08.09.2008
Le buffle et l'antilope, par Philippe Labro
Pour ceux qui s'intéressent à la campagne électorale américaine, ce texte de Philippe Labro, que je trouve remarquable de justesse et de style, trouvé ici.

C'est une image mythique, un moment disparu de l'Ouest des pionniers, une fois qu'ils eurent traversé le Mississippi pour découvrir les grands espaces. C'est dans une de ces plaines dont l'étendue va au-delà de la vue, libre de tout barbelé, toute barrière, toute trace de civilisation.
Le terrain est plat, bordé de basses collines, couvertes de broussailles. C'est «la prairie» dans toute sa splendeur. Et voici qu'un grondement sourd fait trembler le sol. Les hommes, admiratifs et muets, voient apparaître, soulevant une poussière jaunâtre, un troupeau de chevaux sauvages en pleine course. Parfois, la déferlante peut être celle de bisons, voire, plus prosaïquement, de bœufs et de vaches. À chaque fois, le même phénomène se produit : à un instant de cette course, un animal se détache de la horde. Il sort de la masse anonyme et, caracolant sur la crête, accompagne son parcours, mais il s'en est coupé. C'est un «maverick».
«Maverick»
Ce mot étrange s'insinue quotidiennement dans le jargon journalistique, importé des États-Unis, à propos des élections présidentielles américaines. À l'origine, le «maverick» désignait le bouvillon qui n'a pas été marqué, qui a échappé à sa mère autant qu'au fer rouge du propriétaire mais le terme, généralisé, a été plutôt appliqué à la race chevaline. Désormais, dans la culture américaine, le mot «maverick» définit celui qui n'appartient à personne, et a refusé toute règle fixée par la horde ou par l'homme.
«Maverick» les Français disent «franc-tireur», «inclassable». Le terme est souvent utilisé à propos de John McCain candidat républicain à la Maison-Blanche. Je pense qu'il convient autant à Barack Obama candidat démocrate. L'un comme l'autre sont des «mavericks». C'est leur seul point commun. Tout le reste les sépare. Jamais, dans l'histoire de leur pays, les Américains n'ont vu deux êtres aussi dissemblables s'opposer dans la course au pouvoir suprême.
Fluidité
Obama est une antilope, McCain un pitbull. Obama est un lièvre, McCain un buffle. Obama est une Maserati lustrée, sortie du garage d'un hôtel 5 étoiles, McCain un pick-up Ford maculé de boue ramassée dans les terres d'Arizona. Obama a 47 ans, McCain, 72.
Obama est grand, élégant, souple, soyeux, il possède une voix grave et douce à la fois, de belles mains, son corps athlétique pourrait être celui d'un danseur de Broadway ou d'un joueur de la NBA. «Fluide» est l'adjectif approprié pour définir cette longue silhouette qui semble se contrôler, s'étudier tout en agissant, cette allure quasi princière, ce port de tête et de la nuque qui, s'il n'en corrigeait pas les mouvements, pourrait traduire une certaine distance, au risque de paraître hautain. Si l'on doit considérer qu'il existe un «langage du corps» et j'ai la faiblesse d'y croire alors, le corps d'Obama nous dit sa certitude, sa prudence autant que son audace, sa capacité d'adaptation, son souci de réfléchir avant de décider, et le paradoxe d'une personnalité habitée par la conviction qu'il possède tous les atouts pour gagner, mais s'évertue à corriger ce qu'il enregistre comme ses erreurs : «J'ai besoin de m'améliorer», dit-il à ses intimes. Venu d'ailleurs, ce virtuose sérieux, capable d'inspirer les foules, irrite l'Américain moyen, qui voit en lui un intellectuel- élitiste-qui n'a jamais souffert. C'est une erreur. La souffrance d'Obama est celle de l'outsider, doué mais hors-norme, et qui a dû effectuer un parcours sans faute sous le regard des autres, le regard des Blancs. Obama est Noir. C'est un Noir «métissé», mais il est Noir, et cette réflexion objective me vaudrait, si elle était imprimée dans la presse américaine, d'être labellisée d'incorrection politique. Car tout le monde y pense, mais personne n'en parle ouvertement. C'est l'ultime et exceptionnelle différence de ce «maverick». Il tente de n'en faire aucun état. D'abord parce que, d'une certaine façon, George W. Bush lui a ouvert la voie en nommant Colin Powell puis Condoleezza Rice à des postes élevés de pouvoir. Ensuite, parce qu'il juge (et espère) être entré dans un univers d'acceptation de toutes les différences. En ce sens, c'est un homme contemporain du XXIe siècle, une créature de notre époque. Cet enfant d'Internet préfigure le futur de la société américaine. Trop beau pour être vrai ?
Rugosité
McCain est petit, carré, épais, maladroit de gestes et de démarche, coriace, comme enfermé dans un corset invisible, des doigts lourds, il est cabossé, refait de partout. «Rugosité» est le mot approprié pour définir ce vétéran du Sénat, ce personnage imprévisible, ce roi du sarcasme et de l'insulte, dont il s'excuse dès le lendemain. Il parle un peu nasillard, son visage raconte son passé, ses opérations chirurgicales, son odyssée de pilote abattu, le corps cassé de toutes parts, à moitié lynché par les Nord-Vietnamiens qui le percent de leurs baïonnettes alors que, sonné par la chute de son avion, à moitié inconscient, il lutte pour ne pas mourir. Il a la gueule et la carrure d'un survivant, une pénible motricité d'un de ses bras. Le menton est volontaire, l'œil vous fixe avec le regard de qui a connu la pire des épreuves cinq ans de geôle et de torture et sait que, dès lors, tout ce qui suit dans l'existence n'est qu'une vaste farce. Il y a, dans ces yeux bleu foncé, et dans la petite ride qui ferme ses lèvres volontaires, l'expression d'une curiosité sans fin et surtout une détermination sans limite, la capacité de changer soudain de cap, la pulsion de la décision et de l'action qui l'emporte alors sur la réflexion. Il y a toujours eu, chez lui, une dose non mesurable de ce qu'il appelle son «temper», son humeur, son caractère qui l'ont amené à combattre, de façon courageuse, certains membres ou projets de son propre parti pendant 28 ans au Sénat, autant qu'à modifier son comportement avec la presse dont il était le chouchou avant qu'elle ne soit mesmérisée par Obama ou à radicaliser son programme présidentiel, en poussant vers l'extrême droite. Son choix de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence est l'illustration éclatante de sa vraie nature : un homme de réflexe plus que de réflexion. Une confiance aveugle en lui-même.
Il est difficile, quand on scrute ce masque raviné par l'épreuve fondatrice de la prison et de la torture, de deviner le jeune homme qu'il a été. Mais les archives de l'académie navale d'Annapolis sont là pour rappeler que ce fils d'amiral fut le plus lamentable étudiant de sa promotion. Fauteur de trouble, picoleur et coureur de filles, insolent et écervelé, habité sans doute par un sens de son immunité due au prestige des aînés de sa famille et une disposition à n'en avoir rien à battre de personne. La gravité, la douleur et la maturité l'ont rattrapé avec la guerre au Vietnam et son choix de ne pas céder aux chantages de ses geôliers. Ses camarades de cellule se souviennent de McCain comme l'homme qui, torturé dans sa chair, amaigri, trouvait la force de les faire rire et de balancer des injures à la face de ses geôliers. Un héros, ont-ils tous dit. Héros, il a été. Héros, il demeure. Et s'il n'avait pas traversé cet enfer, il ne serait pas aujourd'hui candidat à la présidence. Son passé constitue son trésor, son arme, sa référence, son identité, sa légitimité. Trop vrai pour être beau ?
