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06.12.2007

JE FORME UN RÊVE

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Il y a quelques jours, le monde découvrait, entre soulagement et angoisse, le visage émacié d'Ingrid Bétancourt, prisonnière éternelle de la jungle colombienne.

Dans le même temps un journal colombien publiait des extraits d'une lettre qu'Ingrid avait écrit à l'intention de sa mère. La vidéo et la lettre étaient censés représenter les preuves de sa vie que Hugo Chavez s'était engagé à apporter en mains propres à Nicolas Sarkozy. Cette lettre est un concentré de courage et d'humanité blessée. Et je ne peux que rejoindre Eponymus lorsqu'il écrit, dans un billet remarquable : "Il est presque impossible de la lire sans sentir les larmes vous monter aux yeux." A vous de juger. Pour ma part, j'ai souligné les passages politiques... mais ce sont ses allusions à ses enfants qui me bouleversent.

« Ce moment est très dur pour moi. Ils demandent des preuves de survie à brûle-pourpoint et me voici en train de t'écrire, mon âme étendue sur ce papier. Je n'ai pas mangé à nouveau, l'appétit m'est bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités.

Je n'ai envie de rien. Je crois que seul cela est bien, je n'ai envie de rien, car ici dans cette forêt l'unique réponse à tout est « non ». C'est donc mieux de ne rien vouloir pour être libre au moins de désirs. Il y a 3 ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir la curiosité intellectuelle vivante. Je continue à attendre qu'au moins par compassion ils m'en fournissent un, mais mieux vaut ne pas y penser. Désormais, tout est miracle, y compris t'entendre le matin, car ma radio est vieille et endommagée.

Je veux te demander, jolie petite maman, de dire aux enfants que je veux qu'ils m'envoient trois messages par semaine (…) Je n'ai besoin de rien de plus, mais j'ai besoin d'être en contact avec eux. C'est la seule information vitale, transcendantale, indispensable, le reste ne m'importe déjà plus (…).

Comme je te le disais, la vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux pieux, couvert d'un moustiquaire, avec au-dessus une tente comme toit, ce qui me permet de penser que j'ai une maison.

J'ai une étagère où je mets mon équipement, c'est-à-dire le sac avec les vêtements et la Bible qui est mon seul luxe. Tout est prêt pour sortir en courant (…) A n'importe quel moment ils donnent l'ordre d'empaqueter et on dort dans n'importe quelle cavité, étendue où que ce soit, comme un quelconque animal (…). Les marches sont un calvaire, car je n'en peux plus avec mon équipement très lourd (…). Tout est stressant, mes affaires se perdent où ils me les enlèvent, comme le blue-jean, avec lequel ils m'ont capturée, que Mela m'avait offert à Noël. Je n'ai pu sauver que la veste, une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n'ai rien eu d'autre pour me couvrir (…).

J'ai en mémoire l'âge de chacun des enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le Happy Birthday. Je sollicite qu'ils me permettent de faire une tarte. Mais depuis trois ans, chaque fois que je demande, la réponse est non. C'est égal, s'ils apportent une galette ou une soupe quelconque au riz et aux haricots, ce qui est habituel, je me figure que c'est une tarte et je célèbre leur anniversaire dans mon coeur.

A ma Melelinga, mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j'adore tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd'hui, je m'en irais satisfaite de la vie, remerciant Dieu pour mes enfants (…).

A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon musicien en chef qui me chante et m'enchante, au propriétaire de mon coeur, je veux lui dire que depuis le jour où il est né jusqu'aujourd'hui il a été ma source de joies (…).

Petite maman, il y a tant de personnes que je veux remercier de se rappeler de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissent le bal, nous ne sommes pas, les séquestrés, un sujet « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu'il faut être fort face à la guérilla même sans sacrifier quelques vies humaines. Devant cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n'est pas le fruit de la richesse en terres, en matières premières, etc., mais le fruit de la grandeur d'âme des leaders qui ont modelé la nation. Quand Lincoln défendit le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs de l'Amérique, il affronta aussi de nombreux Floridas et Praderas (1). De multiples intérêts économiques et politiques étaient considérés comme supérieurs à la vie et à la liberté d'une poignée de noirs. Mais Lincoln gagna et dans le collectif de cette nation la priorité de la vie humaine resta imprimée par-dessus tout autre intérêt.

