« 2007-04 | Page d'accueil | 2007-06 »

31.05.2007

REBELOTE

2945e065f27405ce9e7d1e864dc806c6.jpgJe vous parlais hier d'un titre du Monde dont la disproportion m'avait semblé peu conforme à l'éthique du quotidien renommé. Non qu'il se doive d'être objectif... mais la subjectivité ne suppose pas pour autant la caricature non assumée.

Bref, je pensais pouvoir rapidement passer à autre chose (personne n'aime à se répéter). Eh bien, c'est raté. Bis repetita aujourd'hui. Non, il n'y en aura pas un par jour pendant les cinq ans qui viennent... mais là, je ne puis résister. J'ai essayé, si, si. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas.

C'est d'autant plus gênant que c'est une fois encore le Monde qui est en cause, avec cet article :

Dessaisis, contredits ou réduits au silence, les ministres tâtonnent

Vous l'aurez compris, il s'agit encore des hésitations (interprétées comme telles) dans les annonces de mesures et de réformes. Mais là aussi, et une fois de plus, tout est dans les épithètes. Car Nicolas Sarkozy n'a fait mardi soir qu'une simple précision de chef d'orchestre, dont un musicien n'avait pas pris la bonne note de départ : cela arrive tous les jours dans n'importe quelle équipe sans que personne ne s'en émeuve outre mesure. Sauf le Monde, apparemment :

Pour avoir nettement surévalué son rôle, Eric Woerth vient d'être vertement rappelé à l'ordre. Le ministre du budget avait cru bon d'affirmer, dans un entretien aux Echos du 24 mai, que la déduction fiscale des intérêts d'emprunt immobilier ne concernerait que les ventes actées depuis le 6 mai. Fustigeant "la pensée unique" qui s'opposerait à sa promesse de campagne, M.Sarkozy l'a sèchement contredit en assurant, mardi 29 mai, au Havre, que cette déduction "s'appliquera à tous les emprunts en cours" (Le Monde du 31mai).

ba1db568b8b01b06a537b5f3480179d0.jpgLa suite de l'article est du même acabit : chaque ministre est passé au crible de ses déclarations ou silences, tou(te)s interprété(e)s comme les effets collatéraux de la main-mise implacable et dirigiste de Nicolas Sarkozy sur ses ministres. De trois choses l'une :

1 - Soit au Monde tout travail est autonome et individuel, ce qui entraîne la méconnaissance manifeste du travail d'équipe tel qu'il s'exerce, banalement, dans ce gouvernement, avec les ajustements que cela suppose ; 

2 - Soit le Monde est étonné, voire choqué, qu'un chef d'Etat ait le dernier mot concernant l'application d'un projet de réforme qu'il a porté cinq ans durant (au bas mot) avant d'être élu... ce qui en dit long sur l'état de l'exécutif avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ;

3 - Soit le Monde a délibéremment décidé de caricaturer le travail de ce gouvernement dans le cadre d'une ligne éditoriale ciblée, à but commercial, voire tout simplement politique. Nous sortons alors du domaine du légendaire "quatrième pouvoir" dont le but, en démocratie, n'a jamais été, il me semble, de viser à déstabiliser gratuitement les trois autres.

Le gouvernement Fillon ne comporte que quinze membres précisément pour faciliter ce même travail d'équipe. Car il est entendu que le fait de mener toutes les réformes de front, ainsi que cela a été entrepris, ne peut que rendre plus difficile un exercice du pouvoir déjà exigeant par nature. Chaque ministre est en effet livré à lui-même, funambule épié, progressant au-dessus du vide sidéral dans lequel ont sombré les réformes antérieures non abouties. Que Nicolas Sarkozy se propose d'être pour chacun(e) de ses ministres un balancier à tout moment disponible au cours de cette traversée aérienne me paraît aller dans le sens du politiquement évident, voire nécessaire.

Pourquoi la défaite de Ségolène Royal n'inquiète pas Hillary Clinton, par Philippe GELIE

Il y a quelques mois, je publiais ici même un article de Nicole Bacharan qui me semblait essentiel quant aux idées reçues qu'il dénonçait, et ce dans un climat de pré-campagne qui en était truffé, notamment en matière de politique internationale. Cet article est toujours d'actualité aujourd'hui, tant le PS a abusé d'aguments fallacieux en la matière, dont "il reste toujours quelque chose", selon l'expression consacrée. Cet édito de Philippe Gélie me semble en être le prolongement logique, et d'une importance tout aussi capitale. Philippe Gélie est correspondant du Figaro aux Etats-Unis.

1f1c41665b81580208798f72d1c1f34e.jpgLa visite de Ségolène Royal aux États-Unis fut annoncée à la mi-décembre 2006, puis annulée presque aussitôt : le projet de la candidate socialiste était de poser au côté de Hillary Clinton, en réplique à la photo où Nicolas Sarkozy serrait la main de George W. Bush deux mois plus tôt. Mais la candidate démocrate à la présidence des États-Unis refusa de s'afficher avec son homologue française. Pour éviter toute comparaison ?

Maureen Dowd, l'une des plumes les plus acérées du New York Times, a délaissé exceptionnellement la classe politique américaine pour aller voir de près cette candidate dotée « d'un nom de James Bond girl, d'un sourire d'ange, d'une silhouette superbe en bikini à 53 ans et qui fait campagne comme Jeanne d'Arc ». Elle est ressortie de la « ségosphère » plutôt déçue, avant même le verdict du 6 mai : « Le problème avec Ségo n'est pas qu'elle est une femme, écrivait-elle­ le dimanche du second tour. Le problème est que sa seule vision de la France, c'est elle-même : d'où son surnom,"Egolène". »

Les différences avec Hillary Clinton n'ont pas échappé à Maureen Dowd : « Ségo est plus audacieuse que la prudente Hillary, mais elle commet plus de bourdes ; contrairement à Hillary, elle ne s'est pas assez bien préparée sur la politique étrangère. Ségo conjugue volonté farouche et féminité plus habilement que Hillary, mais elle passe aussi pour froide, une porcelaine sous une peau de porcelaine. »

La mésaventure de Ségolène en France recèle-t-elle des leçons pour Hillary en Amérique ? À première vue, les similitudes sont nombreuses : deux femmes de gauche, deux femmes de tête, parfois jugées cassantes, mères de famille et partenaires d'homme politique dans la vie, briguant pour la première fois la magistrature suprême dans leur pays... Mais ces ressemblances relèvent peut-être du trompe-l'oeil.

L'entourage du sénateur de New York s'est empressé de prendre ses distances avec la vaincue du 6 mai. « À part le fait qu'elles sont toutes deux des femmes, elles n'ont pas grand-chose en commun », a expliqué Howard Wolfson, porte-parole de la candidate à la Maison-Blanche.

605c808f8f27420773a5e2009a1f749d.jpgPlusieurs différences méritent d'être soulignées :

Le contexte : l'élection devrait se jouer aux États-Unis sur la politique étrangère, sujet resté marginal dans le scrutin français. La guerre en Irak constitue l'enjeu principal, sur lequel Hillary Clinton a pris une position duale : d'un côté, elle « assume » son vote en faveur des pouvoirs de guerre donnés à George Bush en 2002, et elle promet une riposte musclée si l'Amérique est de nouveau attaquée ; de l'autre, elle dénonce la faillite de cette aventure militaire et prône un retrait en bon ordre au plus tôt.

