25.11.2007

Cavada: « J’ai épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou »

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Je fais partie de ceux qui ont mieux compris le monde dans lequel ils grandissaient grâce à "la Marche du Siècle" : j'ai donc toujours eu un préjugé positif envers Jean-Marie Cavada, qu'a sensiblement refroidi pour autant son engagement auprès d'un François Bayrou dont on ne rappellera jamais assez la démagogie fascisante lors de la dernière campagne présidentielle.

Reconnaissons à Cavada d'être resté fidèle jusqu'au bout : quand Hervé Morin, Maurice Leroy, et d'autres du premier cercle désertaient le Tractophile de service, lui demeurait. J'ai dans le souvenir une émission de rentrée, un "Mots Croisés" je crois, durant lequel il partageait le plateau avec Vincent Peillon, Laurent Wauquiez, et Alain Finkielkraut (entre autres). Je m'étais surpris maintes fois à applaudir à la clarté des propos, mais aussi de l'engagement, de Jean-Marie Cavada... et donc, par voie de fait, à regretter qu'il ne mette pas sa compétence au service de la majorité.

Grâce apparemment aux obstinations de François Bayrou, mon voeu secret d'alors semble exaucé : c'est sous les couleurs de l'UMP que Jean-Marie Cavada va se présenter aux prochaines échéances municipales. Ce faisant il confirme, au passage, l'impossibilité fatale à laquelle sont confontés tous ceux qui tentent une collaboration efficace avec François Bayrou. Oui, ainsi qu'il le sous-entendait souvent lors de sa campagne présidentielle, sourire en coin à l'appui, François Bayrou est définitivement un anti-Sarkozy : quand ce dernier rassemble et fédère, l'autre répulse ; quand Sarkozy attire les compétences et les propositions de collaboration, Bayrou les effraye, ou les disperse.

Jean-Marie Cavada s'explique quant à sa décision dans l'interview ci-dessous, lu sur lefigaro.fr.

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LE FIGARO. – L’UMP vous propose de conduire la liste de la majorité dans le XIIe arrondissement de Paris depuis juillet. Avez-vous pris votre décision définitive ?

Jean-Marie CAVADA. – Oui. J’ai accepté la proposition de l’UMP. En juillet, j’étais chargé d’organiser le forum des démocrates du MoDem, dont l’ambition me convenait. Je suis un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon. Pour moi, la France dans l’Europe est la seule réponse possible à la mondialisation, à condition de ne pas se crisper sur le passé. Il est clair que les pays qui s’adaptent résistent mieux à la mondialisation. Ceux qui se crispent souffrent beaucoup plus. Il faut rassembler les énergies nationales autour de réformes justes et aider à les négocier équitablement. François Bayrou l’a dit durant la campagne présidentielle, mais c’est Nicolas Sarkozy qui fait bouger la France. Il est allé chercher les meilleurs pour réussir les réformes que nous aurions dû faire il y a trente ans. Toutes les lignes politiques et syndicales bougent, jusqu’à la CGT. Et pendant qu’il agit, certains attendent son échec, tout en spéculant sur l’affaiblissement de la gauche pour la croquer. Moi, je ne veux pas bâtir une carrière politique sur les ruines de mon pays.

Le reproche vise-t-il François Bayrou ?

François Bayrou a un programme romantique, mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. S’il avait voulu que ses idées prévalent, iI aurait pu négocier une alliance de gouvernement sur la base d’un programme minimal : relance de l’Europe, revalorisation des bas salaires, priorité à l’éducation, la culture et la recherche, et introduction de la proportionnelle pour garantir un soutien plus large aux réformes. Il s’y est refusé.

Allez-vous rejoindre le Nouveau Centre ?

Non. J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines, et par fidélité aux militants. Lors de la création du MoDem, je pensais que les zones de faiblesse de cette formation pouvaient être corrigées collectivement, pas en catimini. Mais aujourd’hui, j’ai épuisé tous les recours de la loyauté. Je refuse que les militants de l’UDF-MoDem soient sacrifiés aux négociations municipales ou à l’échéance présidentielle de 2012. Le prochain du MoDem doit selon moi répondre à deux exigences : faire en sorte que l’arrivée des nouveaux adhérents ouvre enfin des débats collectifs et ne jette pas par-dessus bord les Européens que sont les UDF, et instaure enfin la démocratie interne.

Vous considérez-vous toujours comme un membre du MoDem ?

Oui. Je vais conduire une liste de candidats de rassemblement soutenue par l’UMP, mais aussi par des personnalités venues d’ailleurs. À ceux qui menacent de m’exclure, je rappelle que les adhérents et les sympathisants du MoDem parisien, notamment, demandent des primaires. Pourquoi des accords de premier tour avec la droite ou la gauche seraient-ils possibles à Bordeaux, à Saint-Brieuc, à Dijon ou à Pau, où François Bayrou lui-même est tête de liste, et pas à Paris ? Au temps de sa splendeur paisible, Bayrou disait que les municipales ne peuvent pas être assimilées à un scrutin national, ce qui permettait en effet de faire alliance avec les meilleurs. Je suis toujours sur cette position, à une condition : qu’on fasse tomber les masques. Les électeurs du MoDem doivent savoir pour qui ils voteront en réalité au deuxième tour si les candidats qui sont en tête de listes arrivent en troisième position. Seront-ils appelés à voter pour Bertrand Delanoë et l’union PS-Verts, ou pour les membres de la majorité et les quelques éléments de la gauche qui se rassemblent autour de Françoise de Panafieu ? J’appelle les militants du MoDem à réclamer cette clarification dès avant le premier tour. S’ils ne l’obtiennent pas, cela voudra dire que les candidats de leur parti se vendront au plus offrant. Ce sera de la politicaillerie.

Le MoDem affirme que c’est Nicolas Sarkozy qui vous a convaincu d’accepter la proposition de l’UMP, en vous promettant en contrepartie une place au gouvernement. Est-ce le cas ?

J’ai effectivement vu Nicolas Sarkozy le 9 novembre, mais il ne m’a pas promis de ministère ! Pour tout vous dire, il m’avait fait une proposition gouvernementale entre les deux tours de la présidentielle, et je l’avais déclinée. Je l’ai d’ailleurs dit à François Bayrou. Lors de mon dernier entretien avec le président de la Ré­publique, nous avons parlé d’Eu­rope. Je lui ai demandé que l’immigration fasse partie des priorités de la présidence française de l’Union, et il m’a répondu oui. Nous avons aussi évoqué les municipales. Il ne m’a pas fait de demande pressante, mais il m’a expliqué que le XIIe était un arrondissement stratégique. Je lui ai dit que j’y réfléchirai. Aujourd’hui, ma décision est prise.

Allez-vous prendre Christine Lagarde comme deuxième de liste ?

Je la connais très peu, mais j’apprécie qu’elle accepte de renoncer au Havre, où son avenir était quasiment assuré, pour venir mener un combat difficile à Paris. C’est un honneur de l’avoir à mes côtés.

04.11.2007

Pourquoi Sarkozy résiste mieux que Chirac, par Arnaud Folch

Grâce à un commentaire de Rose Noire j'ai pris connaissance de cet article de Valeurs Actuelles, écrit par Arnaud Folch, qui compare la situation présente de Sarkozy, bénéficiant toujours du soutien de la majorité des français six mois après son élection, à celle de Jacques Chirac en 1995, qui n'avait lui au même moment que 28 % de soutien. Bonne lecture.

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Six mois après son élection, la popularité de Sarkozy reste largement positive (59 %). Quand celle de Chirac avait carrément dévissé (28 %). Cinq raisons à cela.

Trou d’air (Libération), « Octobre noir » (le Nouvel Obs), « Passage à vide » (le Monde) : vingt-quatre semaines après son élection à l’Élysée, la cote de confiance du chef de l’État est à la baisse. Pas partout : il progresse légèrement (+ un point) dans la dernière étude CSA-le Parisien.

