01.12.2007

La philosophie du général de Gaulle ou l’abolition du clivage droite/gauche, par Flamant Rose

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Les lecteurs du blog de damocles savent que j’ai une vision gaullienne de la vie politique, c’est à dire que je considère les valeurs dites de droite ou dites de gauche comme obsolètes. Roland Nungesser a au milieu des années 80 (85 je crois) défini les valeurs du gaullisme où les notions de droite et de gauche n’ont pas leur place.

"Il n’y a qu’une querelle qui vaille, celle de l’homme."

Charles de Gaulle 

C’est à partir de cette phrase que se définit le gaullisme. Sans doute a-t-on souvent dit que le général de Gaulle était avant tout un homme d’action, un pragmatique. Il est vrai que de Gaulle restait au contact des réalités, qu’il savait adapter sa politique aux circonstances, tenir compte de l’évaluation de la conjoncture.

Il n’en reste pas moins que ce réalisme n’excluait pas le respect - intransigeant - d’un certain nombre de principes fondamentaux. Personne ne peut nier que la politique gaulliste a toujours été déterminée par un certain nombre de lignes de force.

La cohésion du gaulliste et son unité se trouvent autour de principes fondamentaux. A partir de ces principes il peut y avoir des diversités au niveau de leur application, au niveau de l’action, avoir des démarches d’esprit différentes, certains peuvent souhaiter aller plus vite, d’autres moins vite, certains plus loin, d’autres moins loin.

Les priorités peuvent être différentes mais tous restent d’accord sur l’ensemble.

De même les principes fondamentaux du gaullisme sont inspirés par une certaine philosophie de l’homme et de la société. Toute l’œuvre de De Gaulle a tenu à mettre en application la pensée humaniste dans le monde moderne, à faire en sorte que celui-ci puisse résister à la puissante pression du matérialisme, que l’homme ne soit pas dominé par la machine, que l’individu ne se sente pas écrasé par les masses humaines au sein desquelles il est condamné à vivre. Aussi a-t-il parfaitement compris que le sens profond des événements qui, à l’instigation des jeunes, secouèrent la France en mai 1968 et atteignirent aussi bien les pays de l’Ouest que ceux de l’Est. De Gaulle eut conscience qu’il s’agissait d’une véritable crise de civilisation.

Il n’y avait ni droite ni gauche dans l’esprit des jeunes dont j’étais. 

En condamnant la « société de consommation » les jeunes voulaient surtout en dénoncer les lacunes, l’influence du matérialisme laissant de moins en moins de place à cette part d’idéal que les adolescents recherchent dans toute entreprise humaine. Il convient donc que subsiste la référence aux valeurs morales et spirituelles qui assurent la dignité de l’homme. Le gaullisme se veut humaniste car toute sa philosophie repose sur la volonté de rétablir l’homme dans sa plénitude, de se donner pour objectif essentiel sa « désaliénation » dans la société moderne.

Ces valeurs ne sont ni de droite ni de gauche. 

L’évolution sociologique, régie par les phénomènes d’industrialisation et d’urbanisation, conduit l’homme à se sentir de plus en plus oppressé, isolé, perdu au sein des immenses groupements humains que constituent les agglomérations modernes. Son désarroi s’exprime à travers les drames individuels ou collectif depuis la multiplication des névroses jusqu’au développement de la délinquance ou de l’usage de la drogue. La dégradation des mœurs tient aussi à certains courants d’esprit qui, par réaction contre les lacunes de la société moderne, tendent à prôner la libération totale de l’individu, par la négation de toute morale. Aussi  nombreux sont ceux parmi les jeunes que l’absence à toute référence à une échelle de valeurs désempare. Pourquoi est-on qualifié de réactionnaire si on se réfère à des valeurs ?

Est ce être de droite que de réclamer que l’on fasse référence à des valeurs ?

Est ce être de gauche que de réclamer que l’on fasse référence à ces mêmes valeurs comme l’a fait Ségolène Royal ? 

Lors des événement de 1968 de Gaulle a déclaré : "Comment trouver un équilibre humain pour la civilisation moderne, pour la société mécanique moderne ? Voilà la grande question !" Rien ne sauvera l’ordre du monde si ce qui est imposé aux sociétés par le progrès ne parvient pas à construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun y soient exaltées et garanties. Ainsi le gaullisme c’est le combat pour l’homme. 

Ce combat n’est ni de droite ni de gauche. 

Au moment où les échecs des régimes socialistes s’avèrent évidents tant sur le plan économique que sur celui de la démocratie, au moment où le régime capitaliste aboutit aux abus d’un matérialisme humiliant pour l’homme, il est temps qu’une voie nouvelle soit tracée, qui permette à l’homme de bénéficier des avantages de l’expansion économique sans rien aliéner des ressources spirituelles et morales qui font sa spécificité face au reste de l’univers vivant. 

Cette voie inspirée par le général de Gaulle ne doit être ni de droite ni de gauche. 

Le général de Gaulle laissait de côté cette querelle du socialisme et du capitalisme, renvoyant dos à dos les régimes qu’ils ont inspiré. Il se plaçait sur un autre plan lorsqu’il écrivait : « sans doute, le malaise des âmes, qui résulte d’une civilisation dominée par la matière, ne saurait-il être guéri par quelque régime que ce soit. Tout au moins, pourrait-il être un jour adouci par un changement de condition morale, qui fasse de l’homme un responsable au lieu d’être un instrument ». 

Il n’était ni de droite ni de gauche mais au dessus des partis. 

64db85a87a61cccc6470ef1638537010.jpgSi le rappel des principes fondamentaux du gaullisme peut permettre de souligner la cohésion de ceux qui ont soutenu et de ceux qui soutiennent aujourd’hui l’action du général de Gaulle et qui ont la volonté de voir poursuivre son œuvre, si cette déclaration peut contribuer à soutenir l’enthousiasme de ceux qui sont engagés dans la lutte politique pour que le gaullisme maintienne ses possibilités d’agir, si les mouvement gaullistes y puisent les moyens de démontrer que leurs motivations dépassent la conjoncture électorale pour se situer au niveau de la philosophie politique et de la doctrine, s’ils peuvent ainsi faire la preuve aux françaises et aux français que le soutien qu’ils leur apporteront ainsi qu’au Président de la République, est de nature à permettre la construction d’une France plus juste et plus humaine, pouvant servir de modèle à d’autres nations, alors ceux qui ont voulu réaffirmer solennellement les principes du gaullisme auront le sentiment d’avoir apporté, pour leur part, une contribution, sans doute modeste, mais non négligeable, à l’œuvre qui doit se poursuivre. 

La France se doit de n’être ni de droite ni de gauche mais au service des français.