Le messie et le héros
Entre Obama et McCain, c'est le duel entre la modernité et l'autrefois ; entre la jeunesse et le cheveu blanc ; la rupture et le conservatisme ; l'intelligentsia et les «petits Blancs». Tout les distingue l'un de l'autre. Cependant, ils se ressemblent. Car ce sont deux Américains. Et c'est seulement en Amérique que l'on pouvait imaginer deux destins pareils. Le messie et le héros. L'un incarne le rêve américain. L'autre, le film américain. Sur les crêtes de septembre, les «mavericks» cavalent vers les ides de novembre.
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05.07.2008
NIRVANESQUE

« A ma Melelinga, mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j'adore tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre […]. Et si je devais mourir aujourd'hui, je m'en irais satisfaite de la vie, remerciant Dieu pour mes enfants.
A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon musicien en chef qui me chante et m'enchante, au propriétaire de mon coeur, je veux lui dire que depuis le jour où il est né jusqu'aujourd'hui il a été ma source de joies. »
Ingrid Bétancourt, novembre 2007

« Je veux vous dire, chère Ingrid, mon admiration pour votre dignité, pour votre courage dans une situation où des êtres plus faibles auraient perdu jusqu'à leur humanité ; je veux vous dire l'affection des vôtres, avec lesquels j'entretiens une relation confiante et régulière ; je veux vous apporter le témoignage du refus de la France d'accepter l'inacceptable. Ingrid, nous ne vous laisserons jamais tomber. Je vous supplie d'avoir confiance. Nous y arriverons. Il faut que vous teniez parce que votre famille vous attend. »
Nicolas Sarkozy, décembre 2007
17:57 Publié dans Affaires Etrangères | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ingrid betancourt melanie lorenzo sarkozy
06.12.2007
JE FORME UN RÊVE
Il y a quelques jours, le monde découvrait, entre soulagement et angoisse, le visage émacié d'Ingrid Bétancourt, prisonnière éternelle de la jungle colombienne.
Dans le même temps un journal colombien publiait des extraits d'une lettre qu'Ingrid avait écrit à l'intention de sa mère. La vidéo et la lettre étaient censés représenter les preuves de sa vie que Hugo Chavez s'était engagé à apporter en mains propres à Nicolas Sarkozy. Cette lettre est un concentré de courage et d'humanité blessée. Et je ne peux que rejoindre Eponymus lorsqu'il écrit, dans un billet remarquable : "Il est presque impossible de la lire sans sentir les larmes vous monter aux yeux." A vous de juger. Pour ma part, j'ai souligné les passages politiques... mais ce sont ses allusions à ses enfants qui me bouleversent.
« Ce moment est très dur pour moi. Ils demandent des preuves de survie à brûle-pourpoint et me voici en train de t'écrire, mon âme étendue sur ce papier. Je n'ai pas mangé à nouveau, l'appétit m'est bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités.
Je n'ai envie de rien. Je crois que seul cela est bien, je n'ai envie de rien, car ici dans cette forêt l'unique réponse à tout est « non ». C'est donc mieux de ne rien vouloir pour être libre au moins de désirs. Il y a 3 ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir la curiosité intellectuelle vivante. Je continue à attendre qu'au moins par compassion ils m'en fournissent un, mais mieux vaut ne pas y penser. Désormais, tout est miracle, y compris t'entendre le matin, car ma radio est vieille et endommagée.
Je veux te demander, jolie petite maman, de dire aux enfants que je veux qu'ils m'envoient trois messages par semaine (…) Je n'ai besoin de rien de plus, mais j'ai besoin d'être en contact avec eux. C'est la seule information vitale, transcendantale, indispensable, le reste ne m'importe déjà plus (…).
Comme je te le disais, la vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux pieux, couvert d'un moustiquaire, avec au-dessus une tente comme toit, ce qui me permet de penser que j'ai une maison.
J'ai une étagère où je mets mon équipement, c'est-à-dire le sac avec les vêtements et la Bible qui est mon seul luxe. Tout est prêt pour sortir en courant (…) A n'importe quel moment ils donnent l'ordre d'empaqueter et on dort dans n'importe quelle cavité, étendue où que ce soit, comme un quelconque animal (…). Les marches sont un calvaire, car je n'en peux plus avec mon équipement très lourd (…). Tout est stressant, mes affaires se perdent où ils me les enlèvent, comme le blue-jean, avec lequel ils m'ont capturée, que Mela m'avait offert à Noël. Je n'ai pu sauver que la veste, une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n'ai rien eu d'autre pour me couvrir (…).
J'ai en mémoire l'âge de chacun des enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le Happy Birthday. Je sollicite qu'ils me permettent de faire une tarte. Mais depuis trois ans, chaque fois que je demande, la réponse est non. C'est égal, s'ils apportent une galette ou une soupe quelconque au riz et aux haricots, ce qui est habituel, je me figure que c'est une tarte et je célèbre leur anniversaire dans mon coeur.
A ma Melelinga, mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j'adore tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd'hui, je m'en irais satisfaite de la vie, remerciant Dieu pour mes enfants (…).
A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon musicien en chef qui me chante et m'enchante, au propriétaire de mon coeur, je veux lui dire que depuis le jour où il est né jusqu'aujourd'hui il a été ma source de joies (…).
Petite maman, il y a tant de personnes que je veux remercier de se rappeler de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissent le bal, nous ne sommes pas, les séquestrés, un sujet « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu'il faut être fort face à la guérilla même sans sacrifier quelques vies humaines. Devant cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n'est pas le fruit de la richesse en terres, en matières premières, etc., mais le fruit de la grandeur d'âme des leaders qui ont modelé la nation. Quand Lincoln défendit le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs de l'Amérique, il affronta aussi de nombreux Floridas et Praderas (1). De multiples intérêts économiques et politiques étaient considérés comme supérieurs à la vie et à la liberté d'une poignée de noirs. Mais Lincoln gagna et dans le collectif de cette nation la priorité de la vie humaine resta imprimée par-dessus tout autre intérêt.
En Colombie nous devons encore penser d'où nous venons, qui nous sommes et où nous voulons aller. J'aspire à ce qu'un jour nous ayions cette soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant vers le soleil. Quand nous serons des inconditionnels de la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c'est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants, alors ce jour-là nous serons la grande nation que nous voudrions tous être (…).
A Piedad et à Chavez tout, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, dont je sais qu'il est grand et courageux (2)
Mon coeur aussi appartient à la France (…) Quand la nuit était la plus obscure, la France fut le phare. Lorsqu'il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s'est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du tort à la Colombie, la France leur donna appui et réconfort.
Je ne pourrais pas croire qu'il soit possible d'être un jour libre si je ne connaissais pas l'histoire de la France et de son peuple. J'ai demandé à Dieu de me couvrir de la même force que celle avec laquelle la France a pu supporter l'adversité pour me sentir plus digne d'être comptée parmi ses fils. J'aime la France avec l'âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, cherchant à se guider selon des principes et non des intérêts. J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme Camus, entend que vivre c'est s'engager (…). Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore en vie sans l'engagement qu'on nous a offert, en faveur de tous ceux qui vivons ici comme des morts (…) ».
Une telle lettre ne pouvait rester sans réponse. C'est ce qu'a compris Nicolas Sarkozy, comme le prouve sa double initiative, qui consiste à répondre personnellement à Ingid Bétancourt, mais aussi à apostropher directement Manuel Marulanda, chef des FARC.
Son message aux otages des FARC et à Ingrid Bétancourt est un message fort, d'une humanité qui me semble à la hauteur de la situation, quand la diplomatie officielle piétine depuis des années :
"Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy, le président de la République française.