Et sa popularité demeure largement positive – près de six Français sur dix se disant “satisfaits” de son action, selon le dernier baromètre Ifop-JDD. Simple queue de comète d’un état de grâce à l’issue programmée ? Peut-être. Il n’empêche : confronté à une croissance en panne, aux turbulences de plus en plus vives dans sa majorité (ouverture, ADN, institutions…), à son divorce et à la grogne sociale, Nicolas Sarkozy se retrouve à un niveau de popularité plus de… deux fois supérieur à celui de son prédécesseur Jacques Chirac – élu lui aussi avec 53 % des voix –, pour son premier mandat, à la même époque il y a douze ans.

Au bout de cinq mois à l’Élysée, celui-ci ne recueillait plus, en octobre 1995, que la confiance de 28 % des Français – avant même le début des grandes grèves de novembre et décembre. Lesquelles allaient aboutir au retrait du plan Juppé sur la Sécu puis, un an et demi plus tard, à la dissolution et à la défaite de la majorité.

En douze ans, bien des choses ont changé. Le président de la République, d’abord. À Chirac, volontairement absent des débats et abandonnant le thème de la fracture sociale quelques semaines après son élection, a succédé l’hyperactif Sarkozy se voulant avant tout « fidèle à [ses] engagements » de campagne. L’hôte de Matignon n’est plus le même non plus. « Droit dans ses bottes » et rapidement pris en grippe par l’opinion, Alain Juppé a été remplacé par François Fillon, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est moins exposé – à son corps défendant. L’état de l’opposition, ensuite. Chirac avait à lutter contre un puissant trio Jospin-Balladur-Le Pen quand Sarkozy est parvenu à faire le vide autour, et surtout contre lui. L’état de l’opinion, enfin. Quoi de commun entre la France de 1995, encore bercée d’utopies sur sa capacité à dépenser sans compter, et celle de 2007, convertie à l’impérieuse nécessité de réformer sous peine de ne plus pouvoir payer les retraites à venir ? Sarkozy dispose donc de la méthode, du style, des hommes et de la situation. Raison de plus pour ne pas reculer.

Reste un cactus – et de taille. L’inquiétude grandissante des Français sur leur pouvoir d’achat. Celui qui promettait d’être « le président du pouvoir d’achat » sera, ici plus qu’ailleurs, jugé sur ses résultats. Problème, comme le reconnaît Xavier Bertrand, le ministre du Travail : « La hausse du pouvoir d’achat ne se dé­crète pas. » Et les Français s’impatientent.

1. UN PRÉSIDENT QUI NE SE RENIE PAS

C'était vendredi dernier aux ateliers du Landy, à Saint-Denis. Débarqué à l’improviste, le chef de l’État affronte les cheminots cégétistes. L’un d’eux affirme que la rue le fera « plier ». Comme les autres… « Je ne céderai pas au chantage de la rue », répond Sarkozy. « Ce que j’ai dit, je le ferai » : cet engagement, martelé durant toute la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy en a fait la colonne vertébrale de son action. Élu pour réformer, le chef de l’État réforme – quitte à met­tre de l’eau dans son vin. Sur les 490 promesses de campagne du candidat Sarkozy recensées par l’Institut Tho­mas More, un think-tank libéral, 151 ont déjà été engagées. Soit… six par semaine en moyenne ! « Pour les Français, le contrat était sur la table, constate Jérôme Fourquet, di­recteur adjoint du département opi­nion de l’Ifop. Sarkozy fait, dans ses grandes lignes, le “bou­lot” pour lequel il a été élu. » Pas de tromperie sur la marchan­dise, donc.

Tout le contraire du scénario de 1995, qui a vu Jacques Chirac assumer publiquement un virage à 180 degrés, peu après son élection. Le 26 octobre, sur France 2, celui-ci annonçait en effet une « nouvelle priorité ». Oubliée, la lutte contre la « fracture sociale », place à la « réduction des déficits » ! Celui qui assurait, durant la campagne, que « la fiche de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi » appelle désormais à « l’effort » : « Pour réduire les déficits, il faut prendre des mesures qui peuvent être en contradiction avec ce que l’on veut faire plus tard », déclare-t-il. La reprise des essais nucléaires l’avait déjà coupé d’une partie de la gauche. Les hausses de la TVA et de l’ISF (alors IGF) le “plomberont” durablement à droite. Sarkozy continue, lui, de faire le “plein” chez ceux qui l’ont élu : 93 % ne regrettent pas leur choix. Les autres lui reconnaissent de tenir ses engagements. Y compris à gauche.

2. UN CHEF OMNIPRÉSENT

« Sarkozy ? Il mouille sa chemise », répondent les Français. “Hyperprésident”, le chef de l’État continue de multiplier déplacements sur le terrain et interventions médiatiques. Sa visite aux cheminots de Seine-Saint-Denis la semaine dernière – le lendemain des conclusions du Grenelle de l’environnement ! – étant même une première pour un président de la République. Comme le débat tendu qu’il a engagé, seul au milieu des syndicalistes. Résultat : y compris par ses adversaires, le chef de l’État est jugé “courageux” et “dynamique”. « Les Français, qui n’ont pas fait le deuil du volontarisme en politique, applaudissent, pour l’heure, son activisme », relève Fourquet.

Omniprésent – et pour cause – durant la campagne présidentielle de 1995, Chirac, sitôt élu, a, quant à lui, presque aussitôt “disparu”. À peine installé à l’Élysée, après une campagne largement nourrie de “proxi­mité”, celui-ci a fait sienne la formule de Jacques Pilhan, l’ex-conseiller en communication de Mitterrand, qu’il embauchera à ses côtés : « Un président doit se faire désirer. » En clair : effectuer le moins possible d’interventions dans les médias. Laisser son premier ministre gouverner. Et « prendre de la hauteur » en multipliant les voyages à l’étranger (ce qu’il fit). Tout l’inverse de la “méthode Sarko”. Conséquence : les Français, en 1995, ont eu le sentiment d’être “lâchés” par un Chirac décrit comme « enfermé dans sa tour d’ivoire » et se désintéressant du sort de ses compatriotes. Dès le mois de juillet – avant même l’abandon du thème de la “fracture sociale” –, celui-ci tombera sous la barre des 50 % de satisfaits (44 %) et chutera encore à 39 % en août. Douze ans plus tard, à la même période, l’hyperactif Sarkozy atteignait, lui, les 69 % d’opinions favorables. Trente points de plus !

3. UN PREMIER MINISTRE QUI NE PLOMBE PAS SON CHEF

Volontairement discret sur la scène politique nationale, Jacques Chirac, en 1995, avait délégué ses pouvoirs au « meilleur d’entre nous », Alain Juppé. Un choix d’abord approuvé par les Français. Mais très vite, le “style” Juppé va déplaire. Puis heurter. « Long, sec, froid – et déplumé – comme un pin des Landes », ainsi qu’il se décrivit lui-même, Juppé ne peut que le constater : l’image qu’il renvoie aux Français est celle d’un “techno” hautain et cassant. Le renvoi, sans ménagement, des “jupettes” et d’Alain Madelin (“coupable” d’avoir réclamé l’alignement des régimes de retraite entre public et privé !) ne va faire qu’exacerber le rejet dont il est l’objet. Mais c’est sa mise en cause dans l’affaire de son appartement privé, loué à la Ville de Paris à un prix inférieur au marché, qui va le faire plonger dans les sondages (la plus grosse chute jamais enregistrée par l’Ifop pour un premier ministre. Interrogé sur TF 1 le 6 juillet, il se défend maladroitement : « Je suis droit dans mes bottes. »

De traditionnel “bouclier” du président, l’hôte de Matignon – c’est une première ! – va devenir son boulet. Et l’entraîner dans sa chute – jusqu’à la dissolution de 1997, provoquée par Chirac, pour “relégitimer” son premier ministre. Rien de tel, douze ans plus tard, avec François Fillon. En retrait (involontai­re), celui-ci ne protège certes pas “son” président. Mais au moins ne le plombe-t-il pas…

4. UNE OPPOSITION LAMINÉE

Quoi de commun entre le paysage politique de 1995 et de 2007 ? Rien, ou presque. Il y a douze ans, Lionel Jospin, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, faisait figure de leader incontesté du PS – qui a connu, depuis, deux nouvelles défaites, dont le terrible 21 avril 2002. Quelques mois après son (honorable) échec de 1995, Jospin sera même triomphalement élu, le 14 octobre, premier secrétaire du parti socialiste par… 94 % des militants. Il est alors le chef incontesté d’une opposition de gauche en ordre de bataille. Cactus supplémentaire pour Chirac : il doit aussi faire face à une opposition interne à sa majorité et à un Front national alors en plein essor. Les amis d’Édouard Balladur (18 % au premier tour de la présidentielle) n’ont pas été invités à siéger au gouvernement Juppé et multiplient critiques et “contre-propositions”. Quant à Jean-Marie Le Pen (15 % au premier tour), il est sur la pente ascendante. Pour preuve, les trois villes – Toulon, Orange et Marignane, en attendant Vitrolles – que le Front remporte, le 18 juin 1995, aux municipales.