Flamant Rose

13.11.2007

Nicolas Sarkozy, De Gaulle, et les Etats-Unis, par Flamant Rose

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Lors de sa visite de quarante huit heures, le président de la République Française a été reçu aux Etats Unis avec tous les honneurs dus à son rang. Ce séjour ne s'annonçait pas évident après la prise de position française incarnée par Jacques Chirac sur la guerre en Irak. Chirac a eu raison de ne pas s’aligner sur la position américaine, nous sommes presque tous d’accord à ce sujet. Nicolas Sarkozy a su éviter le piège qu’aurait été un alignement sur la position de Georges Bush : beaucoup attendaient un éventuel faux pas qui n’est pas venu. Il a au contraire recherché, et je crois atteint, un certain équilibre diplomatique avec les Etats Unis de Georges Bush, qui lui souhaiterait en obtenir toujours plus de ses alliés européens. 

Le discours de Nicolas Sarkozy par de nombreux côtés a été une nouvelle fois un discours que le général de Gaulle n’aurait à mon sens pas renié. Il a fait vibrer les américains en évoquant le thème de l’amitié qui unit nos deux pays, tout en faisant ressortir les divergences sur des situations données, mais qui ne sont pas pour autant à même d'hypothéquer nos bonnes relations.

Evidemment en France l’antiaméricanisme est encore de mise dans certains milieux. On entretient volontairement la confusion entre l’Amérique de Georges Bush et l’amitié franco-américaine. C’est ce comportement de certains de nos compatriotes et de responsables politiques (qui n’ont de responsable que le nom) qui fait que pour le président la voie est étroite.

J’ai entendu ces derniers jours l’expression « le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe ». On voudrait nous faire croire que si le général a retiré la France de l’OTAN c’est par antiaméricanisme. Ce n’est absolument pas le cas et l’attitude de Sarkozy est dans la droite ligne de celle du général.

Le général de Gaulle a cotoyé plusieurs présidents des Etats Unis. Les relations qu’il a pu avoir avec chacun d’entre eux ont été différentes. Avec Franklin Roosevelt ce fut souvent de l’incompréhension. Avec le général Eisenhower, il était au contraire toujours sur la même longueur d’onde. Les deux hommes s’entendaient très bien. Avec Harry Truman il y eut de profondes divergences. De Gaulle lui reprochait de méconnaître l’Europe. Avec Kennedy, ce fut un climat de confiance totale. Avec Lyndon Johnson, qui succéda à JFK après son assassinat, les relations entre nos deux pays se sont détériorées. De Gaulle ne l’aimait pas. Entre eux ce fut l’incompréhension permanente, des relations froides et tendues. Leurs rapports furent réduits au strict minimum. Réélu en 1964, il dirigea les Etats Unis jusqu‘en 1969, c’est dire que De Gaulle et lui furent simultanément chefs d’états jusqu’en 1969.

Avec Kennedy les rapports étaient tellement confiants que lorsque débuta la crise avec Cuba, JFK voulut convaincre les alliés  de sa position en montrant des photos aériennes qui démontraient la présence des missiles russes. Contrairement à son homologue anglais, De Gaulle fit confiance à la parole de JFK et lui apporta son soutien tout en refusant de voir les photos.

Avec  Johnson au contraire on vécut une situation comparable avec celle de l’Irak. Il fut le principal artisan de la guerre au Viêt Nam comme quarante ans plus tard Georges Bush sera celui de la guerre en Irak. Le 1er septembre 1966 au complexe national de Phnom-Penh, De Gaulle fit son fameux discours appelé depuis « discours de Phnom-Penh ». Au cours de cette allocution, le général fit part de sa vive désapprobation de la guerre au Viêt Nam tout en renouvelant son amitié au peuple des Etats Unis. Il condamna les Etats Unis de Johson par (entre autre) cette phrase tirée de son discours (je cite) : 

« Oui, la position de la France est prise. Elle l’est par la condamnation qu’elle porte sur les actuels événements. Elle l’est par sa résolution de n’être  pas, où que ce soit et quoiqu’il arrive, automatiquement impliquée dans l’extension éventuelle du drame et de garder en tous cas les mains libres ».

Puis après quelques minutes le général dit lors de ce même discours (je cite encore) :

« Elle le dit à cause de l’amitié exceptionnelle et deux fois séculaire que, d’autre part, elle porte à l’Amérique, de l’idée que, jusqu’à présent elle s’en était faite, comme celle ci se la faisait d’elle même, savoir celle d’un pays champion de la conception suivant laquelle il faut laisser les peuples disposer à leur façon de leur propre destin. »

Dans ce fameux discours de Phnom Penh apparaît très clairement à la fois la désapprobation de la France à une politique voulue par un homme (Johnson) et l’amitié que la France porte au peuple dirigé par cet homme (les Etats Unis). Sarkozy a exactement la même position. Une fois de plus Nicolas Sarkozy à une position gaullienne.

L’année prochaine Georges Bush quittera ses fonctions. Un(e) autre président(e) lui succédera, l’amitié franco-américaine perdurera. J’ai passé la plupart de mon enfance et mon adolescence à Saint Raphaël. Avec mes copains nous allions souvent nous baigner sur la plage de galets du Dramont, cette plage où le 15 août 1944 eut lieu le débarquement de la 36ème division du Texas. Un peu plus loin se trouve le cimetière américain. Là y reposent à jamais des jeunes qui ne demandaient rien à personne et qui font qu'aujourd’hui je suis quelqu’un de libre. Après 5 ans de camp, mon père a eu la chance d’avoir survécu. Il a été délivré par des américains qui ne le connaissaient pas.

Beaucoup d’entre eux sont morts. Reconnaissance éternelle.

Flamant Rose

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Sur le même sujet, mais avec des points de vue divergents :

29.10.2007

C'était De Gaulle, par Flamant Rose

Le 9 novembre 1970, une voix s’est éteinte.

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Une voix s’est levée dans un désert immense,

Appelant à l’espoir, à la foi, à l’honneur,

Insufflant au pays et son âme et son cœur,

Ce fut le dix-huit juin, ce fut la résistance.

 

Une voix s’est levée, ruminant la confiance,

Apaisant le courroux, les affres de la peur,

Et conjurant la chute au gouffre du malheur,

Le soleil des nations revit briller la France.

 

La voix s’est éloignée, mais son écho sonore,

Sur le monde étonné, retentissait encore,

Dans un soudain silence empreint de nostalgie,

La grande voix s’est tue au bout de son effort,

Mais son âme survit : De Gaulle n’est pas mort,

Et son cœur bat toujours au cœur de la patrie.

Flamant Rose

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1. De Gaulle : L’Essor

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Charles de Gaulle est né le 22 novembre 1890 au 9 rue Princesse à Lille dans la maison de ses grands parents. Ses parents Henri de Gaulle et Jeanne Maillot étaient cousins issus germains. A cette époque, il était d’usage de baptiser les enfants le jour même de leur naissance. Il en fut ainsi pour Charles alors âgé de 12 heures à l’église Saint André. Mais c’est à Paris qu’il grandit et fit ses études, à l’école Saint Thomas-d’Aquin, jusqu’à 10 ans, puis dès la sixième chez les Jésuites. Sa pensée était-elle déjà prémonitoire lorsque en 1908, lors d’une retraite à Mouvaux, il prononça ces mots :

« On reproche aux élèves des jésuites de manquer de personnalité : nous saurons prouver qu’il n’en est rien. L’avenir sera grand car il sera pétri de nos œuvres ». 

