25.11.2007
Cavada: « J’ai épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou »
Je fais partie de ceux qui ont mieux compris le monde dans lequel ils grandissaient grâce à "la Marche du Siècle" : j'ai donc toujours eu un préjugé positif envers Jean-Marie Cavada, qu'a sensiblement refroidi pour autant son engagement auprès d'un François Bayrou dont on ne rappellera jamais assez la démagogie fascisante lors de la dernière campagne présidentielle.
Reconnaissons à Cavada d'être resté fidèle jusqu'au bout : quand Hervé Morin, Maurice Leroy, et d'autres du premier cercle désertaient le Tractophile de service, lui demeurait. J'ai dans le souvenir une émission de rentrée, un "Mots Croisés" je crois, durant lequel il partageait le plateau avec Vincent Peillon, Laurent Wauquiez, et Alain Finkielkraut (entre autres). Je m'étais surpris maintes fois à applaudir à la clarté des propos, mais aussi de l'engagement, de Jean-Marie Cavada... et donc, par voie de fait, à regretter qu'il ne mette pas sa compétence au service de la majorité.
Grâce apparemment aux obstinations de François Bayrou, mon voeu secret d'alors semble exaucé : c'est sous les couleurs de l'UMP que Jean-Marie Cavada va se présenter aux prochaines échéances municipales. Ce faisant il confirme, au passage, l'impossibilité fatale à laquelle sont confontés tous ceux qui tentent une collaboration efficace avec François Bayrou. Oui, ainsi qu'il le sous-entendait souvent lors de sa campagne présidentielle, sourire en coin à l'appui, François Bayrou est définitivement un anti-Sarkozy : quand ce dernier rassemble et fédère, l'autre répulse ; quand Sarkozy attire les compétences et les propositions de collaboration, Bayrou les effraye, ou les disperse.
Jean-Marie Cavada s'explique quant à sa décision dans l'interview ci-dessous, lu sur lefigaro.fr.
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LE FIGARO. – L’UMP vous propose de conduire la liste de la majorité dans le XIIe arrondissement de Paris depuis juillet. Avez-vous pris votre décision définitive ?
Jean-Marie CAVADA. – Oui. J’ai accepté la proposition de l’UMP. En juillet, j’étais chargé d’organiser le forum des démocrates du MoDem, dont l’ambition me convenait. Je suis un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon. Pour moi, la France dans l’Europe est la seule réponse possible à la mondialisation, à condition de ne pas se crisper sur le passé. Il est clair que les pays qui s’adaptent résistent mieux à la mondialisation. Ceux qui se crispent souffrent beaucoup plus. Il faut rassembler les énergies nationales autour de réformes justes et aider à les négocier équitablement. François Bayrou l’a dit durant la campagne présidentielle, mais c’est Nicolas Sarkozy qui fait bouger la France. Il est allé chercher les meilleurs pour réussir les réformes que nous aurions dû faire il y a trente ans. Toutes les lignes politiques et syndicales bougent, jusqu’à la CGT. Et pendant qu’il agit, certains attendent son échec, tout en spéculant sur l’affaiblissement de la gauche pour la croquer. Moi, je ne veux pas bâtir une carrière politique sur les ruines de mon pays.
Le reproche vise-t-il François Bayrou ?
François Bayrou a un programme romantique, mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. S’il avait voulu que ses idées prévalent, iI aurait pu négocier une alliance de gouvernement sur la base d’un programme minimal : relance de l’Europe, revalorisation des bas salaires, priorité à l’éducation, la culture et la recherche, et introduction de la proportionnelle pour garantir un soutien plus large aux réformes. Il s’y est refusé.
Allez-vous rejoindre le Nouveau Centre ?
Non. J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines, et par fidélité aux militants. Lors de la création du MoDem, je pensais que les zones de faiblesse de cette formation pouvaient être corrigées collectivement, pas en catimini. Mais aujourd’hui, j’ai épuisé tous les recours de la loyauté. Je refuse que les militants de l’UDF-MoDem soient sacrifiés aux négociations municipales ou à l’échéance présidentielle de 2012. Le prochain du MoDem doit selon moi répondre à deux exigences : faire en sorte que l’arrivée des nouveaux adhérents ouvre enfin des débats collectifs et ne jette pas par-dessus bord les Européens que sont les UDF, et instaure enfin la démocratie interne.
Vous considérez-vous toujours comme un membre du MoDem ?
Oui. Je vais conduire une liste de candidats de rassemblement soutenue par l’UMP, mais aussi par des personnalités venues d’ailleurs. À ceux qui menacent de m’exclure, je rappelle que les adhérents et les sympathisants du MoDem parisien, notamment, demandent des primaires. Pourquoi des accords de premier tour avec la droite ou la gauche seraient-ils possibles à Bordeaux, à Saint-Brieuc, à Dijon ou à Pau, où François Bayrou lui-même est tête de liste, et pas à Paris ? Au temps de sa splendeur paisible, Bayrou disait que les municipales ne peuvent pas être assimilées à un scrutin national, ce qui permettait en effet de faire alliance avec les meilleurs. Je suis toujours sur cette position, à une condition : qu’on fasse tomber les masques. Les électeurs du MoDem doivent savoir pour qui ils voteront en réalité au deuxième tour si les candidats qui sont en tête de listes arrivent en troisième position. Seront-ils appelés à voter pour Bertrand Delanoë et l’union PS-Verts, ou pour les membres de la majorité et les quelques éléments de la gauche qui se rassemblent autour de Françoise de Panafieu ? J’appelle les militants du MoDem à réclamer cette clarification dès avant le premier tour. S’ils ne l’obtiennent pas, cela voudra dire que les candidats de leur parti se vendront au plus offrant. Ce sera de la politicaillerie.
