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30.11.2007

NICOLAS SARKOZY ET LE POUVOIR D'ACHAT

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Record d'audience hier soir pour l'intervention de Nicolas Sarkozy à propos du pouvoir d'achat : 19 millions de téléspectateurs, annonce lefigaro.fr. Un score à la hauteur de l'attente des français dans ce domaine.

Les propositions du Président peuvent être regroupées dans quatre ensembles distincts, ainsi que le font lesechos.fr, dont je trouve le compte-rendu à la fois succinct et clair :

- Déblocage exceptionnel de la participation :

Le chef de l'Etat a annoncé le déblocage exceptionnel de la participation dans la limite de 10.000 euros par salarié. La mesure sera temporaire et les montants ne seraient pas imposés. En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, avait autorisé un déblocage exceptionnel. Les partenaires sociaux ne devraient pas être favorables à cette mesure. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, qui n'ont pas l'obligation de verser de la participation, les chefs d'entreprise pourront verser une prime, qui sera alors exonérée de charges sociales. 

- Paiement des jours de RTT non pris :

Nicolas Sarkozy a annoncé la possibilité, pour les salariés disposant de jours de RTT, de négocier directement avec leur employeur, probablement à compter du 1er janvier 2008, le paiement de ces journées. Cela constitue un changement majeur, de telles mesures étant en général soumises à un accord collectif d'entreprise. Le paiement par les employeurs des jours de congé ou de RTT stockés sur un compte épargne temps (CET), assorti d'une exonération totale de charges salariales et patronales, pourrait également être ouvert. Cette nouvelle « niche » inciterait les entreprises à un versement d'argent auquel elles rechignent souvent. Pour les fonctionnaires, les heures supplémentaires seraient payées, « comme dans le privé », 125 % des heures normales et la monétisation des RTT serait également possible. Nicolas Sarkozy souhaite aussi une négociation pour régler le stock d'heures supplémentaires.

 - Indexation des loyers sur l'inflation et suppression de la caution :

La révision annuelle du loyer en cours de bail dans le parc privé sera désormais indexée sur l'indice des prix à la consommation et non plus sur l'indice de référence des loyers (IRL), composé, lui, à 60 % de l'indice des prix à la consommation, à 20 % de l'indice du coût de la construction (ICC) et à 20 % de l'indice des prix des travaux d'entretien et d'amélioration du logement. C'est une deuxième étape après la mise en place, depuis le 1er janvier 2006, de l'IRL, dont la vocation était, déjà, d'amortir les hausses de loyer, jusqu'alors indexées sur le seul ICC. Au deuxième trimestre de cette année, l'IRL a révisé les loyers de + 2,76 %, contre + 5,05 % selon l'indice du coût de la construction. Pour les quelque 6,5 millions de locataires du parc privé, l'économie avoisinerait actuellement 150 euros par an pour un loyer mensuel de 1.000 euros. Les propriétaires, en revanche, pourraient protester contre la perte de rentabilité de leur investissement. Nicolas Sarkozy veut aussi limiter le dépôt de garantie, lors de la location d'un logement, à un mois de loyer, et supprimer la caution en créant un système de mutualisation public. Ces mesures entreraient en vigueur dès le début 2008. 

- Dérogation aux 35 heures contre des augmentations de salaires :

Les entreprises pourront déroger aux accords de branche sur les 35 heures à condition d'octroyer des augmentations de salaires et sous réserve d'accord majoritaire. Dans les branches où il n'y aurait pas de négociations salariales, les allégements de charges seraient remis en cause.

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Pour commenter ces mesures et la prestation télévisuelle de Nicolas Sarkozy, je vous renvoie à l'édito de Nicolas Barré ce jour dans lefigaro.fr intitulé "Réformes, Acte II", dont voici la retranscription intégrale :

Avec Nicolas Sarkozy, une réforme en cache toujours une autre. Après avoir mis celle des régimes spéciaux de retraite sur de bons rails, il s’est attaqué hier à un autre tabou français, et pas des moindres, en annonçant la fin des 35 heures.

Loin de marquer une pause dans le rythme de son action, le président de la République a ainsi choisi au contraire de traiter pratiquement de front les deux dossiers sociaux les plus symboliques d’un modèle social français à bout de souffle depuis une génération. Deux dossiers qui, en quelque sorte, conditionnent tous les autres tant ils concentrent de passion.

Ainsi, l’acte II des réformes économiques et sociales est lancé. Aux partenaires sociaux qu’il recevra à l’Élysée à la mi-décembre, il ne propose rien moins que de fixer l’agenda social de l’année prochaine. Il sature le calendrier de rendez-vous lourds pour parler d’allégements de charges, de travail le dimanche, de retraite, de formation professionnelle, de contrat de travail, de représentativité des syndicats et l’on en passe. Parler, mais surtout agir, c’est-à-dire fixer les principes des réformes, tracer les lignes rouges, négocier le reste et légiférer si les acteurs sociaux ne parviennent pas à se mettre d’accord.

Quand d’autres auraient choisi de donner du temps au temps, il répond en substance que les réformes ont déjà trop attendu. On attendait le président de la République sur les gestes qu’il aurait pu faire pour doper immédiatement le pouvoir d’achat, il n’en a rien été. La ligne Fillon, celle d’une gestion rigoureuse de nos finances publiques, l’a heureusement emporté : « Il n’y a pas d’argent dans les caisses. »

Il a résisté à la tentation classique « d’ouvrir les vannes », péché français récurrent qui a plongé notre pays dans la situation que l’on connaît : trop de déficit, trop de dette, trop de dépenses publiques. Et, au bout du compte, pas assez de croissance. Les Français ne sont pas dupes : ce n’est pas en procédant à plus de redistribution – la France est déjà championne en la matière – que l’on résoudra durablement quoi que ce soit. Il est donc clair qu’il faut aller chercher ailleurs que dans des marges de manœuvre inexistantes les leviers de l’accroissement du pouvoir d’achat. Ailleurs, c’est-à-dire dans la libération de l’économie, dans le renforcement de la concurrence et, surtout, dans la sortie des 35 heures.