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Sa vocation militaire l’amènera à faire Saint-Cyr. Reçu au concours, il sera obligé par la loi du 21 mars 1905 de servir pendant un an dans un corps de troupe. Il choisira le 33ème régiment d’infanterie basé à Arras. Il sortira de l’école 13ème sur 121. Au mois d’août 1914, l’Allemagne déclare la guerre. Le 33e RI est mobilisé sur la frontière Belge où il est chargé de défendre la Meuse. Le 15 août au matin, face aux allemands le 33e RI ne tient pas. Une pluie de balles et d’obus s’abattent sur la ville et sa population. Les renforts arrivent vers 11 h et la ville est reprise à 18 h. Au cours de la journée, il y aura 1000 morts, dont 12 officiers. Le lieutenant Charles de Gaulle figure parmi les blessés et il sera hospitalisé à Charleroi. Soigné et guéri, le lieutenant de Gaulle sera en décembre 1914 sur le front de Champagne. Il y sera fait capitaine. C’est le 2 mars 1916 à Douaumont que de Gaulle est fait prisonnier. Il sera interné dans plusieurs camps d’officiers jusqu’à la fin de la guerre.

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Charles de Gaulle se marie le 7 avril 1921 avec Yvonne Vendroux, née le 22 mai 1900 et issue d’une vieille famille bourgeoise de Calais. Ils iront en voyage de noces sur le Lac Majeur en Italie.

Au cours des années 1930, Charles de Gaulle est un officier contestataire, mais il n’est pas isolé. Chaque semaine plusieurs hommes, dont de Gaulle, se réunissent autour du lieutenant colonel Mayer. Parmi ceux-ci, l’un d’eux aura une influence énorme sur la vie du futur général : il s’agit de l’ariégeois Etienne Repessé. Les années 30 sont d’une importance capitale quant à la formation de la pensée politique gaullienne. On  estime que de Gaulle a pu élaborer une ébauche de doctrine politique qui va dans le même sens que celle des personnalistes, notamment dans la volonté de dépasser la droite et la gauche et d’intégrer dans la démocratie même la critique de la démocratie, celle de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. En cela, il a su dépasser un patriotisme traditionnel et a permis plus tard, sous la Vème République, d’opérer l’entrée de la France dans le monde moderne.

Le 21 mars 1940 Paul Reynaud succède à Daladier. Il nomme de Gaulle général à titre temporaire et fait appel à lui comme sous-secrétaire d’état à la guerre. Il ne le sera que 15 jours, car les allemands occupent Paris et le 14 juin de Gaulle est envoyé à Londres. De Gaulle a t-il douté de la volonté de Paul Reynaud de rester dans le camp des partisans ?

Reynaud est mis en minorité par son gouvernement et par un état major qui flanchent. Il fait alors appel à Pétain, cette initiative va se révéler désastreuse. Le maréchal vieillissant se prononce pour le dépôt des armes. Reynaud l’ignorait, de Gaulle lui le savait. Minoritaire Reynaud démissionne, Pétain prend sa place et demande aussitôt l’armistice : nous sommes le 16 juin 1940. Jamais de Gaulle ne pardonnera à Reynaud d’avoir baissé les bras face au défaitisme. 2 jours plus tard, le 18 juin, ce sera le fameux appel.

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Toutefois l’entrée du général de Gaulle dans le gouvernement de Paul Reynaud le 5 juin 1940 aura été un événement important car sa fonction ministérielle donnera plus de poids à sa présence à Londres et à ses appels à la résistance. En 1958 lorsque le général sera de retour aux affaires, Paul Reynaud le soutiendra et de Gaulle le nommera président du conseil consultatif. Il sera ainsi avec Michel Debré l’un des pères de la constitution de la Vème République. Plusieurs sujets d’opposition vont s’accumuler entre les 2 hommes. La brouille est consommée en 1962. Lorsqu’il mourra en 1966 De Gaulle n’assistera pas à ses obsèques. 

2. De Gaulle : Le libérateur

De 1940 à 1944 et après l’appel de de Gaulle, un homme fut la voix de la France : C’était Maurice Schumann. C’est lui qui à la radio de Londres parla au nom de la France libre. Plus tard il confiera que bien que porte parole de de Gaulle, il n’a jamais reçu de directives concernant les messages à faire passer. Jamais il n’a trahi la pensée gaulienne et le général dira de lui : "il fut l'un des premiers, l'un des meilleurs, l'un des plus efficaces". Bien que Churchill ait signé un accord le 7 août la situation se compliqua car pour  les anglais la priorité étaient leurs relations avec les Etats Unis. Or comme les EU avaient un ambassadeur à Vichy, les anglais refusaient de reconnaître en de Gaulle l’expression de la souveraineté française. La situation s’est encore plus compliquée après le débarquement en Afrique du nord pour finalement s’arranger grâce à un homme mené par le général et qui s’installa à la préfecture. Cet homme peu connu s’appelait François Coulet. 

C’est le 25 juillet 1940 que en provenance d’Espagne arriva à Londres un certain « capitaine Leclerc ». Entre De Gaulle et lui il y aura des désaccords, mais Leclerc restera toujours fidèle à De Gaulle. Lorsque les 2 hommes se rencontrent pour la première fois Leclerc a 37 ans, mais ce nom de Leclerc est un pseudonyme utilisé pour la clandestinité : en fait l’homme s’appelle Philippe de Hauteclocque. Après l’enfer du Nord Leclerc est arrêté par les allemands ; il réussira à leur faire croire qu’il est père de 6 enfants et réformé militaire. Les allemands le laisseront repartir et Leclerc retourne au combat. Il sera blessé à la tête par les éclats d’une bombe. Après avoir passé quelques jours avec son épouse réfugiée à Libourne en Gironde il retrouvera De Gaulle. Il se rendra ensuite au Nigéria préparer le ralliement du Cameroun à la France Libre. Il est nommé colonel. De Gaulle en fera un compagnon de la Libération. L’Indochine séparera les 2 hommes sur le plan de la stratégie - mais c’est une autre histoire.

Le 28 novembre 1947 au matin, Leclerc doit quitter Oran pour Colomb-Béchar. Il fait mauvais, le vent est violent, il n’y a pas de visibilité mais le voyage n’est pas reporté. L’avion va s’écraser et on retrouvera un morceau de la canne de Leclerc, son insigne, sa chevalière et son stylo. En 1952 il sera fait Maréchal de France à titre posthume. A sa mort il avait 45 ans. Quel aurait été son destin ? Aurait-il rivalisé avec de Gaulle ?