Le MoDem affirme que c’est Nicolas Sarkozy qui vous a convaincu d’accepter la proposition de l’UMP, en vous promettant en contrepartie une place au gouvernement. Est-ce le cas ?
J’ai effectivement vu Nicolas Sarkozy le 9 novembre, mais il ne m’a pas promis de ministère ! Pour tout vous dire, il m’avait fait une proposition gouvernementale entre les deux tours de la présidentielle, et je l’avais déclinée. Je l’ai d’ailleurs dit à François Bayrou. Lors de mon dernier entretien avec le président de la République, nous avons parlé d’Europe. Je lui ai demandé que l’immigration fasse partie des priorités de la présidence française de l’Union, et il m’a répondu oui. Nous avons aussi évoqué les municipales. Il ne m’a pas fait de demande pressante, mais il m’a expliqué que le XIIe était un arrondissement stratégique. Je lui ai dit que j’y réfléchirai. Aujourd’hui, ma décision est prise.
Allez-vous prendre Christine Lagarde comme deuxième de liste ?
Je la connais très peu, mais j’apprécie qu’elle accepte de renoncer au Havre, où son avenir était quasiment assuré, pour venir mener un combat difficile à Paris. C’est un honneur de l’avoir à mes côtés.
22:35 Publié dans Centre, Droite, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean marie cavada, françois bayrou, ump, municipales
07.09.2007
Un bayrouisme sans François Bayrou, par Patrick Jarreau
Lu sur lemonde.fr
François Bayrou annonçait que, élu président de la République, il formerait un gouvernement avec "des gens compétents qui viendront des deux camps". Celui qu'a constitué Nicolas Sarkozy ressemble à cette définition. Du moins réunit-il des personnalités de droite et de gauche. Dire que les ministres sont "venus" des deux bords politiques ne serait pas exact pour ceux qui appartiennent à la droite et qui n'ont pas eu à bouger : ils sont restés chez eux. Les autres les ont rejoints.
Des centristes ont abandonné le candidat de leur famille avant même le premier tour de l'élection présidentielle ou se sont séparés de lui entre les deux tours. Le ministre de la défense, Hervé Morin, a rallié M. Sarkozy après avoir été l'un des plus fermes partisans de M. Bayrou. En fait, il est revenu là où les centristes ont toujours été.
Seuls sont vraiment "venus" ceux qui ont franchi la frontière entre les deux camps. Sont-ils encore à gauche, voire de gauche ? Ils ne sont plus membres du Parti socialiste, en tout cas, puisqu'ils l'ont quitté ou en ont été exclus. Les socialistes n'ont pas de mots assez durs pour eux ou pour les plus en vue d'entre eux. Il n'est pas question, pour le PS, de s'estimer si peu que ce soit représenté au gouvernement, ni même de se montrer bienveillant envers ses anciens amis.
Il est vrai que Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, avait pris depuis longtemps ses distances avec un PS dans lequel il ne s'est jamais vraiment reconnu et qui l'a toujours regardé avec méfiance. Pionnier du combat humanitaire, il était déjà ministre d'ouverture quand il était entré pour la première fois dans un gouvernement, celui de Michel Rocard, en 1988. Il n'a rejoint le PS que dix ans plus tard, y occupant une place à part. Pendant la campagne présidentielle, il se sentait plus proche de Ségolène Royal que du PS. Comme Jean-Marie Bockel, jadis chevénementiste, converti au blairisme et revendiquant haut et fort son social-libéralisme. Le PS a dissous sa section de Mulhouse et va en créer une nouvelle, qui présentera une liste, aux élections municipales, contre le maire, devenu secrétaire d'Etat à la coopération et qui a passé un accord avec l'UMP.
Ce sont au contraire leurs incompatibilités d'humeur avec la candidate qui ont éloigné Eric Besson et Jean-Pierre Jouyet du Parti socialiste, dont le premier était l'un des secrétaires nationaux et dont le second fut longtemps proche. Quant à Martin Hirsch et Fadela Amara, autres ministres ou quasi-ministres venus de la gauche, ils sont entrés au gouvernement pour faire avancer les causes auxquelles ils se sont identifiés : la lutte contre la pauvreté pour l'un, l'intégration des immigrés, de leurs enfants et petits-enfants pour l'autre.
L'ouverture à la mode Sarkozy réalise-t-elle le projet d'union de M. Bayrou ? Donne-t-elle raison, au moins sur ce point, au candidat centriste ? Oui dans la mesure où celui-ci ne proposait pas un gouvernement de coalition à l'allemande - impossible en France, à supposer qu'il soit souhaitable -, mais bien la réunion de compétences venues des deux bords. Cette mobilisation des compétences déborde du cadre du gouvernement, quand des personnalités comme Hubert Védrine, Jacques Attali ou Michel Rocard acceptent de participer à l'exploration des politiques à mener dans leurs domaines d'expertise ou de réflexion.
En revanche, le rêve qu'agitait le troisième homme, celui d'une troisième voie qui dépasserait le clivage gauche-droite et permettrait de faire des réformes approuvées des deux côtés, reste... un rêve. Nicolas Sarkozy pourrait dire qu'il met en oeuvre ce qui, du programme de François Bayrou, était réalisable. Et qu'il démontre, avec le concours empressé du Parti socialiste, l'impossibilité de ce qui en faisait le charme.
