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10.09.2007

LA LETTRE DE NICOLAS SARKOZY AUX ENSEIGNANTS

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Sur le blog de Christophe Barbier, une amie et co-blogueuse enseignante, Guenièvre, s'est exprimée à propos de la lettre que Nicolas Sarkozy a envoyée aux enseignants de la République. Je reproduis ci-dessous son analyse - sans son autorisation, j'espère qu'elle me pardonnera - partant du principe que rien ne remplace un regard autorisé sur la question. Or j'apprécie particulièrement la clarté de celui de Guenièvre.

Je viens de lire la « lettre aux enseignants » de Nicolas Sarkozy. « Grands principes et clichés » lit-on dans Libération. Et, bien sûr , levée de bouclier chez les syndicats. Ces réactions négatives sont désolantes, cette critique systématique est non seulement puérile mais elle est lassante et contre-productive.

J’ai trouvé ce texte très beau, loin de toute idéologie, mesuré, équilibré. Et puis, « les grands principes » il est nécessaire de les réaffirmer parfois.

On accuse Nicolas Sarkozy de vouloir cacher par un texte lyrique une « logique comptable » à savoir une diminution du nombre de fonctionnaires. Et pourquoi l’intérêt des élèves devrait-il toujours être en opposition avec une logique comptable ?

Je suis en accord avec le fait que les élèves ont beaucoup trop d’heures de cours. A l’école primaire et au collège (au moins pendant les deux premières années) on devrait mettre l’accent sur les apprentissages fondamentaux (français et maths) et ne pas les surcharger avec trop de connaissances que, de toute façon, ils n’assimilent pas. Est-ce nécessaire de faire de la techno en arrivant au collège ?

La diminution des horaires des élèves permettrait bien sûr au gouvernement de réduire à l’avenir les postes d’enseignants. Ca fera grincer des dents, ça hurlera mais je ne vois pas comment, honnêtement, on peut justifier que des enfants aient un emploi du temps aussi chargé alors qu’ils ne maîtrisent pas leur langue. On sait bien que ces difficultés se répercutent dans toutes les matières et qu’ils vont ainsi d’échec en échec.

Par contre on peut très bien augmenter les horaires de français. En 1972, un élève de 6ème avait 6 heures de cours de français : 3 heures classe entière et 3 heures en demi groupe. Le professeur, lui, avait donc 9 heures de français en 6ème. Il bouclait son service avec 2 classes ! Aujourd’hui l'élève de 6ème n’a plus que 4 h 30 de cours de français. Calculez combien d’heures de cours de français un élève a perdu en une année. Tenez, je donne une idée : rétablissez une heure de français en plus en 6ème et supprimez l’heure de « vie de classe » (il est interdit de faire cours pendant cette heure-là !), les problèmes de la classe pouvant bien être soulevés dans un autre cadre plus informel.

Autre piste pour diminuer le nombre de profs : rallonger l’horaire des enseignants - objet de la chronique de F. d’Orcival dans le Figaro magazine. S’il va dans cette direction, je crois que le gouvernement fera fausse route et qu’il se cassera les dents. Que ceux qui pensent que les profs ne travaillent pas suffisamment viennent faire un stage de 8 jours dans un collège. Ils y verront combien on doit dépenser d’énergie pour « tenir » une classe pendant une heure. Tant qu’on n’aura pas rétabli « l’école du respect » (et ça prendra du temps!) il sera difficile de demander aux enseignants de faire d’avantage d’heures de cours. Ou alors il faut s’attendre à avoir de plus en plus de congés maladie ce qui n’est pas, je pense, le but recherché.

La lettre de Nicolas Sarkozy est trop longue pour que je la publie intégralement, mais en voici un extrait :

Je souhaite faire de la revalorisation du métier d'enseignant l'une des priorités de mon quinquennat parce qu'elle est le corollaire de la rénovation de l'école et de la refondation de notre éducation. Mais vous devez, vous le professeur, l'enseignant, comme les parents, vous montrer exemplaire. Exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre esprit de justice, par votre implication. Exemplaire aussi par votre capacité à faire prévaloir l'autorité du maître, par votre souci de récompenser le mérite et de sanctionner la faute.