En parlant de revalorisation du travail plus que de pouvoir d’achat, piège dans lequel il s’était laissé enfermer, le chef de l’État a renoué avec la rhétorique qui lui avait réussi pendant la campagne électorale. Certes, il reconnaît qu’il y a « un problème de pouvoir d’achat ». Certes, il verse facilement dans le volontarisme – c’est sa tendance naturelle – en se faisant fort d’obtenir des baisses de prix dans les grands magasins.

Mais le cœur du message est ailleurs : sans croissance, c’est-à-dire sans quantité de travail supplémentaire dans l’économie, il est illusoire de prétendre augmenter le pouvoir d’achat. Les 35 heures avaient bridé l’évolution des salaires dans notre pays depuis la fin des années 1990, leur remise en question doit permettre de sortir d’une logique malthusienne du travail et des revenus. C’est un pari sur le travail et la croissance.

Nicolas Barré

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Et puisqu'il est ici question à la fois de finances et de Nicolas Sarkozy et que j'ai l'esprit mutin, au risque de mettre à mal la réputation de ce blog, je ne peux m'empêcher de vous livrer la dernière blague anti-sarkozyste rencontrée au détour d'un commentaire du blog de Christophe Barbier. J'avoue sans peine qu'elle m'a fait bien rire - d'autant que je ne crois pas une seconde au caractère plausible de la chute. Mais pour une fois, les détracteurs du Président se sont donnés du mal, et franchement, cela change.

La scène se passe dans une école française, aux Etats-Unis. L'institutrice présente à la classe un nouvel élève : Sakiro Suzuki. Le cours commence. L'institutrice :

- Bon, voyons qui maîtrise l'histoire de la culture franco-américaine. Qui a dit : "donnez moi la liberté ou la mort" ?

Pas un murmure dans la salle. Suzuki lève la main :

- Patrick Henry, 1775, à Philadelphie.

L'institutrice :

- Très bien Suzuki ! Et qui a dit : "l'état est le peuple, le peuple ne peut pas sombrer" ?

Suzuki lève la main :

- Abraham Lincoln, 1863, à Washington.

L'institutrice :

Excellent Suzuki ! Maintenant, qui a dit "Je vous ai compris" ?

Suzuki lève la main et dit :

- Charles de Gaulle !

L'institutrice regarde les élèves et dit :

- Honte à vous ! Suzuki est japonais et il connaît l'histoire française et américaine mieux que vous !

On entend alors une petite voix au fond de la classe :

- Allez tous vous faire f ..., connards de japonais !

- Qui a dit ça ? s'insurge l'institutrice.

Suzuki lève la main et sans attendre dit :

- Général Mc Arthur 1942 au canal de Panama, et Lee Iacocca en 1982 lors de l'assemblée générale de Général Motors.

Dans la classe plongée dans le silence, on entend un discret :

- Y'm'fait vomir ...

L'institutrice hurle :

- Qui a dit ça ?

Et Suzuki répond :

- Dominique de Villepin au Ministre de l'Intérieur pendant un dîner officiel à Paris en 2006.

Un des élèves se lève alors et crie :

- Pomp'moi l'gland !!!

Et Suzuki, sans sourciller :

- Bill Clinton à Monica Lewinsky en 1997 dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington.

Un autre élève lui hurle alors :

- Suzuki, espèce de merde !

Et Suzuki :

- Valentino Rossi, 2002 lors du Grand Prix moto en Afrique du Sud.

La salle tombe littéralement dans l'hystérie, l'institutrice perd connaissance, la porte s'ouvre et le directeur de l'école apparaît :

- Merde, je n'ai encore jamais vu un bordel pareil !

Et Suzuki :

- Jean-Claude Junker à Bruxelles en examinant les finances de la France sous Sarkozy.

29.11.2007

CANDIDE... ?

Très peu de temps pour bloguer ces derniers jours. Au moins, cela laisse à chacun le temps de réviser ses classiques... Comme par exemple les dernières lignes du Candide de Voltaire. Toujours aussi instructif.

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Il y avait dans le voisinage un derviche très fameux, qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie ; ils allèrent le consulter ; Pangloss porta la parole, et lui dit : « Maître, nous venons vous prier de nous dire pourquoi un aussi étrange animal que l'homme a été formé.

-- De quoi te mêles-tu ? dit le derviche, est-ce là ton affaire ?

-- Mais, mon Révérend Père, dit Candide, il y a horriblement de mal sur la terre.

-- Qu'importe, dit le derviche, qu'il y ait du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse envoie un vaisseau en Égypte, s'embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont à leur aise ou non ?

-- Que faut-il donc faire ? dit Pangloss.

-- Te taire, dit le derviche.

-- Je me flattais, dit Pangloss, de raisonner un peu avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l'origine du mal, de la nature de l'âme et de l'harmonie préétablie. »

Le derviche, à ces mots, leur ferma la porte au nez.

Pendant cette conversation, la nouvelle s'était répandue qu'on venait d'étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu'on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu'on venait d'étrangler.

« Je n'en sais rien, répondit le bonhomme, et je n'ai jamais su le nom d'aucun muphti ni d'aucun vizir. J'ignore absolument l'aventure dont vous me parlez ; je présume qu'en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu'ils le méritent ; mais je ne m'informe jamais de ce qu'on fait à Constantinople ; je me contente d'y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. »

Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu'ils faisaient eux-mêmes, du kaïmac piqué d'écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka qui n'était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.

« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ?

-- Je n'ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice, et le besoin. »

Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin :

« Ce bon vieillard me paraît s'être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l'honneur de souper.

-- Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ; Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d'Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l'empereur Henri IV ? Vous savez...

-- Je sais aussi, dit Candide, qu'il faut cultiver notre jardin.

-- Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l'homme fut mis dans le jardin d'Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu'il travaillât, ce qui prouve que l'homme n'est pas né pour le repos.

-- Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. »

Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n'y eut pas jusqu'à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide :

« Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l'amour de Mlle Cunégonde, si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches.

-- Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »

25.11.2007

Cavada: « J’ai épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou »

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Je fais partie de ceux qui ont mieux compris le monde dans lequel ils grandissaient grâce à "la Marche du Siècle" : j'ai donc toujours eu un préjugé positif envers Jean-Marie Cavada, qu'a sensiblement refroidi pour autant son engagement auprès d'un François Bayrou dont on ne rappellera jamais assez la démagogie fascisante lors de la dernière campagne présidentielle.

Reconnaissons à Cavada d'être resté fidèle jusqu'au bout : quand Hervé Morin, Maurice Leroy, et d'autres du premier cercle désertaient le Tractophile de service, lui demeurait. J'ai dans le souvenir une émission de rentrée, un "Mots Croisés" je crois, durant lequel il partageait le plateau avec Vincent Peillon, Laurent Wauquiez, et Alain Finkielkraut (entre autres). Je m'étais surpris maintes fois à applaudir à la clarté des propos, mais aussi de l'engagement, de Jean-Marie Cavada... et donc, par voie de fait, à regretter qu'il ne mette pas sa compétence au service de la majorité.

Grâce apparemment aux obstinations de François Bayrou, mon voeu secret d'alors semble exaucé : c'est sous les couleurs de l'UMP que Jean-Marie Cavada va se présenter aux prochaines échéances municipales. Ce faisant il confirme, au passage, l'impossibilité fatale à laquelle sont confontés tous ceux qui tentent une collaboration efficace avec François Bayrou. Oui, ainsi qu'il le sous-entendait souvent lors de sa campagne présidentielle, sourire en coin à l'appui, François Bayrou est définitivement un anti-Sarkozy : quand ce dernier rassemble et fédère, l'autre répulse ; quand Sarkozy attire les compétences et les propositions de collaboration, Bayrou les effraye, ou les disperse.

Jean-Marie Cavada s'explique quant à sa décision dans l'interview ci-dessous, lu sur lefigaro.fr.

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LE FIGARO. – L’UMP vous propose de conduire la liste de la majorité dans le XIIe arrondissement de Paris depuis juillet. Avez-vous pris votre décision définitive ?

Jean-Marie CAVADA. – Oui. J’ai accepté la proposition de l’UMP. En juillet, j’étais chargé d’organiser le forum des démocrates du MoDem, dont l’ambition me convenait. Je suis un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon. Pour moi, la France dans l’Europe est la seule réponse possible à la mondialisation, à condition de ne pas se crisper sur le passé. Il est clair que les pays qui s’adaptent résistent mieux à la mondialisation. Ceux qui se crispent souffrent beaucoup plus. Il faut rassembler les énergies nationales autour de réformes justes et aider à les négocier équitablement. François Bayrou l’a dit durant la campagne présidentielle, mais c’est Nicolas Sarkozy qui fait bouger la France. Il est allé chercher les meilleurs pour réussir les réformes que nous aurions dû faire il y a trente ans. Toutes les lignes politiques et syndicales bougent, jusqu’à la CGT. Et pendant qu’il agit, certains attendent son échec, tout en spéculant sur l’affaiblissement de la gauche pour la croquer. Moi, je ne veux pas bâtir une carrière politique sur les ruines de mon pays.

Le reproche vise-t-il François Bayrou ?

François Bayrou a un programme romantique, mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. S’il avait voulu que ses idées prévalent, iI aurait pu négocier une alliance de gouvernement sur la base d’un programme minimal : relance de l’Europe, revalorisation des bas salaires, priorité à l’éducation, la culture et la recherche, et introduction de la proportionnelle pour garantir un soutien plus large aux réformes. Il s’y est refusé.

Allez-vous rejoindre le Nouveau Centre ?

Non. J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines, et par fidélité aux militants. Lors de la création du MoDem, je pensais que les zones de faiblesse de cette formation pouvaient être corrigées collectivement, pas en catimini. Mais aujourd’hui, j’ai épuisé tous les recours de la loyauté. Je refuse que les militants de l’UDF-MoDem soient sacrifiés aux négociations municipales ou à l’échéance présidentielle de 2012. Le prochain du MoDem doit selon moi répondre à deux exigences : faire en sorte que l’arrivée des nouveaux adhérents ouvre enfin des débats collectifs et ne jette pas par-dessus bord les Européens que sont les UDF, et instaure enfin la démocratie interne.

Vous considérez-vous toujours comme un membre du MoDem ?

Oui. Je vais conduire une liste de candidats de rassemblement soutenue par l’UMP, mais aussi par des personnalités venues d’ailleurs. À ceux qui menacent de m’exclure, je rappelle que les adhérents et les sympathisants du MoDem parisien, notamment, demandent des primaires. Pourquoi des accords de premier tour avec la droite ou la gauche seraient-ils possibles à Bordeaux, à Saint-Brieuc, à Dijon ou à Pau, où François Bayrou lui-même est tête de liste, et pas à Paris ? Au temps de sa splendeur paisible, Bayrou disait que les municipales ne peuvent pas être assimilées à un scrutin national, ce qui permettait en effet de faire alliance avec les meilleurs. Je suis toujours sur cette position, à une condition : qu’on fasse tomber les masques. Les électeurs du MoDem doivent savoir pour qui ils voteront en réalité au deuxième tour si les candidats qui sont en tête de listes arrivent en troisième position. Seront-ils appelés à voter pour Bertrand Delanoë et l’union PS-Verts, ou pour les membres de la majorité et les quelques éléments de la gauche qui se rassemblent autour de Françoise de Panafieu ? J’appelle les militants du MoDem à réclamer cette clarification dès avant le premier tour. S’ils ne l’obtiennent pas, cela voudra dire que les candidats de leur parti se vendront au plus offrant. Ce sera de la politicaillerie.

Le MoDem affirme que c’est Nicolas Sarkozy qui vous a convaincu d’accepter la proposition de l’UMP, en vous promettant en contrepartie une place au gouvernement. Est-ce le cas ?