Je m'adresse à vous qui êtes retenus en otages, je m'adresse à vous en mon nom personnel, mais surtout au nom des 62 millions de Français et, je crois pouvoir le dire, au nom de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté qui, partout dans le monde, à l'unisson, réclament votre liberté.
Avec eux, je refuse l'idée de vous laisser en perdition. Je me suis engagé pour vous. Je me suis engagé à vous arracher à un destin inhumain. Ceux qui vous détiennent font une erreur tragique. Ils s'égarent. Ils s'isolent. La communauté internationale est unanime à condamner leurs méthodes. Il est temps pour eux de le comprendre et de faire preuve d'initiative.
Les documents qui viennent d'être publiés nous ont bouleversés. Ils montrent le visage de la souffrance. Ils révèlent l'âme du désespoir.
C'est pourquoi, je veux m'adresser à vous tous pour vous apporter le message de solidarité de la France. Solidarité avec la Colombie, qui vit une tragédie quotidienne dont plus personne ne perçoit le sens ; solidarité avec vous, retenus injustement, cruellement, en otages ; solidarité avec vos familles, avec vos amis, qui mesurent le temps perdu sur le calendrier des souvenirs.
A tous, je veux le dire : la France ne vous oubliera pas. Elle ne vous oubliera jamais. En ce moment même la France recherche de nouveaux moyens pour vous rendre à la liberté, pour vous rendre aux vôtres et à la vie. L'urgence d'une solution est devenue encore plus évidente aux yeux de tous. J'aurai, avec la discrétion qui s'impose, tous les contacts nécessaires pour atteindre le seul objectif qui m'intéresse : votre liberté.
J'ai déjà eu de nombreux échanges personnels avec des dirigeants qui, à un titre ou à un autre, peuvent nous aider à avancer : en premier lieu, le président Alvaro Uribe, avec lequel j'entretiens un dialogue suivi ; le président Chavez, que j'ai reçu à Paris ; le président des Etats Unis, dont trois compatriotes figurent parmi vous. Je poursuivrai sans relâche cette action en m'assignant une obligation de résultat.
Pour terminer ce court message d'amitié, de solidarité et d'espoir, je veux m'adresser plus particulièrement à Ingrid Betancourt, ma compatriote. Je veux vous dire, chère Ingrid, mon admiration pour votre dignité, pour votre courage dans une situation où des êtres plus faibles auraient perdu jusqu'à leur humanité ; je veux vous dire l'affection des vôtres, avec lesquels j'entretiens une relation confiante et régulière ; je veux vous apporter le témoignage du refus de la France d'accepter l'inacceptable. Ingrid, nous ne vous laisserons jamais tomber. Je vous supplie d'avoir confiance. Nous y arriverons. Il faut que vous teniez parce que votre famille vous attend."
Ce message est salué avec émotion par la famille d'Ingrid, qui depuis la découverte de l'état de santé de leur parente (mère, fille, soeur, ex-épouse) ne pouvaient que nourrir une angoisse supplémentaire, celle de voir leur combat aboutir trop tard. Trop tard... deux mots effroyables lorsque c'est la vie d'une mère qui est en jeu.
Le message de Nicolas Sarkozy adressé au chef des FARC vise à accélérer cette lutte contre le temps. Il est d'une fermeté exemplaire, qui pour autant est tout sauf un refus du dialogue.
"Je veux m'adresser à Manuel Marulanda, le chef des FARC.
Les images des otages, les lettres à leurs familles ont bouleversé le monde. La vidéo d'Ingrid Betancourt, en particulier, la lettre si profondément émouvante et désespérée qu'elle a adressée à sa mère ne peuvent laisser personne indifférent. La flamme est en train de s'éteindre dans cette femme dont l'énergie, dont l'audace, dont le courage forcent l'admiration de ceux qui la connaissent. Où est donc passé son sourire ?
Cette femme est à bout de résistance.
Monsieur Marulanda, vous le savez, je ne partage pas vos idées et je condamne vos méthodes, notamment les enlèvements qui plongent tant de familles dans le malheur. Aucune lutte n'a de sens sans le respect de la dignité de l'être humain, qui est la seule fin possible de toute action politique.
Monsieur Marulanda, je vous demande solennellement de relâcher Ingrid Betancourt et de ne pas porter sur votre conscience le risque que ferait peser sa disparition. C'est aujourd'hui une femme à bout de force.
Je m'engage de mon côté à continuer à m'impliquer personnellement dans la recherche d'une solution humanitaire, pour la libération de tous les autres séquestrés. Au-delà, je m'engage à redoubler d'efforts, si cela est souhaité, pour contribuer à trouver une issue au conflit colombien.
Mais pour l'heure, Monsieur Marulanda, il faut sauver une femme en danger de mort.
Je forme un rêve : celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël.
Monsieur Manuel Marulanda, vous pouvez réaliser ce rêve, vous pouvez sauver cette femme, vous pouvez montrer au monde que les FARC comprennent les impératifs humanitaires. Monsieur Marulanda, vous portez une lourde responsabilité.
Je vous demande de l'assumer."
Ces mots sont ceux de la France. Et je connais peu de français qui ne partagent avec le Président cette volonté de voir la famille Bétancourt unie pour les fêtes de Noël - si l'on excepte les nombrilistes pour qui Bétancourt ne serait pas assez française pour que l'on s'intéresse à elle, quand eux-mêmes auraient tant besoin d'un frigo neuf.
Mais au-delà du discours officiel, des drapeaux français et européens qui donnent à cette allocution une solennité et une puissance particulières, j'apprécie énormément l'empathie humaine qui s'en dégage. Nicolas Sarkozy, tout en assumant son statut de chef d'Etat, continue à placer l'enjeu humain et la personne d'Ingrid Bétancourt bien avant tout autre considération. Plus que des relations diplomatiques entre les deux pays concernés, c'est la vie de sa compatriote, celle de ses enfants, qui le préoccupent. Or la politique est belle quand elle sert la dignité humaine, ainsi qu'il le rapelle à M. Marulanda. Et quand c'est la France qui porte ce message, et le rêve qui l'accompagne, la France se grandit jusqu'à devenir universelle.
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(1) Florida et Pradera sont deux municipalités colombiennes dont les FARC exigent la démilitarisation unilatérale, les guérilleros prétendant s'y maintenir, pour y négocier un échange humanitaire d'otages, dont Ingrid Betancourt, contre des rebelles emprisonnés. Le président colombien Alvaro Uribe estime que pareille démilitarisation porterait atteinte à la souveraineté et à l'honneur de la nation.
(2) Le jour où Ingrid Betancourt écrivait cette lettre, la sénatrice libérale colombienne Piedad Cordoba et le président Hugo Chavez du Venezuela n'avaient pas encore été déchargés par le président colombien Uribe de leur médiation avec la guérilla des Farc pour trouver la voie d'un échange humanitaire de prisonniers.
11:15 Publié dans Affaires Etrangères, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ingrid betancourt, lettre, nicolas sarkozy, farc, message, manuel marulanda, video
17.11.2007
INVERTEBRE
Voici ce qui a retenu mon attention encore balbutiante ce matin aux aurores, à la lecture du figaro.fr :
Fidel Castro a qualifié d'"invertébré et inopportun" le discours du chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero lors du sommet ibéro-américain au Chili, vantant en revanche l'"intelligence" du président vénézuélien Hugo Chavez, dans un article publié ce matin dans la presse officielle.