Patrick Jarreau
14:50 Publié dans Centre, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois bayrou, nicolas sarkozy, ouverture, patrick jarreau
21.05.2007
AZOUZ BEGAG, LA HAINE SOURIANTE
Parmi les incohérences et impostures révélées par la dernière campagne présidentielle, certaines méritent une mention spéciale. De celles-là sont les attaques répétées d’Azouz BEGAG à l’encontre de Nicolas SARKOZY. Celui qui s’offusquait, auréole vissée sur la tête, que son collègue ministre puisse être blessé par l’utilisation moqueuse de son nom, jeté en pâture à une foule narquoise, s’est décidé en milieu de campagne à traduire en mots sa douleur profonde suite aux discriminations et violences dont il était l’objet, quotidiennement, sous le gouvernement VILLEPIN. Mais que faisait la Garde Républicaine, plus que jamais Grande Muette, face à ces violences répétées ?
Enfin, heureusement, pour finir Azouz craque. Il régurgite consciencieusement les affronts sarkozystes, un par un, sous la forme d’un livre. Le titre de cet opus flamboyant l’est aussi : Un Mouton dans la Baignoire. Non, ce n’est pas une parodie aquaphile des Mémoires d’un âne, dont je réjouis mes jeunes heures. Il s’agit en fait d’une sentence empruntée à Nicolas SARKOZY lui-même, qui durant une émission de TF1 avait ainsi mis le doigt – « stigmatisé » est le terme à la mode – (sur) la nécessité accrue d’identité républicaine en France. Il semblerait qu’il ait touché juste. Azouz BEGAG tenait certainement à le lui faire savoir.
Car BEGAG n’a par la suite cessé d’incarner la haine qu’il prétendait dénoncer. Le 18 avril dernier, il se confie au journal espagnol El Pais, et prononce les phrases suivantes :
« Quand Sarkozy, devant 11 millions de téléspectateurs, dit « L'immigration c'est des moutons égorgés dans la baignoire avec du sang qui coule dans les couloirs », il est clairement en train d'insulter les musulmans et les arabes. C'est un cadeau aux électeurs du Front national. C'est la guerre des civilisations, la guerre des religions qu'il nous propose, c'est la guerre annoncée. »
Relevez l’allusion au sang qui coule dans les couloirs. Pure fantasmagorie. Onze millions de téléspectateurs peuvent témoigner de ce que Nicolas SARKOZY n’a jamais parlé de « sang qui coule dans les couloirs ». Mensonge éhonté de la part d’un homme qui, les propos suivants le montrent, ne recule ce 18 avril devant aucune infamie :
« Il y aura une grande surprise. Tous les Arabes et tous les Noirs [...] détestent Sarkozy. […] Quand je cherche dans les archives militaires françaises, je trouve des milliers de noms arabes y compris beaucoup de ceux de ma famille. Quand je cherche les noms de Sarkozy, il n'y a rien. Il nous doit du respect, y compris à la racaille. »
J’avais eu l’occasion de m’émouvoir de l’amalgame commis par BEGAG, qui prétend soudain parler au nom de « tous les arabes et tous les noirs ». Communautarisme anti-républicain, visant s’il était possible à démontrer que l’on vote et pense selon la couleur de sa peau. Pour mieux ensuite attaquer à nouveau un nom, une origine, celle d’un SARKOZY jugé une nouvelle fois indigne d’être président, car français depuis trop peu de temps, ainsi que le démontrent les archives militaires. Stratagème rhétorique odieux, propos rappelant une époque sombre, auxquels le désormais Président SARKOZY n’a répondu qu’avec le mépris qu’inspire légitimement leur auteur.
Laissez-moi toutefois y ajouter ces quelques phrases de la splendide et brillante Rama YADE prononcées le 14 janvier dernier, lors du lancement de la campagne de Nicolas SARKOZY :
« Le grand soir n’est pas venu de là où on l’attendait. Aujourd’hui, c’est Nicolas Sarkozy qui dit souvent que ce qui a été possible avec des Africains-Américains comme Condoleeza Rice, Colin Powell et Barack Obama est possible en France. C’est vrai qu’il a transformé l’état major de l’UMP en y intégrant des personnes d’origine asiatique, maghrébine, afro-antillaise. Il y a encouragé la création de clubs de la diversité comme le Cercle de réflexion franco-africain, le Cercle de la diversité républicaine, l’Union des asiatiques de France ou encore le Club Avicenne.
Le but de tout cela n’est certainement pas de chouchouter les minorités. Le combat politique n’est facile pour personne. Il n’y a pas de raison de les recruter pour des raisons humanitaires mais bien pour des raisons d’efficacité. Préparer un vivier d’élus locaux qui soit demain capable d’assumer des responsabilités. Alors, essayons d’éviter les opportunistes qui frappent à la porte des partis sur le thème : « investissez-moi ! Je suis une minorité visible !», ou encore « J’ai tant souffert dans la vie. Vous devez me nommer quelque part ». Mais il ne suffit pas d’être noir ou arabe pour être un bon candidat ! Ont-ils un ancrage électoral ? Un programme ? Une stratégie de conquête ? Des troupes ? La cause de la diversité mérite mieux que ça. Et je crois que Nicolas Sarkozy l’a compris. »
J’ai repensé ces derniers jours, suite à la nomination de Rachida DATI au Ministère de la Justice, aux propos tenus par Azouz BEGAG. Plus qu’un camouflet, c’est une désintégration politique que lui a infligé Nicolas SARKOZY, en montrant au grand jour que pour lui la compétence n’a pas de couleur, pas plus que la loyauté ou le respect mutuel. Les différents politiques, les tensions personnelles, puis les complexes professionnels que BEGAG tente désespérément de masquer sous une « arabitude » forcenée ne trompent personne : oui, SARKOZY et BEGAG n’ont rien en commun. Et cela n’a décidément rien à voir avec la couleur de leur peau, ou leur origine sociale, voire ethnique. C’est du côté du caractère, de la droiture, de la compétence, qu’il faut jauger la distance infinie qui les sépare.
