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01.09.2007
LE PS ET LE "GRAND SOIR"
Il y a quelques jours, je m'interrogeais sur le retentissement que pourrait avoir à moyen terme la décision d'Olivier Besancenot de fonder un grand parti unifié à la gauche de la gauche : ma question était de savoir quel espace politique resterait alors à un PS prisonnier de ses vieux démons, peinant à se moderniser, et désormais incapable de s'étendre, que ce soit vers le centre du fait du MoDem, ou vers sa gauche du fait des toutes récentes velléités fédératrices de Besancenot.
Or il semblerait que François Hollande ait finalement lui aussi senti, avec 12 ans de retard toutefois, la nécessité de clarifier la position idéologique du PS. Ceci eut lieu ce vendredi 31 août 2007 à l'université d'été du PS à La Rochelle :
"On va pas raconter des histoires, on ne va pas raconter qu'à l'horizon des cinq ans ou des dix ans [...] on va en terminer avec le capitalisme. [...] C'est fini le grand soir [...] Nous, on est là pour la réforme, la réforme exigeante, la transformation de la vie quotidienne. Cela prend du temps : nous, on est là sur un long chemin, on vient de loin et on ira loin ensemble."
Auparavant, lors d'un atelier nommé à juste titre "le socialisme et le marché", Henri Emmanuelli, glorieux noniste en 2005, avait lui aussi ironisé, l'auréole capitaliste fraîchement astiquée au-dessus de la tête, sur le fait que le PS puisse remettre en cause l'économie de marché :
"Pour celles et ceux qui ne s'en seraient pas encore aperçus, il y a longtemps que nous avons accepté l'économie de marché et, dans l'ensemble, nous l'avons plutôt bien gérée. [...] Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, à un parti dont est issu le directeur général de l'OMC (Pascal Lamy) et demain peut-être celui du FMI (Dominique Strauss-Kahn) d'accepter "enfin" l'économie de marché?"
Certes, cet éclaicissement outré vient quelques 18 ans après la chute du mur de Berlin, ce qui suffirait à en assurer le ridicule absolu, ainsi que le pressent confusément Henri Emmanuelli. Mais ne nous méprenons pas : il s'agit malgré tout d'un moment historique dans l'histoire du PS, et donc dans celle du paysage politique français.
En effet, accepter l'économie de marché comme étant une norme, cela revient à légitimer le fonctionnement capitaliste de la société, et donc le moteur naturel qu'en est la production de richesses. Or il n'y a pas si longtemps, quelques mois à peine, un certain François Hollande s'exclamait face à Michèle Alliot-Marie, sur un plateau de télévision : "Je n'aime pas les riches, j'en conviens". Comment donc concilier la haine des richesses et l'adoption définitive d'une économie de marché? Comment reconnaître à un fleuve le sens de son courant tout en refusant de le prendre en compte lorsqu'on est amené à y voguer dessus?
Mais c'est certainement au niveau électoral que ce "grand soir capitaliste" va poser le plus de problème. L' "involution" du PS, telle que la nommait Bernard Kouchner, est toujours fortement ancrée au sein d'un pan conséquent de la société française, fière de son socialisme anti-riche basé sur l'étonnant paradoxe qu'il faudrait enrichir les pauvres au nom d'un rejet de la richesse. Il n'y avait qu'à lire ce vendredi 31 août l'édito de Dominique Dhombres dans le Monde, à propos de la venue de Sarkozy à l'université d'été du MEDEF :
"Le président de la République procédait à une sorte d'exorcisme public destiné à montrer à la nation qu'il n'y avait pas meilleurs gens que tous ces patrons. N'ayez pas peur, leur disait-il. C'est excellent de gagner de l'argent. C'est mieux encore de faire fortune. Sortez vos Rolex, vous les avez bien méritées ! Que ceux qui ont un yacht lèvent le doigt !"
C'est ainsi que l'on apprend qu'en France, les chefs d'entreprises sont de purs salauds sortis la veille d'un roman de Zola ou de Hugo. Thénardier du XXIème siècle, le patron français passe son temps dans son yacht à astiquer sa Rolex entre deux coups de fil au nouveau Président, une secrétaire sur chaque genoux, pendant que les enfants de ses ouvriers, déguenillés, cirent ses chaussures en cuir de crocodile sur le pont, plus loin, en échange de la promesse évasive d'un quignon de pain rassis. Quelle misère.
Mais tout a basculé. Il est temps de se séparer de l'attirail communiste, maintenant qu'il ne fait plus recette - pensez donc ! 1,93% aux dernières présidentielles ! Il faudra de fait apprendre dans la douleur à Dominique Dhombres et à ses supporters que c'est fini, les contribuables les plus généreux, ceux qui supportent par leurs impôts le système social français, ne sont plus des citoyens hérétiques. Le fiel bavé durant des décennies, il faudra le ravaler, goutte par goutte, sous peine de manquer à la nouvelle cohérence d'un PS le dos au mur.
Certains s'y colleront. D'autres auront plus de mal. La souplesse des adducteurs, remarquable chez Hollande quand il s'agit de faire le grand écart idéologique, est nettement moins prononcée chez d'autres : ce n'est pas parce qu'on est à gauche que l'on n'a pas de conviction. Ceux qui relèvent de cette dernière catégorie pourraient soudainement trouver beaucoup plus d'attrait à Besancenot que ce qu'il n'en avait jusqu'à présent.
Le PS marche sur un fil, lui qui n'est pas parvenu à se maintenir sur une autoroute lors de la dernière campagne présidentielle. Qui sera le balancier salvateur?
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Rajout de 11:30 : Sur le même sujet, lire aussi Koztoujours.
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Rajout du 03/09/07 : Lu à l'instant l'édito d' André Grjebine dans Le Figaro, "La gauche peut-elle enfin sortir de la langue de bois ?", dont voici la conclusion :
"La définition d'un véritable projet réformiste a toujours buté en France sur le mélange de cynisme et de mauvaise conscience qui déterminait le comportement des socialistes à l'égard de l'extrême gauche. Cynisme, quand il s'agissait d'élaborer un programme ayant pour principal objectif de séduire les communistes, considérés comme un allié nécessaire pour accéder au pouvoir. Mais également mauvaise conscience par rapport à une extrême gauche perçue comme plus révolutionnaire, plus à gauche - et donc meilleure -, alors qu'en prônant l'impossible celle-ci a toujours empêché les réformes mises en oeuvre dans les pays sociaux-démocrates.
Il est vraisemblable qu'une telle mutation entraînera une recomposition de l'échiquier politique français.
Elle modifiera des frontières qui ne tiennent plus qu'à des habitudes et fera découvrir que certaines alliances sont contre nature et que bon nombre de personnes se sont trompées de camp.
Il n'est pas exclu que cette clarification provoque une cassure d'un PS qui réunit aujourd'hui des réformistes conséquents et d'autres qui ne parviennent pas à sortir d'un manichéisme hérité de leur passé marxiste. Il est probable que le sauvetage d'une gauche moribonde est à ce prix."