Sous le titre "Le Waterloo idéologique", troisième "réflexion" du chef de l'Etat sur le sujet en une semaine, Fidel Castro écrit que lors du sommet de Santiago, "Troie brûlait" au moment où le roi d'Espagne Juan Carlos a demandé à Hugo Chavez de "se taire" lors d'une altercation avec José Luis Zapatero.
"Le discours "invertébré et inopportun de Zapatero, sa défense d'Aznar, l'ordre abrupt du roi d'Espagne et la réponse très digne du président du Venezuela (...) ont fourni les preuves irréfutables des comportements et des méthodes génocidaires de l'empire et de ses complices", écrit Fidel Castro.
Invertébré... le mot, où plutôt l'insulte, est fort(e).
"Oui, mais, nous diront des larmes dans les yeux Mélenchon and Co, c'est le discours qui est visé, pas l'homme..."
A d'autres. Penchons-nous plutôt sur la signification exacte du mot en question :
INVERTÉBRÉ, -ÉE, adj.;INVERTÉBRÉS, subst. masc. plur., ZOOLOGIE
I. Adj. [En parlant d'un animal]
Qui n'a ni vertèbres ni squelette intérieur. Corps invertébrés. [En parlant d'une pers.] Qui n'a pas de consistance. Se sentir invertébré. [En parlant de choses] Qui n'a pas d'ossature. Assemblage, mot, organisme, roman invertébré.
II. Subst. masc. plur.
- Animaux pluricellulaires caractérisés par l'absence de vertèbres.
- Dans les mollusques, première classe des invertébrés, le cerveau existe encore.
Cette dernière hypothèse est encourageante. Mais dites-donc, je me faisais la réflexion... sans squelette intérieur ni ossature, cela ne doit pas être commode de feindre la bipédie... on doit donc pouvoir les repérer à un moment ou à un autre, les (vrais) invertébrés, non ?
Oui, je sais, c'est très mal de se moquer... mais il ne fallait pas venir nous faire des chatouilles. Néanmoins, faisons comme pour Vidéo Gag :
"Sachez que la personne figurant sur ce court passage s'est très bien remise de sa chute
allégoriqueanecdotique".
09:10 Publié dans Affaires Etrangères | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fidel castro, invertebre, zapatero, hugo chavez, juan carlos, espagne
13.11.2007
Nicolas Sarkozy, De Gaulle, et les Etats-Unis, par Flamant Rose
Lors de sa visite de quarante huit heures, le président de la République Française a été reçu aux Etats Unis avec tous les honneurs dus à son rang. Ce séjour ne s'annonçait pas évident après la prise de position française incarnée par Jacques Chirac sur la guerre en Irak. Chirac a eu raison de ne pas s’aligner sur la position américaine, nous sommes presque tous d’accord à ce sujet. Nicolas Sarkozy a su éviter le piège qu’aurait été un alignement sur la position de Georges Bush : beaucoup attendaient un éventuel faux pas qui n’est pas venu. Il a au contraire recherché, et je crois atteint, un certain équilibre diplomatique avec les Etats Unis de Georges Bush, qui lui souhaiterait en obtenir toujours plus de ses alliés européens.
Le discours de Nicolas Sarkozy par de nombreux côtés a été une nouvelle fois un discours que le général de Gaulle n’aurait à mon sens pas renié. Il a fait vibrer les américains en évoquant le thème de l’amitié qui unit nos deux pays, tout en faisant ressortir les divergences sur des situations données, mais qui ne sont pas pour autant à même d'hypothéquer nos bonnes relations.
Evidemment en France l’antiaméricanisme est encore de mise dans certains milieux. On entretient volontairement la confusion entre l’Amérique de Georges Bush et l’amitié franco-américaine. C’est ce comportement de certains de nos compatriotes et de responsables politiques (qui n’ont de responsable que le nom) qui fait que pour le président la voie est étroite.
J’ai entendu ces derniers jours l’expression « le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe ». On voudrait nous faire croire que si le général a retiré la France de l’OTAN c’est par antiaméricanisme. Ce n’est absolument pas le cas et l’attitude de Sarkozy est dans la droite ligne de celle du général.
Le général de Gaulle a cotoyé plusieurs présidents des Etats Unis. Les relations qu’il a pu avoir avec chacun d’entre eux ont été différentes. Avec Franklin Roosevelt ce fut souvent de l’incompréhension. Avec le général Eisenhower, il était au contraire toujours sur la même longueur d’onde. Les deux hommes s’entendaient très bien. Avec Harry Truman il y eut de profondes divergences. De Gaulle lui reprochait de méconnaître l’Europe. Avec Kennedy, ce fut un climat de confiance totale. Avec Lyndon Johnson, qui succéda à JFK après son assassinat, les relations entre nos deux pays se sont détériorées. De Gaulle ne l’aimait pas. Entre eux ce fut l’incompréhension permanente, des relations froides et tendues. Leurs rapports furent réduits au strict minimum. Réélu en 1964, il dirigea les Etats Unis jusqu‘en 1969, c’est dire que De Gaulle et lui furent simultanément chefs d’états jusqu’en 1969.
Avec Kennedy les rapports étaient tellement confiants que lorsque débuta la crise avec Cuba, JFK voulut convaincre les alliés de sa position en montrant des photos aériennes qui démontraient la présence des missiles russes. Contrairement à son homologue anglais, De Gaulle fit confiance à la parole de JFK et lui apporta son soutien tout en refusant de voir les photos.
Avec Johnson au contraire on vécut une situation comparable avec celle de l’Irak. Il fut le principal artisan de la guerre au Viêt Nam comme quarante ans plus tard Georges Bush sera celui de la guerre en Irak. Le 1er septembre 1966 au complexe national de Phnom-Penh, De Gaulle fit son fameux discours appelé depuis « discours de Phnom-Penh ». Au cours de cette allocution, le général fit part de sa vive désapprobation de la guerre au Viêt Nam tout en renouvelant son amitié au peuple des Etats Unis. Il condamna les Etats Unis de Johson par (entre autre) cette phrase tirée de son discours (je cite) :
« Oui, la position de la France est prise. Elle l’est par la condamnation qu’elle porte sur les actuels événements. Elle l’est par sa résolution de n’être pas, où que ce soit et quoiqu’il arrive, automatiquement impliquée dans l’extension éventuelle du drame et de garder en tous cas les mains libres ».
Puis après quelques minutes le général dit lors de ce même discours (je cite encore) :
« Elle le dit à cause de l’amitié exceptionnelle et deux fois séculaire que, d’autre part, elle porte à l’Amérique, de l’idée que, jusqu’à présent elle s’en était faite, comme celle ci se la faisait d’elle même, savoir celle d’un pays champion de la conception suivant laquelle il faut laisser les peuples disposer à leur façon de leur propre destin. »
Dans ce fameux discours de Phnom Penh apparaît très clairement à la fois la désapprobation de la France à une politique voulue par un homme (Johnson) et l’amitié que la France porte au peuple dirigé par cet homme (les Etats Unis). Sarkozy a exactement la même position. Une fois de plus Nicolas Sarkozy à une position gaullienne.
L’année prochaine Georges Bush quittera ses fonctions. Un(e) autre président(e) lui succédera, l’amitié franco-américaine perdurera. J’ai passé la plupart de mon enfance et mon adolescence à Saint Raphaël. Avec mes copains nous allions souvent nous baigner sur la plage de galets du Dramont, cette plage où le 15 août 1944 eut lieu le débarquement de la 36ème division du Texas. Un peu plus loin se trouve le cimetière américain. Là y reposent à jamais des jeunes qui ne demandaient rien à personne et qui font qu'aujourd’hui je suis quelqu’un de libre. Après 5 ans de camp, mon père a eu la chance d’avoir survécu. Il a été délivré par des américains qui ne le connaissaient pas.