11:20 Publié dans Centre, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : azouz begag, haine, nicolas sarkozy, racisme
28.04.2007
Le Centre Fou, par Alexis BREZET
Il était entré dans la campagne revêtu de probité candide et de lin blanc. Il allait « changer le système », « réconcilier les deux France », en finir avec cette « guerre civile froide » qui, selon lui, empêche le pays d'avancer. Et voici qu'aujourd'hui le desperado du Béarn canarde à tout-va. Voici qu'avec une brutalité confondante il lance contre Nicolas Sarkozy une pluie d'invectives puisées dans les eaux saumâtres du cynisme politicien. Comment l'apôtre du « et droite et gauche » s'est-il mué en huit jours, au mépris des convictions d'une bonne moitié de ses électeurs, en imprécateur du « ni Sarko ni Sarko » ? François Bayrou n'aurait-il rompu avec la longue tradition du centre mou que pour imaginer le centre fou ?
Donc, Nicolas Sarkozy est un apprenti dictateur. Le fils caché de Poutine et de Berlusconi. Encore un effort : Ceausescu et Pinochet ne sont pas loin ! Universelle aragne engraissée par le grand capital, le candidat UMP a tissé sa toile sur tous les médias. La presse régionale est aux ordres. Canal +, à la botte. TF1, Europe 1 et Le Figaro, cela va de soi. Contre le général de Gaulle, l'auteur du Coup d'État permanent n'en avait pas tant fait.
Question : comment expliquer que les principaux lieutenants de Bayrou - Maurice Leroy, son porte-parole ; Pierre Albertini, maire de Rouen et coauteur de son projet ; Charles de Courson, inspirateur de son programme économique, et dix autres encore - appellent tous à voter Sarkozy ? N'ont-ils pas d'yeux pour voir la terrible vérité ? Sont-ils cyniques à ce point que, pour un siège de député, ils seraient prêts à laisser la France s'enfoncer dans la nuit des libertés et le brouillard de la morale publique ? Vraiment, l'UDF ne mérite pas François Bayrou.
Trêve de plaisanterie. Si le prophète de l'extrême centre semble avoir un peu de mal à se faire à l'idée qu'il n'est pas au second tour, il est loin, très loin, d'être insensé. Son calcul, qui s'alimente à son obsession de revanche, est d'une biblique simplicité : persuadé que Ségolène Royal ne peut en aucun cas être élue, il préempte, pour la suite, tout l'espace de l'opposition. Et la dame, qui ne voit rien, offre son cou à ce baiser qui tue. ![]()
L'ennui avec ces fines stratégies est que l'on sait où elles commencent, pas où elles finissent. Avant de trahir Giscard en 1981, Jacques Chirac était persuadé d'emporter la mise aux législatives qui suivraient la présidentielle. Résultat : quatorze années de Mitterrand. Est-ce vraiment cela que veut François Bayrou ?
Nous n'en sommes pas là. La manoeuvre de diabolisation tentée par les socialistes contre Nicolas Sarkozy s'est brisée sur le premier tour du scrutin : difficile de peindre en croquemitaine un candidat qui rassemble onze millions et demi de voix ! La vendetta du centriste ne réussira probablement pas davantage : on imagine mal ses électeurs « antisystème » se laisser prendre à cette caricature de combinaison partisane, le tendre ménage Bayrou-Royal. Il n'empêche : le risque existe, que François Bayrou prend sciemment pour ménager son intérêt politique. Quoi qu'il advienne, il portera une lourde responsabilité devant le pays.
18:15 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : alexis brezet, centre, françois bayrou
27.04.2007
L'éclairage de Jean-Michel APHATIE
François Bayrou a dit, ce matin, sa pensée sans détours. Pour lui, seules des pressions ou des menaces ont pu conduire Canal Plus à la décision que l'on connaît. "Je n'en ai pas la preuve, a-t-il dit, j'en ai la certitude." Évidemment, quand le débat public se fait accusatoire, quand on assure que tel ou tel attente aux règles ou à l'esprit de la démocratie, n'avoir que des certitudes, ne pas amener des preuves explicites en soutien de ses propos, revient à se mettre dans une situation d'une faiblesse certaine puisque, contrairement à l'équilibre et à la tempérance que réclame la démocratie, on demande à ceux qui écoutent un acte d'adhésion qui repose sur la foi et non pas sur la raison.
Faible dans l'exposé, François Bayrou l'a été aussi dans la conclusion qu'il a tiré, ou plutôt qu'il n'a pas tiré, de ses propres paroles. Il pense, il dit, il l'a fait ce matin avec clarté, que Nicolas Sarkozy est dangereux pour les libertés publiques. Il pense, et il l'a dit ce matin, que sa conception du pouvoir peut, à terme, faire ressembler la France d'aujourd'hui à la Pologne d'aujourd'hui, ou s'étend un esprit inquisitorial, revanchard, dangereux pour la liberté de chacun à penser ce qu'il veut penser. Ceci est fort, et grave. Mais celui qui pense cela doit dire alors que le plus important dans le débat démocratique français est d'empêcher celui qui porte de telles menaces d'accéder au pouvoir. Pour parler clairement, François Bayrou qui décrit Nicolas Sarkozy comme un péril pour la démocratie française doit dire clairement que l'expression populaire du dimanche 6 mai doit barrer la route au danger qu'il représente.
Interrogé clairement sur ce point précis, François Bayrou a fourni une réponse dilatoire. Il en est revenu à la présentation d'un équilibre un peu spécieux entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui auraient tous les deux des défauts. La première serait dangereuse sur le plan économique et le deuxième serait un Brutus pour les libertés. Mais enfin, il n'y a pas d'équivalence entre ces deux dangers. Mal géré est une chose, cadenasser en est une autre. Faire du déficit, ce n'est pas bien, mais intimider, menacer, donc contraindre, donc répandre du malheur, c'est infiniment moins bien, c'est pire, c'est insupportable.