L’un des très proches collaborateurs de de Gaulle à Londres est André Dewavrin plus connu sous le nom du Colonel Passy. Il est resté au côté du général de 1940 à 1944 .Ce fut l’homme des renseignements. Il est partie prenante de toutes les opérations parties de Londres ainsi que des décisions qui y sont prises. Plus tard il participera à la fondation du RPF et au comité de soutien pour le retour du général en 1958.

L’un des cas les plus épineux qu’eut à traiter le général de Gaulle fut le cas Thorez. Ce n’est pas n’importe qui, le sapeur Thorez, il est le secrétaire général du parti communiste français. Il est mobilisé le 3 septembre 1939. Au lendemain du pacte germano-soviétique le PC lui donne l’ordre de déserter. Il quitte alors son unité et avec l’aide de 2 militantes ; il gagne la Belgique puis l’URSS via la Suède. Il est condamné à 6 ans d’emprisonnement par le tribunal d’Amiens. A l’automne 1944, le PC demande son retour. Staline lui même intervient auprès de de Gaulle en disant « A votre place je ne le ferai pas fusiller, c’est un bon français » ce à quoi le général répond: "Le gouvernement français traite les français en fonction de ce qu’il attend d’eux". A son retour Thorez reprendra sa place à la tête du parti et de Gaulle lui accorde la grâce amnistiante le 6 novembre 1944. Le PC se montre conciliant en approuvant la dissolution des milices patriotiques et la bataille pour la production en particulier dans les Houillères. A cet égard le discours de Waziers le 21 juillet 1945 est resté célèbre. Dans ses Mémoires, De Gaulle dit avoir eu alors ces paroles : "je considère que le retour de Maurice Thorez à la tête du parti communiste peut comporter, actuellement, plus d’avantages que d’inconvénients". Quand au colonel Passy il dit : "j’aime mieux voir à la tête du parti communiste, un homme qui gardera toujours, accroché aux fesses, la casquette de déserteur, plutôt qu’un authentique résistant comme Tillon par exemple". Pour autant, cette mansuétude envers Thorez fut très critiqué dans certain milieux y compris parmi les gaullistes.

C’est le jeudi 11 octobre 1945 que de Gaulle au cours d’une allocution à Bruxelles jettera pour la première fois l’idée d’une union européenne. A partir de là les historiens divergent. Certains d’entre eux considèrent que la traversée du désert dans la vie du général couvre la période de janvier 1946 (démission du chef du gouvernement) à juin 1958 (retour au pouvoir). Pour d’autres elle ne commence qu’en 1954 à la mise en sommeil du RPF.

3. De Gaulle : le chef d’état

Je livre ici l’analyse que faisait  Pierre Lefranc le 16 octobre dans Nord Eclair. Bien que de nombreux livres aient été écrits sur le général De Gaulle et que je possède les ouvrages écrits par lui même, le journal Nord Eclair a fait il y a un peu plus de 20 ans et en 3 volumes  une remarquable reconstitution de la vie du Général. Je possède ces documents exceptionnels et rares. 

La situation de la France

Au printemps de 1958 la IVe république se trouve en grande difficulté. L’instabilité des gouvernements a ruiné la confiance, la situation financière est critique et la crise algérienne apparaît sans issue. Une manifestation au cours de laquelle le gouvernement général d’Algérie se trouve investi va porter le coup de grâce à un régime qui a perdu son autorité. L’opinion se tourne vers le seul recours possible, le général de Gaulle, enfermé dans sa retraite de Colombey et dont la dernière intervention remonte à prés de trois années (conférence de presse du 30 juin 1955, suivi du 13 septembre d’une mise en sommeil du RPF).

Mais les partis n’ignorent pas que le grand dessein du général demeure la réforme des institutions par la mise en place de structures de nature à assurer leur stabilité et la séparation des pouvoirs, deux éventualités qui ramèneraient à un rôle secondaire leurs instances, lesquelles s’étaient pendant une décennie, approprié le privilège de faire et défaire les gouvernements de la France. Les partis vont donc s’efforcer de barrer la route à celui vers lequel les regards sont tournés : il faudra la noble intervention du président de la république, René Coty, pour que se mette en marche la procédure constitutionnelle d’appel au général.

Combien grand est le risque que celui-ci accepte. L’autorité du premier résistant de France est intacte et il va jeter son immense crédit dans une entreprise qui paraît sur les plans politiques et économiques des plus difficiles. 

Le drame algérien

Les données du drame algérien qui obscurcit tout l’horizon sont complexes : engagement de l’armée, angoisse des français d’Algérie, divisions et méfiance des dirigeants de la rébellion, émotivité de l’opinion métropolitaine. Dès le début, De Gaulle est convaincu de l’impossibilité de l’intégration comme citoyen français de neuf millions de musulmans. Interrogé dans sa dernière conférence de presse de 1955 sur le destin des pays d’Afrique du nord dont l’Algérie, il avait répondu qu’il ne voyait pas d’autre solution que la substitution de l’association à la domination. Il va donc manœuvrer pour faire évoluer les esprits dans le sens de l’autodétermination, long travail de persuasion qui se heurtera à toutes les incompréhensions et à tous les sectarismes.

Les choix du général et son bilan

Ayant choisi et fait respecter l’évolution conforme à la vocation de la France, championne du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, libéré de ce poids, de Gaulle s’emploiera à restaurer la position de son pays dans le monde en manifestant son indépendance vis à vis des grands blocs. Durant cette période de renouveau, l’activité industrielle se développera, provoquant une hausse spectaculaire du niveau de vie, et les bases d’une participation des salariés aux fruits des entreprises seront jetées. De nombreuses réformes verront le jour dans des domaines aussi divers que l’enseignement, la justice, la recherche scientifique, la régionalisation, et la grande tâche de la décolonisation sera menée à bien dans l’amitié et l’harmonie.

La France sera dotée de l’arme nucléaire, garantie de sa sauvegarde. De même interviendra, décidé par référendum, la profonde novation que constitue l’élection du président de la république au suffrage universel.

Le malaise qui secoue la jeunesse de la plupart des grands pays libres n’épargne pas la France et après la montée d’une fièvre révolutionnaire, De Gaulle rétablira l’autorité de l’état. 

Le général se retire définitivement

Souhaitant ajouter une pierre supplémentaire à l’édifice, cherchant également une nouvelle manifestation pour poursuivre son œuvre, il engage une fois de plus son crédit dans un référendum. Cette fois, la majorité lui manque et alors que rien ne l’y oblige il donne sa démission et regagne sa retraite.

C’est le terme d’une période durant laquelle la France est apparue stable, forte et rayonnante, compréhensive et généreuse, partenaire pour les grands, soutien pour les petits.

De Gaulle reprend sa plume de mémorialiste et frappe du sceau de l’espoir le récit de ses derniers combats. Hélas la vie lui sera brutalement retirée avant qu’il parvienne à délivrer l’ensemble de son message. 

