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29.05.2007
Sarkozy et les syndicats : vers une confrontation refondatrice de la démocratie française, par Drieu GODEFRIDI
Drieu Godefridi est directeur de l'Institut Hayek.
L'histoire est en marche. L'élection de Nicolas Sarkozy referme la parenthèse d'une expérience culturelle qui commence en mai 68 et qui se poursuivit, sur le plan politique, de mai 81 à nos jours. Le plus à gauche des hommes de droite, Jacques Chirac, ne fut, en somme, que le modeste continuateur du plus à droite des hommes de gauche, François Mitterrand.
L'univers des références de Nicolas Sarkozy diverge de celui de ses deux prédécesseurs. D'instinct, Nicolas Sarkozy est libéral, viscéralement attaché à l'initiative, au travail et à la responsabilité, conscient de l'importance de l'économie et de la nécessité de réaffirmer l'autorité de l'Etat dans ses missions fondamentales. Le nouveau président souhaite faire de la France une démocratie moderne, réactive, prospère, tournée vers l'avenir, qui offre autre chose à ses jeunes les moins favorisés que le chômage et des mots et qui exporte des biens et des services plutôt que ses citoyens fortunés et ses jeunes entrepreneurs.
L'objectif est réaliste. N'en séparent le pays que des réformes de bon sens dans le domaine de l'éducation et de la fonction publique, de la représentativité syndicale, de la fiscalité, des retraites et, surtout, de l'assouplissement du droit du travail.
Reste l'obstacle. Victime de ce que Pascal Bruckner appelle son « surmoi gauchisant », une partie de la gauche française n'est pas disposée à accepter ces réformes, et le fait régulièrement savoir, depuis vingt-cinq ans, dans les urnes ou, à défaut d'y pouvoir triompher, dans la rue, sous la bannière syndicale. Il faut être naïf pour se figurer que la seule pédagogie gouvernementale, couplée aux vacances d'été, suffira à convaincre les syndicats de la nécessité des réformes. Quand les syndicats « mettent en garde » le président nouvellement élu contre toute velléité de « passage en force » - curieuse démocratie où le président élu par 53% des Français est aussitôt rappelé à l'ordre par des organisations qui représentent 8% des Français - il faut comprendre que certaines réformes, quelle que soit la méthode, ne passeront pas et que les syndicats s'y opposeront par tous les moyens, y compris cette violence qui est, en France, un mode d'expression syndical normal.
C'est qu'à l'instar de leurs cousins britanniques et américains au début des années quatre-vingts, les syndicats français (et leurs relais trotskystes, altermondialistes, etc.) n'admettent pas :
1. - Qu'en cas de désaccord persistant entre les institutions de la République et la « rue », dans une démocratie où règne le droit, ce sont les institutions de la République qui ont le dernier mot ;
2. - Que la grève est un droit aussi longtemps qu'il s'exerce dans le respect de la loi, des prérogatives de la puissance publique et des droits fondamentaux (de travailler, de circuler) d'autrui. Il n'y a qu'en France que le concept de « grève légale » passe pour une contradiction dans les termes.
Margaret Thatcher raconte dans ses Mémoires : « De 1972 à 1985, la traditionnelle sagesse voulut que la Grande-Bretagne ne pût être gouvernée sans le consentement des syndicats. Aucun gouvernement ne pouvait vraiment résister à une grande grève, (...) et encore moins la faire échouer. (...) Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux activistes. Ce que cette défaite établit fut qu'il n'était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la Grande-Bretagne un pays ingouvernable. »
Lorsque qu'en septembre 2005 nous avons publié dans le quotidien Les Echos une tribune intitulée « L'inéluctable moment Thatcher-Reagan des démocraties européennes », pour dire la nécessité de ramener les contestations syndicales dans les limites de la légalité, au besoin par le recours à la force publique, nous reçûmes un abondant courrier nous expliquant (en résumé) que les méthodes reagano-thatchériennes, certes adéquates aux brutes anglo-saxonnes, ne pourraient jamais être appliquées à un peuple aussi à la pointe des raffinements de la vraie civilisation démocratique que le peuple français.
Cent mille voitures brûlées plus tard, l'activisme anti-gouvernemental des syndicats a trouvé un renfort de poids dans l'agitation des banlieues (cfr. les manifestations anti-CPE, où se mêlaient dans une allégresse pas toujours partagée étudiants « syndiqués », syndicats d'enseignants et jeunes des banlieues), la chienlit menace et l'alternative paraît désormais entre Thatcher la légaliste et le sanguinaire Gallifet de la Commune. Seule la première branche de l'alternative nous préservera de la seconde.
La vraie question, dès lors, n'est pas de savoir si la confrontation entre l'administration Sarkozy et les syndicats aura bien lieu. La question est de savoir quelle sera la réforme - ou le prétexte - qui jettera cent mille personnes dans la rue. Et comment la confrontation se dénouera. Qu'il cède, et M. Sarkozy ne sera, au bilan, qu'un autre Chirac. Qu'il maintienne, et il entrera tout droit au Panthéon des hommes d'Etat.
Et la France sera sauvée.
J'ai repéré cet article en lisant le blog What's Next, excellent jour après jour. A noter, aussi sur le site de l'Institut Hayek, le récit de Margaret Thatcher des grèves des mineurs. Edifiant.
15:10 Publié dans Nicolas Sarkozy, Syndicats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : drieu godefridi, syndicats, nicolas sarkozy, margaret thatcher





Commentaires
Le dialogue social en France est installé sur un dispositif "étonnant" qui donne le pouvoir de négocier des accords concernant des milliers de salariés à des organisations syndicales qui elles ne tirent leur légitimité que de leurs d'adhérents. Le rapport 8% - 53 % est à cet égard éloquent !!!
Passage quotidien sur Damocles et What's next, effectivemement toujours excellent !
Ecrit par : anne | 30.05.2007
Merci beaucoup Anne. En effet, le système français est encore calqué sur celui du RU ou des USA du début des années 80 (merci aux années Mitterrand). J'ai été très surpris en lisant cet article de constater à quel point la lutte avait été dure, notamment pour Thatcher, les mineurs syndiqués allant même, à la "faveur" d'un attentat lybien en Grande Bretagne, jusqu'à demander à Khadafi de financer leur grève ! (ce qu'il a fait illico bien sûr).
On n'en est bien sûr pas là aujourd'hui, il n'y a plus guère de mines en France, et les syndicats paraissent bien disposés à ce jour. Mais je pense comme Drieu Godefrifi qu'ils se tiennent en embuscade, la période (67% de soutien à Sarkozy) ne se prêtant guère au mouvement social. Cela dit à la première occasion, toute la France du TSS sera dans la rue. Ce sera aussi à nous, la majorité silencieuse, de faire mentir notre épithète.
Ecrit par : damocles | 30.05.2007
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