Tout ceci s'aggrave encore de cette incohérence propre à l'UDF. Alors même que le président de ce parti tient un discours à la dureté d'acier vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, les députés qui sont ses fidèles et qui l'ont soutenu durant sa campagne présidentielle rallient un à un Nicolas Sarkozy. François Sauvadet, Charles-Amédée de Courson, Maurice Leroy, soutiennent Bayrou qui dénoncent et appellent à voter Sarkozy qui est l'objet de la dénonciation. S'il y a une cohérence à tout ceci, elle m'échappe. Si quelqu'un la trouve, qu'il la communique. Il rendra service à tout le monde.
Un dernier point, complexe, peut-être polémique, mais important, je crois. Pour que le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy puisse avoir lieu, il faut que le candidat de l'UMP ou l'un de ses soutiens bénéficient sur le même média, dans des conditions d'exposition médiatiques identiques, d'un temps égal de parole à celui de la candidate socialiste. Telle est la règle du CSA. Concrètement, ceci veut dire que si Ségolène Royal parle durant une demi-heure lors du débat, une demi-heure doit être accordée à l'UMP. Ces règles, rappelons-le, sont celles qui ont été utilisées tout au long des cinq semaines durant le premier tour de l'élection présidentielle. Elles s'appliquent donc aussi durant le second tour.![]()
L'UMP bloque la situation en ne déléguant pas l'un des siens pour occuper le temps de parole que leur propose les médias organisateurs du face-à-face Bayrou-Royal, et il est courant, jusque chez les journalistes, de dénoncer l'attitude de l'UMP. La réflexion conduit à nuancer cette position.
Ségolène Royal a tendu la main à François Bayrou, et lui a proposé le débat qui nous agite, après avoir constaté qu'au premier tour, ses réserves de voix à gauche étaient si faibles que ses chances de succès au second étaient à peu près nulles. Jusque là infréquentable homme de droite, François Bayrou devenait tout à coup un interlocuteur crédible, surtout en raison des millions de voix qu'il est, peut-être, susceptible d'influencer. Voilà donc la candidate socialiste contrainte, pour sauver la suite de sa campagne, de mettre en scène le candidat centriste. Du coup, elle réclame implicitement à l'UMP de l'aider dans son entreprise en acceptant de compenser le temps de parole qu'elle utilisera dans son débat avec François Bayrou. On conviendra que, confrontée à cette demande, l'UMP ne l'honore pas en disant que toute cette histoire ne la concerne pas.
Prenons les choses à l'envers. Quel cadeau ferait Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal en faisant en sorte de permettre à son adversaire et à son ennemi d'exposer ensemble, devant les caméras de télévision, leurs points de désaccords et leurs points de convergence. Au rang de ces derniers, figurerait le péril que ferait courir le président de l'UMP à la France. Et cette expression là, ce serait lui qui la favoriserait. Franchement, du seul point de vue de ses intérêts, on peut comprendre que Nicolas Sarkozy ne se prête pas au jeu.
Scandale pour la démocratie. Voilà, au fond, le dernier argument, pas négligeable, de ceux qui souhaitent le débat Royal-Bayrou. Bien sûr, on peut toujours regretter l'absence d'échanges. Voir deux responsables politiques échanger des arguments ne peut que servir la démocratie.
Là encore, pourtant, un peu de réflexion amène à prendre un peu de distance avec l'argument brut, brutal, de l'atteinte démocratique. A la veille du grand choix, à la veille du deuxième tour, ce qui compte, c'est le débat entre les deux premiers du premier tour. Ce qui serait choquant, pas illégal car cela ne tient qu'à l'usage, choquant donc, ce serait que l'un des deux candidats se dérobe, refuse la confrontation. Le reste ensuite, la scène actuelle le montre suffisamment, obéit davantage à des considérations partisanes, conjoncturelles, qu'à une recherche sourcilleuse de la perfection démocratique.
09:10 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean michel aphatie, françois bayrou, centre
25.04.2007
L'éclairage de Jean-Michel APHATIE
Jusqu'à dimanche soir, pour les socialistes, François Bayrou était de droite. Et comme eux même se définissent à gauche, une alliance n'était pas possible.
Intellectuellement, le raisonnement se tenait. Il se tient toujours. François Bayrou est contre les 35 heures. Il proposait, durant sa campagne électorale, de libéraliser les heures supplémentaires. Une position exactement contraire à celle du PS et de sa candidate, Ségolène Royal, qui projettent une extension des 35 heures. François Bayrou proposait de modifier en profondeur le code du travail en créant un CDI unique et en étudiant la possibilité d'une séparation à l'amiable entre employeur et employé, un thème porté, non sans argument quand on regarde attentivement les mots pour exprimer la chose, par Laurence Parisot, présidente du MEDEF.
[...] En tout cas, les socialistes n'ont jamais imaginé qu'une chose pareille pourrait exister. Enfin, dans une liste qui n'est pas exhaustive, François Bayrou a écrit que l'augmentation du SMIC lui semblait être une très mauvaise idée. Comme c'est l'une des idées phare des socialistes, on mesure le gouffre et la distance entre eux. Il devient abime si l'on compare le discours des deux partis sur l'Europe, la méfiance du libéralisme à côté gauche, du moins dans les discours tenus dans l'opposition, nourrissant un euro scepticisme constant et exprimé plus ou moins fort selon les saisons au PS, tandis qu'une forme douce d'euro béatitude a toujours bercé le courant centriste d'illusions qu'il peut-être agréable, à l'occasion de partager.