00:00 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, grand soir, françois hollande, la rochelle
31.08.2007
LIBEREZ LA CROISSANCE !
Non, ceci n'est pas (hélas!) le slogan de la prochaine manifestation de la CGT. C'est par contre le souhait exprimé par le Président de la République dans sa lettre de mission adressée à Jacques Attali, disponible sur le site libérationdelacroissance.fr dont Thais m'a signalé l'existence hier sur le live chat.
J'apprécie la démarche d'Attali à l'intérieur de sa mission. Voici comment il la définit sur la page d'accueil du site :
« Notre pays est en panne. Sa croissance est une des plus faibles du monde.
La Commission pour la Libération de la Croissance Française va travailler pendant quatre mois pour proposer les réformes permettant de sortir de cette situation. Tous les sujets y seront abordés. Toutes les propositions seront étudiées, chiffrées, analysées. Vous trouverez sur ce site la lettre de mission qui définit notre mandat et la composition de la commission.
35 blogs vous permettent, sur chacun des thèmes, de nous faire des propositions. Soyez assurés que nous les étudierons et les discuterons. Certaines seront sans doute retenues . Merci de votre contribution à cet effort essentiel. »
Suivent ensuite les 35 blogs en question, répartis en 4 grands ensembles :
- Pouvoir d'achat
- Compétitivité
- Travail
- Politiques et culture de la croissance
L'installation de la commission et sa méthode annoncée fait pourtant de nombreux sceptiques, dont les premiers sont... les économistes, ou en tout cas certains d'entre eux. Dans ses trois derniers billets, l'illustre Olivier Bouba-Olga se désespère de la composition, trop fantaisiste à son goût (entendez pas assez relevée en économistes), de la commission.
Et c'est vrai qu'en parcourant la liste des membres, j'ai eu la surprise (heureuse, en ce qui me concerne) d'y trouver des personnes que je n'attendais pas ici. De ceux-là sont notamment Boris Cyrulnik, psychiatre auquel on attribue généralement la théorisation de la résilience, mais aussi Eric Le Boucher, journaliste au Monde, spécialisé sur les sujets économiques, ainsi que l'écrivain Erik Orsenna, dont j'apprends à cette occasion qu'il a mené onze ans de recherche sur la finance internationale, ou encore Théodore Zeldin, historien et sociologue à l’université d’Oxford.
De cette liste, je retiens deux aspects :
- Son hétérogénéité professionnelle. Du milieu de la finance à celui de la littérature, en passant par la politique, la médecine, ou le droit, Jacques Attali s'est entouré de personnalités reconnues dans leur domaine, et, gageons-le, capables d'en analyser le fonctionnement avec un recul constructif. Car la croissance, n'en déplaise aux économistes, n'est une affaire de chiffres qu'au niveau de sa mesure : son moteur est infiniment plus complexe, et détient des soupapes dans chaque infime parcelle d'une société donnée.
- Sa diversité géographique. Loin de limiter le problème de la croissance française à un débat franco-français, Attali a eu cette intelligence d'intégrer dans sa commission non seulement des entrepreneurs ou professeurs exerçant à l'étranger, mais aussi des personnalités étrangères, à l'image d'Ana Palacio, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères et vice-présidente de la Banque mondiale. N'oublions pas à ce propos, en passant et l'air de rien, que Jacques Attali est lui-même président de PlaNet Finance. Excusez du peu.
Alors certes, il y a les blogs, qui donnent à cette entreprise comme un parfum de démocratie économiste participative. Mais je ne pense pas que l'on puisse comparer ceci à la démarche de Ségolène Royal lors de la dernière présidentielle. Celle-ci voulait en effet consulter les français comme SEULS experts de la situation française, et rédiger un programme A PARTIR d'eux. De son côté, Attali réunit son équipe pour une réflexion intense de quatre mois, et se propose d'éventuellement y inclure les aspects singuliers et inédits que les blogs livreraient. Outre l'humilité que cela suppose par rapport à la tâche entreprise, j'y vois aussi une volonté d'inclure le maximum de français dans ce mouvement large de libération de la croissance.
Il faut donc attendre 4 mois pour avoir les premiers résultats. Je sais, d'autres rapports ont été "pondus", à d'autres époques, sur ce sujet comme sur d'autres. Mais pardonnez-moi cette naïveté de croire que quelque chose a changé en France ces derniers mois. Quelque chose qui fait que désormais, gauche et droite peuvent travailler ensemble pour le bien du pays, que les experts sont écoutés, que les forces intellectuelles et exécutives ne sont plus cloisonnées chacune dans sa bulle sociétale, que les efforts consentis ne sont plus vains. Car à ce sujet, Nicolas Sarkozy a été plus que clair :
"Ce n'est pas un exercice de style. Je vous demande d'être très attentifs, ce que vous proposerez, nous le ferons. Ces solutions concrètes viendront nourrir le projet de loi de modernisation de l'économie que prépare Christine Lagarde pour le début 2008. Si vous voulez aller plus loin et préparer vous-même des textes, allez-y ! Mais sachez que vos travaux seront utiles. Il ne s'agit pas de faire un rapport de plus."
Enfin.
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Rajout du 01/08/07
Lu ce matin sur le blog d'Alain Juppé :
"[Le] "déclinisme" qui a sévi depuis quelques années dans certains milieux intellectuels [...] a fini par déprimer l'opinion. Est-ce en train de changer?
Oui, si j'en crois ce que nous disait le jour même à déjeuner, notre ambassadeur au Royaume-Uni: selon lui, et quelles que soient les sensibilités politiques personnelles, force est de constater que l'image de la France s'est radicalement transformée outre-Manche depuis le dernière élection présidentielle. Là où la presse, notamment économique, voyait un vieux pays fatigué, incapable d'épouser son siècle, émerge maintenant une Nation confiante et prête au changement.
Il ne faut pas sous-estimer ce retournement psychologique: la réussite économique est, en bonne part, affaire de psychologie. C'est ce que comprend bien Nicolas Sarkozy."
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Cet article a été publié sur Agoravox.
09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques attali, liberation de la croissance
30.08.2007
ALLEGRE : "HOLLANDE EST UN MAGOUILLEUR"
Je reproduisais il y a peu ici même un article de Samuel Laurent, du Figaro, intitulé "Allègre et le PS, histoire d'un divorce". Ce matin, c'est sur l'entretien que Claude Allègre a accordé à Jean-Michel Aphatie que je désirerais revenir. Nous savions tous qu'Allègre n'est jamais tendre dans ses analyses, mais ce matin, dans ma salle de bain, j'ai failli en avaler mon dentifrice. Je crois que JMA lui-même a été étonné de voir son invité saisir aussi vite et fort les perches critiques qu'il lui tendait, en journaliste politique expérimenté. Voici le sentiment qu'il en a retiré, du moins tel qu'il le confie sur son blog :
"Son livre est une entreprise de démolition du parti socialiste et de ses principaux dirigeants. François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius, Lionel Jospin, y sont sévèrement traités, coupables, selon Claude Allègre, d'avoir trop peu réfléchi aux problèmes de la société française et de s'être préoccupés surtout de cuisine ou de tactique. L'ancien ministre a concentré sa critique dans un mot, ce matin, au micro de RTL, dirigé contre François Hollande: "magouilleur". Rarement, une pensée est aussi violemment exprimée.