Douze ans plus tard, le tableau est tout autre. Plus divisé que jamais, en l’absence d’un chef incontesté et “piégé” par la politique d’ouverture de Sarkozy, le PS est au fond du trou. Un quart des sympathisants socialistes se disent aujourd’hui “séduits” par le chef de l’État ! L’UMP et la majorité parlementaire sont, elles, presque entièrement “sarkoysées”. Seul ténor de droite à faire bande à part, « Dominique de Villepin, observe Jérôme Fourquet, n’est pas perçu par les Français, y compris dans son propre camp, comme une alternative crédible au président de la République ». Quant au FN, il traverse une crise de leadership, financière et d’identité. Socialistes torpillés, majorité contrôlée et FN siphonné : c’est un peu, en 2007, « Sarkozy ou rien ». Quand Chirac, douze ans plus tôt, devait affronter une triple opposition.

5. UNE OPINION QUI A ÉVOLUÉ

Lorsqu’ont éclaté les grandes grèves de novembre et décembre 1995, « l’opinion a fait preuve de compréhension et d’une grande patience vis-à-vis des grévistes, souvent même de sympathie », relevait l’État de l’opinion (Le Seuil) publié, l’année suivante, par la Sofres. À l’époque, si une petite majorité de Français (51 %) dit soutenir le gouvernement, 60 % des salariés se reconnaissent des “convergences” avec les revendications syndicales (visant au maintien des avantages acquis en matière de Sécurité sociale et de retraite). Douze ans plus tard, selon une étude du même institut pour le Figaro, 67 % des Français souhaitent que « le gouvernement ne cède pas aux revendications des syndicats » sur les mêmes régimes spéciaux. Les Français sont aussi 77 %, selon l’Ifop, à se reconnaître dans le constat suivant : « Il est urgent de réformer le système des retraites, car dans un proche avenir, il y aura de moins en moins d’actifs pour payer les pensions de retraite. » Parmi eux, 51 % des électeurs PC et d’extrême gauche et même… 70 % des sympathisants socialistes. Lesquels sont encore 73 % (contre 82 % des Français) à prôner l’alignement des régimes spéciaux sur ceux de la fonction publique – l’objet de l’actuel bras de fer gouvernement-syndicats. « Avec les années, et le creusement des déficits, les Français ont pris conscience qu’“on ne peut plus continuer comme ça” et qu’il est devenu nécessaire de consentir des sacrifices pour assurer la pérennité des retraites », estime Jérôme Fourquet.

Désormais, 63 % des Français, selon l’institut CSA, “veulent continuer à travailler après 65 ans” – con­tre 19 % en 1995. Trois fois plus ! Un atout considérable pour l’actuel chef de l’État, qui peut s’appuyer sur l’opinion pour imposer ses réformes. La France de Sarkozy n’est plus la France de Chirac. Là réside, plus encore que sur ses “performances”, l’atout numéro un du président. 

08.10.2007

L'extrême droite et les complexes de la droite républicaine, par Flamant Rose

d838464fcb811da98f110a48ced601a8.jpgLe billet que j'avais écrit à la suite de l'entretien entre Kouchner et Elkabbach avait donné lieu à une discussion passionnée et nourrie. Entretenant une tradition validée par Ségolène Royal lors des dernières présidentielles, c'est malheureusement par moments sous la forme de prises à parti personnelles - plus qu'argumentaires - que le débat a évolué. Ce qui a donné à Flamant Rose, interpellé personnellement, l'envie de saisir l'occasion pour régler le sort de quelques idées reçues sur l'expansion de l'extrême droite en France lors des dernières décennies.

Bonne lecture.

damocles

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Les socialistes et les militants socialistes ne sont pas à l’aise lorsque on leur rappelle qu’ils ont contribué à ranimer l’extrême droite en France. Cela leur arrive même d’émettre des contre-vérités dans leurs attaques. Pour exemple, l’intervention de cet internaute qui dit (je le cite) : 

« Encore une fois, votre inculture historique parle. Le FN n'est pas né d'un coup. Il est héritier d'une longue tradition d'extrême droite qui va de Barrès aux poujadistes (1956, dont Le Pen était l'un des députés) en passant par l'Action Française. Donc faire croire à une apparition subite de l'extrême droite en 1981, laissez-moi rire ».

Tout d’abord, notez l’insulte « votre inculture historique parle » : en clair, vous êtes un con et vous ne savez de quoi vous parlez. L’inculte que je suis va tout de même raconter l’histoire du poujadisme et de l’extrême droite. Quand on cite des noms comme Barrès où Poujade, il faut développer, sinon c’est à la fois trop simple et réducteur. Le  procédé de l’insulte est d’ailleurs souvent utilisé quand on manque d’arguments.

Commençons par Barrès. Il fut une figure du nationalisme français, ce qui ne signifie pas « fasciste ». Il avait simplement la particularité d’être très attaché à ses racines, à sa famille et à l’armée. Il était ce que l’on appelle un traditionaliste, rien de plus. Mais étrangement, à gauche, on assimile le traditionalisme ou le nationalisme au fascisme. En 1929 il est élu sur les listes « boulangistes », mouvement politique porté par les socialistes. A la suite de cette élection il siégera avec l’extrême gauche. Par la suite il refusera de soutenir ceux qui voulaient réhabiliter Dreyfus et écrivit des propos antisémites. Barrès n’a jamais été membre de l’action française, même s’il reconnaît avoir eu de la sympathie pour ce mouvement. Il ne faut pas confondre avec Charles Maurras dont il fut un moment proche et de qui il s’éloigna  en rendant un hommage appuyé aux juifs, aux traditionalistes, aux socialistes et aux protestants, alors que Maurras les qualifiait d’être anti-français. Léon Blum lui rendit un vibrant hommage. Barrès n’était pas de droite.

Pour ce qui concerne Poujade, c’est tout à fait différent. Pierre Poujade était un papetier conseiller municipal d’un petit village du Lot « Saint-Céré ». En juillet 1953 il prit la tête de la révolte des commerçants qui en avaient assez des contrôles fiscaux. Ce mouvement était complètement apolitique, il symbolisa les prémices de la lutte des petits commerçants contre les grandes surfaces, à l’époque on disait les succursales multiples. En novembre 1953 fut créée l’UDCA (Union de défense des commerçants et des artisans) dont Poujade prit le commandement. Au fil des mois, ce mouvement corporatiste de contribuables en colère se politisa. Il est devenu nationaliste parce qu’opposé à l’Europe. Il dénonçait le parlementarisme incapable de les défendre. Poujade s’en est pris à tout le monde, fonctionnaires, philosophes, économistes, et (je le cite dans un de ses discours) « à la bande d’apatrides et de pédérastes qui gouverne le pays ». Poujade reprit alors les propos traditionnels de l’extrême droite xénophobe et antisémite. Bien entendu Mendès-France représentait cette anti-France. Ses deux principaux collaborateurs étaient Le Pen et Demarquet.