Gouffre et abîme, donc. Il en faudrait plus pour impressionner Ségolène Royal. Depuis lundi soir, et à une vitesse supersonique, la candidate a accompli la distance interstellaire qui sépare depuis la nuit des temps centristes et socialistes en France. Lundi soir, elle propose un dialogue public à François Bayrou. Mardi, elle précise que ce dialogue peut déboucher sur un ajout de mesures sur son pacte présidentiel, donc une modification de celui ci. Enfin, peut-être a-t-elle eu peur de ne pas être prise au sérieux, peut-être a-t-elle seulement tiré jusqu'au bout le fil de la pelote qu'elle utilisait, elle s'est dit prête à faire entrer des ministres UDF dans un gouvernement qu'elle nommerait après l'élection si un accord était trouvé entre elle et lui.
Dialogue, accord politique, nomination de ministres: la panoplie est complète. On comprend ou se trouve le cœur du dialogue proposé. État impartial, présidence respectueuse des Français, démocratie rénovée, proportionnalisée même car cela seul importe dans ce type de discussions entre partis politiques, opium de l'élu et poison pour l'architecture constitutionnelle, voilà quelques-uns des thèmes qui pourrait faire que les désaccords cités plus haut, qui ne sont pas minces, pourraient être dépassés, sublimés, en fait oubliés.
Tous ces mots, démocratie, impartialité, et autres, ne sont en fait que des habillages pour une réalité plus crue, qui est la vraie réalité de cet entre deux tours de l'élection présidentielle. Ségolène Royal propose à François Bayrou de la rejoindre parce que, suggère-t-elle, dit-elle, la pire des choses qui pourrait arriver à la France serait que Nicolas Sarkozy parvienne à l'Élysée. Si tel était le cas, alors ce serait une berlusconisation de la France, version contemporaine d'épithètes autrement infamant devant l'histoire.
Pour resituer tout cela dans une perspective historique, voilà longtemps que le parti socialiste, en France, est travaillé par la question de l'alliance au centre. Jusqu'à présent, sa réponse majoritaire, mais jamais unanime, a été le refus d'un tel choix stratégique. Avec constance depuis 1971, c'est l'alliance avec l'autre gauche, radicale, qui a toujours été privilégiée. Ceci n'a souffert d'aucune exception et même les débauchages de 1988 confirment la règle, puisque précisément ils n'étaient que des débauchages de personnalités en mal de maroquins ministériels et en aucun cas d'un accord politique en bonne et due forme.
C'est donc sous la pression des jours qui nous séparent du second tour de l'élection présidentielle que la ligne stratégique du parti socialiste, tout à coup, varie. Celle ci, d'ailleurs, n'a fait l'objet d'aucune concertation collective au sein du parti socialiste. François Rebsamen l'a clairement dit, ce matin, sur RTL: "C'est la candidate qui décide".
Voilà donc le courant socialiste tout entier embarqué dans une ligne stratégique dont la vraie structure est l'antisarkozysme et la conséquence une alliance avec le centre. Parce que les choses sont comme cela, la candidate peut espérer faire tenir ensemble jusqu'au matin du deuxième tour Arlette Laguiller et François Bayrou, François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius et François Bayrou.
Qui donc dénoncera ce qui, intellectuellement, programatiquement, logiquement, rationnellement, ne tient pas debout, alors même que l'alliance de tant de choses contradictoires n'a qu'un but : empêcher que Nicolas Sarkozy devienne président?
Depuis quelques heures, la campagne électorale se trouve donc revivifié par cette proposition de Ségolène Royal. A bien la regarder, cette offre de dialogue avec François Bayrou est tactiquement très intelligente car, très probablement tout à l'heure, le président de l'UDF la refusera. Ainsi, la candidate socialiste pourra, publiquement, déplorer le rejet de son offre. Sans doute laissera-t-elle échapper un soupir de soulagement car dans le cas contraire, celui d'une prise au bond de la main tendue, complètement tordue comme image, on imagine l'effroi, la stupeur, de maints dirigeants socialistes, embarqués malgré eux dans une alliance avec les centristes qu'ils combattent avec vigueur, et pas toujours bien à propos, depuis vingt ou trente ans. Oui, la pire des choses pour Ségolène Royal serait que François Bayrou dise: chiche!
Proposer avec l'espoir du refus. Calculer ce qui est impossible et le présenter comme souhaitable. Voilà comment, parfois, on fait de la politique. Et voilà comment, souvent, on en détourne les citoyens.
11:05 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean michel aphatie, françois bayrou, segolene royal
20.04.2007
BAYROU, LA PAILLE ET LA POUTRE
Hier soir à Pau François BAYROU a dénoncé l’éditorial de Jean-Marie COLOMBANI dans lequel le rédacteur en chef du Monde se prononçait pour un affrontement ROYAL / SARKOZY au second tour. Citons M. BAYROU… petit plaisir de fin de campagne :
« Naturellement, derrière tout ça il y a des influences puissantes, […] des hommes qui sont engagés dans les milieux d'affaires, les relations avec l'Etat. […] Avec moi, ça trouvera son terme ».
M. BAYROU, votre célérité à empoigner vigoureusement le problème de la connivence médiatico-politique fait plaisir à voir. Seulement, dans un souci de cohérence (vous savez, cette qualité indispensable à tout programme politique qui vous fait inexorablement défaut), vous pourriez commencer par montrer l’exemple, et pourquoi pas, en parler à votre ami, promu pré-ministre de la Calomnie et de la Bassesse, votre GOEBBELS personnel en somme, j'ai nommé Jean-François KAHN.