Beaucoup d’entre eux sont morts. Reconnaissance éternelle.
Flamant Rose
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Sur le même sujet, mais avec des points de vue divergents :
- Guy Sorman, "Sarkozy enterre le gaullisme"
- Laurent Pinsolle, "Le gaullisme, une boussole pour l'avenir"
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12.11.2007
VIVA ZAPATERO !
A la suite de la lecture du monde.fr ce matin, j'apprends que s'est déroulé un incident diplomatique pas vraiment anodin au sommet ibéro-américain, samedi 10 novembre, à Santiago (Chili), impliquant le roi Juan Carlos, José Luis Zapatero, et le président vénézuelien Hugo Chavez. Voici ce qu'en dit Le Monde :
Le dirigeant vénézuélien n'a cessé depuis son arrivée, vendredi, de traiter le prédécesseur de M. Zapatero, José Maria Aznar (conservateur), de "fasciste". Ces déclarations ont outré l'actuel chef du gouvernement espagnol socialiste qui a réclamé avec insistance davantage de "respect" pour tout dirigeant élu démocratiquement. Le ton est encore monté lorsque M. Chavez, à quelques minutes de la clôture du sommet, a attaqué les chefs d'entreprises espagnols puis de nouveau José Maria Aznar, en ces termes : "un fasciste n'est pas humain, un serpent est plus humain qu'un fasciste". Le roi Juan Carlos, blême, a tenté d'arrêter le président vénézuélien en lui lançant, visiblement furieux : "Pourquoi tu ne te tais pas ?".
Hugo Chavez, emporté dans son discours, a aussi invectivé l'Eglise vénézuélienne et le pape avant d'accuser les Etats-Unis et l'Union européenne d'avoir approuvé un coup d'Etat à son encontre en avril 2002. N'en pouvant plus, le roi Juan Carlos est sorti de la salle lorsque le président du Nicaragua, Daniel Ortega, prenait le parti d'Hugo Chavez et lui redonnait brièvement la parole.
Plus tard, l'ancien chef du gouvernement Jose Maria Aznar a téléphoné à son successeur M Rodriguez Zapatero et au roi Juan Carlos pour les remercier de leur soutien. Le chef du gouvernement lui a répondu qu'il avait agi selon ses "principes" et en vertu du "respect" auquel à droit tout dirigeant démocratiquement élu.
Avant d'aller plus loin, un retour en images, un peu différent de celui du Monde :
Je vois dans ce tableau international, en apparence si loin de nous géographiquement, comme une métaphore partielle de notre actualité politique nationale. D'un côté, une gauche paranoïaque, rétrograde, nationaliste et xénophobe, celle de Chavez, prompte à l'insulte, et affublant des termes de "fasciste", "bushiste", "impérialiste" tout ce qui remettrait en cause sa folle course vers la ruine. De l'autre, une social-démocratie plus constructive, attentive avant tout au respect de la nation dont elle est issue, et à l'intacte solennité de sa fonction - et qui pour toutes ces raisons peine à se faire entendre face à la virulence de l'autre.
Bravo Zapatero, donc. Et ce même si je suis loin d'être d'accord sur tout avec lui, comme il le dit d'ailleurs lui-même à propos d'Aznar. Alors oui, l'herbe est toujours plus verte ailleurs... Mais quand même. Le poids des mots de Zapatero - y compris dans sa réponse au coup de fil d'Aznar - me ferait presque mettre au second plan l'ire royale de Juan Carlos, et son "porque no te callas", pas très loin d'un "pourquoi tu ne la fermes pas ?", que Sarkozy poura réutiliser lors de sa prochaine visite aux pêcheurs bretons quand ils lui lanceront des insultes homophobes.
La vie politique internationale traîne Chavez comme un boulet rouillé, qui pour sa part est toujours aussi fier de pouvoir renverser quelques quilles sur sa route vers la cuisante désillusion où il entraîne son peuple. En France, la vie politique possède aussi ses propres boulets, dont la première à pâtir est d'ailleurs la gauche social-démocrate. C'est pourquoi quand on me dit que, du fait de mes convictions sarkozystes, je souhaiterais la disparition de l'opposition, je m'insurge : c'est la disparition de ce qui affaiblit le rôle constructif de l'opposition - le seul qu'elle devrait accepter - que je souhaite. Espérons que les semaines à venir, chargées en conflits sociaux, auront un dénouement qui ira dans ce sens.
A ce propos, joyeuses grèves à tous, si je n'ai pas l'occasion d'écrire d'ici-là (emploi du temps surchargé...)
09:15 Publié dans Affaires Etrangères | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : juan carlos, zapatero, hugo chavez, santiago
07.11.2007
NICOLAS SARKOZY ET L'AMERIQUE
Nicolas Sarkozy a entamé son séjour aux Etats-Unis par une véritable déclaration d'amour :
"Je veux reconquérir le coeur de l'Amérique et reconquérir le coeur de l'Amérique de façon durable. [Paris et Washington] sont des alliés depuis toujours et pour toujours. [...] Je suis venu vous dire qu'on peut être l'ami de l'Amérique et gagner les élections en France. Ce n'est pas un miracle, c'est une réalité."
Voilà qui fera grincer les dents de ceux, nombreux en France, qui limitent leur opinion du peuple américain au mépris que Georges Bush leur inspire. L'insulte "bushiste" éclosait donc régulièrement sur leurs lèvres lors de la campagne présidentielle, comme mûe par un réflexe pavlovien indéfinissable.
Revenons ensemble sur ce qui relie Nicolas Sarkozy aux USA, grâce à cet article de Philippe Labro trouvé sur Challenges.fr, dont décidemment j'apprécie de plus en plus la lecture.
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Sarkozy et l'Amérique
Nicolas Sarkozy fasciné par l’Amérique? Méfions-nous de ce cliché franco-français. Comme beaucoup de dirigeants de notre pays, à commencer par Valery-Giscard d’Estaing, il ne pouvait être insensible à l’aventure américaine et à ses figures politiques ; Kennedy, évidemment mais aussi, et dans un autre genre, Clinton. De ces formidables managers de leur image, il a certainement tiré sa propre méthodologie de communication, mêlant plus que tout autre sa vie publique à sa vie privée.
Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit "fasciné" par l’Amérique. Il l’admire, en est curieux, voire séduit ; mais, il sait tenir ses distances. Un ami m’a un jour donné une définition très juste: "les Sarkozy sont des gens qui allaient vers l’Amérique mais qui se sont arrêtés en route". Au fond, psychologiquement et intellectuellement, Nicolas Sarkozy, même s’il est né en France, était un homme destiné à traverser l’Atlantique : fils d’une famille immigrée d’Europe de l’Est, portant en lui le besoin d’agir, de réussir et d’être reconnu. "Je suis ce que je fais", dit-il. C’est profondément dans l’esprit américain. We try, we fail, we fix, disent les Américains. On essaye, on se trompe, on répare. C’est du Sarkozy pur sucre.
L’étiquette "Sarko l’Américain" est réductrice. Il fait peut-être tout simplement partie de ces Français qui ne sont pas "anti-américains" ; un homme qui porte un regard sans préjugés sur les Etats-Unis. Ce pays où "demain est un autre jour", toujours prêt à rebondir, malgré les crises. La fameuse résilience, une théorie mise à la mode par Cyrulnik qui imprègne la culture américaine depuis ses origines. Cette résistance au choc dont on sort plus fort, le président l'a fait sienne bien avant d’arriver à l’Elysée.