Lors de l’élection présidentielle de 1965, et au premier tour le 5 décembre 1965, l’extrême droite fut représentée par Jean-Louis Tixier Vignancour (1907-1989), qui fit 5,2% des voix. Son directeur de campagne était Jean-Marie le Pen. Puis en 1974 c’est Le Pen  lui-même qui se présenta, son score fut de 0,75%. 

En 1969 Ordre Nouveau vit le jour. Son créateur, Jean-François Galvaire, rejoindra des années plus tard le MNR de Bruno Mégret. Ce mouvement d’extrême droite donna dès son deuxième congrès en 1972 naissance au Front National pour l’Unité Française (FNUF) en vue de préparer les élections législatives l’année suivante en 1973. L’extrême droite ne fit une nouvelle fois que 0,5% des voix.  Cette extrême droite était inexistante à tel point que personne ne fut candidat en 1974. Aux élections législatives de 1978, donc sous le septennat de VGE, son score a été de 0,8, puis 0,3 en 1981.Cette idéologie avait quasiment disparu de l’échiquier politique.

C’est sous le premier septennat de François Mitterrand que l’on entendit parler à nouveau de l’extrême droite en France. Après l’élection de François Mitterrand en 1981, la gauche subit un échec électoral sévère lors des municipales de 1983. Cette année-là les socialistes et leurs experts électoraux firent les comptes. Jamais depuis 1968 l’écart entre gauche et droite n’avait été aussi important, et ce au détriment de la gauche. Les élections législatives s’annonçaient désastreuses. Mais Le FN avait montré le bout du nez lors d’une élection municipale à Dreux.  

Mitterrand avait une botte secrète : dans ses 110 propositions, la 47ème était la proportionnelle. Les socialistes firent donc cette réforme dans les derniers mois précédant les législatives en toute moralité. Claude Estier, expert du PS, fit les comptes. Avec leur 32% de voix, au scrutin majoritaire les socialistes auraient eu entre 125 et 130 députés ; avec le scrutin proportionnel à un tour il en eurent 212. Par ailleurs cela permit au Front National d’obtenir 35 élus. De quoi former un groupe parlementaire. La droite républicaine n’eut la majorité que de 4 voix. A quelques voix près, c’est le FN et ses 35 députés qui aurait eu pouvoir de décision. Comme sous la IVème république la proportionnelle intégrale montrait ses limites. Le PS n’en eu cure, il venait de jouer un bon tour à ses opposants : les socialistes étaient hilares malgré la défaite et la droite républicaine déprimait malgré la victoire. 

Cette flèche décochée par le PS aurait pu être mortelle pour les républicains de droite, elle les a anesthésiés pendant 20 ans. La gauche faisait le jeu du FN par de subtils stratagèmes, sachant que les républicains ne feraient jamais alliance avec lui. Il n’empêche que le PS dénonçait de virtuelles alliances qui n’existaient que dans sa logique de nuisance, ce qui obligea un jour un élu RPR, à savoir Michel Noir, à dire qu’il préférait perdre une élection plutôt que de perdre son âme. La droite républicaine était pris dans le piège diabolique dressé par Mitterrand dont le passé pourtant est loin d’être exemplaire dans les relations avec l’extrême droite. On ne pouvait même plus aborder certains thèmes sans se faire traiter de « fasciste ».

Durant ces 20 ans la droite fut gênée par des triangulaires avec le FN. C’est de cette période qu’est née l’expression de « droite complexée ». L’exemple type est le résultat des élections législatives où les triangulaires ont fait perdre selon les experts entre 30 et 40 sièges à la majorité sortante, et c’est ainsi que Lionel Jospin devint premier ministre. Les dernières  élections régionales avec un FN à un niveau encore très élevé ont anéanti les républicains de droite.

C’est Nicolas Sarkozy qui, sans faire la moindre concession au FN, mais en osant parler vrai - y compris des problèmes d’immigration et de sécurité - a brisé ce tabou. D’où la nouvelle expression de « droite décomplexée ». Les socialistes, fidèles à leur méthode, ont essayé de le faire passer pour un fasciste : que n’a t-on pas lu sur divers blogs, combien de liens nous menaient sur des sites du IIIème Reich ou sur Hitler? Mais cette fois-ci, au grand désarroi du PS, Sarkozy par son parler-vrai s’est sorti du piège. 

Un nouveau danger se profile : celui de la sémantique. Un seul exemple : si vous êtes pour la préférence communautaire, « attention danger » car vous risquez de passer pour un dangereux fasciste, par contre si vous êtes protectionniste, vous devriez avoir les faveurs de vos interlocuteurs de gauche ou du centre. Question de vocabulaire. Nicolas Sarkozy devra faire attention aux mots, les fusils verbaux sont prêts à cracher leur feu d’ignominies.

Flamant Rose

06.09.2007

SARKOZY, VILLEPIN ET LA FONTAINE

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Je fus cueilli dans ma revue de presse matinale par cette dépêche AFP:

"Villepin tacle à nouveau Sarkozy

L'ancien premier ministre Dominique de Villepin a estimé ce soir sur Canal + qu'il n'était "pas sûr" que la France aille mieux si l'on se "contente" d'appliquer toutes les "promesses" de Nicolas Sarkozy. Un peu plus tard, il a déclaré: "mon horizon, ce n'est pas Nicolas Sarkozy, mon horizon, c'est la France"."

Déjà le matin même sur France Inter, il avait déclaré :

"Ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays. [...] Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers".

Dès la première lecture de ces mots, je suis confronté à 3 problèmes :

  1. J'ai déjà consacré deux billets à Villepin ces 10 derniers jours - ici et - et un troisième friserait l'abus.
  2. Je n'ai pas envie de contribuer à sa surmédiatisation actuelle, dont le seul but reste de figurer, mèche au vent et regard perdu dans l'horizon, un autre martyr incompris de la justice française.
  3. Le spectacle d'autant d'hypocrisie contenue à grand' peine dans le filet de soie maculé d'une attitude prétendue chevaleresque finit par provoquer en moi des nausées peu confortables. Je suis une petite chose fragile.

Alors, puisque à l'image de l'Olympe - dont il doit être issu, par le biais de la cuisse de son souverain - Dominique De Villepin semble figurer le mont majestueux, impassible et impénétrable, je laisserai à l'un de mes amis - un homme charmant, je vous le présenterai - le soin de commenter cette actualité affligeante. Vous verrez, il a quelque chose : je lui prédis une grande carrière, vous en entendrez parler. Je vous prie d'accueillir Jean de La Fontaine.

(clap clap clap cap clap)

 - Hum, hum (râclements de gorge),

La Montagne qui accouche

Livre V - Fable 10

Une montagne en mal d'enfant
        Jetait une clameur si haute
        Que chacun, au bruit accourant,
        Crut qu'elle accoucherait sans faute
D'une cité plus grosse que Paris.
        Elle accoucha d'une souris. 

        Quand je songe à cette fable, 
        Dont le récit est menteur 
        Et le sens est véritable, 
        Je me figure un auteur
        Qui dit :«Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au maître du tonnerre

C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
                            Du vent . 

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(Merci pour lui.)

29.08.2007

VILLEPIN, CHEF DE L'OPPOSITION

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L'actualité de Dominique de Villepin s'étant étirée ce matin jusque chez Jean-Michel Aphatie sur RTL, je prolonge brièvement mon billet d'hier, dans le but d'être plus complet. Et permettez-moi de vous livrer ce scoop : Dominique de Villepin semble décidé, au vu de ses dernières déclarations, à prendre la tête de l'opposition.

Je vous laisse découvrir vous-même l'entretien, préférant m'intéresser à ses coulisses, car comme le précise JMA sur son blog : "On sent bien qu'il ne livre pas totalement le fond de sa pensée au micro. Il l'a fait davantage lors du petit-déjeuner qui a suivi l'interview."