En Colombie nous devons encore penser d'où nous venons, qui nous sommes et où nous voulons aller. J'aspire à ce qu'un jour nous ayions cette soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant vers le soleil. Quand nous serons des inconditionnels de la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c'est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants, alors ce jour-là nous serons la grande nation que nous voudrions tous être (…).

A Piedad et à Chavez tout, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, dont je sais qu'il est grand et courageux (2)

Mon coeur aussi appartient à la France (…) Quand la nuit était la plus obscure, la France fut le phare. Lorsqu'il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s'est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du tort à la Colombie, la France leur donna appui et réconfort.

Je ne pourrais pas croire qu'il soit possible d'être un jour libre si je ne connaissais pas l'histoire de la France et de son peuple. J'ai demandé à Dieu de me couvrir de la même force que celle avec laquelle la France a pu supporter l'adversité pour me sentir plus digne d'être comptée parmi ses fils. J'aime la France avec l'âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, cherchant à se guider selon des principes et non des intérêts. J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme Camus, entend que vivre c'est s'engager (…). Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore en vie sans l'engagement qu'on nous a offert, en faveur de tous ceux qui vivons ici comme des morts (…) ».

Une telle lettre ne pouvait rester sans réponse. C'est ce qu'a compris Nicolas Sarkozy, comme le prouve sa double initiative, qui consiste à répondre personnellement à Ingid Bétancourt, mais aussi à apostropher directement Manuel Marulanda, chef des FARC.

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Son message aux otages des FARC et à Ingrid Bétancourt est un message fort, d'une humanité qui me semble à la hauteur de la situation, quand la diplomatie officielle piétine depuis des années :

"Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy, le président de la République française.

Je m'adresse à vous qui êtes retenus en otages, je m'adresse à vous en mon nom personnel, mais surtout au nom des 62 millions de Français et, je crois pouvoir le dire, au nom de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté qui, partout dans le monde, à l'unisson, réclament votre liberté.

Avec eux, je refuse l'idée de vous laisser en perdition. Je me suis engagé pour vous. Je me suis engagé à vous arracher à un destin inhumain. Ceux qui vous détiennent font une erreur tragique. Ils s'égarent. Ils s'isolent. La communauté internationale est unanime à condamner leurs méthodes. Il est temps pour eux de le comprendre et de faire preuve d'initiative.

Les documents qui viennent d'être publiés nous ont bouleversés. Ils montrent le visage de la souffrance. Ils révèlent l'âme du désespoir. 

C'est pourquoi, je veux m'adresser à vous tous pour vous apporter le message de solidarité de la France. Solidarité avec la Colombie, qui vit une tragédie quotidienne dont plus personne ne perçoit le sens ; solidarité avec vous, retenus injustement, cruellement, en otages ; solidarité avec vos familles, avec vos amis, qui mesurent le temps perdu sur le calendrier des souvenirs.

A tous, je veux le dire : la France ne vous oubliera pas. Elle ne vous oubliera jamais. En ce moment même la France recherche de nouveaux moyens pour vous rendre à la liberté, pour vous rendre aux vôtres et à la vie. L'urgence d'une solution est devenue encore plus évidente aux yeux de tous. J'aurai, avec la discrétion qui s'impose, tous les contacts nécessaires pour atteindre le seul objectif qui m'intéresse : votre liberté.

J'ai déjà eu de nombreux échanges personnels avec des dirigeants qui, à un titre ou à un autre, peuvent nous aider à avancer : en premier lieu, le président Alvaro Uribe, avec lequel j'entretiens un dialogue suivi ; le président Chavez, que j'ai reçu à Paris ; le président des Etats Unis, dont trois compatriotes figurent parmi vous. Je poursuivrai sans relâche cette action en m'assignant une obligation de résultat.