La crédibilité : Hillary estime que, pour l'emporter, une femme doit mettre la barre encore plus haut qu'un homme. Elle mise donc sur la compétence plus que sur la séduction, mettant en avant ses huit ans d'expérience à la Maison-Blanche et ses sept ans passés au Sénat à traiter d'un vaste éventail de dossiers nationaux et internationaux. Elle profite aussi de la caution du meilleur stratège démocrate, Bill Clinton, dont la cote d'amour reste élevée aux États-Unis. « Elle offre un choix très différent de celui qu'ont eu les Français, estime son conseiller Mark Penn. Son expérience prouve qu'elle est prête à mener le pays vers le changement d'une main sûre, ferme et compétente. »

L'idéologie : Clinton fait campagne au centre, ce qui est déjà plus à droite que le centre droit en France. Pas d'oeillades vers l'ex-trême gauche, politiquement insignifiante aux États-Unis, aucune ambiguïté sur les vertus de l'entreprise ou du libre marché. Sans la porter en écharpe, elle ne cache pas sa foi, entretenue auprès d'un confesseur qui la suit depuis l'adolescence. Elle n'a pas peur de courtiser les puissances d'argent, qui l'ont placée en tête des collectes de fonds au premier trimestre (31 millions de dollars). Ce qui la définit comme démocrate, c'est surtout la promesse d'assurer une couverture médicale à tous les Américains et de revenir sur les baisses d'impôts accordées aux plus riches.

La compétition : les principaux rivaux de Hillary ne sont pas des « éléphants » se disputant le contrôle du parti, mais un jeune sénateur noir élu depuis à peine trois ans, Barack Obama, et un quinquagénaire sudiste aux allures de jeune premier, John Edwards. Aux États-Unis, où la course électorale est longue et difficile, la fraîcheur constitue souvent un atout, tandis que l'excès de notoriété peut être un handicap. Dans le cas de l'ex-première dame, il lui impose de recentrer son image de « libérale » et d'adoucir sa réputation de froideur. Elle s'y emploie jusqu'ici avec succès, puisqu'elle est la favorite des sondages pour 2008, ce qui n'a jamais été le cas de Royal. Contrairement à Ségolène, Hillary l'emporte aussi nettement auprès de l'électorat féminin.

Ces différences expliquent que même les républicains se gardent d'extrapoler à partir de la présidentielle française. Aux États-Unis, Hillary Clinton n'est pas le challenger, mais la femme à battre. « Je suis sans doute la femme la plus célèbre que vous ne connaissez pas encore », dit-elle à ceux qui se pressent pour l'écouter. Tout un programme.

http://www.lefigaro.fr/debats/

30.05.2007

LE MONDE ET NICOLAS SARKOZY : L'INTOX SANS VERGOGNE

c23e381529667cc2cb3a7202c7fe7219.jpgDe passage à l'instant, comme cela m'arrive régulièrement, sur le site de notre glorieux quotidien national, mes yeux sont soudain attirés par un titre qui fait la Une :

Accusé de "mensonges" sur l'immobilier, Nicolas Sarkozy désavoue Bercy

A la lecture de ces mots éloquents, mon sang ne fait qu'un tour : que se passe-t-il donc tout en haut de l'Etat? Un clash gouvernemental est-il en train de naître? Quels sont les "mensonges" dont est accusé Sarkozy? S'agit-il toujours de son appartement dont l'escalier en colimaçon est sans doute le plus célèbre de France? L'ADN du menuisier aurait-il parlé?

De toute évidence, l'affaire doit être grave. Nicolas Sarkozy n'a pas pour habitude de se défausser de ses responsabilités au détriment de ses collaborateurs, fussent-ils ministres. Donc soit il est très énervé (la faute doit être impardonnable), soit il est le dos au mur, peut être prêt à démissioner, pris dans l'étau de mensonges mystérieux, pesants au point de mettre la Présidence en danger...

C'est alors (et cela me sauva) que mû par un bon sens certainement hérité de gènes marqués par une longue tradition cartésienne, elle-même renforcée par un apprentissage sérieux dans une école républicaine, je me décide à lire l'article, le front déjà soucieux à la pensée des luttes à venir, les yeux embués par l'émotion que ce schisme historique provoqua dans mon coeur de sarkozyste sensible. Non, M. Hollande, ce n'est pas un oxymore.

Quelle ne fut pas ma surprise d'alors constater que ce début de watergate, tel que semblait l'annoncer Le Monde, ne correspondait en fait qu'à une simple nuance apportée hier soir par Nicolas Sarkozy au Havre à propos de sa loi sur l'immobilier, quand les "mensonges" en question correspondaient aux accusations sans fondement, purement spéculatives, exemples d'école du procès d'intention, émises par Ségolène Royal lors de sa tentative piteuse de come-back politique ! Jugez par vous-mêmes :

Nicolas Sarkozy entend montrer qu'il tient ses promesses. Mardi 29 mai, lors d'un meeting au Havre, le président de la République a indiqué que les intérêts d'un emprunt immobilier contracté pour acheter sa résidence principale pourront être déduits de l'impôt sur le revenu. Cette mesure s'appliquera à tous les prêts "à partir du jour où la loi sera votée" et concernera "tous les emprunts en cours", a-t-il déclaré.

Voilà. Là, vous venez d'assister à un désaveu de Bercy (Ministère de l'Economie et des Finances) en direct. Bon, bien sûr, vous ne saisissez toujours pas le fin mot de l'affaire (je sais, j'y suis passé moi aussi), mais cela va venir. Je suis là pour ça.

En apportant ces précisions, le chef de l'Etat contredit le ministre du budget, Eric Woerth, qui avait déclaré, aux Echos du 24 mai, que le dispositif ne concernerait que les "résidences principales dont l'acte authentique de vente a été signé après le 6 mai 2007, jour de l'élection du président de la République". "Les intérêts des emprunts pourront être déduits des revenus à hauteur de 20 %, avait ajouté M. Woerth. Il s'agira d'un crédit d'impôt limité dans le temps, qui aboutira à des réductions d'impôrts significatives." Les propos de M. Woerth n'étaient pas tout à fait en phase avec les engagements de M. Sarkozy : celui-ci avait dit, notamment à L'Express daté du 29 mars, que la mesure s'appliquerait "sur les intérêts des emprunts déjà contractés et sur ceux des nouveaux emprunts".

J'espère que vous êtes maintenant plus conscients de la gravité de l'affaire. Il y a quand même un certain flottement entre le Président et son ministre, qui à 15 jours de l'intronisation, et à 10 jours de la formation du gouvernement, émettent des avis divergents, portant sur des périodes de plusieurs jours, dans leurs interprétations respectives de la loi sur l'immobilier. C'est énorme.

Le 26 mai, à La Rochelle, Ségolène Royal avait dénoncé les "mensonges" et les promesses qui "ne correspondent à rien" de M. Sarkozy. "Les gens vont se rendre compte petit à petit qu'ils ont été floués", avait dénoncé la socialiste.

Ah, voici enfin les accusations de mensonge. Je pense qu'il était primordial de les reprendre sous la forme d'un titre : en effet, l'expérience a montré que lorsque Ségolène Royal s'exprimait sur un sujet, son avis avait valeur de parole d'évangile, notamment dans ses accusations contre Nicolas Sarkozy... Merci au Monde d'en avoir tenu compte.