Ce jugement, que chacun est libre de partager ou pas, trouve son prolongement dans l'expertise du message que porte depuis des années le parti socialiste. Cet aspect du livre de Claude Allègre mérite que l'on s'y attarde. Avec le RMI, un mauvais contrôle des allocations chômage, les RTT, "nous avons créé une société d'assistés", dit-il. Ce type de propos est exceptionnel chez un socialiste. Il est la pire auto critique que l'un des membres de ce parti puisse exprimer. Il dit l'erreur d'appréhension, de compréhension, des évolutions d'une société moderne."
Déjà dans l'entretien accordé à Libération le jour même perçait un ton nettement incisif :
"C’est finalement avec François Hollande que vous êtes le plus sévère…
Il est le responsable principal de toute cette pagaille. Il a joué au plus fin avec tout le monde, et il a perdu. Il est allé chercher Jospin, il a encouragé sa compagne… Il pensait que plus le marigot était rempli de crocodiles, plus il avait de chances. Il a foutu un bordel noir.
Peut-il aujourd’hui poser les bases de la fameuse rénovation du parti ?
Faute de trouver quelqu’un pour le remplacer, il peut être le dénominateur commun. On a connu ça avec Guy Mollet : à chaque fois, il y a eu des rénovateurs pour le contester. Et, à chaque fois, il s’en est sorti… Hollande a menti à tout le monde, et plus personne ne lui fait confiance. Mais il a encore la moitié des secrétaires fédéraux avec lui, et une base militante. Il demeure très fort dans le parti. Il pourrait devenir le mouton enragé du film.
Pourquoi êtes-vous si dur avec les «jeunes lions», que vous qualifiez de «jeunes chacals» ou «hyènes» ?
Ils n’ont pas la moindre idée. Valls propose de remplacer le mot «socialisme» par «gauche», Montebourg, comme d’habitude, veut changer la Constitution… Il n’y a rien. C’est le vide. La rénovation du PS, ce n’est pas eux. Plutôt des jeunes comme Razzye Hammadi, Bruno Julliard… Ou Benoît Hamon. Même s’il est un peu vieux…
[...] Quelle est votre opinion sur l’ouverture ?
Le parti a traité Kouchner ou Jouyet [secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ndlr] de telle manière qu’il n’a rien à dire : jamais utilisés, jamais consultés… Ségolène s’est conduite d’une manière innommable. Et puis, l’ouverture, tous les présidents l’ont tentée : De Gaulle, Mitterrand, Chirac… Sarkozy a fait comme eux.
Et Rocard, qui intègre une commission sur l’éducation ?
Il est anormal qu’on trouve ça anormal. Dans toutes les démocraties, dans les commissions de réforme, on met des gens de la majorité et de l’opposition.
Vous qui aviez rencontré Sarkozy, céderiez-vous à l’ouverture ?
Ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais l’avenir n’est écrit nulle part.
Le PS survivra-t-il ?
Le parti s’en sortira. Mais pas de sitôt. La situation de la gauche est comparable à celle du parti conservateur quand Tony Blair a gagné. La rénovation prendra dix ou quinze ans."
Or c'est à propos du PS justement que Claude Allègre a précisé son diagnostic ce matin chez Aphatie. Extraits :
"Page 15, vous écrivez ceci : "La caractéristique des Socialistes, c'est qu'ils ne travaillent pas énormément. Beaucoup sont d'authentiques paresseux". Alors, paresseux, en Politique, ça veut dire quoi pour vous, Claude Allègre ?
Ils ne travaillent pas.
Ils ne travaillent pas, quoi sur la société française ? Ils n'essaient pas de la comprendre ?
Eh bien, oui, ils ne travaillent pas. Ils ne réfléchissent pas. Y'a plus de groupes d'experts. Y'a qu'à lire le Programme du Parti Socialiste, c'est un patchwork dans lequel on parle de ceci, de cela, de ceci. Y'a pas d'idées, y'a pas de corps de doctrines, y'a pas de réflexions d'ensemble. Ils n'ont pas travaillé.
[...] Vous pensiez que [François Hollande] était un grand dirigeant ? Et puis vous êtes déçu ?
Je pense que c'est un homme intelligent, vif, sympathique. Je pensais qu'il avait la stature de devenir un dirigeant et je me suis aperçu que c'était un magouilleur. C'est Guy Mollet. Et je pense qu'il n'est pas éliminé du jeu politique. Je pense que comme Guy Mollet ... Vous savez : vous, vous êtes peut-être un peu jeune mais à la SFIO [...], c'était très, très amusant parce qu'il y a eu des tas de réformateurs à la SFIO, des couches successives. Alors, à chaque fois, Guy Mollet disait : je ne serai pas l'obstacle à la rénovation. Et puis le congrès d'après, il était réélu Secrétaire Général. Alors, là, je crains qu'on fasse exactement la même chose.
[...] Vous êtes encore de gauche, vous allez être exclu du Parti Socialiste avec ce discours, Claude Allègre ?
Non. Non, mais je ne reprendrai pas ma carte au mois de janvier.
Vous vous auto-excluez ?
Non, je ne m'auto-exclue pas. Je me mets de côté. Je n'approuve pas ce qui se passe ; donc je me mets de côté. Si demain, une nouvelle direction, etc ... Je re-rentrerai au Parti socialiste. Ca me fait un peu mal au coeur parce que ça fait 34 ans que je suis membre de ce parti. Je connais beaucoup de monde, j'ai beaucoup d'amis. Mais voilà ! Non, non ... Non, non, je ne m'auto-exclue pas du Parti socialiste. Je reste profondément de gauche et beaucoup plus d'ailleurs que le programme du Parti socialiste.
D'accord. Alors, pour finir, que les auditeurs le sachent, vous dites, c'est votre dernière phrase : "J'observe avec beaucoup d'intérêt et je le dis, d'admiration : les efforts de Nicolas Sarkozy pour moderniser la France".
Absolument."
A bon entendeur...
11:15 Publié dans Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude allegre, françois hollande, jean michel aphatie, parti socialiste
LE COUP DE GUEULE DE KOUCHNER
Caroline me signale cet interview de Bernard Kouchner dans le Parisien daté du dimanche 26 août 2007, qui fut l'occasion pour lui de revenir sans tabou ni langue de bois à la fois sur sa fonction ministérielle, mais aussi sur la libération des infirmières bulgares, et sur l'état du PS. Extraits choisis :
"Est-ce grave que vous ayez été tenu à l'écart de la libération des infirmières bulgares ?
