontre

Le couple offre et demande se rencontre sur le marché : distinguons 2 cas. Sur le marché on constate qu’il y a ce jour-là un excès de l’offre, c’est à dire que la quantité de poissons ou de tomates est supérieure à la quantité demandée par les consommateurs. Il y aura probablement une baisse des prix. Si au contraire il y a trop de demandes par rapport à l’offre, c’est la concurrence entre les acheteurs qui fera en sorte que les prix augmentent. Ce phénomène - pouvant se produire dans un sens ou dans l’autre - est appelé le phénomène du « yoyo ». Les économistes se référent alors à une image tirée de la physique.

Souvenons nous de nos cours, un ressort au bout duquel on attache un poids. Il se produit alors une oscillation qui se réduit jusqu’au moment ou le ressort ne bouge plus. On atteint l’équilibre, et en économie, toujours sur notre marché, on appellera cela le prix d’équilibre, c’est à dire que la quantité offerte est égale à la quantité demandée. On peut donc légitimement penser que pour quelqu’un qui croit à cette théorie de l’offre et de la demande le marché obtiendra de lui-même ce point d’équilibre car en fonction du prix, les excès, à la fois d’offre et de demande, se résorberont d’eux mêmes.

  • Le marché

C’est donc le marché qui doit fixer les prix et par conséquent l’interventionnisme est une mauvaise solution car les prix deviennent alors artificiels et cela peut créer plus de mal que de bien. En voulant protéger on peut arriver à l’effet contraire de celui souhaité. Donc ce théorème ou cette loi de l’offre et de la demande devrait s’imposer à tous. C’est une des raisons pour lesquelles je suis un libéral. Le libéralisme contrairement à ce que certains laissent entendre n’est pas forcément la loi du plus fort. 

  • Libérons le marché

Les professeurs d’économie en faculté ou dans les écoles de commerce démontrent aux étudiants - et ils ont raison - que c’est l’état qui par son interventionnisme dérègle ce mécanisme.

L’exemple type est celui où l’état impose un loyer maximum (type loi du 1er septembre 1948). Cette loi extrêmement favorable aux locataires engendre une très forte demande de logements dont les victimes sont ceux qui ont le plus de difficulté à se loger. On obtient donc l’effet contraire de ce que l’on souhaitait. C’est la raison pour laquelle la loi Mehaignerie du 23 décembre 1986 interdit toute nouvelle location ou relocation soumise à la loi de 1948, elle permet même à des logements soumis à la loi de 48 d’en sortir. 

  • L'exemple allemand

L’autre exemple d’interventionnisme de l’état est le SMIC. Nos voisins allemands n’en ont pas. Pourquoi ?

Chez nous en France c’est l’état - encore lui - qui intervient, il impose sa conception des choses, il se substitue aux partenaires sociaux. Quant aux syndicats ils n’ont pendant des décennies - et c’est encore le cas aujourd’hui pour certains d’entre eux - vu dans l’entreprise que des rapaces.

Chez nos voisins allemands les mesures salariales se négocient branches par branches. Ces mesures sont par conséquent décentralisées. Contrairement à nous, les allemands ont compris depuis longtemps que ce sont les entreprises qui créent les richesses et que l’on ne peut redistribuer que ce que l’on a créé. Avant une légère dégradation due à la réunification, les salaires allemands avaient atteint des sommets.

A noter que d’autres pays souvent cités en exemple, la Suède et la Finlande, n’ont pas de SMIC. En économie toute intervention de l’état entraîne des difficultés, voire empêche d’atteindre le point d’équilibre. En France il me paraît pourtant difficile d’y échapper. Chez nous le vrai libéralisme n’est pas pour demain, l’interventionnisme d’état a encore de beaux jours devant lui. On ne pourra réformer notre pays qu'au compte gouttes, la preuve nous en est donnée chaque jour.

Flamant Rose

17.10.2007

IDEES DE LECTURE

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Je n'ai malheureusement pas le temps de faire de billet sur tous les sujets qui m'intéressent... alors je vous livre des idées de lecture - avec extraits, s'il vous plaît - que je trouve éclairantes quant à l'actualité et aux débats qui l'accompagnent. A vous de faire votre marché.