Vous avez dit pathétique?

P.S. : Je découvre à l'instant chez Koz un billet abordant ce même thème, celui de l'honnêteté intellectuelle, notamment des journalistes...

29.05.2007

Sarkozy et les syndicats : vers une confrontation refondatrice de la démocratie française, par Drieu GODEFRIDI

2ceeb888bace48fca4d143d65f1910f2.jpgDrieu Godefridi est directeur de l'Institut Hayek.

L'histoire est en marche. L'élection de Nicolas Sarkozy referme la parenthèse d'une expérience culturelle qui commence en mai 68 et qui se poursuivit, sur le plan politique, de mai 81 à nos jours. Le plus à gauche des hommes de droite, Jacques Chirac, ne fut, en somme, que le modeste continuateur du plus à droite des hommes de gauche, François Mitterrand.

L'univers des références de Nicolas Sarkozy diverge de celui de ses deux prédécesseurs. D'instinct, Nicolas Sarkozy est libéral, viscéralement attaché à l'initiative, au travail et à la responsabilité, conscient de l'importance de l'économie et de la nécessité de réaffirmer l'autorité de l'Etat dans ses missions fondamentales. Le nouveau président souhaite faire de la France une démocratie moderne, réactive, prospère, tournée vers l'avenir, qui offre autre chose à ses jeunes les moins favorisés que le chômage et des mots et qui exporte des biens et des services plutôt que ses citoyens fortunés et ses jeunes entrepreneurs.

L'objectif est réaliste. N'en séparent le pays que des réformes de bon sens dans le domaine de l'éducation et de la fonction publique, de la représentativité syndicale, de la fiscalité, des retraites et, surtout, de l'assouplissement du droit du travail.

Reste l'obstacle. Victime de ce que Pascal Bruckner appelle son « surmoi gauchisant », une partie de la gauche française n'est pas disposée à accepter ces réformes, et le fait régulièrement savoir, depuis vingt-cinq ans, dans les urnes ou, à défaut d'y pouvoir triompher, dans la rue, sous la bannière syndicale. Il faut être naïf pour se figurer que la seule pédagogie gouvernementale, couplée aux vacances d'été, suffira à convaincre les syndicats de la nécessité des réformes. Quand les syndicats « mettent en garde » le président nouvellement élu contre toute velléité de « passage en force » - curieuse démocratie où le président élu par 53% des Français est aussitôt rappelé à l'ordre par des organisations qui représentent 8% des Français - il faut comprendre que certaines réformes, quelle que soit la méthode, ne passeront pas et que les syndicats s'y opposeront par tous les moyens, y compris cette violence qui est, en France, un mode d'expression syndical normal.

C'est qu'à l'instar de leurs cousins britanniques et américains au début des années quatre-vingts, les syndicats français (et leurs relais trotskystes, altermondialistes, etc.) n'admettent pas :

1. - Qu'en cas de désaccord persistant entre les institutions de la République et la « rue », dans une démocratie où règne le droit, ce sont les institutions de la République qui ont le dernier mot ;

2. - Que la grève est un droit aussi longtemps qu'il s'exerce dans le respect de la loi, des prérogatives de la puissance publique et des droits fondamentaux (de travailler, de circuler) d'autrui. Il n'y a qu'en France que le concept de « grève légale » passe pour une contradiction dans les termes.

ff5d290f1f12c7e7b5e05061ddb5913a.jpgMargaret Thatcher raconte dans ses Mémoires : « De 1972 à 1985, la traditionnelle sagesse voulut que la Grande-Bretagne ne pût être gouvernée sans le consentement des syndicats. Aucun gouvernement ne pouvait vraiment résister à une grande grève, (...) et encore moins la faire échouer. (...) Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux activistes. Ce que cette défaite établit fut qu'il n'était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la Grande-Bretagne un pays ingouvernable. »

Lorsque qu'en septembre 2005 nous avons publié dans le quotidien Les Echos une tribune intitulée « L'inéluctable moment Thatcher-Reagan des démocraties européennes », pour dire la nécessité de ramener les contestations syndicales dans les limites de la légalité, au besoin par le recours à la force publique, nous reçûmes un abondant courrier nous expliquant (en résumé) que les méthodes reagano-thatchériennes, certes adéquates aux brutes anglo-saxonnes, ne pourraient jamais être appliquées à un peuple aussi à la pointe des raffinements de la vraie civilisation démocratique que le peuple français.

Cent mille voitures brûlées plus tard, l'activisme anti-gouvernemental des syndicats a trouvé un renfort de poids dans l'agitation des banlieues (cfr. les manifestations anti-CPE, où se mêlaient dans une allégresse pas toujours partagée étudiants « syndiqués », syndicats d'enseignants et jeunes des banlieues), la chienlit menace et l'alternative paraît désormais entre Thatcher la légaliste et le sanguinaire Gallifet de la Commune. Seule la première branche de l'alternative nous préservera de la seconde.

La vraie question, dès lors, n'est pas de savoir si la confrontation entre l'administration Sarkozy et les syndicats aura bien lieu. La question est de savoir quelle sera la réforme - ou le prétexte - qui jettera cent mille personnes dans la rue. Et comment la confrontation se dénouera. Qu'il cède, et M. Sarkozy ne sera, au bilan, qu'un autre Chirac. Qu'il maintienne, et il entrera tout droit au Panthéon des hommes d'Etat.

Et la France sera sauvée.

http://www.fahayek.org/

J'ai repéré cet article en lisant le blog What's Next, excellent jour après jour. A noter, aussi sur le site de l'Institut Hayek, le récit de Margaret Thatcher des grèves des mineurs. Edifiant.

FAIRE PRESSION SUR L'ELECTEUR

A chacun sa façon de mener sa barque politique, n'en contestons pas le libre choix. Il est cependant des positions étranges qui tendent à se généraliser. De celles-là sont les techniques de châtiment pré ou post électoral, visant à inculquer vaille que vaille à l'électeur une morale politique manichéenne : "Ne pas voter pour moi, c'est commettre un crime, voire un meurtre politique". Allons-bon.

34bec27c6d19236a0426201e43b97778.jpgLe premier à poser les fondations d'un tel raisonnement fut Lionel Jospin le 21 avril 2002, lorsque à l'issue d'un premier tour où il ne figurait qu'en 3ème place, il annonça à chaud "se retirer de la vie politique". Certes, cette déclaration fut par la suite contredite dans les faits, et obligea Lionel Jospin à de plaisantes contorsions rhétoriques pour expliquer ses successives tentatives de peser à nouveau dans le paysage politique français. Il n'en perdit pour autant pas le sentiment de victime qui avait motivé sa position : je me souviens encore de l'une de ses déclarations, où il disait répondre à ceux qui lui reprochaient de les avoir abandonné après la défaite : "Mais c'est vous qui m'avez abandonné le 21 avril ! Moi, j'étais là !"