Ah, mais j’oubliais, les gros yeux, vous les réservez à François BACHY sur TF1. Oui, mais comment on fait pour vous croire alors ? Eh bien on vous croit pas, et ainsi c’est réglé. Bonnes vacances, M. BAYROU. Et pour dimanche, je vous souhaite un joyeux rafting sur les pentes du Niagara. Vous prédisez à vos concurrents une "bonne douche froide"... mais j'ai le sentiment que vous allez montrer l'exemple. POUR UNE FOIS.
09:25 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : françois bayrou, jean françois kahn
18.04.2007
Qui est raciste, M. BEGAG ? Qui pratique l'amalgame ?
Azouz Begag, qui a démissionné début avril de son poste de ministre de l'Egalité des chances, [...] continue de tirer à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. S'exprimant dans une interview publiée aujourd'hui par le quotidien espagnol de centre-gauche El Pais, M. Begag déclare :
"les sondages ne reflètent pas la réalité. Il y aura une grande surprise. Tous les arabes et tous les noirs (...) détestent Sarkozy".
Source AFP
Non seulement Begag prétend parler au nom de "tous les arabes et tous les noirs" - qu'en serait-il si l'un des candidats prétendait parler au nom des blancs en France? Même Le Pen n'ose pas - mais en plus il le fait dans le cadre d'un anathème, dans la mise en avant d'une détestation dont la principale légitimité est l'origine ethnique. C'est misérable, c'est contraire aux principes de la République, c'est digne d'un sous-Front National.
M. BEGAG, lors de vos prochains interviews, fournissez le sac plastique indispensable à la gestion de votre nausée rhétorique.
12:40 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : azouz begag, racisme
22.02.2007
L'Imposture Bayrou
Romano Prodi a présenté hier soir sa démission. Cet événement illustre bien la fragilité d'une coalition sans cesse à la merci d'un désistement de l'une de ses parties, du fait d'un éventail politique trop important dans un même gouvernement, ainsi que le reconnaissait hier soir lemonde.fr :
"Le gouvernement de centre-gauche a perdu, dans l'après-midi, un vote crucial au Sénat sur les orientations de sa politique étrangère, alors que le chef de la diplomatie italienne avait agité la veille la menace d'une démission du gouvernement en cas d'échec.
[...] Ce résultat illustre la fragilité du gouvernement, formé en mai 2006 à partir d'une vaste coalition, en matière de politique étrangère. Sa diplomatie est en effet contestée au sein même de la majorité par la gauche radicale (communistes et Verts)."
Alors certes, la France n'est pas l'Italie. Mais il n'est pas absurde de penser que même avec une majorité et toute la
meilleure volonté du monde, même en occultant tous les complots nationaux, européens et internationaux que M. Bayrou ne manquerait pas de découvrir une fois au pouvoir pour expliquer ses difficultés, sa majorité et son gouvernement patchwork se déchireront à la première (voire à la seconde) contradiction de la rue ou de la conjoncture, sur la réponse à apporter.
Sans parler du problème épineux des questions européennes, la plupart des transfuges du PS étant opposés au projet de Constitution. Or M. Bayrou devra faire avec, parce que les ténors du PS ou de l'UMP, s'il est élu, ne rejoindront pas spontanément celui qui fut l'artisan de leur défaite.
Ses arguments politiques tiendraient péniblement la route s'il avait fait un travail de rassemblement véritable AVANT d'entrer en campagne. Mais avec un cynisme qui contraste quelque peu avec sa volonté d'authenticité rurale, il compte sur l'effet premier tour tour pour ramener à lui les courtisans des deux camps. "C'est un peu court, jeune homme", lui dirait le Cyrano à qui on l'a (un peu tôt) comparé.
En résumé, M. Bayrou nous propose un fois de plus l'expérience exaltante du centrisme, dont la France se paie le luxe un fois toutes les deux décennies, en faisant passer cela pour une révolution.
Personnellement, je ne crois pas à cette solution pour le tournant crucial que doit négocier la France. Sur une route enneigée, on ne met pas 4 routes motrices à une 2CV, ou 16 soupapes à une Ami 8. Il faut que l'ensemble du véhicule soit cohérent pour tenir la route.
Pour plus d'informations sur le parcours politique de M. Bayrou, et son tangage moelleux entre bâbord et tribord digne d'une chanson bien connue de Philippe Lavil, voici un article publié dans libération.fr :
La quadrature du centre de Bayrou
Par Nathalie RAULIN
QUOTIDIEN : jeudi 22 février 2007
Le positionnement ni droite ni gauche du président de l'UDF coïncide mal avec les accords que celui-ci a noués avec le camp conservateur.
Existe-t-il une imposture Bayrou ? Pour les états-majors PS et UMP, aucun doute. Propulsé «troisième homme» de la présidentielle par les sondages à la faveur du début de campagne chaotique de sa rivale socialiste, le candidat UDF gêne. Ségolène Royal l'accuse de dissimuler son «identité politique» pour lui dérober une partie de son électorat de centre gauche. Et Nicolas Sarkozy a choisi de rompre la consigne d'indifférence au candidat UDF qui prévalait jusqu'ici à l'UMP. «François Bayrou a un projet curieux lorsqu'on sait que la totalité des parlementaires UDF sont élus avec les voix de la droite et du centre», a taclé hier le toujours ministre de l'Intérieur. De droite et de gauche, les «torpilles» sont lancées comme autant d'utiles retours sur le positionnement passé du député des Pyrénées-Atlantiques. Objectif : rappeler que le tenant du «rassemblement» et de la «fin de la République des clans» a été élevé au biberon par le camp conservateur.