Une autre particularité suscite un écho chez lui : le melting pot américain. La capacité de ce gigantesque pays à intégrer ses minorités. On peut s’appeler Arnold Schwarzenegger, avoir grandi dans un village en Autriche, jouer les Monsieur Muscle dans des films d’action primaires et se faire élire gouverneur de Californie, la cinquième puissance économique du monde ; on peut s’appeler Madelein Allbright, être juive et née en Tchécoslovaquie et devenir secrétaire d’Etat du Président Clinton ; ou du président Bush, à l’image de Condoleezza Rice, femme et noire. Cette traversée des lignes ethniques touche évidemment autant la sphère politique qu’économique. Combien de grands patrons noirs, mexicains, indiens sont aujourd’hui à la tête d’entreprises américaines ? Pour n’en citer que quelques-uns uns : Indra Nooyi la CEO d’origine indienne du groupe Pepsico, Dick Parsons, P-DG noir de Time Warner ; Ken Chenault, celui d’Amex. Je suis convaincu que c’est l’une des plus belles vitrines de l’Amérique aux yeux de Sarkozy. D’une certaine façon, la France de Dati, Yade et Amara en est directement inspirée.
Il y a aussi, forcément, la culture américaine. Sans être dans la peau du président, je sais qu’il n’est pas indifférent à la musique, au cinéma, aux objets de consommation, aux accessoires, bref, à tout cet univers dans lequel baignent les jeunes générations. Le chef de l’Etat peut se reconnaître dans cette modernité.
Alors, bien sûr, on peut sourire en le voyant courir dans les rues de New York en tenue de jogging, prendre la pose pour les photographes sur un speed boat au milieu du lac Winnipesaukee (New Hampshire), débarquer en 4X4 chez les Bush. Mais il ne s’agit là que d’image et d’artefacts. En quoi est-ce choquant ?
Il y a chez Sarkozy un côté, "j’agis, on verra ensuite". Il sait qu’il sera critiqué. Et alors? A chacun ses goûts et ses uniformes. Quand il partait en voyage, François Mitterrand choisissait un livre dans sa bibliothèque, qu’il lisait en voiture, en avion, et même en hélicoptère. J’ai du mal à imaginer que ce soit le cas pour le nouveau président.
Les vacances aux Etats-Unis, de la provocation? Je ne le pense pas. C’est son caractère : j’en ai envie, j’y vais. Où est l’interdit, où est le tabou ? Je connais un peu l’endroit, la nature y est très belle. C’est aussi l’Amérique mythique. Celle des tableaux de Norman Rockwell, l’Amérique champêtre, l’Amérique rêvée.
L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français est le signe d’un changement de mœurs. Les Américains eux-mêmes ne s’y sont pas trompés. Sa campagne a vivement fait réfléchir les conservateurs. L’un d’entre eux m’a dit récemment: "voilà un homme qui a réussi à se faire élire en combattant son prédécesseur dans son propre camp. Quelle leçon!". De même, la presse a souligné son geste quand il décide d’aller affronter les cheminots. Jusqu’à son divorce qui lui vaut une interview de CBS dans 60 minutes : l’entretien tourne court, mais c’est la preuve que Sarkozy désarçonne même de l’autre côté de l’Atlantique. Pour combien de temps ? Nul ne le sait. Mais quel symbole: si l’Amérique le "fascinait", voilà que Nicolas Sarkozy la "fascine" à son tour.
Ce syncrétisme me fait parfois penser au phénomène observé dans le monde du cinéma: Jean-Pierre Melville, qui fût mon maître et mon ami, s’inspirait ouvertement des polars noirs américains des années 40-50. Un demi-siècle plus tard, Tarantino, s’inspire tout aussi ouvertement de Melville. Ca s’appelle la loi des cycles !
Philippe Labro
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A lire - ou voir - aussi, sur le sujet :
- "Bush-Sarkozy : le bon moment", par Pierre Rousselin
- "L'anti-atlantisme, un épouvantail pour masquer le malaise européen de la France", par Ezra Suleiman
- "France is back", l'édito vidéo de Christophe Barbier
- L'interview vidéo de Nicholas Burns, sous secrétaire d'état américain, par L'Express, à propos des relations franco-américaines
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A noter que depuis Washington Nicolas Sarkozy est revenu sur la perspective des mouvements sociaux :
"Il y aura des grèves, des manifestations, mais moi je tiendrai. [...] On nous promet un mois de novembre difficile, [mais] c'est tout le quinquennat qui sera difficile, parce que j'ai été élu pour faire des choses et je les ferai.
On fait du travail pour faire ces réformes. Ça va bouger, c'est normal [...] parce que faire des réformes, [...] ça suscite des réactions. [...] Il ne faut pas vous inquiéter. Il y aura des grèves, des manifestations, mais moi je tiendrai, parce que c'est l'intérêt de mon pays, qu'on a trop reculé.
Avant de venir à Washington, sur la route, je me suis posé en Bretagne. [Cette rencontre] a été extrêmement intéressante. C'était un peu rude, un peu franc, mais "ces gens qu'est-ce qu'ils veulent? Ils ne veulent pas mourir. Et ils ont raison. A l'arrivée, on a trouvé un accord, [et] je leur dis d'ici, de Washington, que je tiendrai mes engagements."
06:55 Publié dans Affaires Etrangères, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe labro, nicolas sarkozy, usa, etats unis
02.11.2007
Faut-il bombarder l'Iran ? par Martin Van Creveld
Lu l'article ci-dessous sur lemonde.fr. C'est un regard intéressant, je trouve, qui nous rappelle que les diplômes de Rachida Dati, les brouilles journalistiques, et leurs échos, ne sont pas les seuls enjeux géostratégiques actuels.
"Faut-il bombarder l'Iran ?" La question ainsi posée se veut provocatrice, je suppose, mais a au moins le mérite de mettre de côté l'angélisme d'une partie de l'opinion occidentale. J'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pensais de cet angélisme, et de ses dangers.
Certains en déduiront peut être que je suis un partisan de l'intervention militaire en Iran, du rapport de force à tout prix, et de l'alignement sans condition sur les américains. Ceux-là ont tort. Je ressens seulement une grande modestie face à ces conflits moyen-orientaux, et aux enjeux qui les accompagnent, tant je suis conscient d'être dépassé par leurs ramifications infinies, autant historiques que politiques. Je suis donc loin d'avoir un avis arrêté sur ces questions. Cela ne m'empêche pas pour autant de m'y intéresser.
Je vais même aller plus loin : je suis lâchement soulagé de n'avoir pas moi-même à répondre à ce genre de question - ou en tout cas à pouvoir y répondre, si le coeur m'en dit, sans véritable conséquence militaire.
Et cela me permet d'exprimer ici sous la forme d'une parenthèse - non prévue - un réel écoeurement, consécutif à la polémique sur le salaire du Président de la République Française. Je refuse d'y participer. Seulement, après avoir entendu pendant près d'une semaine se succéder dans les médias des bidochons franchouillards nous expliquer qu'ils ne "voient pas pourquoi" le salaire du Président augmenterait quand le leur stagne, et ainsi comparer leur responsabilité de citoyen lambda à celle d'un homme dont la moindre des décisions politiques influera sur la vie de la Nation pendant les 50 prochaines années au bas mot, avec ce que cela suppose comme condition d'exercice du pouvoir... il y aurait de quoi convertir Robespierre au monarchisme, ou encore Gambetta au suffrage censitaire. Heureusement, je ne suis ni l'un ni l'autre. Toutefois, si vous voyez un matin éclore une fleur de lys sur ce blog, veuillez m'en informer calmement, que je me ressaisisse à temps.