Cette position est malheureusement caractéristique d'une certaine gauche, qui refuse de se voir dans le miroir des élections, et qui, lorsqu'il dessine une silhouette trop douloureuse, préfère le casser, voire le remplacer. En excluant d'assumer sa défaite, en refusant d'y voir sa propre incompétence, ses bourdes à répétition (parlant d'un programme qui ne serait pas socialiste, puis d'un Jacques Chirac vieilli et usé), ou son manque de charisme, Lionel Jospin a privé la gauche en 2002 d'un réflexe d'auto-critique qui lui était indispensable pour envisager gagner en 2007. Durant 5 ans, le PS de François Hollande s'est refusé à se retourner sur ce 21 avril 2002 de peur d'être changé en statue de sel. Et lorsqu'il a consenti à le faire, c'était pour en réitérer l'erreur.

000fb2c1f331b8add059c91515d1c1a4.jpgEn effet, le 10 avril 2007, alors en meeting avec les MJS, François Hollande ne trouve rien de mieux à transmettre à ses jeunes troupes qu'une terreur d'un passé dont il est lui-même tributaire : 

«Je ne suis pas là pour réveiller des peurs, pour brandir des menaces, pour exorciser les démons, mais ce que je veux dire ici c’est que si la gauche ne fait pas le choix dès le premier tour de Ségolène Royal, alors elle ne serait pas dans la situation de pouvoir l’emporter au second. [...] La présence de la gauche ne va pas de soi. Je n’oublie pas ce qui s’est passé le 21 avril 2002. C’est aussi le niveau de Ségolène Royal au premier tour qui permettra la dynamique de succès pour le second. […] Le moment est grave, il est important, il y a de l’incertitude, de l’indécision».

En d'autres termes, les électeurs ont fait le mauvais choix en 2002, puisqu'ils n'ont pas voté pour nos idées. Il convient donc de les rappeler à l'ordre, et de les mettre face à leurs responsabilités : qu'ils se permettent de voter pour une autre parti une fois, c'est déjà beaucoup, mais deux fois, ce serait trop. Comme le sous-entendait Lionel Jospin, vu que l'on figure sur la liste des candidats, on peut considérer que l'on a fait le job ; les électeurs doivent maintenant faire le leur et voter pour nous ! En voilà un beau travail d'équipe... Et s'il ne fonctionne pas, alors "les français m'ont tuer". Electeurs sans coeur.

64199a1f85af8a15102ad0cacd59fecf.jpgLe dernier à donner dans ce registre, et ce pas plus tard qu'hier, est Arnaud Montebourg, vaillant porte-parole de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle, fameux pour son inauguration du piquet socialiste (piquet de grève forcée, s'il en est) après son débordement malheureux à propos de François Hollande. Au terme de l'ascension du Mont Beuvray, il a déclaré, parlant de sa candidature aux législatives : "Si je suis battu, j'arrêterai donc la politique. C'est à mes électeurs de choisir." Le débat ne porte alors plus sur un projet, une majorité, un parti, mais bien sur l'avenir politique d'un homme. Autrement dit, sentez vous libre de voter selon vos convictions, mais n'oubliez pas que c'est ma vie qui se trouve au bout de votre bulletin... La République avait inventé la campagne électorale, pour permettre de convaincre les français. Le PS l'a tronquée en mendicité électorale.

Alors, certes, il est possible de rétorquer qu'il ne fait que marcher dans les pas de M. Fillon, qui refuse d'avance aux ministres défaits dans leurs circonscriptions de poursuivre leur travail au sein du gouvernement. Et pourtant la démarche est tellement différente. Pour François Fillon, il ne s'agit en aucun cas de mettre en balance le parcours d'un responsable, qui serait stoppé net dans sa carrière, et son élection, mais bien plutôt de garantir une légitimité sans faille au plus haut niveau de l'Etat. Arnaud Montebourg s'empare de l'argument de la légitimité, pour le a5b50a54761220456ff5001eee561ed0.jpgrevêtir de celui, insidieux, du parcours humain. Un peu comme si votre vendeur de chaussures vous expliquait qu'il sera viré si vous ne lui achetez pas la dernière paire que vous avez essayée. Si cela vous échoit, ne ratez surtout pas l'occasion d'en vérifier l'exactitude...

Ce billet a également été publié chez Agoravox, et repris par Yahoo News.

28.05.2007

L'AFFAIRE RCTV : LE REVELATEUR

13962a996a50dd73d0dce3af3a85fa98.jpgIl y a quelques jours, souvenez-vous, je me suis gentiment insurgé à propos du soutien apporté par Jean-Luc Mélenchon à Hugo Chavez dans sa volonté de fermer définitivement la chaîne de télévision privée RCTV, jugée trop insolente avec le régime chaviste.

Que M. Chavez décide de poursuivre sa politique de démocratie dictatoriale, c'est un fait dont nous ne pouvons que prendre acte, avec plus ou moins d'assentiment toutefois. Par contre, qu'un sénateur PS, représentant du peuple français, apporte son soutien public et prosélyte à un dirigeant se déclarant "frère" d'un homme comme Ahmadinejad, apôtre du négationisme, dernier partisan de la solution finale antisémite encore au pouvoir, cela reste et sera toujours nôtre et mon problème. Parce que c'est aussi au nom de la République que parle M. Mélenchon, pour l'entraîner avec lui dans la boue et le compromis.

Cette polémique intervient justement après une campagne présidentielle durant laquelle le PS, aimablement (bien qu'hypocritement) épaulé par un UDF en transition vers le MoDem, n'a jamais cessé de hurler au complot médiatique, à la main-mise de Nicolas Sarkozy sur les médias, à la censure sous-jacente. Sans bien sûr jamais en trouver ni dévoiler la moindre preuve, si ce n'est celle antithétique du contre-exemple, du fait de la campagne acharnée d'un TSS allègrement orchestré par la presse.

Dans ce contexte, j'ai jugé bon de relayer mon indignation au-delà des lignes de ce blog, notamment par le biais d'Agoravox... que je savais abondamment fréquenté par des lecteurs de sensibilité de gauche. Quelle n'a pourtant pas été ma surprise, confinant parfois à l'abattement, de lire des réactions profondément en accord avec la position de M. Mélenchon, la justification idéologique en plus ! Pour la plupart des intervenants, la fermeture de RCTV est légitime, ainsi que sa relation avec Ahmadinejad, relevant de l'impératif diplomatique. Tout comme, sans doute, son soutien aux FARC, au terroriste Carlos, ses liens étroits avec les régimes de la Corée du Nord ou de la Chine, ainsi que la filiation assumée avec Fidel Castro. Décidément, la gauche française n'en a pas fini avec ses ambiguïtés, ses contradictions et sa morale (tellement) sélective. Souvenez vous toujours de son silence lorsque M. Le Pen mettait en avant les origines juives et hongroises de Nicolas Sarkozy pour lui refuser le droit à prendre la tête de l'Etat.

f7a16243efa64df4c2ff26ee537e0ad0.jpgDu sein de ce tourbillon nauséabond, un commentaire m'a cependant positivement marqué : il s'agit de celui de Daniel Duquenal, résidant au et natif du Vénézuéla, bénéficiant d'ailleurs de la double nationalité franco-vénézuélienne :

"Tout d’abord, si bien sûr le gouvernement de Chavez a le droit incontestable de ne pas renouveler une concession de teledifusion, il a également le devoir encore plus incontestable de devoir instruire un dossier à ce sujet et le faire passer par des instances de loi. Selon ce résultat, RCTV serait soit pénalisée, soit avertie et un délai donné pour corrections, soit fermée. Pour l’information des supporters à tout cran de Chavez, le gouvernement Vénézuélien a failli à tous ces devoirs sur ce sujet. Simplement Chavez a dit « je ferme RCTV » et celle-ci sera fermée. Point à la ligne.