«Roue de secours» . Pour les uns et les autres, Bayrou, ex-ministre du gouvernement Balladur, auteur d'un projet de loi de révision de la loi Falloux (qui permettait aux collectivités locales de financer davantage l'école privée) qui a jeté dans la rue 600 000 personnes en 1994, est un homme de droite. A la tête d'un parti de droite, qui, si son candidat n'entre pas à l'Elysée, est condamné à le rester lors des législatives de juin pour conserver un groupe à l'Assemblée (lire ci-contre). L'UMP d'ailleurs n'a pas investi, pour l'instant, de candidat dans les circonscriptions des sortants UDF. Et le parti de Sarkozy diffuse à l'envi des morceaux choisis des interventions de Bayrou de nature à doucher l'enthousiasme des socialistes amnésiques. A Libération, qui l'interroge en mars 1991, le président de l'UDF déclarait par exemple que le grand parti centriste dont il rêve ne sera pas «la roue de secours du PS» : «Ni de près ni de loin, nous ne gouvernerons avec les socialistes», insistait-il. Pour un candidat qui, élu président, dit envisager de nommer un «Premier ministre de gauche», le grand écart est total. Bayrou le sait qui, le 1er décembre, avait fait son mea culpa dans un entretien au Monde : «J'ai été longtemps un jeune conformiste et sans doute "formiste" est-il de trop.» Le Bayrou nouveau serait donc arrivé. De fait, il a amorcé sa mutation au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2002.
Le 22 avril 2002, au lendemain de la qualification de Le Pen au second tour de la présidentielle, Jacques Chirac reçoit un François Bayrou, convaincu de la nécessité d'un gouvernement d'«union nationale». Le Président ne l'écoute pas. Il ne jure que par son futur grand parti de la majorité et veut un feu vert pour phagocyter l'UDF. Bayrou refuse le diktat et prend la tête d'une petite caravane de «Bédouins», dont une petite trentaine de députés.
Au fur et à mesure de la législature, l'UDF va marquer sa différence. En juin 2003, les centristes approuvent la loi Fillon sur la réforme des retraites qu'ils jugent toutefois «insuffisante» faute de réforme des régimes spéciaux. En février 2004, la moitié du groupe UDF vote en faveur de la loi sur l'interdiction du voile à l'école mais, curieusement, Bayrou, qui se pose aujourd'hui en chantre de la laïcité, s'abstient.
C'est l'arrivée de Villepin à Matignon qui radicalise un peu plus l'UDF. Le 8 juin 2005, le parti centriste refuse de voter la confiance au gouvernement. Puis, même si le groupe UDF se divise à chaque fois, une bonne partie des députés centristes, emmenés par Bayrou, vont voter chaque année contre les lois de financement de la Sécurité sociale, à leurs yeux trop laxistes. A partir de 2005, ils s'opposent également aux lois de finances. Ils se rangent même aux côtés des socialistes pour voter contre plusieurs textes phares du gouvernement : la loi droits d'auteur sur Internet, le contrat nouvelles embauches (CNE) puis le contrat première embauche (CPE), la privatisation de GDF.
Censure. Au printemps 2006, en pleine affaire Clearstream, le patron de l'UDF monte à la tribune de l'Assemblée, à la suite de François Hollande, pour voter la censure du gouvernement. Au risque de se couper de son électorat traditionnel, pas forcément hostile à Villepin. Le groupe UDF ne semble plus d'accord sur grand-chose avec l'UMP. A l'exception notable des questions de sécurité, terrain de prédilection de Sarkozy. En novembre 2005, alors que les banlieues flambent, les centristes votent la prolongation de l'état d'urgence et la loi de lutte contre le terrorisme. En mai 2006, ils se divisent (moitié pour, moitié abstention) sur la deuxième loi Sarkozy sur l'immigration et l'intégration.
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17.01.2007
Bayrou et les médias
Depuis plusieurs mois maintenant, François Bayrou peste contre les médias, le système, et les complots en tous genres. Il paraît clair que le fait qu'il ne soit pas encore Président de la République ne peut qu'être le fruit d'une manigance collective, visant à le laisser sur la touche.
L'omniprésence médiatique qu'il dénonce, cristallisée autour de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et autres Hulot, peut pourtant sembler logique, à défaut de normale, parce que les médias n'ont jamais été équitables dans leur façon de traiter l'actualité. Ils vont vers ceux qui leur donnent du grain à moudre, et vu que certains journalistes sont des connaisseurs subtils de l'attente des français en matière d'image, ils s'attardent sur ceux qui proposent le plus de contenu à ce niveau-là aussi. En ceci ils sont à l'image de l'opinion française.
Chacun peut ainsi attirer l'attention des médias sur sa candidature. Il suffit d'avoir conscience de leurs limites, et de ne
pas pratiquer un angélisme béotien qui consiste à précéder ses propos d'un : "oh le gros méchant, c'est pas moi qu'il préfère", qui aurait tendance à faire passer la caricature des Guignols de l'Info pour une hagiographie médiévale. Il est possible de préférer à cette option l'avancée d'arguments qui intéressent, qui apportent au débat, non par la révolution brutale d'un dénigrement universel, mais par un changement marqué, depuis l'intérieur. Rien ne tombe du ciel dans la vie, même médiatique, et un candidat qui aurait ce raisonnement me paraîtrait singulièrement mal armé pour diriger la France.
Cet aspect des choses reste révélateur du problème de Bayrou, qui ne peut accepter que le destin n'aille pas dans son sens. S'il n'est pas plus représenté politiquement, c'est donc forcément la faute au système. Si les médias ne parlent pas de lui, c'est forcément la faute aux médias. Et cette attitude, finalement, ne tranche pas autant que cela avec un certain protectionnisme franchouillard, qui suppose que si la France n'est pas en meilleure posture internationalement, c'est la faute aux autres nations.![]()
Dans la continuité de ceci, il y a Coluche, qui se plaignait du caractère insupportable des vacances à l'étranger : selon où l'on va, les gens ne parlent même pas le même étranger...
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