Et, vous vous en doutez, l'analyste de RTL ne se prive pas, pour notre plus grand bonheur, de nous restituer le fond de la pensée en question :

"A l'écouter, d'abord la politique économique choisie manque de clarté. La réforme des heures supplémentaires lui paraît marginale et il ne voit pas ce qui, dans les annonces du nouveau président de la République, peut susciter la confiance auprès des acteurs de l'économie. Il a pointé aussi, dans ce cadre privé, l'écart qui existerait, selon lui, entre une présence médiatique forte et un changement concret. "Regardez le déplacement en Corse, a-t-il notamment dit en montrant les journaux qui étaient devant lui. Il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation.".

Dans la même veine, il s'et dit inquiet des conséquences que pourrait avoir l'irrespect de la promesse faite par le candidat Sarkozy sur la diminution du nombre de fonctionnaires. De l'engagement de supprimer un poste sur deux lors des départs en retraite, le nouveau pouvoir s'est finalement contenté de n'en supprimer qu'un sur trois. "En agissant ainsi, a dit Dominique de Villepin, on perd sur les deux tableaux. On mécontente les fonctionnaires et on déçoit les électeurs. Au bout du compte, c'est le désenchantement."

Dans ce contexte, a-t-il encore analysé, il faut craindre le phénomène de cour, l'incapacité où se retrouverait le pouvoir, faute d'opposition, faute aussi d'avoir mis en place des structures indépendantes à la tête de l'UMP, à percevoir la réalité d'une opinion publique, à en saisir suffisamment tôt les frustrations et les mécontentements, à s'enfermer ainsi dans une bulle artificielle de satisfaction et de déni de la réalité."

En d'autres termes, c'est fait, c'est dit : à cause de Sarkozy, la France est en péril. La politique du gouvernement et du Président, malgré ses 71% de soutien populaire, ne peut qu'être synonyme de "désenchantement", car "il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation". Même Hollande, dont personne ne niera pourtant l'anti-sarkozysme viscéral qui l'amène parfois à défendre des thèses irrationnelles juste par réflexe d'opposition, n'avait osé aller si loin.

La porte-parole de l'UMP, Nadine Morano, ne s'y était d'ailleurs pas trompé, en répondant hier aux premières allégations :

"Nous, on a les mains dans le cambouis et dans le charbon, d'autres ont les mains dans les poches. [...] Nous avons la chance d'avoir un président actif, efficace, avec des promesses qui ont été tenues, une session parlementaire qui a été très dense, qui a donné des résultats, nous allons continuer sur cette route, sur cette méthode, jusqu'à la fin du quinquennat."

Au travers de cet épisode réapparaît dans le ciel pourtant dégagé du paysage politique français le vieux spectre d'une vieille droite, qu'incarne irrémédiablement Dominique de Villepin. Cette conception de la politique passéiste, figée, sclérosée que Nicolas Sarkozy a renvoyé dans les musées de la République voudrait couler le navire France plutôt que de sombrer seule. Ce faisant, M. De Villepin poursuit un parcours déjà ancien, auquel il faut reconnaître une unique cohérence : évincer Sarkozy, par tous les moyens. Souhaitons que ses efforts chétifs soient toujours couronnés d'autant de succès que ce qu'ils le furent jusqu'à présent.

28.08.2007

L'ENIGME VILLEPIN

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Dominique de Villepin était ce lundi 27 août au soir l'invité de Patrick Poivre d'Arvor, au 20 heures de Tf1. Il s'agissait avant tout pour lui de s'expliquer sur l'affaire Clearstream, mais aussi d'évoquer, même rapidement, son dernier livre, Le Soleil noir de la puissance, dont le sujet reste focalisé en apparence (après les Cent Jours) sur Napoléon Ier... c'est-à-dire, selon ses propres mots, sur l'itinéraire d'un homme à qui tout réussit, mais qui porte en lui déjà le germe de son déclin inexorable et soudain. Toute ressemblance, etc.

Le lendemain matin, rompant le fil de son billet sur son invité du jour, Bernard Thibault, Jean-Michel Aphatie revient sur cette intervention : "Patrick Poivre d'Arvor, qui l'interrogeait, cachait à peine les sentiments hostiles que lui inspire l'ancien premier ministre. Le livre que ce dernier consacre à Napoléon, et qui sort ces jours ci, a à peine été mentionné à l'antenne, même pas montré, contrairement aux usages. Être au pouvoir ou ne plus y être change parfois la manière dont on est traité."

Cette phrase m'a interpellé : si tenté qu'il soit avéré que PPDA avait une attitude orientée (ce que je n'ai, pour ma part, pas remarqué), et sans excuser celle-ci, est-ce vraiment l'absence de pouvoir politique de Villepin qui l'a influencée, ou bien la gravité et le caractère méprisable des actes dont il est suspecté?

Il est vrai qu'à l'issue de l'entretien, l'on aurait donné au brave Dominique  le bon Dieu sans confession la présidence sans élection. Il était touchant d'entendre l'ancien Premier Ministre mis en examen le 27 juillet par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux", s'exprimer la main sur le coeur quant à sa bonne foi :

"Dans cette affaire, on me fait un procès d'intention politique, à partir d'éléments que l'on suppose que j'ai connus, que l'on suppose que j'ai eus en main et que je n'ai pas eus en main.[...] Dans ma démarche il n'y a pas d'ambition personnelle, et je trouve quelque peu piquant qu'aujourd'hui on veuille me présenter comme quelqu'un qui a voulu éliminer un soi-disant rival, sachant justement que je n'ai jamais fait preuve d'ambition personnelle en matière politique.[...] J'ai consacré trente ans de ma vie au service de mon pays. Aujourd'hui, je vis la suspicion et ma famille, mes proches en souffrent. [...] Je n'ai rien à cacher mais je veux surtout que la justice puisse agir rapidement. […] Ce que je peux vous dire c'est que la vérité apparaîtra et que la lecture politique, l'hypothèse d'une lecture politique, apparaîtra comme fausse."

Et pourtant, à l'image de Christophe Barbier, il était malgré tout difficile en écoutant les mots du flamboyant chevelu de ne pas avoir l'impression d'être pris sévérement pour un c.., notamment quand il s'agissait de prouver à la France à quel point le serviteur de la République injustement mis en cause avait été un farouche supporter de Sarkozy, et ce dès la première heure. Afin d'en avoir le coeur net, reportons quelques semaines en arrière, à l'époque où l'Express traitait avec intelligence et précision de l'affaire Clearstream. Extrait :

"En ce début mai [2004], [Dominique de Villepin] affiche sa satisfaction. A en croire Gergorin, qui le rencontre le 19 mai, il se serait «montré jubilatoire, mais, surtout, soucieux de ne pas apparaître dans le scénario». Sous-entendu: la démarche effectuée auprès de Van Ruymbeke. Le général, qui n'a pas été informé de cette décision, est furieux. Il mesure le risque d' «embarquer» la justice dans un jeu dangereux. Désormais, puisque la machine est lancée, il faut l'exploiter. A la fois publiquement et politiquement. Dominique de Villepin suit non sans plaisir les développements de cette histoire. Se répandant en phrases assassines. «Nicolas est cuit: il a une vilaine affaire aux basques», confie-t-il, le 7 juillet 2004, au sortir du Conseil des ministres à Jean-Pierre Raffarin.

Quelque temps après, s'entretenant avec Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, qui a publié en couverture un article avalisant la thèse de Gergorin, Villepin en rajoute, dans un langage fleuri: «Sarkozy, c'est fini. Si les journaux font leur travail, et qu'ils ont des couilles, il ne survivra pas à cette affaire-là.» Soucieux d'entretenir ce feuilleton qui, pense-t-il, écartera un rival de la course à la présidentielle, Villepin, devenu entre-temps ministre de l'Intérieur, demande à la DST d'enquêter... Mais officieusement."