J’ai effectivement vu Nicolas Sarkozy le 9 novembre, mais il ne m’a pas promis de ministère ! Pour tout vous dire, il m’avait fait une proposition gouvernementale entre les deux tours de la présidentielle, et je l’avais déclinée. Je l’ai d’ailleurs dit à François Bayrou. Lors de mon dernier entretien avec le président de la Ré­publique, nous avons parlé d’Eu­rope. Je lui ai demandé que l’immigration fasse partie des priorités de la présidence française de l’Union, et il m’a répondu oui. Nous avons aussi évoqué les municipales. Il ne m’a pas fait de demande pressante, mais il m’a expliqué que le XIIe était un arrondissement stratégique. Je lui ai dit que j’y réfléchirai. Aujourd’hui, ma décision est prise.

Allez-vous prendre Christine Lagarde comme deuxième de liste ?

Je la connais très peu, mais j’apprécie qu’elle accepte de renoncer au Havre, où son avenir était quasiment assuré, pour venir mener un combat difficile à Paris. C’est un honneur de l’avoir à mes côtés.

23.11.2007

Les trois leçons d’une grève, par Paul-Henri du Limbert

C'est fait. Pourtant quand on en parlait, début 2007, les socialistes et l'extrême-gauche riaient, sûrs de leur expérience (autant de victoires que de bras de fer sociaux). Plus récemment, tous disaient encore que c'était impossible, qu'ils l'auraient, qu'ils le feraient plier lui comme les autres, parce que c'était la tradition et qu'il n'y avait pas de raison que lui fasse exception. Souvenez-vous, c'était il y a moins d'un mois, le 26 octobre :


 

Eh bien... non. L'histoire a connu un bug. Une nouvelle ère s'annonce, pas celle d'un eldorado ni d'une utopie, juste celle d'un état de droit, où les réformes sont - enfin - possibles. Bilan d'une semaine de grève, sous la plume leste de Paul-Henri du Limbert dans lefigaro.fr.

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Les trois leçons d’une grève

Ils étaient déterminés, mais lui l’était plus encore. Les jours passant, les cheminots ont dû se rendre à l’évidence, Nicolas Sarkozy ne céderait pas. Et il n’a pas cédé. Alors, doucement mais sûrement, ils ont renoncé à un combat que les Français réprouvaient.

À l’heure où trains et métros recommencent à rouler, on peut tirer trois leçons de la première grande épreuve du mandat présidentiel. D’abord, Nicolas Sarkozy n’est pas un «tigre de papier». Ça et là, quelques-uns assuraient que la rupture n’était qu’une posture. Un slogan qui sert à gagner les élections et que l’on remise sitôt élu. Mais le chef de l’État fait partie de cette génération d’hommes politiques qui ont été trop longtemps bercés par la petite musique entêtante du renoncement. Leurs aînés, de droite comme de gauche, se contentaient le plus souvent d’établir le diagnostic des maux de la société française. Le diagnostic, pas le traitement. Lui a décidé de s’intéresser au traitement ; et le traitement, c’est la rupture. La «feuille de soins» a été proposée aux Français en mai dernier, et elle ne leur a pas donné le vertige. Dès lors, pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il flanché devant les 500 000 bénéficiaires des régimes spéciaux ? Il était sûr de son bon droit et l’opinion était avec lui.

La deuxième leçon, c’est que la partie remportée face aux cheminots peut faciliter les réformes à venir. On le sait, le chef de l’État promet bien d’autres débats fracassants : sur l’amaigrissement du secteur public, sur la réduction des déficits budgétaires, sociaux, et sur tous ces «particularismes» qui font que la France n’est pas un pays comme les autres, pour son bien parfois, pour son mal souvent.

Si la réforme des régimes spéciaux – « la mère des réformes », disait-on – a pu convaincre l’opinion que tout devait changer dans ce pays, elle aura grandement servi les desseins du chef de l’État. Réputés coriaces, les cheminots ont dû céder. Instruits par l’expérience, les membres des autres corporations de la société française oseront-ils tenter le bras de fer ? Certains rétorqueront qu’il y a grand péril à s’attaquer à tous les bastions. Peut-être, mais si les bastions se mettent à douter du bien-fondé de leur combat­ ?

D’autant plus, et c’est la troisième leçon de ces journées de novembre, que le Parti socialiste n’a toujours pas résolu son criant problème d’opposition à Nicolas Sarkozy. Rue de Solferino, on en a entendu beaucoup qui critiquaient la « méthode » du président de la République mais très peu qui dénonçaient la réforme elle-même. Vieille et vaine tactique. On est d’accord avec l’adversaire mais on n’ose pas l’avouer ; on use d’arguments qui sonnent faux et on ne convainc personne. Cette attitude n’a pas échappé aux Français, assez avertis de la chose politique pour comprendre que lorsque la gauche biaise, tergiverse et ratiocine, c’est qu’elle est d’accord avec la droite. L’« hyperprésident » attend toujours son «hyperopposition». Pour l’instant, il ne voit rien venir…

« Regardez les jeunes gens… », par Louis Aragon


  • Regardez les jeunes gens avec ce qu’ils traînent
  • La superstition qui s’attache à leurs pas
  • Comme une branche morte et comme à la carène
  • D’un bateau démâté le chant de la sirène
  • Contre quoi rien ne sert boussole ni compas
  • Regardez ces jeunes gens Qu’est-ce qui les pousse
  • Comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds
  • Ils n’avaient après tout de neuf que la frimousse
  • Eux qui faisaient tantôt les farauds ils vont tous
  • Où les songes d’enfance à la fin se défont
  • Bon Dieu regardez-vous petits dans les miroirs
  • Vous avez le cheveu désordre et l’œil perdu
  • Vous êtes prêts à tout obéir tuer croire
  • Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs
  • On vous solde à la pelle et c’est fort bien vendu
  • Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte
  • De matériel courant de brique bon marché
  • Avec vous pas besoin d’y aller de main morte
  • Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent
  • Quand je pense à ce qu’ils disaient avant l’épreuve
  • La superbe l’éclat le refus claironné
  • Cette candeur de feu cette exigence neuve
  • Pile ou face à tout bout de champ qu’il vente ou pleuve
  • Pour un oui pour un nom toute la destinée
  • Et puis je les rencontre après les ans d’orage
  • Dans cette face éteinte où flambe le défi
  • Qu’ont-ils feint qu’ont-ils fui quels affronts quels outrages
  • Pour tomber dans quel gouffre et subir quel naufrage
  • Quelle faim leur a fait cette biographie