Pour terminer ce court message d'amitié, de solidarité et d'espoir, je veux m'adresser plus particulièrement à Ingrid Betancourt, ma compatriote. Je veux vous dire, chère Ingrid, mon admiration pour votre dignité, pour votre courage dans une situation où des êtres plus faibles auraient perdu jusqu'à leur humanité ; je veux vous dire l'affection des vôtres, avec lesquels j'entretiens une relation confiante et régulière ; je veux vous apporter le témoignage du refus de la France d'accepter l'inacceptable. Ingrid, nous ne vous laisserons jamais tomber. Je vous supplie d'avoir confiance. Nous y arriverons. Il faut que vous teniez parce que votre famille vous attend."

Ce message est salué avec émotion par la famille d'Ingrid, qui depuis la découverte de l'état de santé de leur parente (mère, fille, soeur, ex-épouse) ne pouvaient que nourrir une angoisse supplémentaire, celle de voir leur combat aboutir trop tard. Trop tard... deux mots effroyables lorsque c'est la vie d'une mère qui est en jeu.

Le message de Nicolas Sarkozy adressé au chef des FARC vise à accélérer cette lutte contre le temps. Il est d'une fermeté exemplaire, qui pour autant est tout sauf un refus du dialogue.

"Je veux m'adresser à Manuel Marulanda, le chef des FARC.

Les images des otages, les lettres à leurs familles ont bouleversé le monde. La vidéo d'Ingrid Betancourt, en particulier, la lettre si profondément émouvante et désespérée qu'elle a adressée à sa mère ne peuvent laisser personne indifférent. La flamme est en train de s'éteindre dans cette femme dont l'énergie, dont l'audace, dont le courage forcent l'admiration de ceux qui la connaissent. Où est donc passé son sourire ?

Cette femme est à bout de résistance.

Monsieur Marulanda, vous le savez, je ne partage pas vos idées et je condamne vos méthodes, notamment les enlèvements qui plongent tant de familles dans le malheur. Aucune lutte n'a de sens sans le respect de la dignité de l'être humain, qui est la seule fin possible de toute action politique.

Monsieur Marulanda, je vous demande solennellement de relâcher Ingrid Betancourt et de ne pas porter sur votre conscience le risque que ferait peser sa disparition. C'est aujourd'hui une femme à bout de force.

Je m'engage de mon côté à continuer à m'impliquer personnellement dans la recherche d'une solution humanitaire, pour la libération de tous les autres séquestrés. Au-delà, je m'engage à redoubler d'efforts, si cela est souhaité, pour contribuer à trouver une issue au conflit colombien.

Mais pour l'heure, Monsieur Marulanda, il faut sauver une femme en danger de mort.

Je forme un rêve : celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël.

Monsieur Manuel Marulanda, vous pouvez réaliser ce rêve, vous pouvez sauver cette femme, vous pouvez montrer au monde que les FARC comprennent les impératifs humanitaires. Monsieur Marulanda, vous portez une lourde responsabilité.

Je vous demande de l'assumer."

Ces mots sont ceux de la France. Et je connais peu de français qui ne partagent avec le Président cette volonté de voir la famille Bétancourt unie pour les fêtes de Noël - si l'on excepte les nombrilistes pour qui Bétancourt ne serait pas assez française pour que l'on s'intéresse à elle, quand eux-mêmes auraient tant besoin d'un frigo neuf.

Mais au-delà du discours officiel, des drapeaux français et européens qui donnent à cette allocution une solennité et une puissance particulières, j'apprécie énormément l'empathie humaine qui s'en dégage. Nicolas Sarkozy, tout en assumant son statut de chef d'Etat, continue à placer l'enjeu humain et la personne d'Ingrid Bétancourt bien avant tout autre considération. Plus que des relations diplomatiques entre les deux pays concernés, c'est la vie de sa compatriote, celle de ses enfants, qui le préoccupent. Or la politique est belle quand elle sert la dignité humaine, ainsi qu'il le rapelle à M. Marulanda. Et quand c'est la France qui porte ce message, et le rêve qui l'accompagne, la France se grandit jusqu'à devenir universelle.

_______________

(1) Florida et Pradera sont deux municipalités colombiennes dont les FARC exigent la démilitarisation unilatérale, les guérilleros prétendant s'y maintenir, pour y négocier un échange humanitaire d'otages, dont Ingrid Betancourt, contre des rebelles emprisonnés. Le président colombien Alvaro Uribe estime que pareille démilitarisation porterait atteinte à la souveraineté et à l'honneur de la nation.