A la lumière de ces déclarations, il reste difficile de ne pas considérer l'affaire sous un jour politique, d'autant que Villepin, jusqu'à hier soir, et si l'on excepte son soutien du bout des lèvres à Sarkozy en toute fin de campagne présidentielle, n'a jamais fait mystère de son mépris sa distance envers celui qui fut son ministre de l'Intérieur. D'aucuns ont encore en tête la partie d'échec médiatique qui opposa, à la Baule, un Villepin dénudé et ruisselant à un Sarkozy enrhumé, gagnée sans aucune contestation possible par le premier, d'ailleurs. Qui pourrait parler après cela d'absence "d'ambition personnelle en matière politique"? D'autant qu'encore plusieurs mois après, en apparence, tout restait possible pour Villepin.

Je devine sans peine que le fait d'évoquer aussi librement une lutte fratricide (toujours taboue) au sein d'une majorité au pouvoir peut paraître maladroit, voire déplacé, et ce alors même que le Président Sarkozy a pourtant toujours parlé avec franchise de la nature des relations qu'il entretenait avec le clan Chirac, dont Villepin était l'un des piliers. Alors soyons aimables, et puisque Villepin aime les références napoléoniennes, rappelons-lui courtoisement cette citation de Bonaparte, que j'avais eu déjà l'occasion de dédicacer aux villepinistes pendant la campagne présidentielle, ébahi que j'étais devant leur volonté absolue de supprimer politiquement Sarkozy :

"Mon Dieu, protégez-moi de mes amis... Mes ennemis, je m'en charge !"

20.05.2007

"Avec Nicolas Sarkozy, une nouvelle jeunesse", par Anne-Sophie BEAUVAIS

J'ai fort envie de relier cet article, auquel j'adhère au point d'en être une preuve vivante, à un certain "Mes Fesses" de KOZ, à la fois retentissant et jubilatoire à une époque où Nicolas SARKOZY n'était pas encore au second tour, mais où la gauche ne savait déjà que salir la droite républicaine...

medium_Anne_Sophie_Beauvais.jpg «Voilà, j'ai devant moi la droite honteuse ! » Frédéric Beigbeder prononçait ces paroles en 2001, à l'Institut d'études politiques de Paris, en regardant, face à lui, 250 étudiants rassemblés dans un amphithéâtre de cette presti­gieuse école. Il venait de leur poser une question simple, à l'issue d'un concours d'éloquence qu'il avait présidé : « Qui est de droite dans cette salle ? » Personne n'avait alors pipé mot. 250 étudiants, pourtant confrontés tous les jours, à travers de leur cursus universitaire, aux grands enjeux politiques de la France et du monde, restés muets, inertes, comme paralysés par cette question. J'étais parmi eux. J'avais 22 ans. De droite, j'aurais dû lever la main et oser ainsi répondre à cette question par l'affirmative. Je ne l'ai pas fait, comme tous les autres camarades, nombreux dans cet amphithéâtre, que je savais pourtant partager mes idées.

Cette expérience, marquante pour une jeune conscience politique, m'avait permis alors de réaliser qu'un ordre moral plus ou moins implicite avait affecté d'un coefficient négatif le mot « droite ». Il fallait faire preuve de vaillance, de témérité, et non pas simplement de franchise, pour endosser, au sein même d'une école comme Sciences Po, cette identité : être un jeune de droite.

Quelle réussite pour la gauche et, surtout, quel échec pour la droite ! Tandis que la première a toujours su qu'il fallait parler à la jeunesse, électeurs en herbe et prescripteurs de vote au sein des familles, la deuxième n'a jamais cru bon de fournir le même effort et de faire assumer, par sa jeunesse, ses valeurs. Et les années Chirac sont passées par là, laissant un goût amer à la victoire de 1995.

Frédéric Beigbeder avait posé un constat implacable, mais tellement réaliste : nous étions une jeunesse de droite honteuse, condamnée au secret, à un exil intérieur, sous peine de devenir infréquentable. Car c'est bien cela qui était craint : être traité de « réac », de « facho » si l'on avouait sa sensibilité politique. On connaît les raisons historiques de l'invalidation morale du mot « droite » utilisées à satiété pour complexer une jeunesse, par définition encore peu sûre d'elle et de ses arguments : Pétain, la collaboration, les totalitarismes allemand et italien... 

La droite respectable et assumée souffrait à exister en 2001 et elle n'avait ainsi aucune jeunesse pour la revendiquer. De Sciences Po à toutes les universités de France, être un jeune de droite ressemblait à une infirmité.

Six ans plus tard, tout a changé. Devenue enseignante dans l'école qui m'a formée, je découvre en effet, dès 2006, stupéfaite, un tout autre spectacle. Me retrouvant devant plusieurs assemblées de jeunes, je reprends à mon compte la question de Beigbeder et je teste. À ma grande surprise, des jeunes, nombreux, osent : ils se revendiquent, sans complexe, de droite. Fini le mouton noir du troupeau. Dorénavant, être un jeune de droite s'assume et se débat en public.

Que s'est-il passé entre 2001 et 2007 ? Un homme a travaillé. Travaillé à la refondation idéologique de la droite, pour redorer ses valeurs, comme le mérite et le travail. Mais aussi pour faire cohabiter dans un même corpus de propositions une droite libérale et sociale. Travaillé également à la rénovation d'un parti politique pour le faire asseoir sur une base solide d'adhérents plus nombreux et plus jeunes - le nombre d'adhérents a doublé en deux ans à l'UMP -, pour y faire émerger de nouvelles figures de la droite, plus modernes. Qui connaissait en effet, il y a cinq ans, Valérie Pecresse, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Laurent Wauquiez; qui incarnent une nouvelle droite, chacun à leur façon, où la justice sociale et le respect de l'environnement ont notamment appris à cohabiter avec la reconnaissance du mérite et la liberté d'entreprendre.

Bref, un homme, Nicolas Sarkozy, a su galvaniser derrière lui un peuple de droite lassé du magistère moral de la gauche. Ce travail l'a conduit à la victoire présidentielle, le 6 mai dernier. Mais derrière cette victoire, s'en cache une autre moins décrite mais pourtant fondamentale : la droite a également regagné une jeunesse. Non pas tant du seul point de vue quantitatif, même si le vote des jeunes en faveur de Nicolas Sarkozy a été plus important que ne le prévoyaient les sondages. Il a en effet séduit, selon une étude Ipsos à la sortie des urnes, 42 % des 18-24 ans (contre 22 % initialement prévus) et 57 % des 25-34 ans. La vraie reconquête est surtout psychologique. Le complexe du jeune de droite est terminé. Et nous devons tous, pour la bonne santé de notre démocratie, nous en réjouir. Car n'oublions pas les paroles de Paul Eluard : « Jeunesse ne vient pas au monde, elle est constamment de ce monde. »

18/05/07

Par Anne-Sophie Beauvais, maître de conférences à l'IEP de Paris.

http://www.lefigaro.fr/debats/

16.05.2007

Au revoir, Monsieur le Président... par Alain JUPPE

N'ayant pas reçu de billet susceptible d'équilibrer positivement mon bilan CHIRAC, je me résous à publier celui qu'en dressait Alain JUPPE sur son blog le 16 mai. 

medium_Juppe_Chirac.jpgAu revoir, Monsieur le Président !

C'est au printemps 1976, cher Jacques Chirac, que je vous ai rencontré pour la première fois. C'était à Matignon. Vous étiez Premier Ministre et je venais d'entrer dans votre cabinet comme modeste conseiller technique. Pendant plus de trente ans, à des postes divers, j'ai travaillé à vos côtés et je voulais vous dire aujourd'hui combien cette longue collaboration m'a donné de bonheur et fierté.