Louis Aragon (1897-1982), Le Roman Inachevé, 1956

22.11.2007

L’histoire impossible de la modernisation de nos universités, par Flamant Rose

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De 1986…à nos jours, ou l’histoire impossible de la modernisation de nos universités

On sait que la vigueur de l’économie française des années futures dépend essentiellement de l’ampleur et de la qualité de l’effort de formation et de recherche qui sera entrepris. L’existence même de notre économie va dépendre de notre capacité d’innovation. Au RPR nous disions déjà cela  il y a vingt ans dans un document que nous avions rendu public, « libre et responsable ». Le problème est toujours d’actualité puisque rien n’a changé depuis les mouvements étudiants de 1986 consécutifs au projet de loi Devaquet qui voulait déjà donnait l’autonomie aux universités. A l’époque les quatre leaders étaient :

  • Julien Dray, ancien vice président de l’UNEF-ID créateur de la gauche socialiste. Il est un proche de Jean Luc Mélenchon.
  • Philippe Darriulat, ancien président de l’UNEF-ID, aujourd’hui au parti socialiste courant NPS et collaborateur de Henri Emmanuelli dont il est un ancien directeur de cabinet.
  • Isabelle Thomas, ancienne vice présidente de l’UNEF-ID, conseiller de François Mitterrand et aujourd’hui cadre du parti socialiste. Elle a été dans tous les divers courants du PS. Aujourd’hui au NPS.
  • David Assouline, ancien porte parole de la coordination étudiante en 1986. Sa carrière politique commence à l’extrême gauche. Il est aujourd’hui sénateur du PS courant NPS.

Aujourd’hui les problèmes sont les mêmes qu’à l’époque. En effet, il n’est pas d’économie moderne sans société moderne et l’innovation technologique sera de peu d’effet si elle ne s’accompagne pas d’une révolution des mentalités, d’une adaptation progressive des hommes et des femmes aux données culturelles, aux logiques intellectuelles et aux méthodes de travail de demain. Autant que les prouesses de quelques uns dans les secteurs de pointe, c’est la formation réussie de tous qui, déterminera notre avenir.

Le système éducatif est bien loin de donner aux jeunes une formation adaptée à ce que les employeurs d’aujourd’hui et plus encore de demain attendent et attendront d’eux. Il y a à l’intérieur de nos universités une tradition à la fois platonicienne et marxisante, idéaliste et critique, de méfiance à l’égard de tout ce qui touche à la production capitaliste. Il y a surtout l’incroyable rigidité bureaucratique d’un système centralisé et clos sur lui même, incapable de répondre avec souplesse et diversité aux attentes et aux besoins variés d’une économie durement exposée. 

La recherche connaît des problèmes qui, pour être distincts, n’en ont pas moins une profonde parenté avec ceux de l’éducation. La aussi on constate une organisation rigide et centralisée, des garanties statutaires stérilisantes, des établissements universitaires paralysés par les textes dans leurs efforts pour mettre leurs capacités de recherche au service de l’appareil productif. Orgueil des sociétés libérales, américaine ou allemandes, où les fondations autonomes et les instituts libres n’occupent qu’une place marginale dans l’activité nationale de recherche.

De ces contre-performances, nous sommes en réalité tous responsables. Le discours idéologique de la gauche et la ténacité des syndicats de l’éducation nationale, ainsi que l’UNEF ont, à coup sûr, fortement contribué à la naissance et au développement de cette formidable contre-société dédaigneuse des  attentes réelles de la société et soustraite par un centralisme bureaucratique poussé jusqu’à l’extrême aux contraintes et aux pesanteurs de la société réelle. 

Le discours éducatif de la gauche, tel qu’il avait été initialement formulé à la libération par le plan Langevin-Wallon, n’était sérieusement contesté par personne. Nulle part on ne mettait en doute la légitimité de la centralisation administrative et de l’uniformisation des établissements. Nulle part on ne contestait les vertus présumées de l’allongement indéfini de la scolarité et du refus de toute sélection, à quelque niveau que ce soit de l’enseignement secondaire voire supérieur.

Pendant plusieurs décennies jusqu’au milieu des années 80, la réduction et l’accumulation des moyens ont été, tous partis confondus, les maîtres mots du discours sur le système éducatif . Ce fut à coup sûr une erreur de ne pas voir que la modernisation du système exigeait une très large diffusion des responsabilités, une vigoureuses décentralisation des moyens, une diversification acceptée des programmes et des méthodes. Cette erreur a conduit à de telles aberrations que la seule sélection admise est celle de la lassitude et de l’abandon. Il aurait fallu déjà en 1986 et plus encore aujourd’hui reconnaître que les systèmes de formation les plus performants sont les plus décentralisés et les plus diversifiés.

En 1986, nous avons été faibles face à un discours dominant dont on mesure maintenant la tragique irréalité. Les derniers à pouvoir nous en faire grief sont ceux là mêmes qui ont mis à profit cette faiblesse pour assurer le règne de leurs idées fausses et de leurs mauvais principes. Aujourd’hui il faut être fort, non point pour imposer une énième et utopique réforme des filières, des cycles et de la pédagogie, mais pour modifier en profondeur les règles d’un jeu administratif aujourd’hui biseauté, et pour rendre au système éducatif, comme au système de recherche, la souplesse, la diversité, le sens des responsabilités et la capacité d’adaptation indispensables au maintien de la France dans le camp réduit des nations qui maîtriseront les techniques et les productions d’avenir.

Enfin ayons toujours à l’esprit que finalement le dernier mot revient à ceux dont on ne parle pas : Les entreprises et les recruteurs. Eux connaissent les valeurs et les spécificités de nos universités. Pas besoin de leur faire un dessin.