Si on veut utiliser l’argument de la médiocre qualité des émissions de RCTV, alors là il faudrait fermer toutes les chaînes vénézuéliennes, en commençant par les chaînes d’état tel VTV qui ne sont que 24 heures sur 24 de la propagande infâme et vulgaire en faveur du gouvernement, payée par le contribuable vénézuélien bien sur. Je conseille a ceux qui causent beaucoup sur le sujet de passer quelques heures sur es pages web des TV vénézuéliennes et même sans comprendre l’espagnol vous aurez rapidement une idée de ce dont je cause.

1ca1469ae322c1a5c89bef15896c27ab.jpgFinalement, pour ceux qui pensent que RCTV complote effrontément contre un président élu, je voudrais rappeler que Chavez est arrivé sur la scène politique vénézuélienne dans un bain de sang le 2 février 1992. Il a, lui, fait tuer beaucoup plus de gens que l’opposition vénézuélienne lorsqu’ il a fait son coup d’état contre un gouvernement aussi légitime, si ce n’est plus, que le sien. Mais c’est pas tout: si RCTV est en fait coupable de participation au coup d’état de 2002, où est l’instruction ? Où sont les procès ? Quelles furent les arrestations ? Qui est coupable ? Pour votre information à 5 ans du coup d’état de 2002 le gouvernement ne fait qu’accuser verbalement du haut des tréteaux politiques mais a été incapable d’instruire un dossier contre RCTV. De plus, il y a aussi Venevision, Televen et Globovision dans le même bain, mais seule RCTV est accusée lors que de mon avis d’observateur en 2002, Venevision est au moins aussi coupable, si ce n’est plus, que RCTV."

Mention spéciale pour le commentaire qui suivit presque immédiatement, rappelant avec un culot détestable que le nombre de morts imputés à Chavez lors de son arrivée au pouvoir n'était "que" de 300, et que de toute manière, en France, Laurent Solly arrivait à TF1, donc la France n'avait rien à dire. Curieux sens des proportions. Au passage, j'aimerais que l'on m'explique pourquoi Laurent Solly devrait se retrouver au chômage toute sa vie pour avoir été brillant lors d'une campagne électorale. Mais passons.

0f67d42dd1d7629646f1e9ba518a596f.jpgSur son blog, écrit en anglais mais extrêmement intéressant, Daniel Duquenal cite un article engagé et courageux du Monde intitulé "Censure à la Chavez". En voici les dernières lignes, que je dédicace à mes chers commentateurs d'Agoravox, ainsi qu'à leur inspirateur plus ou moins direct, M. Mélenchon :

"En décembre 2006, ni RCTV ni l'opposition n'ont empêché la réélection du président Chavez avec près de 63 % des voix. L'Assemblée nationale, où la totalité des élus lui sont acquis, est devenue une simple chambre d'enregistrement. Le chef de l'Etat a de plus tenu à bénéficier des pouvoirs spéciaux lui permettant de légiférer. La justice n'ose pas contredire l'exécutif et n'échappe pas à la corruption généralisée.

L'indépendance des pouvoirs n'existe plus au Venezuela. L'opposition craint que, après les médias, le président ne procède de manière analogue envers les syndicats, les organisations non gouvernementales ou les partis politiques. Avec M. Chavez, la démocratie vénézuélienne est menacée."

bbf2ee8d30b887484f8210961901a789.jpgCe matin, le même Monde prend acte de la fermeture effective de la chaîne :

"Après cinquante-trois années d'existence, RCTV (Radio Caracas Television), dernière grande chaîne d'opposition au Venezuela, a cessé d'émettre, dimanche 27 mai une seconde avant minuit, à l'expiration de sa concession. Le gouvernement d'Hugo Chavez, qui a refusé de la renouveler, avait qualifié la très populaire RCTV de "menace pour le pays".

Une grande partie des trois mille salariés que comptait la chaîne sont apparus à l'écran chantant l'hymne national juste avant l'arrêt des émissions. Marcel Granier, président de RCTV, s'est dit sûr que "la démocratie et RCTV reviendront au Venezuela", espérant encore que le gouvernement reconsidérerait sa décision. La veille, M. Granier avait fait appel une dernière fois au chef de l'Etat, affirmant qu'il avait "la possibilité de corriger l'erreur commise".

[...] Plusieurs milliers de manifestants anti-Chavez s'étaient également mobilisés, dimanche, pour protester devant le siège de la commission nationale des télécommunications avant d'être dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes. Quelques heurts avaient auparavant fait onze blessés, dont quatre ont été hospitalisés parmi les forces de l'ordre, selon la police.

Dans un éditorial intitulé "Chavez éteint RCTV", le quotidien d'opposition Tal Cual affirme que "la fermeture de RCTV marque le point le plus haut de l'escalade d'agressions contre la liberté d'expression au Venezuela". "L'Organisation des États américains (OEA) et le Mercosur peuvent bien dire qu'Hugo Chavez est un démocrate, mais ses actes le démentent totalement", ajoute-t-il.

Le quotidien El Nacional va dans le même sens, estimant que cette mesure marque la "fin du pluralisme" dans le pays. Le journal affirme par ailleurs que plusieurs employés de RCTV ont passé la nuit dans les locaux et refusent toujours de les quitter."

dbf988e356d635e2e0ce870c2943862e.jpgAu-delà de la situation vénézuelienne, certes préoccupante, mais sur laquelle je ne porterai jamais qu'un regard franco-français, avec le recul et l'humilité que cela suppose, cette affaire a été à mes yeux révélatrice d'un danger profond, celui d'une accomodation d'une certaine gauche avec les thèses les plus extrémistes, qui soudain deviennent acceptables parce que parées des mot usurpés de "démocratie" ou de "peuple". Malgré le stalinisme, le castrisme, le maoïsme, malgré la Corée du Nord, la gauche française donneuse de leçons est toujours analphabète en termes d'éthique ou de morale. Regrettons-le, avec tristesse, mais aussi fermeté.

24.05.2007

Le "je vous abandonne" de François HOLLANDE

1d98cdc73079608334d59f5a2becc403.jpgJMA revient ce matin sur le climat de tension interne et d'abattement consécutif d'une part à la victoire éclatante de Nicolas SARKOZY aux élections présidentielles, mais aussi à la faillite d'une conception autiste de la politique, refusant d'assumer les défaites et ne comptant pour le combat politique que sur le discrédit de l'adversaire.

A noter que cette analyse s'inscrit dans un billet consacré à Jean-Marie LE PEN qui, à 79 ans, compte continuer à assumer la présidence de son parti, le FN. Le capitaine du Paquebot, c'est certain maintenant, est décidé à saborder son navire, pourvu que la mort le fauche à la manoeuvre.

"François Hollande a annoncé hier qu'il ne solliciterait pas le renouvellement de son mandat de premier secrétaire. La nouvelle n'en est pas forcément une puisqu'il avait déjà dit, voilà plusieurs mois, son souhait de passer la main après dix années consacrées à cette fonction. Malgré tout, la réaffirmation de sa décision en pleine campagne législative résonne étrangement.