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Sur la politique économique et financière du gouvernement :

  • Cet article des Echos, datant du 04/10/07, intitulé "l'hyperréalisme budgétaire de Sarkozy" :

" [...] comme chaque automne depuis trente ans, dans le pays de la « relance keynésienne permanente », le budget présenté la semaine dernière est prévu en lourd déficit. Ce budget est d'autant plus déconcertant que peu d'économistes semblent croire que les 9 à 15 milliards du paquet fiscal puissent réellement donner à la France le fameux « point de croissance » qui lui manque. Alors, comment comprendre, dans un Etat déjà surendetté, le geste du gouvernement?"

  •  Un billet de Xerbias sur le même sujet, intitulé "Restaurer les finances publiques françaises" :

" Le trou de la sécurité sociale reste toujours aussi béant, et le déficit de la SNCF vient d'être intégré aux déficits publics comptés par la Commission Européenne. Face aux réformes à venir ou en cours, les corporatismes sont déjà à l'œuvre, comme le montre la grève des transports en commun décidée pour le 18 octobre. C'est pourtant de l'intérêt général dont il s'agit. En 1995, la France a raté la possibilité d'un changement profond, et elle en paye le prix depuis. Le 5 décembre 1995, le Premier ministre de l'époque, Alain Juppé, déclarait "les yeux dans les yeux" aux Français à propos de sa réforme : "Je ne retirerai pas le plan de sauvegarde de la Sécurité Sociale parce que ce serait une erreur, et je dirais même une faute que de le faire. Cela irait contre l'intérêt de chacun et chacune d'entre vous, et contre l'intérêt de la France." Il avait raison. Mais il a fini par le retirer, ce qui fut bien une faute, et on en mesure les lourdes conséquences aujourd'hui. "

 Plusieurs portraits de personnalités politiques :

La défaite sévère de Ségolène Royal ne l'empêche pas de vouloir devenir Présidente de la République française un jour. A l'instar de François Bayrou, son discours de concession constitua sa première rampe de lancement pour la prochaine présidentielle. Pour qu'elle puisse y arriver, il faudra d'abord qu'elle comprenne les raisons qui l'ont fait perdre cette année, alors que l'insatisfaction envers le gouvernement était forte, et le jeu de l'alternance était devenu une habitude. Déjà, il faut reconnaître qu'elle a eu la sincérité d'admettre que son programme économique n'était pas crédible. C'était en effet l'une des principales raisons de son échec. Le mieux aurait pourtant d'en tirer les conséquences dès le départ, en présentant un programme économique qui aurait été crédible, surtout qu'avec la phase des débats participatifs, elle en aurait eu largement le temps.

  • Un portrait de Jacques Attali par Anne Fulda, datant du 29/09/07, intitulé "Attali, le 'Dr Croissance de Sarkozy'", et publié sur lefigaro.fr :

Lorsque l'on voit Jacques Attali présider « sa » commission, on imagine sans peine l'enfant qu'il a été. Premier de la classe, évidemment. Brillant, intelligent, obligatoirement. Mais on devine aussi qu'il a dû être agaçant. À la fois irritant et fascinant. Comme ces enfants surdoués, couvés par leur mère - il appelle la sienne tous les jours - et élevés dans la certitude de leur supériorité. Comme ces gamins qui ont réussi à capter l'attention de leur maîtresse d'école, non pas grâce à leur jolie frimousse, mais grâce à leur agilité intellectuelle.

À presque 64 ans, Jacques Attali n'a probablement pas beaucoup changé. Il peine à cacher son impatience face aux gens moins rapides que lui. Il ne cultive guère l'humilité, lui qui réfute avoir monté les échelons de la société française poussé par une quelconque soif de reconnaissance sociale. « Des jolies femmes jusqu'au bon tailleur, Jacques a pourtant tous les syndromes de celui qui veut montrer qu'il a réussi », s'amuse l'un de ses anciens amis. Lors de l'entretien qu'il accorde dans son bureau, avenue de Ségur, à Paris, il ne peut d'ailleurs s'empêcher de glisser, tout en refusant de parler de sa vie privée, qu'il est sorti « avec plusieurs femmes célèbres et que cela ne s'est jamais su ».