4. Que reste t-il du gaullisme ?

Le général a écrit : « Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard, une nouvelle source d’ardeurs nouvelles dès que j’aurai disparu ». Que peut-on penser aujourd’hui ?

C’est un fait que l’homme et ses choix sont toujours présents dans notre vie publique. Souvent encore son nom paraît dans les journaux. La constitution qu’il a proposé aux français démontre sa solidité, la volonté d’indépendance qu’il a affirmé, son souci de coopération, l’intérêt porté aux pays en vois de développement inspirent toujours notre politique étrangère.

Dans le domaine de la défense, notre stratégie nationale repose toujours sur le principe de la dissuasion, enfin, dans le secteur social, quels que soient les gouvernements, ceux-ci s’efforcent de mettre en œuvre des méthodes d’information, de concertation et de participation qui se substituent aux slogans stériles de la lutte des classes. Ainsi la marque laissée par Charles de Gaulle dans l’histoire se révèle-t-elle chaque jour plus profonde.

Dans son troisième tome, Nord Eclair fait état de ce que rapporte André Malraux dans son ouvrage Les chênes qu’on abat, une boutade qui en dit long peut être sur l’image que de Gaulle avait de lui même :

« Au fond vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands. On ne s’en aperçoit pas à cause de ma taille. »

5. De Gaulle le rassembleur et sa dernière victoire

René Rémond commentant un sondage disait que les différences entre générations, les écarts entre familles politiques, pour être significatifs, ne sont pas considérables. Ses admirateurs sont beaucoup plus nombreux que la famille politique qui se réclame de son nom et revendique son héritage. Si bien que de Gaulle appartient à la France entière et fait partie du patrimoine commun, c’est un bien de famille de tous les français.

Jean Mauriac écrivait en 1980 que de Gaulle était plus présent que jamais dans la vie politique du pays. Les hommes politiques, aujourd’hui, font sans cesse référence à lui. Beaucoup se situent par rapport à lui et à ses grandes options nationales. Sa politique qui, de son vivant, aura soulevé tant d’incompréhension de la part de certains, tant d’hostilité de la part d’autres, a de moins en moins d’adversaires. Il est parvenu à réunir, à rassembler sur son nom, donc sur une certaine idée de la France, ces français qu’il n’avait pas pu réunir de son vivant. C’est sa dernière victoire.

Lors de l’inauguration du musée de la rue Princesse le 20 novembre 1983, Pierre Mauroy alors premier ministre eut ces paroles :

"Charles de Gaulle appartient à l’ensemble des français, même s’il est vrai qu’il eut à chaque étape des compagnons et des adversaires. Chacun de nous porte en lui aujourd’hui une part de son message. Qu’aurait pu espérer de plus Charles de Gaulle que d’être ainsi, au-delà de sa vie d’homme, un élément de cohésion et de rassemblement des français."

Flamant Rose

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 L'acte de naissance de Charles de Gaulle

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Charles De Gaulle et ses frères et soeurs en 1900 (Charles est le 2ème en partant de la droite).

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16.09.2007

De Gaulle et la relance de l'économie française, par Flamant Rose

Je m'interrogeais récemment à la suite de JMA sur la situation déficitaire des comptes publics ; cela m'a amené dans les commentaires à un parallèle interrogateur avec la situation d'après-guerre, concernant laquelle j'ai lancé un SOS à Flamant Rose, dont la culture historique (entre autres) n'a d'égale que sa pédagogie en la matière. Sa réponse a fusé... et je la trouve trop intéressante pour ne pas lui consacrer un billet à part entière. Merci à lui.

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Après la guerre c’est le plan Marshall qui vola au secours de l’Europe. Ce sont les 16 pays qui bénéficièrent de cette aide qui créèrent l’OCDE.

Georges Marshall a du rassurer ceux qui virent dans son programme d’aide à l’Europe une arme anti-communiste. Staline, qui voulait jalousement garder son indépendance, refusa l’aide américaine en juillet 1947 ; de plus il obligea la Pologne et la Tchécoslovaquie à s’aligner sur la position de Moscou. En cette année 1947 l’aide américaine distribuée aux 16 pays fut de 5 milliards de dollars. La France obtint 20% de cette somme, qui finança par ailleurs le plan Monnet. Les 16 créèrent l’OCDE, qui vit le jour le 16 avril 1948. Sa mission fut de préparer la libéralisation des échanges. Ce fut le tout début de la construction européenne. En France le PCF et la CGT alignés sur Moscou ont été les plus farouches opposants au plan Marshall.

En 1950 le plan Schuman avait pour but de créer un pool européen du charbon et de l’acier. Les allemands furent enthousiastes car cela permettrait de favoriser la réconciliation franco-allemande, et cela favoriserait l’avènement de l’union européenne. La CECA (communauté économique du charbon et de l’acier) vit le jour le 18 avril 1951.

Le 26 mai 1952 fut lancé ce célèbre emprunt connut sous le nom d’emprunt Pinay et qui était indexé sur l’or.

Le 1 juin 1958 l’assemblée nationale investit le général De Gaulle et lui accorde les pleins pouvoirs par 339 voix contre 224.

Lorsque le général De Gaulle est revenu aux affaires en 1958, la situation de la France n’était pas très reluisante. Dans tous les domaines le pays était au bord du désastre. Il fallait faire une autre politique et s’entourer d’hommes capables de mener cette politique. Dés son arrivée au pouvoir le général s’est fait dresser un tableau de la situation par Antoine Pinay. La situation que présente Pinay est celle ci :

  • Le budget de 1958 présente un découvert de 1200 milliards de francs.
  • La dette extérieure est de 3 milliards. La moitié du remboursement est exigible dans l’année.
  • Pour ce qui est de notre balance commerciale, les rentrées atteignent à peine 75% des sorties .
  • Les réserves en or ne représentent quasiment plus rien tant elles sont faibles.
  • Il n’y a plus de possibilité d’emprunt.

Par ailleurs l’activité économique, qui avait été vive de suite après guerre, est en très net ralentissement. Les gouvernements de la IVème république avaient pris des engagements dans le but de procéder à une libéralisation des échanges afin de placer le pays dans les mêmes conditions que les autres sur le plan européen et mondial. Ces engagements ne peuvent pas être tenus.

Voilà la situation que Antoine Pinay transmet au général De Gaulle.

J’avais fait chez Damocles un billet sur les similitudes entre Sarkozy et De Gaulle. En voilà une autre : De Gaulle pense que son retour au pouvoir va provoquer un retournement psychologique. Pinay le pense également.

Le 13 juin dans une allocution radio télévisée le général s’adresse aux français suivi de Pinay qui décrit la situation dramatique du pays. La France lance un emprunt qui se révèle un succès au delà de toute espérance à savoir que 324 milliards dont 293 d’argent frais sont récoltés, C’est un triomphe. De plus 150 tonnes d’or sont revenus à la banque de France. C’est l’effet De Gaulle.