Flamant Rose

21.11.2007

REPRISE DES NEGOCIATIONS

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Et voilà, c'est le Grand Soir Jour... les négociations tant attendues ont enfin débuté.

eb9dd257fb8026aecdcda701cfbf7a43.jpgSauf que... il se murmure que ce matin, entre café et croissant, Bernard Thibault aurait sussuré à l'oreille de François Chérèque :

J'veux pas y'aller à ce dîner, j'ai pas l'moral, j'suis fatigué, ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas.

En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine, j'ai l'air d'une chipolata, je peux pas sortir comme ça.

Ça n'a rien à voir je les aime bien tes amis, mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.

On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi,

On appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.

15a37b9390efbeedfa86bd0e13ae74c6.jpgAinsi fut dit, ainsi fut fait. Le coup de fil fatidique est passé. Branle-bas de combat au Ministère du Travail, où Xavier Bertrand s'étrangle d'indignation, et surtout, de déception. La mort dans l'âme, déprimé, il se résoud quand même à appeler Bernard Thibault, lui-même en train de ramasser les miettes de pains au chocolat que Chérèque a dispersé dans le lit en s'esclaffant devant les bourdes d'un Louis de Funès aux prises avec des extraterrestres. Mais devant les appels au secours répétés du Ministre du Travail, Bernard Thibault comprend qu'il ne peut pas se défiler ouvertement, et entreprend de lui remonter le moral :

Si t'as besoin de moi, peu importe le problème, pour te tendre la main si les autres portes se referment, la mienne est ouverte sans question, sans conditions, faut juste s'entendre sur la date, j'ai des obligations.

Tu peux compter sur moi, quand tu veux et où que ce soit, je serai toujours là pour toi, tu peux compter sur moi, mais surtout n'oublie pas...

Faut pas que ce soit trop loin, j'prends pas l'avion j'ai trop peur, j'prends pas non plus le bateau parce que j'ai le mal de mer. Je peux venir en train mais je voyage en première, comme j'conduis pas, pour la voiture il me faut un chauffeur.

Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi.

Si tu as perdu le goût et perdu le chemin, si tu tiens à peine debout, si c'est la peine qui te tient, si tu te sens seul, si t'as besoin d'une épaule, si tu te sens mal, t'hésites pas, tu m'appelles.

Tu peux compter sur moi, quand tu veux et où que ce soit, je serai toujours là pour toi, tu peux compter sur moi, mais surtout n'oublie pas...

Le week-end ça m'arrange pas, la semaine j'suis pas trop joignable. Les vacances pourquoi pas, sauf que je coupe mon portable. Je peux je crois en juin, mais vaut mieux que je vérifie. Dimanche en huit je fais rien, ah non ! Je serai pas à Paris.

Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi.

6eb9ccaf3ab8a312fc708ddcdd7a7fe3.jpgXavier Bertrand est rassuré. Ce n'est que partie remise. Les négociations auront bien lieu. Désormais détendu, il prend même le temps de s'enquérir auprès d'un Bernard Thibault pressé de retourner sous la couette (Chérèque n'a même pas mis le film sur "pause" quand le téléphone a sonné) de l'état d'esprit de ses collègues syndicalistes, et notamment de celui de Christian Mahieux, secrétaire fédéral de Sud Rail.

" - Christian ? répond alors Bernard Thibault, ça va pas fort. La dernière fois que j'ai dîné avec lui, il m'a dit qu'

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, armé jusqu'aux dents dans un repère qu'il imagine à l'intérieur d'un volcan ou dans une base sous-marine.

Tous à mettre dans le même sac, qu'on lui parle pas de politique, c'est magouille et compagnie et qui c'est qui paye... c'est bibi ! C'est pas la vie qu'il mérite, il veut que ça change et vite, même l'amour c'est du pipo les femmes aussi c'est des salauds.

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, il aurait un rire sardonique qui inspire la terreur, pas trop sardonique quand même, parce qu'il sait pas ce que ça veut dire... quand c'est mal fait ça fait pas peur !

Alors personne serait assez fou pour le prendre de haut, les yeux il les baisserait plus, il aurait le dernier mot. On le respecterait enfin, lui ne nous détesterait plus, lui qui n'aimait que son chien, son chien d'ailleurs qu'il a perdu. Son chef de service sûrement reviendrait sur sa décision, plutôt qu'un licenciement ce serait une augmentation. Peut-être même que sa femme annulerait le divorce, et aucun juge n'aurait l'audace de le priver de ses gosses.

Il voudrait être un méchant de James Bond pour menacer la planète et soumettre le monde, armé jusqu'aux dents dans un repère qu'il imagine à l'intérieur d'un volcan ou dans une base sous-marine. "

 " - Oups, soupire alors Xavier Bertrand, c'est pas gagné alors... Bonne journée, Bernard, et fais la bise à François de ma part... "

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Pour en savoir plus sur la vie tumultueuse de Bernard, François, Xavier, Christian et les autres, n'hésitez pas à écouter la totalité de l'opus Bénabaresque.

Cette page de fiction syndicaliste vous était offerte par moi. Toute ressemblance avec des personnages existants, etc., etc.

20.11.2007

Le corporatisme saisi par le gauchisme, par Alain-Gérard Slama

Il y a quelques jours, François Hollande figurait une complaisance toute nouvelle avec l'extrême gauche - lui qui quelques mois auparavant disait ne plus croire au Grand Soir.

Dans la foulée de cette décision lourde de sens, voici une analyse d'une clarté exemplaire, je trouve, d'Alain-Gérard Slama, lue sur lefigaro.fr.