Ce matin, François Hollande ressemble à ces généraux qui abandonnent leurs troupes en pleine campagne. Alors même que tous les dirigeants socialistes s'évertuent à dire que rien d'autre ne doit compter que l'actuelle campagne électorale, voilà le patron du parti socialiste qui rappelle à chacun qu'il faudra lui trouver un successeur. Cette répétition de sa position ne pouvait-elle pas attendre trois semaines? Puisque la chose était connue, pourquoi donc la redire? Sans doute faut-il comprendre que François Hollande a dépassé la zone du supportable, que le fardeau de guider ce parti socialiste en perdition lui pèse trop et qu'il est maintenant pressé de s'en défaire, fût-ce symboliquement. Entendez-moi bien, répète-t-il, je ne suis plus votre chef, je ne suis plus responsable de ce qui arrive, et ceci encore : ce qui vous attend est au dessus de mes forces, je vous abandonne.

De manière involontaire, encore qu'il soit permis de s'interroger, le meeting organisé hier à Bordeaux par le parti socialiste a symbolisé ce désarroi collectif. Cette réunion publique devait être la première des trois grands rendez-vous que le parti socialiste entend donner à ses électeurs. Or, il n'y avait hier soir sur la scène que ce premier secrétaire déjà démissionnaire, accablé par le poids de sa charge et pressé désormais de s'en défaire. Ni Dominique Strauss-Kahn, ni Laurent Fabius, n'étaient là. Prévenus trop tard, ont-ils dit. Peut-être, mais quand même, on croit rêver.

Mais entre toutes, c'est l'absence de Ségolène Royal qui était et demeure remarquable. Voilà quelques jours qu'elle est revenue d'un repos mérité. Depuis, silence radio. Elle ne parle pas, ne se montre pas, ne participe pas à une campagne dans laquelle elle n'est même pas candidate. Ce désinvestissement personnel donne le vertige. Face à une UMP surpuissante, déployée jusqu'au dernier de ses militants depuis plusieurs semaines, le grand parti socialiste qui devrait être le pivot et le pilier de la prochaine opposition donne le spectacle d'une machinerie usée, vieillie, fatiguée, et en plus, privée de chef.

Si rien ne se redresse dans ce camp là, les chiffres risquent d'être cruels le soir du second tour des élections législatives. Face au vide, l'UMP pourrait bien pousser les feux jusqu'à dépasser les 400 députés, ce qui représente aujourd'hui le haut de la fourchette dans plusieurs sondages. Le PS, lui, pourrait bien passer sous la barre des 100 et ajouter à la défaite de la présidentielle, la bérézina des législatives, ce qui ne l'aiderait sûrement pas dans la tâche immense et complexe de la reconstruction qui l'attend."

0f69370794bba17e49368a3a3d75491c.jpgAjoutons à cette analyse le point de vue d'Alain DUHAMEL, qui lui aussi revenait ce matin sur la crise au PS :

"Le Parti socialiste est en crise. [...] Visiblement, il y a en fait, deux pathologies qui sont simultanées, et désagréables l'une et l'autre.

La première, c'est que le Parti socialiste, c'est d'ailleurs classique, souffre d'une dépression post-présidentielle. Il a espéré gagner, il a perdu. Et depuis, il se sent exténué, désemparé, démobilisé, divisé. On voit bien chaque courant faire campagne de son côté, pour son leader. C'est difficile à vivre. Ça signifie que le Parti Socialiste est en désordre de bataille, à quelques jours des Législatives.

La deuxième chose, et d'ailleurs Bertrand Delanoë le souligne, c'est que le Parti socialiste aujourd'hui, et ça c'est beaucoup plus durable, et beaucoup plus sérieux, traverse une véritable crise d'identité. D'ailleurs, il suffisait de regarder pendant la campagne, d'un côté l'UMP, de l'autre côté le PS, pour voir qu'il y avait un leader qui n'était pas contesté dans son camp, un parti qui était mobilisé à son service, et un projet qui était évidemment contestable, mais qui était clair ; et puis de l'autre côté, Ségolène Royal qui n'a cessé d'être elle, contestée, avec un Parti qui ne s'est pas vraiment mobilisé derrière elle, et avec un projet qui donnait un sentiment d'improvisation. Il y a de quoi avoir des troubles de la personnalité.

[...] Ce qui est frappant, c'est [que Ségolène Royal] se tient complètement à l'écart de la campagne de son propre Parti. L'interprétation, je crois qu'elle est simple, elle anticipe une défaite, et même une lourde défaite. Elle ne veut en aucun cas, l'incarner. Donc, elle ne veut pas sacrifier ne serait-ce qu'une fraction de son image pour son parti. La question est de savoir si c'est comme çà qu'elle s'y fera aimer."

23.05.2007

Portrait de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République.

c10f049f7f73e03348044e55afcaa197.jpg

Nicolas Sarkozy, marié, 3 enfants, est né le 28 janvier 1955 à Paris XVIIème.

  • Ancien avocat au barreau de Paris il devient maire de Neuilly sur Seine en 1983, poste qu'il occupera jusqu'en 2002. Elu député en 1988, il a occupé différentes fonctions au gouvernement.
  • Ministre du Budget (1993-1995), de la Communication (1994-1995), Porte-Parole du gouvernement (1993-1995).
  • Nommé le 7 mai 2002 ministre de l'Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre après la réélection de Jacques Chirac.
  • Nommé le 1er avril 2004 ministre d'Etat, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie du gouvernement de Jean Pierre Raffarin.
  • Elu le 28 novembre 2004 président de l'UMP Il est par ailleurs président du conseil général des Hauts-de-Seine.
  • Il est nommé le 2 juin 2005 ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire.
  • Il est investi dans les fonctions de Président de la République le 16 mai 2007 après son élection le 6 mai avec 53,06% des voix.  

Études

  • Maîtrise de droit privé (1978)
  • Certificat d'aptitude à la profession d'avocat (1981)
  • DEA de Sciences Politiques avec mention (mémoire sur le Référendum du 27 avril 1969)
  • Institut d'Études Politiques de Paris (1979-1981) 

Carrière

  • Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine en 1977 - Maire de Neuilly-sur-Seine de 1983 à 2002
  • Vice-Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, chargé de l'enseignement de la culture (1986-1988)
  • Député des Hauts-de-Seine (6ème circonscription) de 1988 à 2002
  • Elu Président du Comité départemental du RPR des Hauts-de-Seine le 3 mai 2000.
  • Elu Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine le 1er avril 2004.
  • Ministre du Budget (1993-1995) et de la Communication (1994-1995)
  • Porte-Parole du Gouvernement (1993-1995)
  • Secrétaire national du RPR, chargé de la Jeunesse et de la Formation (1988)
  • Secrétaire national du RPR, chargé de l'Animation, de la Jeunesse et de la Formation (1989)
  • Co-directeur de la liste d'union pour les Élections européennes (1989) - Secrétaire Général Adjoint du RPR, chargé des Fédérations (1992-1993)
  • Membre du Bureau Politique du RPR (depuis 1993) - Coordonateur et porte-parole de l'équipe de transition (10 juillet 1997) Secrétaire général du RPR (6 février 1998)
  • Président par intérim du RPR (avril 1999-octobre 1999)
  • Tête de la liste RPR-DL pour les Élections européennes de juin 1999. - Ministre de l'Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales (2002/2004)
  • Ministre d'Etat, ministre l'Economie, des Finances et de l'Industrie (2004 - 2005) - Président du Conseil général des Hauts-de-Seine
  • Elu président de l'UMP le 28 novembre 2004
  • Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire (mai 2005 - mars 2007)
  • Candidat à l'élection présidentielle (14/01/07)
  • Démissionne du gouvernement en mars 2007 - Obtient 31,18% des voix au premier tour de l'élection présidentielle le 22 avril 2007
  • Elu président de la République française avec 53,06% des voix le 06 mai 2007
  • Démissionne de la présidence de l'UMP le 14 mai 2007 