Néanmoins le général ne s’emballe pas car la situation trouvée est telle que seule une politique de rigueur peut remettre le pays sur pied. C’est ainsi que :

  • les majorations salariales des traitements et des salaires sont reportées 
  • Idem pour l’augmentation des produits agricoles
  • Une taxe est créée sur les sociétés et les biens de luxe
  • Les dépenses prévues sont revues à la baisse.

Le 1er août De Gaulle s’adresse de nouveau au pays et explique sa politique. Il veut stabiliser l’inflation, assainir la situation financière et monétaire, assurer la base sur laquelle le pays pourra construire son aisance et sa puissance. Ensuite il demande à chaque français de participer à l’effort national et énumère les mesures de rigueur.

Pour ce faire dés sa prise de fonction De Gaulle décida que le gouvernement prendrait en toutes matières par ordonnance ayant force de loi les mesures qu’il jugerait nécessaire à la vie de la nation. Une commission composée de 9 personnes est chargée d’établir un rapport sur les problèmes financiers du pays. Elle est présidée par Jacques Rueff (1896–1978) polytechnicien et économiste opposé au keynésianisme. Le rapport de la commission sera remis au général moins de 3 mois après . Ce rapport préconise 3 axes que je ne vais pas développer mais qui sont :

  • l’arrêt de l’inflation
  • Que la parité de notre monnaie soit rétablie sur une base stable et que cette parité soit fixée de manière à ce que les prix des produits français soient compétitifs.
  • La libéralisation des échanges.

Malgré l’opposition des socialistes emmenés par Guy Mollet, De Gaulle ne lâche rien et l’ensemble des propositions de la commission est entériné par ordonnance prise en conseil interministériel. C’est au cours de ce même conseil et par une autre ordonnance que sera créé le « nouveau franc ». De Gaulle s’adressera de nouveau au pays pour expliquer. Et, que ce soit les partis, les journaux, l’opinion en général, personne ne conteste que le plan annoncé par De Gaulle est cohérent et important. Au delà de nos frontières l’élan est le même, ce qui va favoriser dans le bon sens les mouvements de capitaux. Plus tard en France et une fois l’onde de choc passée les critiques vont revenir. La rigueur n’est plus acceptée, tout le monde fait du corporatisme.

Six mois aprés la mise en œuvre du plan, le succès de la politique du général s’affirme. La reprise est nette, le chômage diminue et l’inflation qu’on voyait autour de 7 à 8 % est de 3% à peine. Les exportations reprennent, les réserves de change se gonflent, la dette diminue. Ces bons résultats sont reflétés par la bourse de Paris qui voit les transactions des valeurs françaises doublées ; la France étonne le monde entier par ses résultats.

La fin de 1959 et les années 1960, 61 et 62 sont pour la France le triomphe de l’expansion. La majoration du niveau de vie des français est de 4% pour chacune de ces années et le chômage est ramené à moins de 0,5% de la population active.

En 1962, le général s’adressa au pays et en appela à la nation pour constater ses propres progrès : "Personne, dira t-il, à moins d’être aveugle, ne peut méconnaître le puissant développement de la France. Jamais en France il n’a été produit, construit, instruit autant. Jamais le niveau de vie moyen des français n’a atteint celui d’aujourd’hui. Jamais on a compté moins de chômeurs. La France n’emprunte plus, elle prête."

En économie le gaullisme nous indiquait la route : affirmer une volonté politique, celle d’une France qui veut rester forte ; renforcer la cohésion nationale sans laquelle il n’est pas de victoire possible ; donner les impulsions nécessaires à l’orientation de notre économie dans la voix du progrès. Le général De Gaulle avait trop le souci des réalités pour ne pas tenir compte de l’évolution du monde. Il avait trop le souci de la France pour ne pas tenir compte de ses intérêts. Souhaitons que ces soucis restent présents à l’esprit de ceux qui nous gouvernent.

Jean François Biard, secrétaire général adjoint de "carrefour du gaullisme", a écrit : "Le vrai disciple n’est pas celui qui reprend les « recettes » du maître. C’est celui qui comprend sa pensée, s’en est suffisamment imprégné pour interpréter à son tour les réalités de son monde et l’orienter dans la voie du salut."

Flamant Rose

10.07.2007

De Gaulle et Sarkozy, par Flamant Rose

Voici une autre participation de Flamant Rose, pour laquelle je le remercie. D'autant que le parallèle De Gaulle / Sarkozy m'a aussi, dès son élection, paru s'imposer. Mais il s'agissait alors d'un constat purement formel, ou presque, quand Flamant Rose donne à son analyse une autre profondeur. 

1e4dddff9885ec16a7e0cc956cba01ef.jpgQuand ils parlent de Nicolas Sarkozy ses opposants, ont des hésitations sur les thèmes à aborder. Pour ce faire ils le "divisent", et c’est ainsi que l’on voit apparaître du Sarkozy tour à tour gaullien, libéral, protectionniste (d’autres utilisent l’expression de "keynesien") en imaginant que cela donne du crédit à ce qu’ils écrivent. On pourrait effectivement développer ces différentes façons d’aborder le président. Si certains l‘écrivent, ils ne le démontrent pas, et pourtant on peut effectivement faire des rapprochements entre De Gaulle et Sarkozy.

En 1979 à l’initiative de Roland Nungesser a été créé le carrefour du gaullisme, rassemblement en dehors de toutes considérations partisanes d'hommes et de femmes d’origines souvent différentes, mais inspirés par une « certaine idée de la France ». Roland Nungesser explique cette idée qui veut que le Président soit : 

  • au dessus de l’agitation, donc au niveau de la réflexion, 
  • au dessus de la tactique, donc au niveau de la stratégie, 
  • au dessus des partis donc au niveau de l’intérêt général.

C’était la philosophie de De Gaulle, c’est ce que veut mettre en pratique Sarkozy. Le président doit avoir un grand dessein, disait Nungesser. Au rythme où va le monde, il convient d’adapter, d’actualiser, d’extrapoler. C’est ce que faisait De Gaulle, c’est ce que veut faire Sarkozy. 

Le style. Le général s’imposait un style de pensée et d’action. Il s’obligeait à une hauteur de vue qui conduisait à inscrire l’action dans une tactique, elle même fondée sur une stratégie globale à long terme. Le général était pragmatique, n’est ce pas ainsi que Sarkozy se définit lui même ? Roland Nungesser rappelle que De Gaulle était un révolutionnaire car il remettait en cause les structures et les errements de notre société. N’est ce pas la position de Sarkozy ?

3b1bdf566ce05664306fd7d02dee5341.jpgMême dans l’adversité Nicolas Sarkozy rappelle le Général. On se souvient en effet des attaques proférées par les adversaires du Général : on dénonçait son pouvoir personnel, ses intentions dictatoriales. C’est cette même attitude qu’ont aujourd’hui les adversaires de Sarkozy. 