En vous regardant, tout à l'heure, quitter la cour de l'Elysée et la vie politique active, je pensais en moi-même que vous pouviez, vous, être légitimement fier de ce que vous avez fait pour la France et pour les Français. Même vos adversaires s'accordent à reconnaître que vous avez porté haut et fort la voix de notre pays sur la scène internationale. Partout à travers la planète, en Europe, en Afrique, dans le monde arabo-musulman, en Orient, en Chine ou au Japon, mais aussi en Amérique, vous êtes respecté et aimé parce que vous avez su, en des moments critiques, tenir le discours de la raison, de la lucidité et du courage.

Un seul exemple: votre combat, victorieux, pour le respect de la diversité des expressions culturelles. La convention internationale signée sous l’égide de l’UNESCO doit beaucoup à votre détermination personnelle, on le sait à travers la planète.

En France aussi, sur notre sol, votre action laissera une empreinte durable. Mutation réussie de notre défense nationale, qualification française pour l’euro, sauvetage de l’assurance-maladie, réforme des retraites, plan cancer, recul de l’insécurité, notamment de l’insécurité routière… la liste est loin d’être exhaustive.

Je voudrais souligner deux aspects de votre engagement politique qui, à mes yeux, vous font particulièrement honneur : votre combat inlassable contre les extrémismes, le racisme, l’antisémitisme ; et votre croisade pour la sauvegarde de la Terre qui vous a conduit à faire inscrire dans notre constitution une charte de l’environnement qui fixe les droits et les devoirs environnementaux des citoyens. Une première dans les grandes démocraties.

Bien sûr, à côté des succès, il y a eu des échecs. Quel responsable politique peut se vanter de n’en avoir connu aucun ? Je laisse le soin à vos adversaires de les énumérer. Par les temps qui courent, ils ne manquent ni d’imagination ni de méchanceté. Cela passera.

Ce qui restera, c’est la relation personnelle, presque charnelle que vous avez su créer avec les Français. Vous leur avez dit que vous les aimiez. Ils l’ont senti. Ils vous le rendent. N’est-ce pas là l’essentiel ?

16 mai 2007

http://www.al1jup.com/

LE BILAN CHIRAC

medium_Chirac-official.3.jpgJ’ai hésité longtemps (au moins 30 secondes) avant d’écrire ce billet - je veux dire sous sa forme la plus sincère. Je ne voulais pas choquer mes amis chiraquiens. Mais à quoi sert un blog, si ce n’est à s’exprimer le plus authentiquement possible ? Je conçois tout à fait que l’on puisse penser autrement : je sais par exemple que JULIEN est un admirateur du Président sortant. S’il veut équilibrer mon point de vue, je l’invite volontiers à me donner sa version du bilan CHIRAC, que je publierai avec plaisir. Ultime précision : j’ai voté Jacques CHIRAC en 1995 et en 2002, au 2nd tour. C’est parce que j’ai cru, en son temps, en l’homme politique, que je me permets de juger le Président sortant. 

Depuis quelques mois, la presse se prend à comparer Nicolas SARKOZY à Jacques CHIRAC, et ce au nom d’une soi-disant ambition commune, d’un parcours supposé parallèle, d’une soif d’efficacité avancée comme similaire. Je ne suis pas d’accord. C’est peut être un peu tôt pour le dire, mais il m’apparaît que Nicolas SARKOZY est à Jacques CHIRAC ce que le papillon est à la chenille : l’aboutissement tant attendu d’un parcours politique jusqu’alors sempiternellement inachevé, parce qu’empesé de lourdeurs permanentes. L’un restant cependant dans la continuité logique et inéluctable de l’autre, je veux bien le reconnaître. 

Le bilan CHIRAC…  il est impossible d’en débuter l’inventaire au 8 mai 1995. Partons d’avril 1981, le moment où Jacques CHIRAC décide, par calcul politique, de ne pas accorder à Valéry GISCARD D’ESTAING, président centriste sortant et allié de la droite française, le soutien du RPR. François BAYROU, son vrai fils spirituel dans le domaine de la trahison politique, n’aurait lui-même sans doute pas fait mieux, à sa place. Le résultat ? Quatorze ans de présidence socialiste. La dissolution manquée de 1997, à l’origine entre autres des 5 ans de gouvernement JOSPIN et des 35 heures, avait un précédent redoutable et impardonnable, parce que délibéré.  

Jacques CHIRAC, c’est aussi l’homme de la première cohabitation, celle de 1986, qui y jeta toutes ses forces, dans l’espoir de préparer l’échéance présidentielle de 1988. Durant le débat d’entre deux tours, il apparut tel qu’il ne cessera jamais d’être, dorénavant : plein de bonne volonté, mais pas à la hauteur. Sincère dans l’envie de convaincre, mais dépassé par la réalité d'une part, et la verve cynique de François MITTERRAND d'autre part. 

medium_balladur2.3.jpgPuis vint le triomphe de 1995. Face à un Edouard BALLADUR donné vainqueur de nombreux mois à l’avance, Jacques CHIRAC crée la surprise, renverse les tendances, et dans un tour de force politique impressionnant, s’adjuge la victoire. Il y est. 1981 aura été fructueux, finalement. Avec sept ans de retard, certes, mais qu’importe. Les deux ans qui suivent sont ceux du gouvernement JUPPE. Premières réformes, premières manifestations… et premières reculades. La droite est pâlichonne, timorée, effacée. Parce que son chef lui montre le chemin du bout du doigt, depuis la dernière ligne, quand il devrait la précéder au front, sans broncher.

1997. Un souvenir douloureux. La dissolution. L’erreur politique serait risible si elle n’avait permis à la gauche d’embourber un peu plus le pays dans une morosité économique préjudiciable, à un moment où au contraire la nécessité absolue était à l’action, à la réforme, à l’avancée. Tragique impuissance d’un exécutif toujours pétrifié par la peur de la rue. Celui qui sait si bien s’en prendre avec véhémence au service d’ordre israélien lors d’une visite à Jérusalem ne daigne faire preuve de la même fermeté dans sa façon de mener la politique nationale. Le résultat ? Implacable. Quand la droite républicaine, seul recours contre l’irresponsabilité de la gauche, faillit à sa responsabilité, ce sont les extrêmes qui en profitent. Le 21 avril 2002 se profile. 

Entre temps, durant la décennie 90, a eu lieu un génocide politique dans la droite républicaine. Comme le rappelle Christophe BARBIER, « conquérir et conserver le pouvoir, c'est marcher sur les cadavres politiques de ses adversaires, des traîtres, de certains amis et de fidèles sacrifiés, car un destin, c'est un escalier dont les degrés sont les échecs d'autrui ». Les talents politiques les plus incontournables et les plus prometteurs tombent donc comme des mouches, tour à tour sacrifiés pour le chef, ou nettoyés pour prévenir d’éventuelles concurrences, au sens léonien du terme. Evoquons parmi ceux-là Philippe SEGUIN, François LEOTARD, Alain JUPPE, ou encore Nicolas SARKOZY. Le dernier de la liste avait été laissé pour mort au lendemain des élections européennes de 1999 : il renaquit de ses cendres quelques années plus tard. Libre. Décomplexé. Et surtout, déterminé à l’action. Bref, l’anti-CHIRAC. 

medium_ChiracRaffarin.3.jpgLe quinquennat de ce dernier débute par la mise en place d’un gouvernement de droite, quand c’est à 82% que le président sortant avait été réélu. La comparaison de cette démarche clanique avec celle d’ouverture entreprise actuellement par Nicolas SARKOZY est cruelle pour le président sortant. Ce second mandat sera pourtant marqué par plusieurs points positifs, comme la nomination d’un Jean-Pierre RAFFARIN tenace et dévoué à la France au poste de Premier Ministre, la réforme des retraites de François FILLON, puis un gouvernement VILLEPIN faisant reculer notablement le chômage, ainsi bien sûr qu’une politique internationale visionnaire et affirmée. D’aucuns prétendent que c’est cet aspect que l’Histoire conservera de la présidence CHIRAC. Si c’était le cas, ce serait paradoxalement impitoyable pour un Président élu avant tout sur un projet de réforme et de modernisation nationales. 

medium_Chirac_sarkozy_10-05-07.jpgDe CHIRAC à SARKOZY, il y a un abîme. Quand SARKOZY obtient le plus haut pourcentage de vote de la part des 25-34 ans, Jacques CHIRAC restera celui qui en 2005, à la télévision, face à un panel de jeunes français exprimant pour la première fois leurs inquiétudes et craintes face à l’Europe et la mondialisation, ne sait leur apporter d’autre réponse qu’un laconique « je ne vous comprends pas ». Antiphrase tragique du propos de son modèle, Charles DE GAULLE, qui face à la foule s’écriait en son temps : « Je vous ai compris ». La boucle est bouclée, certes. Mais à l’envers.