Martin Van Creveld est professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste des questions stratégiques. Il a publié un certain nombre d'ouvrages portant sur la guerre, ses enjeux, ses aléas, et les stratégies qu'elle a sollicitées, notamment au cours du XXème siècle.
damocles
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Faut-il bombarder l'Iran ?
A en juger par son comportement, le pouvoir iranien est en proie à la panique. Et il a tout lieu de l'être : il y a un peu plus d'un mois, Israël a mené, avec succès, un raid en Syrie contre ce que l'on pense être des installations nucléaires, prouvant ainsi que les défenses antiaériennes de construction russe, dont l'Iran s'est lui aussi doté, sont vulnérables.
Derrière le premier ministre israélien Ehoud Olmert, il faut voir George Bush. Les deux chefs d'Etat ont fait part à maintes reprises de leur détermination à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire, si nécessaire par la force. Et, dans ce cas, l'Iran n'aura pas grand-chose à leur opposer. L'International Institute of Strategic Studies de Londres a évalué son budget de défense à environ 6,3 milliards de dollars (4,3 milliards d'euros). Soit un peu plus de la moitié de celui d'Israël et moins de 2 % de celui des Etats-Unis. A ce budget s'ajoutent probablement des programmes secrets, mais l'Iran est à cet égard loin d'être une exception.
Si les Etats-Unis attaquent Téhéran (nous parlons ici d'une frappe reposant sur des tirs de missiles de croisière et l'aviation), l'Iran n'aura aucun moyen de répliquer. Leurs forces terrestres et navales ne conviennent pas pour ce type de frappe. Il se peut que le pays possède des missiles Shihab III ayant la portée nécessaire, mais seulement en petit nombre et pour une fiabilité très aléatoire. Si ces missiles sont dotés d'ogives conventionnelles, en termes militaires, l'effet sera quasi nul. A l'inverse, si ces ogives sont non conventionnelles, l'Iran s'exposera, pour reprendre les termes employés par l'ancien premier ministre israélien Itzhak Shamir peu avant la première guerre du Golfe, à des représailles "redoutables et terribles".
L'aviation iranienne n'est guère plus brillante. En 1988 déjà, à la fin de la guerre Iran-Irak, la flotte iranienne de vieux appareils de construction américaine n'était pour ainsi dire pas en état de marche. Depuis, hormis les avions irakiens qui se sont enfuis vers l'Iran pendant la guerre du Golfe de 1991 (et ne sont probablement plus en état non plus), les seuls apports hypothétiques seraient quelques avions de chasse russes. Seuls un petit nombre de témoins ont vu ces appareils. Et quand bien même l'Iran les aurait en sa possession, ces avions sont incapables d'atteindre Israël sans un ravitaillement en vol lors duquel ils risquent d'être abattus.
L'Iran construit aussi ses propres avions. Présenté récemment lors d'un défilé et baptisé Saeqeh (littéralement, "éclair"), il est une variation du F-5 Tiger américain. Conçu dans les années 1950 puis amélioré au cours de la décennie suivante, le F-5 fut refusé par l'armée américaine. Il a donc été vendu à d'autres pays, notamment à l'Iran, à la Jordanie et à plusieurs pays d'Amérique latine, qui n'étaient pas équipés pour exploiter des appareils plus sophistiqués. Le combat le plus illustre jamais livré par le F-5 a sans doute eu lieu dans le film Top Gun, de 1986, où il jouait le "rôle" d'un modèle imaginaire de MIG soviétique.
L'Iran aurait ainsi copié certains de ces appareils en leur apportant quelques améliorations. Il n'en reste pas moins que les Saeqeh n'ont pas la moindre chance face à des chasseurs dernier cri. De plus, Téhéran n'en possède qu'un nombre très limité. Et tout comme les avions de chasse russes, ils ne peuvent atteindre Israël qu'à condition d'être ravitaillés en vol.
Une autre solution consisterait pour les Iraniens à attiser les conflits dans le Golfe - c'est vraisemblablement ce qui trottait dans la tête du responsable des missiles au sein des Gardiens de la révolution, le général Mahmoud Chaharbaghi, lorsqu'il a affirmé être en mesure de lancer "11 000 roquettes à la minute". Ineptie. Exception faite des Katioucha, de courte portée et peu précis, aucun pays ne possède autant de roquettes, loin s'en faut. De fait, les forces américaines et leurs alliés dans le Golfe devraient pouvoir faire face à la menace des missiles iraniens. Sinon, à quoi bon maintenir dans la région 40 000 militaires (sans compter ceux postés en Irak) et deux ou trois groupes aéronavals dotés de 25 000 hommes ?
Dernière option pour Téhéran, organiser des attentats terroristes contre l'Occident. Mais en termes stratégiques, ces opérations auraient des effets quasi nuls : après tout, les attentats du 11-Septembre, les plus importants de l'histoire, n'ont en rien entamé les capacités des forces armées américaines. Une campagne terroriste coordonnée, contrairement à de petites attaques isolées, est plus facile à annoncer qu'à organiser, car beaucoup de choses peuvent capoter. En 1991 déjà, certains avaient craint que Saddam Hussein ne prépare une campagne de ce type ; au bout du compte, il n'y eut pas un seul attentat.
Rien de tout cela ne signifie pour autant que les Etats-Unis et ou Israël doivent réagir et lancer une offensive. Il n'est pas certain que les installations nucléaires iraniennes, vastes, bien disséminées et bien cachées, puissent vraiment être éliminées, et contrairement aux attaques menées par Israël contre l'Irak en 1981 et contre la Syrie, il est cette fois impossible de compter sur le facteur surprise. Il n'est d'ailleurs pas certain que ces attaques, si tant est qu'elles soient faisables, soient d'une quelconque utilité.
Depuis 1945, il ne s'est guère passé une année sans que ne se fassent entendre des voix, pour la plupart américaines, prédisant au monde les pires tourments si de nouveaux pays devaient se doter de l'arme nucléaire. Mais jusqu'ici, rien n'a donné raison à ces Cassandre. Bien au contraire : partout où l'arme nucléaire a fait son apparition, ses détenteurs ont cessé de se livrer des guerres à grande échelle. Notons que le général John P. Abizaid, ancien commandant en chef des forces américaines au Moyen-Orient, est venu s'ajouter à une longue liste d'experts qui, comme lui, estiment que le monde peut tout à fait vivre avec un Iran doté de l'arme nucléaire. Voilà un point de vue dont il faut tenir compte si l'on veut éviter que la pose anxiogène de Mahmoud Ahmadinejad ne pousse quiconque à commettre une bêtise.
Traduit de l'anglais par Julie Marcot
13:15 Publié dans Affaires Etrangères | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : martin van creveld, iran, ahmadinejad, bombardement
20.10.2007
The 'American' rebooting France, by Roger Cohen
Un edito de Roger Cohen dans l'International Herald Tribune qui en dit long sur la perception de la France à l'étranger - pas seulement aux USA, d'ailleurs. Ces constats, simples et de bon sens, font parfois sourire... pas toujours cependant. J'entends déjà le mépris avec lequel François Hollande, et à sa suite un troupeau transhumant, balaierait un tel point de vue. Qu'importe, "Connais-toi toi-même", disait Socrate... et l'on peut ajouter, pour ce qui concerne la politique : "et agis en conséquence."
J'en propose une traduction plus bas, à main levée par manque de temps - soyez indulgents ! - et n'hésitez pas à me proposer vos améliorations de traduction, je ferai les retouches.
Roger Cohen a notamment vécu à Paris de 1977 à 1979.
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Not only is Christine Lagarde, France's finance minister, ready to forsake her native tongue, she is, she says, "happier doing this in English" - and with that, right off the bat, she declares in ringing Anglo-Saxon: "We are trying to change the psyche of the French people in relation to work."