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Décidément, en ce point des grèves que l’on espère culminant, tout confirme que nous ne sommes pas en 1995. L’agitation de la rue contre le gouvernement Juppé avait été soutenue par les classes moyennes et exploitée par le PS. En novembre 2007, l’impopularité des grèves est générale, et le PS, qui ne cesse d’attendre son heure, est d’un silence assourdissant. En revanche, nous voyons la base s’obstiner à poursuivre le conflit, et l’extrême gauche se durcir. Ce peut être un baroud d’honneur, avant la reconnaissance par chacun de son intérêt bien compris. Mais ce peut être aussi un degré de plus dans l’escalade des tensions qui menace le modèle politique social français – de loin le plus fortement fragilisé en Europe, il ne faut pas se lasser de le redire, par le choc de la mondialisation.

Cette dernière hypothèse doit être prise au sérieux, dans la mesure où l’exploitation de cette situation par l’extrême gauche pourrait se révéler, à terme, beaucoup plus difficile à maîtriser que ne le fut l’opposition communiste sous la Ve République. En 1995, la prise en charge des mouvements protestataires avait transformé un rejet qui était, au départ, d’ordre idéologique en un phénomène sociologique. Il se pourrait que nous assistions aujourd’hui à un processus symétrique : la transformation d’une revendication sociologique en une contestation idéologique, exploitée par les mouvements gauchistes.

La crise de 1995 avait rendu manifestes en France la montée et la solidarité d’un corporatisme de type nouveau, consistant dans l’agrégation d’égoïsmes professionnels, ethniques et identitaires. Loin d’être révolutionnaire, cet individualisme tribal, en quête de reconnaissance et d’assistance, a condamné le pays à la prévention généralisée et à l’immobilisme. Il était conservateur d’un modèle social épuisé, voire réactionnaire. Ce processus a trouvé en partie son remède dans la prise de conscience par l’opinion de la gravité de la crise, et des réformes rendues nécessaires par la contrainte économique extérieure et par la faillite des comptes de l’État-providence. En évinçant Ségolène Royal pour cause d’irréalisme, l’élection présidentielle du printemps 2007 a confirmé l’ampleur de ce réveil, en même temps qu’elle ouvrait la perspective d’une alternance droite-gauche tempérée et régulée par les centres, alors qu’elle avait été auparavant entravée par les extrêmes.

Restait cependant une inconnue : le poids réel de l’extrême gauche, laminée par ses divisions, et par le souci du vote utile après la leçon de la présidentielle de 2002. Les élections législatives de juin ont permis d’évaluer le vote d’extrême gauche – PCF compris – à un étiage de 11 %, mais avec 40 % d’abstentions. La principale incertitude portait, et porte encore, sur la capacité des courants trotskistes – au nombre de trois ! –, des altermondialistes et des communistes à réaliser le rêve du chef de la LCR, M. Besancenot : ce dernier, fort de ses 4 % de voix au premier tour de la présidentielle, vise à rassembler à gauche de la gauche une formation comparable, voire supérieure à ce que fut le Front national dans ses beaux jours. En cas d’échec de la politique économique du gouvernement, et compte tenu de l’antilibéralisme quasi instinctif diffus dans l’opinion française, ce mouvement pourrait espérer se renforcer d’une partie des mécontents, et les entraîner dans sa haine du capitaliste et du bourgeois, de la même façon que le Front national a exploité le fond de xénophobie qui germe au cœur de toute frustration sociale.

Telle est la tactique testée en ce moment par l’extrême gauche. Celle-ci vise, en multipliant les blocages, à créer un climat de guerre civile, à la faveur duquel elle espère détourner au bénéfice de son objectif révolutionnaire les corporatismes qui paralysent le pays : titulaires de régimes spéciaux acharnés à protéger leur contrat, étudiants inquiets devant toute perspective de réforme, mal-logés et sans-logis impatients devant les lenteurs du plan Borloo.

Le principal danger qui guette la société française serait le détournement du néocorporatisme apparu en 1995, au bénéfice d’un gauchisme, dont l’idéologie, savamment banalisée, s’est emparée des sciences sociales, d’une partie de l’intelligentsia et des médias, depuis la chute du communisme, à la fin des années 1980. Tout le problème qui se pose au gouvernement est de dissocier le corporatisme et le gauchisme l’un de l’autre, et, pour cela, d’éviter le plus possible le choc frontal. Margaret Thatcher, dira-t-on, n’a pas eu peur d’une montée aux extrêmes. Mais elle est parvenue au pouvoir alors que son pays était au fond du gouffre ; l’ultrasocialisme de Tony Benn, l’idéologue du gouvernement travailliste Callaghan, était totalement discrédité, et elle avait à affronter des syndicats forts.

Dans la situation française actuelle, l’opposition radicale vient moins des syndicats que de leurs bases les plus radicales manipulées par l’extrême gauche. Malgré l’impopularité de la grève, le risque de blocage par ces bases est si lourd qu’il inquiète la CGT elle-même : son secrétaire général, Bernard Thibaud, ancien cheminot, se heurte de la part de SUD-rail à une opposition d’une violence qui donne la mesure du péril. Rarement virage aura été plus difficile à prendre. À sa sortie, la réforme des règles de la représentativité syndicale et le secret des votes de fin de grève seront à instaurer d’urgence.

19.11.2007

Discours de Steve Jobs aux étudiants de Stanford, le 12 juin 2005

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Challenges a décidé de mettre Steve Jobs en couverture de son n° 100. La rédaction s'en explique ainsi :

D’abord il y a eu l’idée. Fêter le centième numéro de notre hebdo en déclinant 100 mythes de ces 25 dernières années, puisque Challenges est né à l’automne 1982. Et puis il y a eu la sélection : décliner ces mythes en dix chapitres, choisir à chaque fois les dix évènements, dix patrons, dix villes, dix pubs… cultes qui ont jalonné ce quart de siècle. Et c’est là que Steve Jobs s’est imposé.

Sans que nous l’ayons programmé, Apple apparaissait partout : pour ses produits d’abord - plutôt trois fois qu’une, avec le Macintosh, l’iPod et le tout prochain iPhone ; pour sa pub Think different aussi, qui a marqué toute une génération ; pour son patron évidemment dont le discours de juin 2005 aux étudiants de Stanford est LE texte à lire et à faire lire au moment d’entrer dans la vie (voir ci-dessous) ; et pour son incroyable retour il y a dix ans à la tête de l’entreprise qu’il avait fondée en 1976, et qui l’avait chassé en 1985.