Et pourtant ceux-là même qui se situent dans l’opposition ont su, lorsque parvenus au pouvoir, épouser les institutions dont ils ont reconnu les mérites. Ce que disait Nungesser il y a 25 ans est encore d’actualité. Ce qui m’amène à penser qu’il  n’est pas forcément nécessaire de changer nos institutions, il faut les respecter et revoir nos pratiques : l’immixtion de plus en plus sensible du parti majoritaire dans les rouages de l’Etat qui contrarie les appels au rassemblement des français lancé par le Président de la République, le détournement des procédures parlementaires pour faire adopter un amendement partisan, la méconnaissance du véritable rôle des institutions, les querelles de partis ont entraîné une dénaturation du régime. Il faut réformer et surtout respecter les institutions. Point n'est besoin d’une VIéme République. C’est ce que je crois souhaite le président Sarkozy en mettant en place une commission de réflexion sur ce sujet. 

Sarkozy (je le cite) « veut entretenir un dialogue continu avec les Français, leur expliquer ce qu’il fait, leur rendre compte des décisions qu’il prend, leur parler chaque fois qu’il a quelque chose d'important à leur dire. » Il supprime la parole obligée. Comme le Général il n’entre pas dans un moule, ce qu’on fait ses prédécesseurs ne doit pas devenir une institution. Donc effectivement bien des similitudes avec le Général. 

Après, pour le reste je trouve que les opposants n’ont pas l’air d’avoir compris que la campagne électorale était terminée. On peut lire ça et là des discussions qui se veulent très techniques, trop peut être, rien n’est étayé par des exemples, ce sont des affirmations gratuites et l’on se donne l’impression d’être un fin connaisseur de la vie politique et de l’économie, on se fait plaisir, il est toujours de bon ton de se réclamer de la gauche sociale et fraternelle et contre la droite anti-sociale qui ne favorise que les riches. Sur certains blogs c’est à qui donnera le plus dans l’anti-Sarkozy, on en arrive à faire de la surenchère  Et si cela ne suffit pas on y ajoute un brin de psychanalyse, on se prend alors pour Freud, les profs eux mêmes en oublient qu’ils sont chargés de transmettre le savoir et non de ramollir les cerveaux par du bourrage de crâne. Bref, point commun de toutes ces analyses, le TSS qui continue. Les français n’ont pas été dupes et apparemment ne le sont toujours pas. Auprès de nos concitoyens les succès du président ont plus d’impact que les vociférations de ses opposants.  

FR

Liens :

http://gaullisme.free.fr/mvtcarrefour.htm 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Nungesser

12.05.2007

DE GAULLE ET SARKOZY : LA FILIATION INEDITE

medium_Nicolas_sarkozy.4.jpgNicolas SARKOZY a commencé son (pré) mandat présidentiel en défrayant la chronique : on l’attendait dans un monastère breton, dans un chalet des Alpilles, ou dans une villa en Corse, et il apparaît sur un yacht de milliardaire à Malte. Cela frise (en France) le masochisme médiatique. D’ailleurs immédiatement les critiques fusent : contradiction avec ses postures de campagne, message méprisant envers les plus modestes de nos concitoyens, arrogance d’une droite décomplexée, etc. La gauche, relayée par la majorité des journalistes, s’indigne à l’envie et s’étrangle d’émotion. Ainsi soit-il. Cinq jours après la naissance de la polémique, essayons d’en saisir la possible raison d’être. 

Après une campagne durant laquelle Nicolas SARKOZY a enchaîné les coups de poker gagnants (« J’ai changé », Jaurès, identité nationale, etc.) il paraîtrait étonnant qu'il ait si naïvement méconnu les conséquences d’une telle escapade. C’est en lisant chez Koz le commentaire d’un internaute qui terminait sa diatribe en invoquant la mémoire gaullienne pour fustiger l’attitude de SARKOZY (« imagine-t-on DE GAULLE ayant ce comportement ? ») que m’est soudainement revenu en mémoire un passage lui aussi volontairement polémique de l’histoire gaullienne, qui s’il n’a rien à voir quant aux enjeux politiques, n’en reste pas moins révélateur d’une certaine stratégie commune dans la façon de « faire bouger les lignes » (expression à la mode…) en matière d’opinion publique. Certains ne me pardonneront pas de comparer deux faits si dissemblables dans leur nature et dans leur message. Je vais tenter de gagner leur clémence par mon explication. 

medium_de_gaulle_quebec.jpgEn juillet 1967, Charles DE GAULLE est en visite au Canada. Le 24 juillet, sur le balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, il improvise un discours face à une foule compacte, qui l’attend depuis plusieurs heures. Au terme d’une intervention durant laquelle il rappelle les liens qui unissent la France au Québec, et qu’il ponctue de mots comme « affranchissement », « marche en avant », « progrès », « Canada français », il lâche le fameux « Vive le Québec libre ! ». Il laisse le Canada sous le choc. Ottawa renonce même à recevoir le Général, et le fait savoir par un communiqué de presse : « Certaines déclarations faites par le président ont tendance à encourager la faible minorité de notre population qui cherche à détruire le Canada et, comme telles, elles sont inacceptables pour le peuple canadien et son gouvernement. » La tension est installée. 

Bernard DORIN, alors conseiller technique aux Affaires Diplomatiques, raconte l’explication qu’a donnée DE GAULLE à son geste : 

« Au cours de la dernière conversation que j'eus avec lui, le Général me dit que, sur le balcon de Montréal, il avait vu une balance : "Dans l'un des plateaux, il y avait les Anglo-saxons : de toute façon ils ne m'aiment pas ! Dans le même plateau, il y avait les journalistes : ce qu'ils pourront écrire n'a pas d'importance, ce n'est pas de l'Histoire… " Puis, me regardant dans les yeux, il a ajouté : "dans le plateau, il y avait aussi les diplomates" et il fit alors un grand geste comme pour les écarter."Dans l'autre plateau, il y avait le destin d'un peuple… Je leur ai fait gagner dix ans ! ". » 

« Je leur ai fait gagner dix ans »… Lors de ce voyage au Québec, Charles DE GAULLE a utilisé une arme inédite, la provocation raisonnable, l’audace. Au lieu de faire exactement ce que l’on attendait de lui, au lieu de ne marcher que sur les galets balisés de la rivière politique, il s’est offert un bain au large. Ce faisant, il a forcé le monde entier à considérer que la pensée qu’il exprimait, que l’opinion qu’il portait, était compatible avec ses fonctions de chef d’Etat. Il savait quelles en seraient les conséquences politiques et médiatiques, ainsi qu’il l’a confié à Bernard DORIN : mais face au temps ainsi gagné, face aux conséquences alors envisagées quant à l’avenir du Québec, il a décidé d’abattre ces cartes transgressives, et non celles, plus traditionnelles mais plus hasardeuses, de la diplomatie séculaire. 