(2) Le jour où Ingrid Betancourt écrivait cette lettre, la sénatrice libérale colombienne Piedad Cordoba et le président Hugo Chavez du Venezuela n'avaient pas encore été déchargés par le président colombien Uribe de leur médiation avec la guérilla des Farc pour trouver la voie d'un échange humanitaire de prisonniers.

Commentaires

Vous me pardonnerez, mais je n'arrive pas à m'émouvoir avec vous.
J'apprécierais énormément que N.Sarkozy fasse preuve de la même "empathie humaine" qu'il a pour cette femme (dont le sort certainement tragique) vis à vis de tous comme par exemple cette famille de 3 enfants (le dernier ayant quelques mois seulement) dont le père a été expulsé de France laissant sa famille derrière lui.

Je n’ai pas de mots pour décrire cette farce immonde qui consiste à s’apitoyer pour un individu à l’autre bout du monde pendant que l’on maltraite des milliers d’êtres humains sur notre propre sol.

Alors pendant que N.Sarkozy fait un rêve, moi je fais des cauchemars …. que d’autres vivent réellement.

Ecrit par : RST | 06.12.2007

Et oui, c'est presque obligatoire d'avoir ce genre de mise en parallèle - insultante au possible pour les otages des FARC- quand on fait un billet sur ce sujet. Alors réglons le problème une fois pour toute.

Lorsque quelqu'un vient sur le sol français sans avoir obtenu de visa, ou sans papier, il prend une responsabilité, celle de se voir arrêté. La République a des lois : c'est ce qui fait sa force et lui donne son audience internationale. Quelle que soit la détresse - réelle - de sa famille, cet homme en est seul responsable. Et derrière lui les éventuels dealers d'espoirs criminels qui l'ont fait venir en France sans papier.

Que par ailleurs vous compariez la situation d'Ingrid Bétancourt, enchaînée et mal nourrie depuis 5 ans, voire torturée, à celle de personnes qui dès le 1er pas sur le sol français bénéficient d'aides financières et sociales, et qui lorsqu'elles sont expulsées sont simplement remises à leur famille dans le pays d'où elles proviennent, qui plus est avec une somme conséquente, est simplement inacceptable.

Mais c'est une polémique dans laquelle je ne rentrerai pas plus avant. Cauchemardez seul dans votre démagogie dégoulinante.

Ecrit par : damocles | 06.12.2007

Censurez-moi si vous n'êtes pas en mesure d'affronter la contradiction mais n'écrivez pas n'importe quoi en me prêtant des propos que je n'ai pas tenus :
1) je n'ai insulté personne (ni les otages, ni qui que ce soit)
2) je n'ai à aucun moment comparé la situation d'I. Betancourt avec celle de qui que ce soit. Je n'ai parlé que de l'attitude de N.Sarkozy

Vous considérez visiblement que ce que vivent les clandestins est:
1) légal et humainement acceptable
2) en tout état de cause de leur faute

C’est votre point de vue et je ne le partage pas. Je pense que la façon de procéder de N.Sarkozy et de son gouvernement est indigne. Je ne vois pas en quoi cela constitue de la "démagogie dégoulinante".
Par contre, faire croire qu'il y a un problème d'immigration en France et que le résoudre résoudrait tous les autres problèmes, ça c'est de la démagogie.

Ecrit par : RST | 06.12.2007

A mon tour de vous demander à quel moment je parle du problème de l'immigration, et du rapport avec les problèmes du pays. Par contre je maintiens que quiconque s'introduit délibéremment dans un pays souverain au mépris de ses lois est responsable des conséquences de cet acte.

Quant au fait de vous censurer, cela n'arrivera pas. Je finirai sans doute par contre par me taire moi-même, lassé par ces polémiques qui auraient plus lieu d'être si mes idées n'étaient pas représentées politiquement... or elles le sont, comme vous le savez, et beaucoup mieux que je ne le ferai jamais.

Ecrit par : damocles | 06.12.2007

Si effectivement ce que vous attendez de ceux qui sont au pouvoir (et défendent vos idées politiques) c'est qu'ils s'occupent d'I.Betancourt alors vous êtes comblé.

Ecrit par : RST | 06.12.2007

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