Dans l'école que j'appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d'heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l'autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux. Mais ce sera la conséquence de la réforme de l'école et non le but de celle-ci. Et, je m'y engage, les moyens qui seront ainsi dégagés seront réinvestis dans l'éducation et dans la revalorisation des carrières. Il s'agit d'être plus efficace, non de rationner. Et il s'agit d'être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre économie dispose d'une main d'œuvre bien formée, mais aussi, et peut être surtout, pour que nos enfants soient porteurs de valeurs de civilisation, pour qu'une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux.

_______________

Dans la continuité du billet de Flamant Rose sur l'autisme, en recueillant des infos sur le site de l'Elysée à propos de la lettre ci-dessus évoquée, je suis tombé sur cette annonce :

Audience de Mme Sandrine BONNAIRE, artiste engagée au service de la cause de l'autisme.

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Commentaires

Vous êtes pardonné Damoclès mais j'ai fait une erreur . En 1972, un élève de 6è avait 6 heures de cours de français : 3 heures classe entière et 3 heures en demi groupe. Le professeur, lui, avait donc 9 heures de français en 6è. Il bouclait son service avec 2 classes!

Ecrit par : Guenièvre | 10.09.2007

Tu vas trop vite dans les billets; j'ai du mal à suivre. :-)
J'étais chez moi quand NS a dit son discours. J'ai écouté et regardé en faisant autre chose. Effectivement le contenu de son discours était très bien. Cependant j'ai noté quelque chose qui ne m'avait pas frappé dans les quelques extraits des discours précédents que j'ai pu voir. Même s'il avait l'air convaincu par ce qu'il disait et parlait avec emphase, il lisait beaucoup son texte, avait la tête sur ses notes et du coup j'avais le sentiment qu'il n'"habitait" pas ce qu'il disait et que toute son emphase était jouée. C'est la 1ere fois que je ressens cela mais peut-être n'ai-je pas l'habitude de le regarder pendant ses discours.

Ecrit par : Thaïs | 10.09.2007

Tiens je m'aperçois qu'il n'y a plus de chat.
Ci-joint un article concernant Sandrine Bonnaire qui explique rapidement l'"avant et l'après" et le contexte du film.
http://www.cyberpresse.ca/article/20070524/CPSPECIAL09/705241431/6617/CPARTS01

Ecrit par : Thais | 11.09.2007

Tout de même, que cela doit être lassant lorsque l'on est en échec... devant la langue et l'écrit (difficulté de graphisme, etc)... de rabacher des heures et des heures de français ou de maths en vain !

Pourquoi ne pas apprendre les maths, le français par l'art plastique, le sport, le théâtre, l'informatique et pourquoi la techno, qui est une science pratique des choses et palpable, les mots se construisent avec du VRAI mais par du PAPIER CRAYON qui fait économiquement parlant que l'école n'a toujours pas évolué et est restée celle de 1940 !

Bourrer, bourrer les têtes, vous viderez bien vite faire les crânes, sans penser, sans imagination, ni création, ni critiques...

Je vous fais partager par contre un texte d'Albert Jacquart que je préfère tout de même LARGEMENT à ceux de M. Sarkozy (qui me semble mentir) car la VERITE se cherche toujours tout le long de nos parcours :

En ces jours d’examens ce texte de Albert Jacquard semble d’actualité. (dans j'accuse l'économie triomphante et mon Utopie)

Préambule : L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

Article deuxième : L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves. Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe. Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : ” Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. “

Article quatrième : Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA…) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination. Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement. Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

Article sixième : Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

Article huitième : Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.

Ecrit par : Crépuscule | 04.07.2008

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