Oeuvres

  • Georges Mandel, Le Moine de la Politique - Editions Grasset – 1994
  • Au bout de la passion, l'équilibre – Entretien avec Michel Denisot – Editions Albin Michel – 1995
  • Libre – Editions XO / Robert Laffont – Janvier 2001
  • La République, les Religions, l'Espérance- Cerf - 2004
  • Témoignage, Xo Editions - 2006
  • Ensemble, Xo Editions - Avril 2007

http://www.elysee.fr/

22.05.2007

CHAVEZ, CASTRO, AHMADINEJAD... ET MELENCHON

Au-delà des apparences, lorsque l’on dépasse ma droititude immaculée, se cachent de dangereux travers. Il m’arrive parfois de ressentir de curieux élans d’affection (citoyenne, s’entend) pour des gens de gauche, qui par leur engagement, leur caractère entier, attirent en moi la sympathie que leur refuserait spontanément ma vision politique du monde. 

6410443bb9f04b814152f76f7307071d.jpgDe ceux-là fait partie Jean-Luc MELENCHON. Je lis son blog régulièrement, et si je suis relativement imperméable à son analyse sociétale et économique de la France, j’apprécie son acharnement à vouloir changer les choses, à dénoncer les manœuvres d’appareil, à souhaiter une cohérence plus flagrante pour le PS. Jusqu’à ce que, ce jour, je tombe sur son dernier billet, qui débute par ces mots : « Branle bas de combat cher lecteur de ce blog. La révolution démocratique du Vénézuéla a besoin de nous. » S’en suit une longue diatribe visant à inciter le Parlement Européen à ne pas voter une condamnation du régime chaviste, et ce via internet et les réseaux de la blogosphère. 

Sur le fond, de quoi s’agit-il ? Tâchons de faire simple : la chaîne de télévision RCTV, qui bénéficiait d’une licence (ou concession) de 20 ans arrivant à expiration le 27 mai, a fait une demande de renouvellement. CHAVEZ, qui reproche à la chaîne d’avoir soutenu la tentative de putsch de 2002, la lui refuse. Citons Libération, qui rapporte aussi les faits :

9f805a4aab5ca2e0366336f71fb51016.jpg« Des centaines de journalistes vénézuéliens ont défilé lundi à Caracas pour protester contre la fermeture d'une chaîne de télévision privée, jugée trop critique par le président Hugo Chavez. Les manifestants, rejoints par des étudiants en communication, portaient une banderole d'un kilomètre de long, sur laquelle on pouvait lire «SOS Liberté d'expression» en dix langues différentes.

Hugo Chavez a récemment annoncé son intention de ne pas renouveler la licence de la chaîne de télévision privée Radio Caracas Television (RCTV) qui expire le 27 mai. Le président socialiste lui reproche d'avoir soutenu le coup d'Etat qui l'avait délogé du pouvoir pendant deux jours il y a cinq ans.

Selon un sondage de l'institut d'opinion Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens désapprouvent la disparition forcée de RCTV, seule station couvrant l'ensemble du pays avec la chaîne d'Etat Venezolana de Television (VTV). Privé de RCTV, le paysage audiovisuel national ne comporterait plus qu'un seul canal proche de l'opposition, Globovision, capté seulement dans la capitale. »

Mais voilà, M. MELENCHON trouverait déplacé que le Parlement Européen dénonce le totalitarisme médiatique de M. CHAVEZ. Citons ses arguments : 

« Pour commencer et situer le niveau, rappelons que, la chaîne RCTV a participé activement au processus de « rupture constitutionnelle » à la suite du coup d’état militaire d’avril 2002 contre le président Chavez. Ce qui signifie qu’elle a approuvé et accompagné le putch puis qu’elle a fait le travail d’appui aux décisions des putchistes. : incitations à des manifestations insurrectionnelles, appel à la démission du président élu, répétition à l'antenne de slogans anti-chavistes comme « Fuera, fuera » (dehors, dehors), « Se va, se va » (il s’en va, il s’en va), appels à la démission des nouveaux directeurs de PDVSA (compagnie du pétrole remises aux mains de la nation), diffusion des arrangues de Pedro Carmona (chef des putschistes) et de Fedecámaras (le syndicat des chefs d’entreprise), diffusion des propos d’un chef félon de la sécurité prévenant que la sécurité du palais gouvernemental ne serait pas assurée, diffusion des directives des insurgés appelant la foule à marcher sur la présidence, diffusion répétée d'images montrant des blessés, imputation au président de la responsabilité des violences mortelles, annonce (faux comme on le sait) de la démission de Chávez, puis de son arrestation en précisant qu’il devrait « payer pour les crimes commis » et « planifiés » par lui. Dans quel pays au monde une telle chaîne n’aurait pas été immédiatement suspendue après le rétablissement des autorités constitutionnelles ? » 

4531950b314f7b00e2fb5247df4d6d38.jpgLa tentation existe, à la lecture de ces lignes, de rappeler à MELENCHON (mérite-t-il encore le « monsieur » ?) qu’un tel putsch n’a pas été envisagé sur un coup de tête, et que la nature dictatoriale par essence du fils spirituel et disciple de Fidel CASTRO y est peut être pour quelque chose. Mais avant que l’on en ait prononcé la première syllabe, MELENCHON assène le coup de grâce : 

« En supposant que qui que ce soit trouve normal d’accepter qu’une chaîne de télévision soutienne un putch, des esprits chagrins pourraient cependant encore objecter : « vous ne citez que des délits constaté sous les gouvernements Chavez. » Alors on doit répondre pour bien border notre dossier de défense. En effet, RCTV se distinguait déjà par son mépris de la loi bien avant la première élection de M. Hugo Chavez à la présidence du Venezuela en 1998. Elle fut ainsi condamnée en 1976 à trois jours de fermeture pour diffusion d’informations erronées et tendancieuses contre le président de la République ; en 1980, elle fut fermée pendant 36 heures pour programmation sensationnaliste ; en 1981, elle fut fermée pendant 24 heures pour diffusion de programme à caractère pornographique ; en 1984, elle reçut un blâme pour avoir ridiculisé le Président de la République (le précédent avant Chavez) et son épouse ; en 1989, elle fut fermée pendant 24 heures pour publicité pour le tabac… » 

Alors là, vous conviendrez avec moi qu’il devient légitime de fermer la chaîne !!! RCTV s’est permise, en 1976 et 1984, de critiquer le président ! Elle a diffusé en 1981 un programme pornographique ! (Que le Conseil Constitutionnel en prenne de la graine vis-à-vis de Canal Plus, NON MAIS !) Et comble des combles, en 1989… publicité pour le tabac. Oui, je sais, je paraphrase, mais ceci mérite cela. 