Quand un président de la République, élu au suffrage universel et avec quel score, veut prendre en mains un dossier, il le prend. Moi, des dossiers, je n'en manque pas. Je pense, par exemple, au drame du Darfour pour lequel j'ai organisé une conférence de tous les pays concernés à Paris. Le Darfour où, après la résolution votée à l'unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies, les soldats de l'ONU seront là à partir d'octobre. Ça sert à quelque chose, la diplomatie de la France ! Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy, comme il l'avait promis, s'est occupé du dossier des infirmières.
Et le rôle de Cécilia Sarkozy dans tout cela ?
Oui, elle a joué un grand rôle, et ça a réussi. Félicitations. Je me souviens des missions que Danielle Mitterrand et moi avons accomplies naguère au Kurdistan irakien en passant les frontières. Nous allions témoigner des ravages de l'arme chimique utilisée à Halabja. Nous avons même été les cibles d'un attentat de Saddam Hussein, qui a fait dix-huit morts. Ce qu'a fait Cécilia n'est peut-être pas conforme aux habitudes, mais que vaut le conformisme au regard d'une libération d'otages ? Le PS n'a-t-il rien d'autre à se mettre sous la dent ? On libère les infirmières, comme le monde entier est tenté de le faire et on nous le reprocherait presque ! Que le Parti socialiste demande aux infirmières ce qu'elles pensent de Cécilia Sarkozy !
[...] Que vous inspire aujourd'hui le PS ?
La situation du PS m'attriste. Mais il est probablement nécessaire que le PS en passe par cette phase saumâtre et peu exaltante pour qu'une gauche responsable puisse se ressaisir. Je leur souhaite bonne chance. J'espère que cela se passera bien à La Rochelle. Mais vous savez pourquoi tant d'hommes et de femmes se détournent du PS ? Parce qu'on leur a menti trop souvent. Pourtant, ce n'est pas faute qu'un certain nombre de gens - dont j'étais - ait indiqué les pistes à suivre. J'ai parlé ou écrit sur la social-démocratie, mais on a maintenant vingt ans de retard. Il faut changer de vocabulaire comme de logiciel. Demandez aux socialistes européens ce qu'ils pensent de leurs camarades français : les bras leur en tombent ! L'involution du PS, ils n'y comprennent rien. On y est presque considéré comme un traître quand on pense d'abord au pays, et pas à l'idéologie. Je vais en Irak pour les Irakiens qui meurent par milliers, et pour nous, pour l'avenir de nos enfants et ils protestent, exigeant qu'on ne fasse rien ! Pourtant, on aurait besoin d'une gauche forte, d'une alternative. Moi, j'en ai marre de la critique permanente. Je ne dis pas cela parce que je suis dans le gouvernement Fillon. Avant, je le disais déjà, je l'écrivais partout. Oui, j'en ai marre de la fausse guéguerre civile. J'en ai marre qu'on fasse la tronche en permanence et que, dans le dossier libyen, on ne parle presque pas des victimes, des infirmières bulgares ou des enfants libyens malades du sida.
Comment expliquez-vous que vous soyez, à en croire les sondages, si populaire ?
Peut-être parce que je parle comme ça !... Peut-être parce que les gens en ont assez des monomaniaques et m'estiment sincère. Ces arrogants qui nous font en permanence la leçon, qu'ont-ils fait de leur vie ? Veulent-ils absolument continuer à perdre ? Quand comprendront-ils que les mutations des Français les prennent de vitesse en permanence ?
Vous considérez-vous toujours comme socialiste ?
Bien sûr !.... Et c'est ainsi que Nicolas Sarkozy me présente toujours. Je reste social-démocrate. Il faut, cela va de soi, une opposition, mais il était temps que ce pays bouge. Or, enfin, il bouge."
05:05 Publié dans Affaires Etrangères, Gouvernement, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bernard kouchner, interview, parti socialiste
29.08.2007
ROCARD A LA RESCOUSSE
J'apprends à l'instant que Michel Rocard, ancien Premier Ministre socialiste, vient d'accepter une mission proposée par Nicolas Sarkozy à propos de l'Education Nationale. Avant que cette décision ne soit ternie et salie par les habituels oiseaux de mauvaise augure dont les ailes effilées ne sont jamais loin, félicitons-nous de la cohérence authentique de celui qui, il n'y a pas si longtemps, avait le courage de reconnaître la détermination de Nicolas Sarkozy. Lu sur lemonde.fr :
"C'est très simple. Lorsqu'un exécutif se met dans la tête de recueillir l'avis de l'opposition et de se faire d'une question une idée aussi exhaustive que possible, c'est un devoir de démocrate que d'accepter. Je suis requis parce que je suis socialiste et que je le reste. [...] C'est une décision personnelle, en réponse à une proposition qui m'a surtout été formulée en tant qu'ancien premier ministre."
Quelle sera la mission à laquelle il participera? Selon un autre article du monde.fr,
"Le comité auquel participera Michel Rocard sera prochainement installé par le premier ministre. M. Darcos devrait confirmer que la concertation annoncée s'étalera sur une longue période et se fera en deux étapes. Le comité aura d'abord pour mandat " de recueillir l'ensemble des avis concernés, d'identifier les points de convergence et de divergence et d'en faire la synthèse " dans un livre vert qui sera publié à la fin de l'année 2007. A partir de ce travail, le gouvernement élaborera un livre blanc rassemblant ses propositions et qui " servira de base de discussion avec les représentants du monde enseignant ". M. Darcos devrait également consacrer sa conférence de presse à faire le point sur " la mise en œuvre du projet présidentiel en matière éducative."
Le même article fait en passant un point concret sur la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy :
"Après l'entrée au gouvernement de Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marie Bockel et Fadela Amara, après la nomination de Martin Hirsch comme haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, après la mission de réflexion et de prospective sur la place de la France et de l'Europe dans le monde confiée le 2 juillet à l'ancien ministre des affaires étrangères socialiste Hubert Védrine, le chef de l'Etat peut exciper d'un nouvel exemple de sa politique d'ouverture à la gauche.
Une politique qu'il avait d'ailleurs promis d'amplifier, en déclarant, le 2 juillet à Strasbourg : "Vous verrez que dans les semaines et les mois qui viennent, je continuerai et j'irai encore plus loin ". Le chef de l'Etat avait réaffirmé qu'en devenant président, il s'était " libéré de toute attache partisane " et qu'il voulait " le rassemblement le plus large au service des réformes les plus profondes ". " Pendant cinq ans, on va allier nos compétences ", avait-il ajouté."