" Il a suffi qu'en début de campagne il provoque le candidat pour entrer de plain-pied dans sa vie politique. "Dans l'intimité intellectuelle de Nicolas", précise un proche. Conseiller à la Cour des comptes en mal d'influence, Guaino se souvient qu'en 1995 il a été, avec Philippe Séguin, l'artisan de la victoire de Jacques Chirac en lui offrant le thème de la "fracture sociale". Il se verrait bien, douze ans plus tard, en maître d'oeuvre de celle de Nicolas Sarkozy. Convaincu que le ministre de l'Intérieur est dans l'erreur : "Le candidat du communautarisme, du libéralisme et de l'atlantisme ne peut pas être élu", lui assène-t-il sans détour. "Tu as raison, il faut que nous fassions la synthèse de la France du oui et de la France du non", lui répond "Sarko". Ainsi, le pacte est signé.

Peut alors commencer, souvent à quatre mains, au terme de combats d'idées et de nuits sans fin, l'écriture des longs discours qui ont imprimé la marque du candidat. Premier du genre, celui de Nîmes en mai 2006 dans lequel Sarkozy exalte la France et son histoire, et non plus seulement les Français : "Ce soir-là, il s'est passé quelque chose. Un lien s'est tissé entre lui et les gens", s'enflamme l'auteur des mots de Sarkozy dont il suit le prononcé du bout des lèvres, toujours assis au premier rang des meetings. "Il vibre par procuration", observe un homme de l'Elysée. Et quelle jubilation quand un parterre de droite applaudit à tout rompre Jaurès, Clemenceau ou Blum, autant de noms qu'il a semés dans ses discours pour casser les clivages, mais plus encore pour déstabiliser l'adversaire. "Il a un mérite, consent Claude Goasguen, député UMP de Paris, celui d'avoir fait souffler un peu d'Histoire dans les discours d'un libéral." Et d'avoir infléchi la doctrine habituelle de la droite : Guaino le souverainiste a gagné contre les européistes, l'étatiste contre les libéraux, le pourfendeur du traité de Maastricht contre les tenants de l'euro fort, de la réduction de la dette et des déficits."

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Dernière minute : le Nouvel Observateur annonce la séparation officielle du couple Sarkozy.

12.10.2007

Sans-papiers : le Parlement ouvre la voie à une régularisation par le travail, par Carine Fouteau

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Quelle belle affiche, pour désigner d'un doigt sans concession celui qui déclara :

 « Le Français au sang mêlé que je suis ne pourrait que se sentir immensément honoré d'être choisi par ses compatriotes pour incarner ce pays à nul autre pareil qu'est la France. » 

Dans le même ordre d'idées, il semblerait que l'un des amendements contenus dans la dernière loi sur l'immigration, votée au Parlement par les "députés extrémistes" chers à Dominique Sopo, ait été mystérieusement oublié dans les commentaires de la presse et de l'opposition. Je l'apprends à l'instant via le live chat de Koz, mais c'est Carine Fouteau qui en parle dans Les Echos.

A nouveau, voilà qui va déconcerter les vieux commentateurs aux vieux repères binaires, à droite comme à gauche... Non, toute régularisation n'est pas un encouragement aux dérives migratoires, et non, l'immigration économique n'est pas une aberration qui consisterait à exploiter l'immigré entravé, esclave moderne.

Bonne lecture.

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Passé inaperçu, un amendement du projet de loi sur l'immigration donne la possibilité aux préfets de régulariser des personnes en situation irrégulière travaillant dans des secteurs d'activité connaissant des pénuries de main-d'oeuvre

Occulté par le débat sur les tests ADN et l'hébergement d'urgence pour les sans-papiers, un autre amendement, tout aussi important, pourrait se traduire par des régularisations de travailleurs étrangers en situation irrégulière. Adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale (avec un avis favorable du gouvernement) et voté à l'identique au Sénat, ce texte affirme dans l'exposé des motifs que, « à titre exceptionnel, il est nécessaire de pouvoir régulariser des travailleurs. Cet amendement donne la faculté à l'autorité administrative de régulariser un étranger sous la réserve qu'il trouve un travail dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement ». Or, potentiellement, des milliers de personnes sont concernées. 