15.01.2007

Le Couple Chirac-Villepin à l'épreuve de l'affaire Clearstream

Je suis frappé de voir que M. Sarkozy est souvent présenté comme un individualiste forcené, prêt à tout pour servir ses ambitions, alors même qu'il a pris le soin de rassembler son camp et de faire appuyer sa candidature par les militants de son parti. Un tel souci démocratique est loin d'être commun à tous les prétendants aux plus hautes fonctions, contrairement à ce qu'affirment de nombreux anti-sarkozystes. Ceux-là, de quelque bord qu'ils soient, me font de plus en plus penser à ces avocats peu scrupuleux qui, connaissant mieux que d'autres la culpabilité de leur client, cherchent à le faire relâcher pour vice de forme, puisque les arguments de fond sont désormais imparables.

Ainsi ma confiance en Nicolas Sarkozy a pour première limite mon pessimisme concernant les français. Le fait que Nicolas Sarkozy dise la vérité sur beaucoup de dossiers ne suffira pas à convaincre ceux pour qui le compromis, le consensus facile, l'assistanat restent plus confortables que la confrontation avec la réalité. Ceux-là préfèreront priver de lumière le miroir peu reluisant que présente Nicolas Sarkozy à la société française, plutôt que d'entendre ses appels au changement et au dépassement des difficultés.

medium_assurancetourix.2.gifAfin d'éviter tout angélisme qui, en politique, est plus une faute qu'un péché mignon, voici un article publié dans Le Monde du 21/12/06. Y sont détaillés certains aspects du couple Villepin-Chirac qui, loin de porter préjudice à aucun des membres du couple, permettent au contraire d'en cerner l'humanité dans ses aspects les plus évidents, les plus intéressés aussi. Cessons de faire de Dominique De Villepin le chantre d'une France immaculée, pour sa capacité à s'exprimer en solo : ses chants ne sont pas ceux des républicains révolutionnaires prêts à tout pour sauver la France, mais bien plutôt ceux d'un barde esseulé en manque de reconnaissance au sein d'un village gaulois déserté, et pour cause... tous les villageois sont déjà au combat.

"Il sait, par le menu, tout ce qui se raconte dans les cercles du pouvoir, sur sa relation avec Dominique de Villepin. medium_chirac-villepin.jpgJacques Chirac connaît toutes les anecdotes, vraies ou fausses, qui circulent sur le thème "rien-ne-va-plus" avec son premier ministre. Ses amis proches, ou son épouse Bernadette, qui dîne en ville, l'informent de tout. Lui qui s'est vanté si souvent de ne "pas lire la presse", il a vu ces articles expliquant combien le premier ministre le manipulait au moment de la crise du CPE, en avril. "Je crois que c'est surtout Villepin qui disait partout qu'il était le "cerveau" de Chirac", observe l'un des vieux amis du chef de l'Etat. "Il faut aller au-delà des méchancetés faciles qui se disent dans Paris", recommande le secrétaire général de l'Elysée, Frédéric Salat-Baroux.

Après quarante ans de vie politique, il en faudrait davantage à Jacques Chirac pour s'émouvoir. Quand ses collaborateurs reçoivent Le Monde pour cette enquête, le président ouvre discrètement la porte et lance, jovial : "Rien d'extraordinaire ?" M. Chirac semble d'humeur allègre. Vendredi 1er décembre, alors que les juges informent Villepin qu'ils souhaitent l'entendre comme témoin dans l'affaire Clearstream, Jacques Chirac appelle Matignon. Il se dit "très heureux de cette nouvelle". On n'a jamais cru, à l'Elysée, que le premier ministre serait entendu comme témoin assisté. Le président veut croire que le pire est passé dans cette "histoire de corne-cul". Frédéric Salat-Baroux : "Pour le président, cette affaire n'avait aucune réalité, aucun fondement. On a eu un mal fou à le faire s'intéresser un minimum à cette histoire." Il n'ose pas dire "abracadabrantesque".

Les relations avec Dominique de Villepin ne sont plus un problème. A défaut d'avoir été une solution. "C'est Chirac qui dose les rapports de force. Il laisse toujours les gens tenter leur chance. Mais, depuis le CPE, c'est réglé. Villepin a joué son va-tout et il a perdu", analyse un ancien ministre, proche du président. Nicolas Sarkozy s'apprête à recevoir le soutien officiel de l'UMP, pour être son candidat à la présidentielle. "Chirac n'aura d'autre choix que de l'adouber. Tout se réglera dans le bureau du président, d'homme à homme. Ils savent désormais qu'il n'y a plus d'autre scénario", confie un ministre de poids. Peut-être. 

Jacques Chirac sait aussi à quel point son premier ministre s'est isolé. Des deux "visiteurs du dimanche" de l'Elysée, Pierre Mazeaud et Jean-Louis Debré, qui ont aidé et cornaqué le nouveau premier ministre, seul le président de medium_Juppe.jpgl'Assemblée nationale le soutient encore. Le "fils préféré" du président, Alain Juppé, s'est fâché avec Villepin, qui a évincé tous ses fidèles. "Pourquoi ne t'appuies-tu pas sur les miens, qui sont aussi les tiens ?", a demandé Juppé, incrédule. Une poignée de députés lui reste, la majorité mise sur Sarkozy. Et la droite n'attend qu'une chose : la bénédiction du chef à son champion, le plus vite possible. "C'est son intérêt personnel et l'intérêt du pays qu'il soutienne massivement Nicolas. Il sait très bien que je le lui dirais s'il m'appelait : c'est pour cela qu'il ne le fait pas", glisse Antoine Rufenacht, son directeur de campagne en 2002. 

Le président avait hésité avant de nommer à Matignon un homme dont il connaît tous les ressorts et dont il a fait la carrière de bout en bout. Secrétaire général de l'Elysée, ministre des affaires étrangères, ministre de l'intérieur et enfin premier ministre : Villepin lui doit tout, sans jamais être passé par la case élections. C'est le non massif au référendum sur la Constitution européenne, le 29 mai 2005, qui l'a propulsé à Matignon. 

S'il dispose d'alliés à l'Elysée, Villepin a surtout le meilleur lobbyiste qui soit : lui-même. Il campera dans le bureau du président autant de fois que nécessaire. "Chirac n'avait pas confiance à 100 %. C'est pour ça qu'il a hésité", note un chiraquien de toujours. Pour : de la fidélité, du panache, le sens de l'Etat, une convergence de vues sur le plan international. Contre : la propension à s'emballer, le refus d'être élu, la rancune tenace de la majorité depuis la dissolution. Au final, "le président le choisit pour des raisons froides et rationnelles. Un premier ministre, ce n'est jamais par défaut et jamais sans une part de risque", nuance Frédéric Salat-Baroux. "Chirac n'a pas choisi Sarkozy, parce qu'il n'en voulait pas pour des raisons de fond. Il n'était pas dans une logique mitterrandienne consistant à placer Sarkozy à Matignon pour l'affaiblir", ajoute le directeur du cabinet du premier ministre, Bruno Le Maire. 

Villepin réussit, à Matignon, au Parlement, dans l'opinion. Mais ces bonnes nouvelles s'accompagnent bientôt de motifs d'inquiétude. Ah cet "éloge funèbre" qu'il prononce à La Baule, après l'accident cérébral du président, le 2 septembre 2005 ! Et cette gourmandise à pré