Eh bien, en toute sincérité, je dois avouer que cette politique d'ouverture, elle me plaît drôlement, et que je la trouve complètement cohérente : Sarkozy reste l'architecte, parce qu'élu à cette fin, mais puisque tous les français vont habiter dans le bâtiment qu'il construit, il prend la peine de donner à chacun une part du travail. Sans renoncer à son programme, il inclut dans sa mise en oeuvre l'avis autorisé de compétences avérées, sans distinction d'opinion politique. Et reconnaissons-le sans ambages : l'intelligence politique dont il fait preuve en ceci ne pourrait rien sans celle que démontrent, en retour, les membres de l'opposition qui acceptent de travailler avec lui pour la République.
11:40 Publié dans Nicolas Sarkozy, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : michel rocard, mission, education nationale, ouverture
VILLEPIN, CHEF DE L'OPPOSITION
L'actualité de Dominique de Villepin s'étant étirée ce matin jusque chez Jean-Michel Aphatie sur RTL, je prolonge brièvement mon billet d'hier, dans le but d'être plus complet. Et permettez-moi de vous livrer ce scoop : Dominique de Villepin semble décidé, au vu de ses dernières déclarations, à prendre la tête de l'opposition.
Je vous laisse découvrir vous-même l'entretien, préférant m'intéresser à ses coulisses, car comme le précise JMA sur son blog : "On sent bien qu'il ne livre pas totalement le fond de sa pensée au micro. Il l'a fait davantage lors du petit-déjeuner qui a suivi l'interview."
Et, vous vous en doutez, l'analyste de RTL ne se prive pas, pour notre plus grand bonheur, de nous restituer le fond de la pensée en question :
"A l'écouter, d'abord la politique économique choisie manque de clarté. La réforme des heures supplémentaires lui paraît marginale et il ne voit pas ce qui, dans les annonces du nouveau président de la République, peut susciter la confiance auprès des acteurs de l'économie. Il a pointé aussi, dans ce cadre privé, l'écart qui existerait, selon lui, entre une présence médiatique forte et un changement concret. "Regardez le déplacement en Corse, a-t-il notamment dit en montrant les journaux qui étaient devant lui. Il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation.".
Dans la même veine, il s'et dit inquiet des conséquences que pourrait avoir l'irrespect de la promesse faite par le candidat Sarkozy sur la diminution du nombre de fonctionnaires. De l'engagement de supprimer un poste sur deux lors des départs en retraite, le nouveau pouvoir s'est finalement contenté de n'en supprimer qu'un sur trois. "En agissant ainsi, a dit Dominique de Villepin, on perd sur les deux tableaux. On mécontente les fonctionnaires et on déçoit les électeurs. Au bout du compte, c'est le désenchantement."
Dans ce contexte, a-t-il encore analysé, il faut craindre le phénomène de cour, l'incapacité où se retrouverait le pouvoir, faute d'opposition, faute aussi d'avoir mis en place des structures indépendantes à la tête de l'UMP, à percevoir la réalité d'une opinion publique, à en saisir suffisamment tôt les frustrations et les mécontentements, à s'enfermer ainsi dans une bulle artificielle de satisfaction et de déni de la réalité."
En d'autres termes, c'est fait, c'est dit : à cause de Sarkozy, la France est en péril. La politique du gouvernement et du Président, malgré ses 71% de soutien populaire, ne peut qu'être synonyme de "désenchantement", car "il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation". Même Hollande, dont personne ne niera pourtant l'anti-sarkozysme viscéral qui l'amène parfois à défendre des thèses irrationnelles juste par réflexe d'opposition, n'avait osé aller si loin.
La porte-parole de l'UMP, Nadine Morano, ne s'y était d'ailleurs pas trompé, en répondant hier aux premières allégations :
"Nous, on a les mains dans le cambouis et dans le charbon, d'autres ont les mains dans les poches. [...] Nous avons la chance d'avoir un président actif, efficace, avec des promesses qui ont été tenues, une session parlementaire qui a été très dense, qui a donné des résultats, nous allons continuer sur cette route, sur cette méthode, jusqu'à la fin du quinquennat."
Au travers de cet épisode réapparaît dans le ciel pourtant dégagé du paysage politique français le vieux spectre d'une vieille droite, qu'incarne irrémédiablement Dominique de Villepin. Cette conception de la politique passéiste, figée, sclérosée que Nicolas Sarkozy a renvoyé dans les musées de la République voudrait couler le navire France plutôt que de sombrer seule. Ce faisant, M. De Villepin poursuit un parcours déjà ancien, auquel il faut reconnaître une unique cohérence : évincer Sarkozy, par tous les moyens. Souhaitons que ses efforts chétifs soient toujours couronnés d'autant de succès que ce qu'ils le furent jusqu'à présent.
11:00 Publié dans Droite | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, opposition, nicolas sarkozy, jean michel aphatie, nadine morano
28.08.2007
L'ENIGME VILLEPIN
Dominique de Villepin était ce lundi 27 août au soir l'invité de Patrick Poivre d'Arvor, au 20 heures de Tf1. Il s'agissait avant tout pour lui de s'expliquer sur l'affaire Clearstream, mais aussi d'évoquer, même rapidement, son dernier livre, Le Soleil noir de la puissance, dont le sujet reste focalisé en apparence (après les Cent Jours) sur Napoléon Ier... c'est-à-dire, selon ses propres mots, sur l'itinéraire d'un homme à qui tout réussit, mais qui porte en lui déjà le germe de son déclin inexorable et soudain. Toute ressemblance, etc.
Le lendemain matin, rompant le fil de son billet sur son invité du jour, Bernard Thibault, Jean-Michel Aphatie revient sur cette intervention : "Patrick Poivre d'Arvor, qui l'interrogeait, cachait à peine les sentiments hostiles que lui inspire l'ancien premier ministre. Le livre que ce dernier consacre à Napoléon, et qui sort ces jours ci, a à peine été mentionné à l'antenne, même pas montré, contrairement aux usages. Être au pouvoir ou ne plus y être change parfois la manière dont on est traité."
Cette phrase m'a interpellé : si tenté qu'il soit avéré que PPDA avait une attitude orientée (ce que je n'ai, pour ma part, pas remarqué), et sans excuser celle-ci, est-ce vraiment l'absence de pouvoir politique de Villepin qui l'a influencée, ou bien la gravité et le caractère méprisable des actes dont il est suspecté?
Il est vrai qu'à l'issue de l'entretien, l'on aurait donné au brave Dominique le bon Dieu sans confession la présidence sans élection. Il était touchant d'entendre l'ancien Premier Ministre mis en examen le 27 juillet par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux", s'exprimer la main sur le coeur quant à sa bonne foi :
"Dans cette affaire, on me fait un procès d'intention politique, à partir d'éléments que l'on suppose que j'ai connus, que l'on suppose que j'ai eus en main et que je n'ai pas eus en main.[...] Dans ma démarche il n'y a pas d'ambition personnelle, et je trouve quelque peu piquant qu'aujourd'hui on veuille me présenter comme quelqu'un qui a voulu éliminer un soi-disant rival, sachant justement que je n'ai jamais fait preuve d'ambition personnelle en matière politique.[...] J'ai consacré trente ans de ma vie au service de mon pays. Aujourd'hui, je vis la suspicion et ma famille, mes proches en souffrent. [...] Je n'ai rien à cacher mais je veux surtout que la justice puisse agir rapidement. […] Ce que je peux vous dire c'est que la vérité apparaîtra et que la lecture politique, l'hypothèse d'une lecture politique, apparaîtra comme fausse."