Ne disposant d'aucune autre source de revenu, les sans-papiers - ils seraient entre 200.000 et 400.000 en France - travaillent dans leur immense majorité. Et, sans surprise, ils sont employés dans les secteurs d'activité qui offrent les conditions de travail les plus difficiles... et qui rencontrent des difficultés de recrutement. De fait, la liste des métiers « en tension » - bâtiment et travaux publics, hôtellerie et restauration, service à la personne, agriculture, etc. - ressemble à s'y méprendre à celle où se développe le travail illégal. 

« Au cas par cas » 

Tout en affichant sa volonté de réduire l'immigration familiale, Brice Hortefeux prépare ainsi le terrain de la deuxième phase de la politique migratoire visant à favoriser l'immigration économique. Cet amendement s'inscrit dans une démarche dont l'horizon, de manière symbolique, est la mise en place de quotas. Le ministre rappelait lui-même récemment que 470.000 offres d'emploi ne sont pas pourvues, notamment parce que « les Français ne veulent pas exercer ces activités ». 

Pour autant, le gouvernement ne souhaite pas s'engager sur la voie d'une régularisation massive, comme cela a été le cas en Espagne et en Italie. La stratégie du « cas par cas » devrait être poursuivie afin d'éviter de donner un signal d'ouverture trop fort aux pays d'émigration. 

« Aujourd'hui, on ne peut régulariser que pour des raisons humanitaires. C'est un dispositif totalement nouveau dans notre droit », affirme le député UMP Frédéric Lefebvre, qui a défendu cet amendement. « Dans certains départements, où l'on a un vrai problème de main-d'oeuvre, le préfet pourra régulariser des centaines de clandestins ; dans d'autres lieux, ce ne sera pas utile », ajoute-t-il, en précisant que le dispositif est « à la discrétion des préfets ». 

Anticipant cette possibilité, le préfet de l'Essonne vient d'annoncer qu'il envisageait des régularisations liées au travail à la suite de la longue occupation de l'église Saint-Paul de Massy. Précédemment, deux grèves de salariés (Modeluxe et Buffalo Grill) s'étaient soldées par des régularisations. 

11.10.2007

Travailler le dimanche, par Flamant Rose

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Le secrétaire d'Etat à la Consommation Luc Chatel a annoncé jeudi 4 octobre qu'un projet de loi autorisant l'ouverture des commerces le dimanche serait présenté début 2008.

A ce sujet, on connaît la position des confédérations syndicales et particulièrement celle de la CGT et de la CFDT. Ce repos dominical est, pour elles, sacré, il est interdit de le remettre en cause. C’est un argument à mon sens idéologique et qui ne correspond pas à la réalité sur le terrain. En ce domaine il y a 2 catégories de salariés, ceux qui ne travaillent pas le dimanche et qui le souhaitent et ceux dont le service impose de travailler un certain nombre de dimanches (EDF, SNCF, hôpitaux, etc.).

Dans les grandes surfaces le travail dominical est généralement basé sur le volontariat. Un certain nombre de salariés y sont favorables pour plusieurs raisons, entre autres la majoration du salaire horaire et les  récupérations ultérieures possibles. Si la direction n’a pas assez de volontaires parmi ses propres salariés, un certain nombre de jeunes - et particulièrement d'étudiants - se bousculent au portillon pour avoir la place. Il ne devrait donc n’y avoir aucun problème.

J’ai, au cours de ma carrière professionnelle, eu l’occasion de procéder à des études d’organisation dans le but de procéder à des restructurations. Cela m’a amené à plusieurs reprises à proposer la suppression de certains services de nuits, de dimanches ou jours de fête. S’en sont suivis des préavis de grève, non pas à cause du principe de certaines propositions dont tout salarié de bonne foi reconnaissait qu’elles étaient nécessaires, mais à cause de leurs conséquences financières. Au cours de mes entretiens les salariés admettaient que les heures de nuits, les primes de dimanches et jours de fêtes faisaient, pour eux, partie  intégrante de leur salaire même si les organismes de crédit ne les prend pas en compte. Par conséquent la suppression du travail de nuit, des dimanches ou jours de fêtes entraînait une baisse de salaire parfois importante. Il faut savoir qu’un travail en 3x8 rapporte plus ou moins 200 euros mensuel. Sur un salaire de 1200 euros cela représente prés de 17%. Au cours de ces entretiens de  nombreux salariés m’ont dit ne pas « poser » de congés le dimanche afin de conserver les primes, c’est dire.