« Je leur ai fait gagner dix ans »… Y a-t-il quelque chose que l’on reconnaisse aussi unanimement à Nicolas SARKOZY, gauche et droite confondues, que la soif d’efficacité, sinon une certaine impatience ? Or quel meilleur raccourci pour imposer un message aux médias que celui d’une polémique médiatique, remettant en cause l’un des tabous les plus ancrés dans la société française, celui de la richesse ostensible, fût-elle honnête, voire généreuse ? 

medium_sarkozy_malte_1.jpgNicolas SARKOZY a répété durant toute sa campagne qu’il voulait remettre le travail au cœur de la société française, comme une valeur incontournable et non une option. Il a dit et redit qu’il voulait permettre à chacun de vivre mieux grâce à ses efforts, et ainsi remettre l’ascenseur social en marche. Puis au premier jour de son élection il part en (mini) croisière sur un yacht. Une partie de l’opinion bien pensante (la gauche et les journalistes) s’enflamme. Les propres soutiens de Nicolas SARKOZY s’interrogent sur la pertinence d’un tel message. Lui daigne finalement s’expliquer au cours d’une séance de jogging, sous le jour d’un homme apaisé, mais actif. En vacances, mais sportif. Ferme, mais pédagogue. Puis il lâche son message, celui qui finalement a vocation à passer au travers de cette polémique, de manière consciente ou inconsciente : 

« Je souhaite pour l'économie française beaucoup de Vincent BOLLORE, de Martin BOUYGUES, de François PINAULT, c'est-à-dire des hommes qui sont capables d'investir pour créer des emplois. Vous savez, ce n'est pas une honte d'avoir travaillé dur, d'avoir créé un grand groupe, de donner de l'emploi. » 

On peut penser que SARKOZY prenait des risques. Cela est-il certain ? Il vient d’être élu, largement qui plus est. Il bénéficie donc d’un état de grâce amplifié. Il sort d’une campagne où il a déjà été très attaqué : d’autres attaques seraient irrémédiablement perçues comme de simples gouttes d’eau supplémentaires dans un océan déjà insondable. Il n’est même pas encore investi, ce qui l’affranchit de toute responsabilité officielle. Enfin, les législatives ne sont que dans un mois : au train où va la vie politique ces dernières semaines, chaque polémique est très vite remplacée par une autre plus aiguisée encore.  

Aujourd’hui l’on peut avancer que Nicolas SARKOZY a réussi, cette fois aussi, son coup de poker. Entre 58% et 65% des français (selon les instituts de sondages) déclarent n’être pas choqués par ses vacances, c’est-à-dire beaucoup plus que le pourcentage qui a voté pour lui. Il a donné de la France une image autre que celle d’un pays morose éternellement en proie à ses vieux démons marxistes, que ce soit sous l’angle de l’exorcisme ou de la messe noire. Il a délivré aux français, mais aussi au monde, un message fort sur l’emploi, le travail et leur légitimité incontestable au sein du pays. Enfin, il a désamorcé les bombes posées par ses adversaires à propos de ses relations avec les industriels et patrons français, en les faisant exploser au moment où il le décidait. Hier, après qu’il ait proposé à Hubert VEDRINE le Quai d’Orsay, la gauche hébétée et pétrifiée a même oublié le nom du yacht. Carton plein. 

medium_sarkozy_tombe_de_gaulle.jpgEn France, certains automatismes ont la vie dure. SARKOZY, comme DE GAULLE avant lui, le sait parfaitement. Chacun d’entre eux savait et sait aussi que certaines réformes ne peuvent être entreprises politiquement, parce qu’elles touchent à la manière de penser du peuple, à son inconscient collectif, aux valeurs culturelles assimilées depuis parfois des générations. SARKOZY comme DE GAULLE montre dès son élection qu’il saura utiliser la surprise et la transgression raisonnée pour déranger les conservatismes intellectuels et culturels. D’autres filiations ont déjà été mises en avant entre ces deux hommes. Celle-ci me paraît inédite.

09.01.2007

DE GAULLE ET LES FRANÇAIS : L'AMOUR VACHE

medium_De_Gaulle.JPGJ'ai eu récemment l'occasion de me demander si le Général De Gaulle avait vraiment traité les français de "veaux". Après une courte recherche, je suis tombé (1) sur cette réponse de l'Amiral Philippe De Gaulle, à qui l'on posait la question suivante:

" - "Les Français sont des veaux." Il a réellement employé cette expression ?

- Il l'a souvent employée quand il les voyait ne pas réagir ou se considérer comme battus avant même d'avoir engagé le fer. Au début de juin 1940, par exemple, à Londres, à l'hôtel Connaught, à voix basse pour ne pas être entendu des convives qui dînent à la table voisine. Il vient de stigmatiser l'armistice au micro de la BBC. Je le vois alors serrer son couteau nerveusement avant de le reposer avec délicatesse. Puis il me souffle: «Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n'ont que ce qu'ils méritent. »

Quand j'apprenais l'histoire de France au collège Stanislas et que je m'étonnais de telle ou telle défaite militaire que nous avions essuyée, il me disait: «Les Français sont comme ça depuis les Gaulois. Hannibal qui recrutait des légions pour battre Rome écrivait à son frère Hasdrubal, qui levait des mercenaires en Espagne et dans les pays voisins: "Ne prends pas trop de Gaulois. Ce sont des ivrognes. Ils sont courageux dans l'action, téméraires au combat, mais vite découragés et jamais contents." César disait à peu près la même chose." Il ajoutait: "Ils sont palabreurs et n'arrivent à s'unir que face au danger."

"Tu vois, concluait-il, deux cents ans avant Jésus-Christ, on définissait assez bien les Français d'aujourd'hui. » De même répétait-il souvent: « La France vacharde. » Cela voulait dire qu'elle tombe dans la veulerie et qu'elle cherche à donner le coup de corne ou le coup de pied de l'animal rétif à ceux qui veulent la faire avancer. Une autre expression lui était familière: « Les Français s'avachardisent. » Termes militaires pour signifier qu'ils s'avachissent en grognant. Dans une lettre au père Bruckberger, le 27 mai 1953, il écrivait avec néanmoins un certain optimisme: "La mollesse française est d'une extrême épaisseur. Mais même en France, elle n'a pas l'Avenir, qui est aux forts." (2)

Cette description m'a étonné par son actualité, et même peut être son caractère si immédiatement prophétique, en ces temps électoraux. Encore faut-il ajouter que pour la restituer avec justesse, il est nécessaire de prendre en compte la relation presque filiale qu'entretenait le général avec le peuple de France. D'où l'Oedipe de 1968. Mais c'est une autre histoire...

 1 - http://www.denistouret.net/textes/Gaulle.html 

2 - Philippe De Gaulle, De Gaulle, mon père, tome 2, La politique et les politiciens