Et pourtant, à l'image de Christophe Barbier, il était malgré tout difficile en écoutant les mots du flamboyant chevelu de ne pas avoir l'impression d'être pris sévérement pour un c.., notamment quand il s'agissait de prouver à la France à quel point le serviteur de la République injustement mis en cause avait été un farouche supporter de Sarkozy, et ce dès la première heure. Afin d'en avoir le coeur net, reportons quelques semaines en arrière, à l'époque où l'Express traitait avec intelligence et précision de l'affaire Clearstream. Extrait :
"En ce début mai [2004], [Dominique de Villepin] affiche sa satisfaction. A en croire Gergorin, qui le rencontre le 19 mai, il se serait «montré jubilatoire, mais, surtout, soucieux de ne pas apparaître dans le scénario». Sous-entendu: la démarche effectuée auprès de Van Ruymbeke. Le général, qui n'a pas été informé de cette décision, est furieux. Il mesure le risque d' «embarquer» la justice dans un jeu dangereux. Désormais, puisque la machine est lancée, il faut l'exploiter. A la fois publiquement et politiquement. Dominique de Villepin suit non sans plaisir les développements de cette histoire. Se répandant en phrases assassines. «Nicolas est cuit: il a une vilaine affaire aux basques», confie-t-il, le 7 juillet 2004, au sortir du Conseil des ministres à Jean-Pierre Raffarin.
Quelque temps après, s'entretenant avec Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, qui a publié en couverture un article avalisant la thèse de Gergorin, Villepin en rajoute, dans un langage fleuri: «Sarkozy, c'est fini. Si les journaux font leur travail, et qu'ils ont des couilles, il ne survivra pas à cette affaire-là.» Soucieux d'entretenir ce feuilleton qui, pense-t-il, écartera un rival de la course à la présidentielle, Villepin, devenu entre-temps ministre de l'Intérieur, demande à la DST d'enquêter... Mais officieusement."
A la lumière de ces déclarations, il reste difficile de ne pas considérer l'affaire sous un jour politique, d'autant que Villepin, jusqu'à hier soir, et si l'on excepte son soutien du bout des lèvres à Sarkozy en toute fin de campagne présidentielle, n'a jamais fait mystère de son mépris sa distance envers celui qui fut son ministre de l'Intérieur. D'aucuns ont encore en tête la partie d'échec médiatique qui opposa, à la Baule, un Villepin dénudé et ruisselant à un Sarkozy enrhumé, gagnée sans aucune contestation possible par le premier, d'ailleurs. Qui pourrait parler après cela d'absence "d'ambition personnelle en matière politique"? D'autant qu'encore plusieurs mois après, en apparence, tout restait possible pour Villepin.
Je devine sans peine que le fait d'évoquer aussi librement une lutte fratricide (toujours taboue) au sein d'une majorité au pouvoir peut paraître maladroit, voire déplacé, et ce alors même que le Président Sarkozy a pourtant toujours parlé avec franchise de la nature des relations qu'il entretenait avec le clan Chirac, dont Villepin était l'un des piliers. Alors soyons aimables, et puisque Villepin aime les références napoléoniennes, rappelons-lui courtoisement cette citation de Bonaparte, que j'avais eu déjà l'occasion de dédicacer aux villepinistes pendant la campagne présidentielle, ébahi que j'étais devant leur volonté absolue de supprimer politiquement Sarkozy :
"Mon Dieu, protégez-moi de mes amis... Mes ennemis, je m'en charge !"
12:45 Publié dans Droite | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, clearstream, tf1, patrick poivre d'arvor
24.08.2007
L'AMORCE D'UN NOUVEAU TOURNANT DANS LA VIE POLITIQUE FRANCAISE ?
Le séisme politique des années 2000 résulta en France de l'émergence d'une nouvelle droite, que les commentateurs de tous bords aiment à décrire comme décomplexée : il faut entendre par là que cette droite assume alors, pour la première fois depuis longtemps, la mise en avant sans concession des valeurs républicaines essentielles. Comme cela avait été le cas pour la gauche dans les années 70 avec François Mitterrand, cette nouvelle force s'est construite autour d'un homme, Nicolas Sarkozy. L'apogée de son ascension irrésistible a bien entendu été son élection récente aux présidentielles, dont les conséquences dûes à son souci constant de rupture n'ont pas fini de déstabiliser et d'agacer une partie des commentateurs et acteurs politiques.
Cette élection a elle aussi été synonyme de bouleversements : elle a vu tout d'abord un recul significatif du Front National, dont beaucoup ont oublié, étrangement, de se réjouir ; elle a permis ensuite la tentative d'affirmation d'un centre qui se voulait autonome, et qui en tant que tel séduisit les électeurs... jusqu'à ce qu'il s'allie plus ou moins explicitement au PS, ce qui se confirmera nécessairement lors des prochaines municipales ; enfin, elle a amené le PS au bord de l'implosion, apparaissant plus que jamais enferré dans les luttes d'appareils et de personnes, désemparé face à la politique d'ouverture de Sarkozy et au plébiscite qu'elle rencontre, et définitivement englué dans l'attentisme mortel que lui a inoculé Hollande à la sortie de l'élection perdue de 1995, qui tel un prêtre égyptien embaumeur a pris le soin extrême durant ces années de préserver son parti de l'influence conjoncturelle.
C'est dans ces conditions, alors que suite à la défection apparente de DSK dans la course socialiste les forces restant en présence pensaient pouvoir tranquillement préparer le congrès de 2008, qu'Olivier Besancenot vient fort à propos ébranler le sol socialiste. Fort de ses 4,08% aux dernières présidentielles, le voilà qui est prêt à dissoudre son propre parti, la LCR, pour mettre au point une force de gauche - d'extrême gauche serait plus exact - susceptible de faire entendre en France une alter-voix : "La Ligue communiste révolutionnaire doit désormais être dépassée et tourner une page sans renier son héritage", déclare en effet le chef de file de la LCR dans une interview au Parisien de vendredi. "Nous voulons rassembler tous les anticapitalistes et tous les partisans d'un changement de société dans une nouvelle formation", qui ne sera pas "un énième cartel d'organisations mais une opportunité pour la gauche radicale d'écrire une nouvelle page de son histoire". Toujours bon à savoir, cette nouvelle force ne négociera "aucun accord parlementaire ou gouvernemental avec un parti social-libéral".