On a donc d’un côté Bernard Thibault pour la CGT et François Chéréque pour la CFDT qui sont prêts à  combattre bec et ongles le travail dominical au nom de je ne sais quel dogme, et ce  malgré la demande et le volontariat et de l’autre côté des salariés soutenus par leurs sections syndicales CGT et CFDT prêts à faire grève pour garder ce même travail les dimanches et fêtes. 

Les dirigeants des centrales syndicales consultent leur base lorsque cela les arrange. Dans le cas contraire ils ne veulent voir qu’une seule tête et cela parfois au détriment des salariés. Souvent à l’occasion de diverses rencontres j’ai eu l’occasion de leur dire qu’ils voulaient faire le bonheur des gens malgré eux.

Idéologie quand tu nous tiens ! Il faut surtout montrer que l’on existe.

Flamant Rose

08.10.2007

RUGBY WORLD CUP LIMITED

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Je me suis aperçu ce matin - était-ce déjà le cas avant ? - qu'à chaque fois que l'on essaie de lire sur YouTube une vidéo d'extrait de match de la Coupe du Monde 2007 apparaît cet invariable message :

This video is no longer available due to a copyright claim by Rugby World Cup Limited

Je suppose que ces mesures sont plutôt récentes, vu que le Monde lui-même s'est fait avoir.

Alors ce genre de choses, voyez-vous, ça a le don de me mettre en rogne. Qu'un artiste milliardaire et cocaïnomane, au vu des frais qu'induit sa condition, fasse des procès coûteux à des internautes smicards et mélomanes, je peux le comprendre : c'est le fruit de son travail, il a reniflé travaillé dur pour trouver l'inspiration, etc.

Mais que les dirigeants de la RCW nous cassent les oreilles avec les "valeurs rugby" - solidarité, travail d'équipe, proche des gens, convivialité, désintéressement - pour derrière nous empêcher de revivre les moments importants des rencontres concernées, déjà financées à coup de droits télé, de pubs et de sponsors que NOUS nous tapons... ça ne passe pas. Mais alors, pas du tout.

Pourquoi cette restriction? Sans avoir beaucoup creusé la question , je crois avoir la réponse : elle se trouve ici. Et oui, pour la modique somme de $ 49,99, vous avez accès aux vidéos des matches... Mais ne vous inquiétez pas : en fonction de vos bourses et besoins, divers forfaits sont à votre disposition

Aussi, si quelqu'un demande où est passé mon majeur, ayez la bonté de répondre :

This finger is no longer available due to a "f... " brandished to Rugby World Cup Limited.

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05.10.2007

PORSCHE, LA CLASSE...

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 La nouvelle 911 GT2

A l'heure des scandales financiers les plus odieux, à l'heure où Mme Parisot, patronne des patrons, se voit obligée d'excommunier certains dirigeants aux pratiques douteuses, et où les délocalisations font rage, voici une info publiée par le Figaro, relayée par Eponymus sur le chat de Koz (si ça c'est pas de la traçabilité...) :

Porsche va verser à chacun de ses salariés une prime de plus de 5.000 euros après des résultats 2006/2007 jugés "exceptionnellement positifs", a expliqué aujourd'hui le constructeur allemand de voitures de sport dans un communiqué. Tous les salariés embauchés à plein temps et avant le 1er août 2006 recevront sur leur fiche de paie d'octobre une "prime exceptionnelle d'environ 5.200 euros", qui s'ajoute à leurs "13,7 mois" de salaire par an, selon le texte. D'après des chiffres encore provisoires, Porsche a engrangé des ventes record au cours de l'exercice 2006/2007 clos au 31 juillet. Dopées par le bolide 911, elles auraient atteint 97.515 unités, pour un chiffre d'affaires de 7,4 milliards d'euros. L'an passé, les 11.384 salariés du constructeur avaient déjà touché une prime d'environ 3.500 euros en récompense de leurs efforts pour augmenter "la productivité, la flexibilité et la qualité" de la production.

Pardon, mais c'est trop bon. J'ai eu envie de me pencher sur la culture de l'entreprise, et voici ce que j'ai trouvé, au milieu de la profession de foi :

At Porsche, creativity and courage are required, but they are also promoted. And we know that our employees make use of the opportunities they are given.