Arrêtons-nous un moment, le temps de reprendre un souffle accéléré sans doute par les indignations précédentes, sur la personnalité de CHAVEZ et la nature de sa « révolution démocratique » si chère à MELENCHON. En juillet dernier, Libération (déjà) publiait ce compte-rendu d’un voyage de CHAVEZ : 

08dc7fa980c771c763feaf8de2bd9d86.jpg"En visite en Iran, le président vénézuélien a assuré son homologue de son soutien inconditionnel.

Après la Biélorussie, la Russie et le Qatar, Hugo Chávez est enfin chez son «frère» Mahmoud Ahmadinejad. L'Iran et le Venezuela ont «des positions et des points de vue communs», s'est réjoui, samedi, le président iranien. Il y a quinze jours, Ahmadinejad avait comparé l'offensive d'Israël au Liban à la politique militaire de l'Allemagne nazie. La veille de son arrivée à Téhéran, Chávez l'a assimilée, lui, «aux actes de Hitler». Il a enfoncé le clou hier devant des étudiants iraniens, parlant de «fascisme israélien»."  

d6764f6bed44b789bc196ed59a3f4cad.jpgCHAVEZ, fils spirituel de Fidel CASTRO, frère de Mahmoud AHMADINEJAD, ami personnel de feu Saddam HUSSEIN… Une véritable ADAMS Family politique. C’est cet homme, ce régime baigné d’ambiguïtés repoussantes, que MELENCHON appelle aujourd’hui à soutenir. 

Nous sommes en démocratie. Un pays qui a porté Jean-Marie LE PEN au second tour d’une élection présidentielle a tout à fait le droit d’abriter les soutiens d’un dictateur assumé, ami de tout ce que le monde compte de dirigeants totalitaires et négationnistes. Je n’aurais donc qu’une exigence :

M. MELENCHON, cessez d’utiliser le mot « République » dans l’intitulé des cercles de réflexion que vous animez. Les républicains, au Vénézuéla, on les réduit au silence, avec votre bénédiction désormais.

Les sarko-mitterandistes, par Serge JULY

bd320875101f865969aaae7cd0f0330f.jpgC'est une espèce inconnue dans le bestiaire politique français, en réalité, une mutation génétique brutale. Les historiens de la droite, comme ceux qui auscultent la gauche, ne le connaissaient pas, n'en soupçonnaient même pas l'existence avant la campagne présidentielle, avant le début de l'année 2007.

Son apparition peut être datée du mois de février, quelques semaines après l'investiture du candidat de l'UMP, lorsqu'il a pris la campagne en main sans jamais la lâcher jusqu'au 6 mai. Des personnalités liées à François Mitterrand, parmi les collaborateurs de ses deux septennats, en général sans liens organiques avec le Parti socialiste, se sont prononcés en faveur du candidat de la droite décomplexée, d'abord sous forme de murmure, puis de manière de plus en plus affirmée après les deux tours des élections présidentielles. Les mêmes portaient un regard exaspéré, parfois désespéré sur la campagne de Ségolène Royal et plus généralement sur le Parti socialiste et ses handicaps, et simultanément appréciaient ce que certains nommaient "la maestria" de Nicolas Sarkozy.

Parmi ces admirateurs d'un nouveau genre, on reconnaît Jacques Attali, qui fut conseiller spécial de François Mitterrand pendant tout le premier septennat ; Hubert Vedrine, secrétaire général de l'Elysée avant de devenir ministre des affaires étrangères du gouvernement Jospin ; Anne Lauvergeon, qui fut secrétaire générale adjointe de la présidence à partir de 1991 et sherpa du chef de l'Etat avant de prendre la présidence d'Areva ; Max Gallo, porte-parole du gouvernement Mauroy ; Michel Charasse, le constitutionnaliste de François Mitterrand à l'Elysée, aujourd'hui sénateur ; Georges-Marc Benanou, le fondateur de "Globe", le journal tonton-maniaque financé par Pierre Bergé, devenu sur la fin, le confident du crépuscule du patriarche ; Bernard Tapie, qui fut ministre de la Ville pour contrer Le Pen  ;et Bernard Kouchner, ministre à partir de 1988, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy.

Plusieurs anciens collaborateurs de Lionel Jospin sont atteints du même virus politique : l'ancien ministre Claude Allègre ; Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles, puis directeur de cabinet adjoint de Lionel Jospin à Matignon, directeur du trésor, aujourd'hui ministre des Affaires européennes ; l'étrange Eric Besson ; sans compter les Gracques, cette conspiration de hauts fonctionnaires ayant travaillé avec les gouvernements socialistes et qui avaient pris position pour une alliance entre le PS et le centre bayrouiste, avant de rejoindre le sarkozysme.

Il y a là un phénomène qui, par son ampleur, dépasse le cadre traditionnel des gros mangeurs de soupes, des affamés du pouvoir, quel qu'en soit le goût et l'origine.  Tous ont en commun le culte des personnages historiques, des héros de la politique susceptible de changer la face d'un pays, de renverser des montagnes, de changer des mentalités.  C'était le cas de François Mitterrand pour la plupart d'entre eux, pendant quelques années et depuis ils étaient orphelins. Le règne des radicaux-socialistes de droite (Jacques Chirac) ou de gauche (les dirigeants du PS et ses candidats) en faisait des demi soldes du service de l'Etat. Est-ce à dire qu'ils reconnaissent en Nicolas Sarkozy un homme d'Etat, susceptible de changer les lignes, de faire sauter des obstacles à la société française ?

Sa campagne et le pilotage de sa victoire, les ont convaincu que Nicolas Sarkozy n'était pas simplement un apparatchik très doué de l'UMP. La réussite du siphonage des électeurs du Front national a suscité beaucoup d'admiration parmi ces officiers supérieur du mitterrandisme. De son côté, Nicolas Sarkozy ne manque jamais une occasion, en off, de faire l'éloge de François Mitterrand, "un génie politique" selon lui, qu'il a beaucoup étudié et dont il a adapté plusieurs des figures politiques.

Cette rencontre se fait sur le terrain d'un constat catastrophé de l'état du Parti socialiste, transformé au fil des années en statue de sel, hors du temps, immobile comme prisonnier de lui-même, qui contraste durement avec, selon eux, l'urgence de la situation française qui a du mal à regarder le monde tel qu'il est vraiment.

Cette ouverture-là dépasse le cadre du mauvais coup à l'égard des socialistes, elle excède le ralliement individuel de tel ou de tel destiné à s'assurer une majorité absolue au Prlement. C'est un symptôme de plus de l'état de la gauche qui perd avec eux une partie de sa substance, et qui rend l'opposition frontale au sarkozysme nettement plus difficile.

Il va sans dire que ce mouvement des "sarko-mitterrandistes" qui, pendant des années, ont à des titres divers incarné la gauche, aggrave la dépression nerveuse qui frappe déjà le Parti socialiste, comme ses sympathisants et ses électeurs, après l'échec de Ségolène Royal à laquelle aucun d'entre eux n'accorde de crédit pour figurer l'avenir.

http://www.rtl2007.fr/analyses/

Toutes les notes