Cette entrée en lice tonitruante de Besancenot pourrait bien avoir des conséquences énormes sur la rénovation fastidieuse du PS, dont l'aile gauche piaffe déjà d'impatience, et ce depuis plusieurs mois. Le PS peine à se trouver un leader à même de concurrencer le charisme de Sarkozy et sa capacité à surprendre, c'était évident ; mais c'était un "simple" problème de personnalité, à la rigueur. Désormais, il lui faudra non seulement un chef de file charismatique, mais aussi un penseur politique, capable d'affirmer avec autorité au sein d'un projet inédit une ligne synthétique et fédératrice. Le PS n'a plus droit à l'erreur : sa survie est désormais en jeu.
Face à une droite ouverte et plus solide que jamais, collée à un MoDem bien encombrant, le PS cherchait dans la douleur un moyen d'apparaître encore comme un parti de gauche crédible. A compter d'aujourd'hui, sa marge de manoeuvre se réduit à un trou de souris, du fait de la détermination nouvelle de Besancenot à rendre au mot "gauche" sa portée contestataire absolue. Si le PS ne devient pas très vite un parti social-démocrate moderne, c'est dans les livres d'histoire qu'il terminera sa course piteuse.
Cet article a aussi été publié sur Agoravox.
10:55 Publié dans Extrême Gauche, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : olivier besancenot, gauche, parti socialiste, renovation, modem
23.08.2007
Sarkozy face au mépris, par Yves Thréard
Lu sur lefigaro.fr
On n'aurait pas imaginé le président Pompidou passer ses vacances aux États-Unis et partager, en jeans, une « barbecue party » avec Richard Nixon. Pas plus François Mitterrand sortir sur le perron de l'Élysée pour présenter lui-même le détail d'un plan contre la pédophilie, ou Jacques Chirac vouloir assister aux obsèques d'un patron pêcheur en terre bretonne. C'est pourquoi le style de l'hyperprésident Sarkozy ne laisse personne indifférent. Quelques médias ont même requis l'avis de psychologues. Il amuse ou il énerve, il étonne ou il désarçonne. Et rares sont les observateurs qui osent penser que pareille attitude est conforme à ce qu'attend l'opinion publique.
L'omniprésence médiatique est d'ailleurs une exigence qu'il impose à l'ensemble de ses ministres. François Fillon s'est envolé pour les Antilles, au secours des victimes du cyclone Dean. Bernard Kouchner est à Bagdad, au chevet d'un pays en décomposition. En pleine crise financière, Christine Lagarde visite une grande surface pour vérifier qu'elle ne vend pas des jouets chinois réputés dangereux.
On commente la forme, pour souvent la moquer, oubliant qu'elle est étroitement associée au fond de la politique de Nicolas Sarkozy. Aucun des faits et gestes de son équipe ou de lui-même n'est anodin, n'est réductible à une posture pour la galerie. Chaque intervention traduit la bataille des idées que le chef de l'État a décidé de lancer. Avec lui, la droite s'affranchit de ses tabous, se débarrasse de ses préjugés, et le fait savoir. Avec lui, la France envisage de nouvelles options. À ce titre, le voyage en Irak ou le rendez-vous chez Bush sont lourds de signification. La rupture avec son prédécesseur est complète. Dans la réflexion, l'action et la communication.
Étrange que cette politique surprenne aujourd'hui, alors qu'elle était annoncée et programmée. Depuis 2004, sinon 2002, Nicolas Sarkozy ne cache ni ses ambitions ni ses intentions. Une manière d'être et de penser qui lui a valu d'être triomphalement élu le 6 mai dernier. « Je mène un combat idéologique », avait prévenu le candidat. Ses quelques détracteurs peuvent gloser, il y a fort à parier qu'une majorité de Français apprécie les choix du nouveau président, sa détermination. Les jolies phrases non suivies d'effet et le fatalisme ont été condamnés dans les urnes.
D'où les difficultés de l'opposition à ajuster son discours, à trouver la réplique. Divisée par ses querelles intestines, déstabilisée par l'ouverture, elle tâtonne. Faute de propositions rompant avec son vieux corpus idéologique, elle ânonne. Et elle est d'autant plus embarrassée que, pendant la campagne, elle avait pris conscience de la nécessité de faire de la politique autrement. Sans le dire, la rupture était une idée qu'elle partageait. C'est ainsi que Ségolène Royal a emboîté le pas de son principal adversaire sur nombre de sujets : sécurité, école, famille...
Les mêmes qui n'hésitaient pas à voir en Sarkozy un « démago » avant son élection voudraient maintenant le faire passer pour un adepte du « coup d'éclat permanent ». Un mépris qui prouve qu'ils n'ont rien compris au message des électeurs.
05:45 Publié dans Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : yves threard, nicolas sarkozy, mepris
Peut-on sauver la gauche ? par André Grjébine
Lu sur liberation.fr
Interrogation historique sur l’identité du PS et sur sa capacité à se rénover aujourd’hui. Par André GRJEBINE, directeur de recherches à Sciences-Po-CERI.
La gauche dirige la plupart des régions et un grand nombre de communes. Elle constitue quasiment la seule force d’opposition à l’Assemblée nationale. Pourtant, la question de sa survie se pose. Il ne s’agit évidemment pas de se demander si la France, comme n’importe quelle démocratie, gardera une opposition susceptible d’accéder un jour au pouvoir, si la majorité des électeurs se lasse du gouvernement en place, que les résultats obtenus ne soient pas à la hauteur des attentes ou pour toute autre raison. De même, il n’est pas douteux que le mouvement socialiste constituera longtemps encore un tremplin pour un grand nombre de carrières politiques à tous les niveaux. La question n’est pas là.
Elle est plutôt de savoir si le Parti socialiste n’est pas en train de suivre la trajectoire du Parti radical, qui, après avoir été au cœur du débat politique (le parti dominant de la IIIe République), a perdu progressivement toute capacité d’impulsion, au point de ne plus être qu’un groupuscule qui ne peut même plus servir de force d’appoint. Pour répondre à cette question, il faut faire le point sur l’évolution de la gauche, en s’interrogeant sur les sources de son tarissement intellectuel.
Après avoir été un projet, la gauche était devenue une sensibilité se traduisant à l’échelle politique par un réformisme, dont la timidité était voilée par un discours de rejet du capitalisme. Elle tend à ne plus être qu’une antidroite, ou pire, une force de blocage. Elle exerce celui-ci, aussi bien en se faisant le défenseur des corporatismes, quitte à soutenir les réactions hostiles à la plupart des réformes envisagées, qu’en empêchant autant que possible le débat sur des thèmes tabous : la sécurité de l’emploi, les régimes spéciaux de retraite, la sélection dans les universités et la fixation des droits d’inscription, l’immigration ou la montée de l’islamisme. Dès lors qu’elle adopte un angle de vue essentiellement réactif, elle n’est guère tentée de s’interroger sur le bien-fondé de ses critiques, ni a fortiori sur les solutions alternatives. Elle s’enferme ainsi dans le cercle vicieux de l’irresponsabilité.