[...] Our staff can proudly state that there is a piece of them in every Porsche. This pleasure in individual responsibility at work will, in the end, be experienced by the customer, in the truest sense.

It is often said that the basic human needs have been satisfied for a long time. And that surplus, even satiation is the problem. We at Porsche take a somewhat different view of this.

Basic needs are pure and unadulterated. We at Porsche create the framework for this and want no more and no less than this:

  • Trust in our staff
  • Maximum independence
  • Highest possible level of competence and transfer of responsibility
  • Originality in the implementation of projects
  • Greatest possible integration of staff into company processes
  • Emotional unity of the staff and their work: being a part of the Porsche team

Dites, au milieu des mots en -isme qui caractérisent les doctrines économiques, y en aurait pas un qui aurait l'idée de promouvoir le porschisme ? Moi j'adhère...

En attendant, tous à vos CV ! ;-)

04.10.2007

CINQ MOIS DE SARKOZY

Pour faire le point sur cette nouvelle échéance qui se profile, celle des cinq mois de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, j'ai choisi deux articles du Monde : le premier est un entretien avec Nicolas Baverez, dont je trouve l'éclairage intéressant, aussi parce qu'il n'a pas peur de se mouiller au niveau des pronostics ; le second est un article intitulé "Matignon Bis à l'Elysée" portant sur l'organisation interne du staff du Président : que l'on approuve ou désapprouve, cela reste passionnant. En guise de conclusion, un court développement sur David Martinon issu du même article, candidat probable - et contesté - à Neuilly.

Bonne lecture.

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"Le mandat de rupture donné par les Français à M. Sarkozy est pour l'instant bien rempli "

par Nicolas Baverez, énarque, historien et avocat

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Quel bilan faites-vous des premiers mois de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ?

Dresser un bilan au bout de cinq mois est difficile. Mais à regarder les grands domaines de l'action du président et de son gouvernement, force est de constater que le mandat de rupture donné par les Français à M. Sarkozy est pour l'instant bien rempli. Sur l'Europe, un premier résultat tangible a été obtenu avec l'accord sur le traité simplifié.

La France est entrée dans une phase de changement intensif, visible dans le domaine économique comme en politique internationale, qu'il s'agisse de nos relations avec les Etats-Unis ou avec l'OTAN, de notre position face à l'Iran ou du respect des droits de l'homme, notamment au Darfour.

Que vous inspire la concentration des pouvoirs entre les mains du président ?

M. Sarkozy n'a pas créé cette situation, il en a hérité de Jacques Chirac et Lionel Jospin. L'hyperprésidentialisation du régime est l'enfant monstrueux de la cohabitation, avec le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral, c'est-à-dire l'enchaînement présidentielle-législatives.

Une réflexion est engagée sur la restauration de contre-pouvoirs avec le comité Balladur, qui devra notamment faire des propositions sur le contrôle des pouvoirs du président - en matière de nominations -, la réhabilitation du Parlement, la transformation de la justice en pouvoir à part entière. Tout me semble pour l'instant ouvert.

On le voit bien : il s'agit d'un nouveau 1958. M. Sarkozy a entrepris de repositionner la France dans la mondialisation, de moderniser son modèle économique et social, de lui donner un nouvel équilibre institutionnel et de redéfinir sa posture stratégique, comme le fit le général de Gaulle au début de la Ve République. La référence à 1958 vaut aussi pour le style et la méthode, à savoir une relation directe entre le président et les Français qui écrase tout ce qui est entre les deux : gouvernement, Parlement, corps intermédiaires, partis politiques.

Est-ce à cette aune que vous analysez les relations entre MM. Sarkozy et Fillon ?

Je pense qu'il n'y a pas de rivalité ou de divergence stratégique au sommet de l'Etat. En revanche, François Fillon a une sensibilité propre sur certains sujets, dont la relation aux Etats-Unis et à l'OTAN, ou les finances publiques. C'est lui qui a rendu les arbitrages budgétaires et qui s'est colleté en direct la dérive des comptes publics. Il a eu raison, d'un point de vue comptable, de parler de faillite.

Les vraies tensions ne sont pas entre le président et lui. Elles découlent du type de modernisation qui a été engagée et de son rythme, les politiques structurelles ne produisant pas de résultats à court terme. La France, historiquement, s'est modernisée par à-coups et par le haut. C