A hopeless task, some might say. Deep in the Gallic soul resides the notion that work is exploitation, a ruse concocted by American robber barons, best regulated and minimized and offset by hours of idleness. The demise of the Soviet Union left France leading the counter-capitalist school.
But Lagarde, 51, tall and striking, is not known as "the American" for nothing. Think of her as the face of a new France ditching its Cold-War hangover. The sobriquet reflects her linguistic skills, her background as a high-flying executive for the Baker & McKenzie law firm, and her Chicago-cultivated candor.
In an interview, Lagarde says that more than two decades at a U.S. corporation taught her: "The more hours you worked, the more hours you billed, the more profit you could generate for yourself and your firm. That was the mantra."
The equivalent mantra in the French bureaucracy might be: The fewer hours you work, the more vacation you take, the more time you have to grumble about the state of the universe, and the smarter you feel, especially compared to workaholic dingbats across the Atlantic with no time for boules.
So Lagarde, appointed four months ago by President Nicolas Sarkozy, is aware she faces a big challenge: "What was really striking to me when I came back from Chicago in 2005 was that the law on the 35-hour week had passed and been internalized by individuals and, I think, had produced disastrous effects."
What effects? "People did not really talk about their work. They talked about their long weekends."
Lagarde's goal, she says, is to slash France's chronically highly unemployment - now about 8 percent - to 5 percent by 2012, and increase the proportion of the total population in jobs from 63 percent to 70 percent. Rehabilitating work is central to this ambition.
Tax cuts, the termination of unemployment benefits for those refusing two valid job offers, later retirement, incentives for those working over 35 hours, a slashing of the bureaucracy associated with job-seeking and improved professional training are among measures enacted or envisaged. A reversal of the 35-hour-week legislation is possible.
"I think we have to go around it," Lagarde says of the law. "To demonstrate that it's not a holy principle and it can be modified, varied, mitigated and possibly reversed."
Not without a fight, however. French workers are taking to the streets Thursday in what will likely be one of many strikes against the Sarkozy-Lagarde reforms. Former governments have caved as Bastille-storming specters rose.
Not this time, insists Lagarde. "We certainly have the resolve to see reforms through," she says. "A significant majority voted in support of a reform program that was completely advocated, advertised, trumpeted."
France, she suggests, is changing in the image of a president whose approach "is not being constrained by rules, principles, protocol, straitjackets."
The country, long hung up in a left-bank bubble filled with quaint notions of reversing globalization, now wants "to take advantage of a globalized world, rather than be defensive."
To which I say, Hallelujah. Without a dynamic France, Europe cannot be revitalized, and a Europe in a Gallic funk is bad for everyone. If an overbearing America has been a problem, an underperforming Europe has been its complement.
Better European performance, Lagarde thinks, is linked to exchange rates. "There is a competitive disadvantage in having a strong euro, versus a relatively weak yen, a deliberately weak yuan and a low dollar," she says ahead of a G-7 meeting this week.
Another problem Lagarde faces is with a potential insider trading scandal at the European Aeronautic Defense and Space Co. (EADS), the partly state-owned parent to Airbus whose stock plunged after delays in the A-380 super-jumbo. She insisted there had been no government wrongdoing.
Still, small shareholder losses incurred as executives cashed in, and the impression of a cozy relationship between private and state capital, will not help Lagarde in her revolutionary efforts.
This revolution, she insists, must begin in the French head. Lagarde has become the anti-Descartes by declaring the French should think less to work more.
"What has escaped my critics," she says with a smile, "is that clearly before action, there must be thinking. But we have been splitting hairs and talking about the sex of angels for long enough. We know the solutions to all our evils. So let's roll up our sleeves."
Hallelujah - and, as we Anglo-Saxons say, Vive la France!
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Non seulement Christine Lagarde, ministre des Finances de la France, est prête à renoncer à sa langue maternelle, mais elle est, dit-elle, "heureuse de le faire en anglais" - et avec cela, aussitôt, elle déclare dans un anglo-saxon sonnant et trébuchant : "Nous essayons de modifier le psychisme du peuple français à l'égard du travail."
Une tâche désespérée, diront certains. Dans l’âme gauloise réside très profondément l'idée que le travail est une exploitation, une machination mise au point par des barons américains voleurs, toujours mieux réglementé, minimisé et compensé par des heures d’oisiveté. La disparition de l'Union soviétique a laissé la France à la tête de l’école de lutte contre le capitalisme.
Mais Lagarde, 51 ans, grande et saisissante, n'est pas connue comme "l'américaine" pour rien. Imaginez-la comme le visage d’une nouvelle France, qui tourne la page après la gueule de bois de la Guerre Froide. Le surnom reflète ses compétences linguistiques, ses antécédents en tant que cadre de haut vol pour Baker & McKenzie, cabinet d'avocats, et sa franchise héritée de Chicago.
Dans une interview, Lagarde revient sur ce que plus de deux décennies passées dans une société américaine lui a enseigné: "Plus vous passez d’heures au travail, plus vous facturez, et plus vous pouvez générer de profits pour vous-même et votre entreprise. C’était cela, le mantra ."
Le mantra équivalent dans la bureaucratie française pourrait être : Moins vous passez d’heures à travailler, plus vous prenez de vacances, plus vous avez le temps de râler sur l'état de l'univers, et vous vous sentez intelligent, en particulier en comparaison à ces dingues accros aux travail de l’autre côté de l'Atlantique qui n’ont même pas le temps de jouer aux boules.
Alors Lagarde, nommée il y a quatre mois par le président Nicolas Sarkozy, est consciente qu'elle doit faire face à un grand défi: "Ce qui était vraiment frappant pour moi quand je suis rentrée de Chicago en 2005 a été que la loi sur la semaine de 35 heures soit passée dans les mœurs, ce qui, je crois, a produit des effets désastreux."
Quels effets? "Les gens ne parlaient plus vraiment de leur travail. Ils parlaient de leur long week-end."
Le but de Lagarde, dit-elle, est de réduire de façon chronique le chômage, élevé en France – aux alentours de 8% - pour le ramener à 5% d'ici 2012, et d'augmenter la proportion de la population active de 63% à 70%. Réhabiliter le travail est l’élément central de cette ambition.
Les réductions d'impôt, la cessation des allocations de chômage pour les personnes refusant plus de deux offres d'emploi, des départs à la retraite plus tardifs, des incitations à travailler plus de 35 heures, un débroussaillage de la bureaucratie liée à la recherche d'emploi et l'amélioration de la formation professionnelle figurent parmi les mesures adoptées ou envisagées. Un renversement de la loi des 35 heures est possible.
"Je pense que nous devons la contourner", dit Lagarde à propos de cette loi. "Pour prouver que ce n'est pas un principe sacré, et qu’il peut être modifié, diversifié, atténué, et éventuellement inversé."
Non sans lutte, cependant. Les travailleurs français seront dans la rue jeudi pour ce qui sera probablement l'une des nombreuses grèves contre les réformes Sarkozy-Lagarde. Les gouvernements précédents ont cédé lorsque le spectre de la prise de la Bastille se dressait.
Pas cette fois, insiste Lagarde. "Nous devons mener les réformes jusqu’au bout", dit-elle. "Une grande majorité a voté en faveur d'un programme de réforme qui avait été entièrement annoncé, clamé, claironné."
La France, suggère-t-elle, est en train de changer à l'image d'un président dont l'approche "n’est pas entravée par les règles, les principes, le protocole, les camisoles."
Le pays, longtemps e