Pour ma part, sans être un inconditionnel de Steve Jobs - que je connaissais surtout pour "l'ensemble de son oeuvre", à dire vrai - j'apprécie ici l'authenticité de son regard rétrospectif. Et puis je savoure de plus en plus la mise en perspective des tranches de vie. Ce doit être l'âge. J'entendais l'autre jour Gonzague Saint Bris sur Europe 1 dire que l'on devrait lire des romans jusqu'à 30 ans, puis ensuite seulement des autobiographies. Il y a du vrai là-dedans... même si celui qui m'empêchera de lire des romans n'est pas né.

Quoi qu'il en soit, je trouve qu'il y a toujours quelque chose à dégager d'une vie que conte son personnage principal, que ce soit par la négative, s'il s'abuse lui-même de façon évidente, ou au contraire par la faculté qu'il a en à avoir retenu les leçons. Au travers des trois expériences qui jalonnent ici son discours - la naissance, le succès et l'échec, qu'il confond étrangement, et la mort - c'est une silhouette encore malléable de la condition humaine qu'y dessine Steve Jobs. On peut alors s'identifier à son esquisse, l'admirer, la mépriser, la rejeter même... mais il me semble que l'on en tire toujours quelque chose.

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Discours de Steve Jobs aux étudiants de Stanford, le 12 juin 2005

« C'est un honneur de me trouver parmi vous aujourd'hui et d'assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n'ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n'ai même jamais été témoin d'une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd'hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C'est tout. Rien d'extraordinaire. Juste trois expériences.

La première concerne les incidences imprévues. J'ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j'y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n'ai-je pas poursuivi ?

Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu'ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d'attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit : « Nous avons un petit garçon qui n'était pas prévu. Le voulez-vous ? » Ils répondirent : « Bien sûr. » Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n'avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n'avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d'adoption et ne s'y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j'irais à l'université.

Dix-sept ans plus tard, j'entrais donc à l'université. Mais j'avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n'en voyais toujours pas la justification. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n'imaginais pas comment l'université pouvait m'aider à trouver ma voie. J'étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c'est un des meilleurs choix que j'aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j'abandonnais les matières obligatoires qui m'ennuyaient pour suivre les cours qui m'intéressaient.

Tout n'était pas rose. Je n'avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m'offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l'avenir. Laissez-moi vous donner un exemple : le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n'avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m'inscrire en classe de calligraphie. C'est ainsi que j'appris tout ce qui concernait l'empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d'une typographie. C'était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J'étais fasciné.

Rien de tout cela n'était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l'incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d'une typographie élégante. Si je n'avais pas suivi ces cours à l'université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s'est borné à copier le Mac, il est probable qu'aucun ordinateur personnel n'en disposerait. Si je n'avais pas laissé tomber mes études à l'université, je n'aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n'auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j'étais à l'université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

On ne peut prévoir l'incidence qu'auront certains événements dans le futur ; c'est après coup seulement qu'apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu'ils joueront un rôle dans votre avenir. L'essentiel est de croire en quelque chose - votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

Ma deuxième histoire concerne la passion et l'échec. J'ai eu la chance d'aimer très tôt ce que je faisais. J'avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d'Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d'affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d'avoir 30 ans.

C'est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d'une société que vous avez créée ? C'est bien simple, Apple ayant pris de l'importance, nous avons engagé quelqu'un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l'entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d'administration s'est rangé de son côté. C'est ainsi qu'à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d'être de ma vie n'existait plus. J'étais en miettes.

Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J'avais l'impression d'avoir trahi la génération qui m'avait précédé - d'avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C'était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j'ai peu à peu compris une chose - j'aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m'était arrivé chez Apple n'y changeait rien. J'avais été éconduit, mais j'étais toujours amoureux. J'ai alors décidé de repartir de zéro.

Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d'Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l'une des périodes les plus créatives de ma vie.

Pendant les cinq années qui suivirent, j'ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d'une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d'animation en trois dimensions, Toy Story, est aujourd'hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd'hui la clé de la renaissance d'Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.

Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c'est mon amour pour ce que je faisais qui m'a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l'on aime et qui l'on aime. Le travail occupe une grande partie de l'existence, et la seule manière d'être pleinement satisfait est d'apprécier ce que l'on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C'est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s'améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu'à ce que vous trouviez.

Ma troisième histoire concerne la mort. A l'âge de 17 ans, j'ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s'il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m'est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant : « Si aujourd'hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j'aimerais faire ce que je vais faire tout à l'heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j'ai besoin de changement.

Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j'ai découvert de plus efficace pour m'aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout - tout ce que l'on attend de l'extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l'échec - s'efface devant la mort, ne laissant que l'essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d'éviter le piège qui consiste à croire que l'on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.

Il y a un an environ, on découvrait que j'avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j'étais atteint d'une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu'était le pancréas. Les médecins m'annoncèrent que c'était un cancer probablement incurable, et que j'en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.

J'ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m'a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l'estomac et l'intestin. J'étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m'a raconté qu'en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j'avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m'a opéré et je vais bien.

Ce fut mon seul contact avec la mort, et j'espère qu'il le restera pendant encore quelques dizaines d'années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n'était pour moi qu'un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n'ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n'y a jamais échappé. Et c'est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C'est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l'ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l'ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d'être aussi dramatique, mais c'est la vérité.

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n'est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d'autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L'un et l'autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog, l'une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d'ici, à Menlo Park, et il l'avait marquée de sa veine poétique. C'était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l'édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C'était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d'idées épatantes.

Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog. Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C'était au milieu des années 1970, et j'avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d'une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l'auto-stop si vous avez l'esprit d'aventure. Dessous, on lisait : « Soyez insatiables. Soyez fous. » C'était leur message d'adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C'est le vœu que j'ai toujours formé pour moi. Et aujourd'hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d'une nouvelle vie, c'est ce que je vous souhaite. Soyez insatiables. Soyez fous.

Merci à tous.»