La gauche a pourtant été jadis l’initiatrice du débat public, alimentant les clivages politiques. En étant reprises par la droite, les idées qu’elle défendait perdaient leur caractère discriminant. Au fur et à mesure que les enjeux socio-économiques ont acquis une importance croissante par rapport à des enjeux purement politiques, comme l’instauration de la République ou la laïcité, la phraséologie socialiste s’est trouvée en porte-à-faux par rapport au réel. Deux phénomènes étroitement complémentaires ont joué, à cet égard, un rôle déterminant : la faiblesse chronique et la division du syndicalisme français d’une part, la scission de la gauche entre la SFIO et le PCF en 1920 d’autre part.
Face aux surenchères communistes, les socialistes ont éprouvé, en permanence, le besoin de démontrer leur attachement aux idées révolutionnaires d’antan. Encore en 1971, au congrès d’Epinay, François Mitterrand déclare que seuls ceux qui prônent la rupture avec le capitalisme peuvent se réclamer du socialisme, sans cacher son objectif de faire du PS le premier parti de gauche au détriment du PCF. La langue de bois marxisante imprégnant ses discours a progressivement rendu la gauche incapable d’assumer son ancien rôle d’émetteur d’idées politiques nouvelles, sauf sur des sujets de société comme la légalisation de l’avortement ou la suppression de la peine de mort.
Dans ce contexte, la réunification de la gauche est devenue le projet dominant. En s’alliant avec le Parti communiste, Mitterrand a permis à la gauche d’accéder au pouvoir, mais il l’a empêché de créer le mouvement social-démocrate, qui aurait été à même de réformer en profondeur la société française. Les fins visées ont été perdues de vue. Le débat public s’est focalisé sur des moyens d’action. L’alternative nationalisations ou privatisations a ainsi été perçue comme décisive pour distinguer la gauche de la droite, au détriment d’une réflexion critique sur les objectifs et surtout sur les instruments les plus adaptés pour les satisfaire. A la longue, cette stratégie a fragilisé la gauche en mettant en évidence son éloignement du réel et son dogmatisme. Le changement de cap de 1973, la politique du ni ni amorcée par Mitterrand en 1988 et les privatisations décidées par le gouvernement Jospin (1997-2002) ont été les premières étapes d’un retournement des mentalités en faveur de thèmes véhiculés par la droite.
Cette perte de sa capacité d’innovation n’a fait que s’accentuer depuis lors. L’obsolescence du communisme a rendu quelque peu vains les discours pseudo-révolutionnaires. Plutôt que d’élaborer un projet véritablement réformiste, les socialistes glissent progressivement vers une défense des avantages acquis des catégories sociales qu’ils sont censés représenter. Ils deviennent ainsi, à proprement parler, réactionnaires.
Que ce soit sur la mondialisation, la protection des emplois existant, la réforme des universités, la sécurité et la politique pratiquée dans les banlieues, la gauche, soit n’a plus rien à dire ; soit elle se définit purement et simplement contre : le libéralisme, les Etats-Unis, Sarkozy… soit elle défend les avantages acquis, aussi injustifiés et rétrogrades soient-ils. Sur tous ces aspects, elle se situe systématiquement contre le changement et donc aux antipodes des politiques social-libérales, menées dans les pays scandinaves ou au Royaume-Uni. Ainsi, alors que la flexisécurité, pratiquée au Danemark et dans d’autres pays nordiques, vise à maintenir les revenus - moyennant l’adaptation des salariés aux nouveaux emplois offerts -, la priorité accordée, en France, à la protection des emplois existant et de ceux qui les occupent se fait au détriment à la fois des exclus du marché du travail et d’une meilleure adaptation de l’appareil de production.
Ce conservatisme social, dont la gauche et la plupart des syndicats se sont fait les porte-parole, conduit la France à négliger le paradoxe de la sécurité, selon lequel les pays, comme le Danemark, où la sécurité de l’emploi est la plus faible sont ceux où le sentiment de sécurité des salariés est le plus élevé. Il est en effet plus sécurisant de changer d’emploi en étant quasiment assuré d’en retrouver un que de se raccrocher à un emploi, en sachant qu’en cas de perte on aura le plus grand mal à en trouver un autre.
Cette vision «passive» se retrouve dans l’hostilité largement partagée en France à la mondialisation. On lui reproche, en général, les contraintes qu’elle instaure. En réalité, c’est les incertitudes et les remises en question qu’elle suscite qui paraissent angoissantes. Pourtant, ce ne sont pas tant les délocalisations qui font problème que l’insuffisance des nouveaux emplois créés.
Il n’est pas étonnant que, dans ces circonstances, le PS ait perdu, au fil des ans, une partie notable de l’électorat populaire (ouvriers et employés), notamment au profit des extrêmes. Le PS tend ainsi à devenir le parti des salariés du secteur public, qui constituent désormais sa clientèle de prédilection et sa base militante. L’électorat de Ségolène Royal illustre cette évolution, comme le montre une étude d’opinion réalisée du 9 au 23 mai par l’Ifop pour le Cevipof : légèrement minoritaire chez les ouvriers et les employés (49 %), elle l’est davantage chez les électeurs qui déclarent s’en sortir «difficilement» et dont elle n’obtient que 47 % des voix. En revanche, 56 % des suffrages des salariés du secteur public et… 54 % des votes de ceux qui déclarent vivre «très facilement» se sont portés sur elle. Si l’on met à part le vote largement majoritaire en sa faveur des immigrés non européens, la candidate socialiste apparaît donc comme celle, sinon des possédants, du moins des insiders.
De manière paradoxale, la ligne de démarcation gauche-droite est devenue plus floue que jamais. Nicolas Sarkozy, brouille les cartes par sa volonté d’ouverture et la multiplication de réformes d’inspiration souvent plus «blairiste» que «thatcherienne». Il n’est pas loin ainsi d’inverser le principe qui a si longtemps guidé certains dirigeants socialistes: gagner à gauche pour gouverner au centre, voire à droite. Dans ce contexte, sur des points essentiels comme l’Europe, l’économie de marché, le nucléaire ou l’immigration, les clivages importants ne se situent pas entre la gauche et la droite, mais au sein même de chaque camp.
Rompre avec ce brouillage conceptuel paraît aujourd’hui une priorité absolue. Ce n’est qu’après avoir clairement défini les valeurs qu’elle entend défendre que la gauche retrouvera une identité et pourra entreprendre une réflexion sur les instruments d’action à mettre en œuvre, plutôt qu’en se référant à une lecture manichéenne et anachronique de la société.
05:45 Publié dans Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rénovation, gauche, parti socialiste, andré grjebine














